Le plus récent plan quinquennal chinois publié plus tôt ce mois-ci ainsi que le rapport de travail présenté à l’Assemblée populaire nationale la semaine dernière soulignent que la politique économique du régime de Xi Jinping est dictée par les menaces posées par les États-Unis.
L’objectif de croissance pour cette année a été fixé dans une fourchette de 4,5 à 5 pour cent, en baisse par rapport à l’objectif de l’an dernier d’« environ 5 pour cent », et le plus faible depuis 1991.
Les critiques de la politique économique du régime, tant à l’étranger qu’en Chine, ont déclaré à plusieurs reprises que la voie vers une croissance plus élevée passe par le renforcement de l’économie intérieure, en particulier par la hausse des dépenses de consommation. Cela devrait se faire en augmentant les dépenses en services sociaux et en résorbant l’effondrement du marché immobilier, un véritable fardeau sur les consommateurs.
Mais cette voie a été en grande partie rejetée, à part quelques changements marginaux, parce que l’accent est mis sur le développement accru de la haute technologie et de l’intelligence artificielle.
La crainte est que, si cela n’est pas fait, les États-Unis prendront de l’avance et seront en meilleure position pour freiner la croissance économique de la Chine et renforcer leur position militaire contre Pékin.
Les autorités chinoises savent très bien, comme tous ceux qui ont examiné les documents, que chaque institution militaire et de renseignement américaine, ainsi qu’un éventail de groupes de réflexion économiques et géostratégiques, ont insisté sur le fait que la subordination de la Chine est une question existentielle pour les États-Unis s’ils veulent conserver leur domination mondiale.
Et Pékin n’a certainement pas manqué de remarquer que la guerre contre l’Iran fait partie d’une stratégie plus large visant à atteindre cet objectif.
Outre la menace pesant sur les approvisionnements en pétrole, le chaos qui se déchaîne au Moyen-Orient menace de perturber ce qui a été un objectif central de Pékin, à savoir renforcer ses liens économiques et politiques avec cette région, grâce à l’augmentation des exportations, des prêts et des investissements.
Les exportations chinoises vers le Moyen-Orient ont augmenté deux fois plus vite que ses exportations vers le reste du monde en 2025, et ses investissements y croissent plus rapidement que partout ailleurs dans le monde. Selon Dan Wang, directrice pour la Chine à l’Eurasia Group : « La région est essentiellement considérée comme le plus grand potentiel de croissance pour la Chine. »
Le plan quinquennal a été présenté dans le cadre de ce qui est considéré comme une lutte existentielle avec les États-Unis. Il appelle au développement de nouveaux moteurs de croissance économique dans les secteurs de haute technologie.
La Chine allait « s’emparer des sommets stratégiques du développement scientifique et technologique » et chercher à réaliser des « percées décisives dans les technologies de base ».
« En pleine concurrence internationale féroce, nous devons remporter l’initiative stratégique », indiquait le plan.
En présentant son rapport de travail à l’Assemblée populaire nationale jeudi dernier, le premier ministre Li Qiang a souligné les changements dans la situation internationale.
« Les risques géopolitiques augmentent. La dynamique de l’économie mondiale demeure faible, tandis que le multilatéralisme et le libre-échange sont gravement menacés. » Il était nécessaire de « renforcer nos propres capacités pour faire face aux défis extérieurs », a-t-il déclaré.
Li a reconnu qu’il existe de graves problèmes dans l’économie intérieure.
« La transition vers de nouveaux moteurs de croissance est difficile. Le déséquilibre entre une offre forte et une demande faible est aigu, les attentes du marché sont faibles, et il existe de nombreux risques et dangers cachés dans des secteurs clés. »
Li faisait référence à la stagnation de la consommation intérieure et à une baisse inattendue de l’investissement l’an dernier. La crise immobilière, qui a commencé en 2020, est loin d’être résolue, et il y a aussi le problème de la dette élevée des gouvernements municipaux. Pendant le boom immobilier, les autorités locales pouvaient lever des fonds en vendant des terrains destinés au développement immobilier, mais cette voie est maintenant en grande partie fermée.
L’affaiblissement de l’économie intérieure se reflète dans le fait que les exportations comptaient pour environ un tiers de la croissance de 5 pour cent de la Chine l’an dernier, soit la proportion la plus élevée depuis 1997.
L’an dernier, l’excédent commercial chinois a atteint un niveau record de 1,2 billion de dollars et rien n’indique un ralentissement. Les chiffres des deux premiers mois de cette année montrent que les exportations ont augmenté de 21,8 pour cent, dépassant de loin la prévision médiane d’une croissance de 7,1 pour cent. Mais cette poussée des exportations comporte le danger que les partenaires commerciaux de la Chine renforcent leurs mesures protectionnistes.
C’est ce qui motive la demande internationale adressée à la Chine de cesser de promouvoir la croissance économique par les exportations et d’en faire davantage pour stimuler l’économie intérieure. Cependant, cela exigerait un détournement de ressources vers le redressement du marché immobilier et la relance de la consommation. Mais l’importance accordée au développement de la haute technologie, en raison du conflit avec les États-Unis, est telle qu’il n’y a eu que des mesures mineures en ce sens.
En fait, dans un domaine, les mesures de relance ont même été réduites. Le financement d’un programme de reprise visant à encourager le remplacement des vieux appareils ménagers par des neufs a été ramené à 250 milliards de yuans (34 milliards de dollars) contre 300 milliards de yuans.
Comme l’a noté un reportage de Bloomberg, cela constituait « vraisemblablement une reconnaissance que l’attrait de l’initiative s’essoufflait parmi les résidents confrontés à l’insécurité d’emploi et à une faible croissance des salaires. Leur richesse, principalement placée dans l’immobilier, continue de diminuer sous l’effet d’un ralentissement qui dure depuis plusieurs années. »
Un analyste cité dans ce reportage a noté : « Le virage vers la consommation a peu de chances de se matérialiser à moins que le secteur immobilier ne soit d’abord stabilisé. »
Mais la position du gouvernement demeure fondamentalement inchangée par rapport à l’an dernier. Il a seulement déclaré qu’il chercherait à « stabiliser » le marché du logement, sans annoncer de mesures précises pour y parvenir.
Il n’y a pratiquement eu aucun mouvement sur les pensions, avec l’engagement d’augmenter la prestation mensuelle de seulement 20 yuans, le même montant qu’au cours des deux dernières années.
Résumant l’orientation générale de la politique, Julian Evans-Pritchard, de Capital Economics, a noté : « Malgré le fait qu’il affirme vouloir rééquilibrer l’économie en faveur de la consommation, les plans de politique concrets pour y parvenir demeurent timides. »
Les priorités sont claires dans le plan quinquennal. La relance de l’économie intérieure arrive au quatrième rang, derrière la construction d’industries modernes, l’atteinte de l’autonomie technologique et la numérisation de l’économie, soit une place plus bas que dans le plan quinquennal précédent. Le développement de l’intelligence artificielle est mentionné 50 fois dans ce document de 141 pages.
Fred Neumann, économiste en chef pour l’Asie à HSBC, a déclaré : « Le gouvernement chinois reste extrêmement concentré sur l’accélération des percées technologiques et des investissements de haute technologie. Cela s’explique en partie par la concurrence avec les États-Unis pour le contrôle des technologies de l’avenir. »
C’est plus qu’« en partie » : c’est la principale force motrice. La prochaine étape de ce conflit se manifestera lors de la rencontre entre le président américain Trump et le président Xi à Pékin à la fin de ce mois.
