Jeudi, les employés de la raffinerie de Whiting, dans l'Indiana, près de Chicago, ont massivement rejeté, à 98,3 %, la dernière offre de BP, qualifiée d'« ultime et meilleure offre ».
Plus de 94 % des quelque 800 membres du syndicat United Steelworkers (USW) 7-1 ont participé au vote, un taux de participation que le président de la section locale a qualifié d'« inédit ».
Le contrat aurait entraîné la suppression de 100 postes syndiqués, un recours accru à la main-d'œuvre contractuelle, une baisse du salaire horaire de 8 à 10 dollars, la fermeture du service environnement, des attaques contre l'ancienneté et la mise en œuvre de l'IA sans aucune protection de l'emploi. Pire encore, ce contrat, d'une durée de six ans, aurait exclu la raffinerie du calendrier national de négociation collective et aurait créé un précédent, permettant aux entreprises de diviser les travailleurs, s’en prenant à une raffinerie après l'autre.
Depuis l'expiration de la convention collective le 31 janvier, BP et la section locale 7-1 d'United Steelworkers ont maintenu en activité la plus grande raffinerie du Midwest grâce à des renouvellements contractuels continus, 24 heures sur 24. Un porte-parole de l'entreprise a déclaré que BP poursuivrait les négociations.
« On aurait dû être à 100 % ! », a déclaré un employé de BP Whiting au WSWS. Exprimant sa frustration face à l'USW qui a mis tout ce temps à appeler à la grève, il a ajouté : « Je suppose qu'on va bientôt se mettre en grève, mais je pense que ce sera plutôt par un lock-out que par un débrayage. »
Un autre employé de BP Whiting a déclaré : « Une grève montrera qu'on ne prend pas ça à la légère. Ils veulent sérieusement baisser les salaires, supprimer des emplois, hiérarchiser les opérations et augmenter les heures supplémentaires. Trop, c'est trop. Ils vont nous traiter avec dignité, sinon ils vont devoir arrêter de bluffer et se préparer à une guerre totale ! »
Il a poursuivi : « On ne se bat pas seulement pour l'USW. On se bat pour tous les autres syndicats qui survivent à peine. BP pensait qu'on se laisserait faire. Ils n'étaient pas préparés à ce que les travailleurs ordinaires leur tiennent tête. »
Le vote « non » retentissant a suscité un soutien et des encouragements enthousiastes de la part des métallurgistes et des membres de la communauté des environs.
Un métallurgiste de Hammond, dans l'Indiana, a déclaré : « Ne leur cédez pas un centimètre ! Bravo à tous les collègues de BP ! »
Des métallurgistes, commentant des publications sur les réseaux sociaux, ont écrit : « Section locale 1011, juste à côté. Tenez bon, battez-vous avec acharnement ! » et « Membre de l'USW 1010. Courage à tous, je suis solidaire. C'est notre tour de négocier. Que Dieu nous bénisse. »
Une initiative de la base est nécessaire
La lutte des travailleurs de Whiting bénéficie d'un soutien considérable. Mais le simple rejet de l'accord ne suffit pas. Le « non » retentissant doit être le point de départ d'un mouvement plus large unissant les travailleurs de Whiting aux 30 000 employés des raffineries couverts par la convention collective nationale de l'USW, ainsi qu'aux dizaines de milliers de sous-traitants travaillant dans les raffineries à travers les États-Unis.
L'attaque contre Whiting est un test pour l'ensemble du secteur et ses 30 000 membres de l'USW. Si BP réussit ici, toutes les compagnies pétrolières suivront la même stratégie.
Or, la bureaucratie de l'USW a délibérément laissé les travailleurs de Whiting être isolés, malgré les implications nationales de cette lutte. Dans le reste du secteur, elle s'empresse d'imposer l'accord-cadre national annoncé le mois dernier. Cet accord prévoit des augmentations de salaire de seulement 15 % réparties sur quatre ans, n'apporte aucune amélioration significative en matière de sécurité et n'offre aucune protection contre les pertes d'emplois dues à l'automatisation.
De plus, il permet aux entreprises de continuer à exploiter les employés des raffineries jusqu'à l'épuisement, alors que des changements technologiques radicaux, menaçant des milliers d'emplois, sont en préparation. Cet accord-cadre a été conclu au mépris des instructions claires données par les membres lorsqu’ils ont voté l’année dernière sur le Programme de négociation dans l’industrie pétrolière (National Oil Bargaining Program).
Le WSWS l'a également qualifié de contrat de guerre, car il garantirait la paix sociale précisément au moment où les compagnies pétrolières et gazières s'apprêtent à réaliser des profits colossaux grâce à la hausse des prix du pétrole due à la guerre en Iran.
C'est pourquoi l'Alliance ouvrière internationale des comités de base appelle à transformer ce combat en une lutte commune des travailleurs du pétrole du monde entier, ralliant à sa cause les travailleurs d'autres secteurs.
Cette unité ne peut naître que d'une initiative prise par les travailleurs eux-mêmes.
Les travailleurs de Whiting peuvent créer un comité de base pour organiser la lutte, indépendamment de l'appareil de l'USW. Ce comité devrait contacter directement les travailleurs des autres raffineries, partager des informations sur la lutte contractuelle et préparer une action coordonnée pour défendre les salaires, la sécurité et les emplois dans l'ensemble du secteur, pouvant aller jusqu'à une grève nationale.
La tâche principale qui incombe désormais aux travailleurs de Whiting est de s'unir entre les différentes usines, brisant ainsi l'isolement de leur lutte imposé par BP et l'appareil de l'USW.
Un comité de base devrait établir des canaux de communication avec les ouvriers des raffineries à travers le pays, ainsi qu'avec les métallurgistes du nord-ouest de l'Indiana et les travailleurs de la région de Chicago. Un fort sentiment d'unité se manifeste, car l'issue de ce combat établira un précédent pour les métallurgistes dont les conventions collectives arrivent à échéance cette année.
Chaque ouvrier de raffinerie a un intérêt direct à contrer les exigences de BP. L'accord proposé contient des attaques d'une ampleur inédite depuis des décennies.
