Après l’adoption du projet de loi 94 visant la minorité musulmane:

Les emplois décimés par les lois discriminatoires du Québec

L’entrée en vigueur du projet de loi 94, la plus récente loi discriminatoire du gouvernement ultradroitier de la CAQ (Coalition avenir Québec), a déjà coûté de nombreux emplois. La nouvelle loi vise en particulier les enseignantes de confession musulmane et aura pour effet d’aggraver la pénurie de personnel scolaire.

Malgré cela, la classe dirigeante n’a aucune intention de mettre fin à sa campagne anti-immigrants et anti-musulmans qui domine la vie politique québécoise depuis l’adoption de la Loi sur la laïcité de l’État – la loi 21 – peu après l’élection de la CAQ en 2018.

Une manifestation à Montréal contre la Loi 21 de la CAQ qui brime en particulier les droits des femmes de confession musulmane [Photo: McGill Students Union/Twitter ]

La loi 21 interdit aux employés de l’État dits «en position d’autorité», notamment les enseignants, de porter des symboles religieux. Sous prétexte du principe du «visage découvert», elle prive également les femmes musulmanes portant le niqab ou la burqa d’accès à un emploi dans les secteurs public, parapublic et municipal, en plus de les empêcher de recevoir des services publics essentiels.

La conception de la laïcité défendue par la classe politique québécoise n’a rien à voir avec le principe progressiste de séparation de l’Église et de l’État. Elle relève plutôt d’une vaste supercherie dans une province où la toponymie est largement catholique, où des crucifix ornent encore plusieurs bâtiments publics et où les politiciens vantent constamment «l’héritage catholique».

En s’attaquant au droit individuel de porter un signe religieux – une interdiction qui cible avant tout les femmes musulmanes portant le voile – la classe dirigeante cherche à attiser le chauvinisme anti-immigrant et anti-musulman.

Déposé le 19 mars 2025, le projet de loi 94 («Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation») avait pour but d’intensifier cette campagne en élargissant les effets de la loi 21 dans les écoles du Québec.

La loi 94 étend l’interdiction de porter un signe religieux à tout le personnel des centres de services scolaires et à toute personne offrant un service dans une école. L’obligation du visage découvert s’applique désormais à toute personne se trouvant dans une école, y compris les parents, même ceux qui font du bénévolat ou assistent à une activité sportive.

Bien que la loi contienne une disposition limitée de droits acquis permettant aux travailleurs portant déjà un signe religieux avant le dépôt du projet de loi de continuer à le faire dans leur poste actuel, des employées embauchées après cette date ont récemment été congédiées ou ont démissionné après avoir refusé de retirer leur signe religieux.

Au centre de services scolaire des Mille-Îles, dans la région de Montréal, on a recensé quatre démissions et huit congédiements de surveillantes ou d’éducatrices en milieu scolaire en raison de la loi 94. Dans tous les cas, il s’agissait de femmes musulmanes ne bénéficiant pas de droits acquis et refusant de retirer leur foulard islamique. Contredisant l’argument selon lequel l’interdiction du voile serait une mesure «féministe» visant à libérer des femmes opprimées, l’une d’elles a affirmé que le port du voile est une décision personnelle fondée sur ses convictions religieuses, et non le résultat d’une quelconque oppression. Les sondages confirment que c’est le cas pour la vaste majorité des femmes québécoises portant le foulard islamique. Aucun partisan de la «laïcité» n’a d’ailleurs été en mesure d’expliquer comment ces lois émanciperaient les femmes musulmanes en les privant de travail et en les ostracisant.

Selon l’Association montréalaise des directions d’établissements scolaires, environ 500 travailleuses pourraient perdre leur emploi en raison de la loi 94, et ce, seulement dans la région de Montréal.

À Laval, une quarantaine d’employés du centre de services scolaire ayant refusé de retirer leur signe religieux ont été placés en «absence autorisée non rémunérée» en attendant une décision.

Des étudiantes au baccalauréat en enseignement portant le voile ont également été exclues de leur stage, puisqu’elles ne peuvent plus entrer dans les écoles en vertu de la loi 94.

Ces conséquences se font sentir alors que le système public d’éducation souffre d’une pénurie criante de personnel, résultat des coupures imposées par les gouvernements successifs du Parti québécois (PQ), du Parti libéral du Québec (PLQ) et de la CAQ, qui ont saigné les services publics au cours des dernières décennies.

En réaction aux reportages sur les effets désastreux de la loi, la CAQ a blâmé les travailleuses musulmanes elles-mêmes. Bernard Drainville, porteur du projet de loi 94 alors qu’il était ministre de l’Éducation, a exprimé ouvertement son mépris pour les croyances de la minorité musulmane en déclarant que les travailleuses congédiées avaient fait le «choix de ne pas respecter la loi» et qu’elles «auraient très bien pu accepter de retirer leurs signes religieux pendant les heures de travail».

En 2013, alors qu’il était ministre dans le gouvernement péquiste de Pauline Marois, Drainville avait rédigé une Charte de la laïcité encore plus draconienne, qui a inspiré en partie la loi 21. Aujourd’hui candidat à la chefferie de la CAQ après la démission de François Legault le 14 janvier, il se positionne comme le caquiste le plus à droite et le plus nationaliste, promettant d’intensifier les politiques anti-immigrants de Legault. Un sondage récent l’identifie comme le politicien le plus impopulaire au Québec, une expression de l’absence de soutien pour ces mesures chauvines parmi les travailleurs.

Les lois 21 et 94 s’inscrivent dans une offensive législative faisant partie d’une vaste campagne politique d’agitation contre les immigrants menée par la CAQ et l’ensemble de la classe dirigeante québécoise. Les origines de cette campagne remontent à 2007 et à la «crise des accommodements déraisonnables», fabriquée de toutes pièces par l’Action démocratique du Québec – le parti de Mario Dumont, ancêtre de la CAQ – et amplifiée par le Journal de Montréal, tabloïd ultranationaliste appartenant au milliardaire Pierre Karl Péladeau. Ce dernier est un fervent partisan de la souveraineté du Québec qui a été brièvement chef du PQ.

Malgré la crise politique provoquée par la démission de Legault, la CAQ se prépare à faire adopter le projet de loi 9, Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec, sans véritable opposition. Cette nouvelle salve interdira les signes religieux au personnel des centres de la petite enfance (CPE), imposera l’obligation du visage découvert dans les cégeps et universités afin d’y interdire le niqab et la burqa, et bannira les prières dans les rues et les parcs publics. Cette dernière disposition a été adoptée dans le cadre de la répression par l’élite dirigeante des manifestations contre le génocide à Gaza et elle est rédigée de façon à donner une grande latitude aux autorités dans son application.

Parallèlement, la classe politique – la CAQ et le chef du PQ Paul St-Pierre Plamondon en tête – mène une bruyante campagne contre les immigrants et les minorités, qu’elle accuse faussement de menacer les «valeurs» québécoises et d’être responsables de tous les maux sociaux, de la crise du logement à l’effondrement des services publics.

Variante ouvertement chauvine et xénophobe du nationalisme québécois, historiquement arme idéologique de l’élite dirigeante dans la lutte des classes, cette agitation sert à diviser les travailleurs sur des lignes ethnoculturelles et à détourner l’attention de la véritable cause de la crise sociale: un système capitaliste en faillite.

Le PQ de St-Pierre Plamondon, qui vient de remporter une quatrième élection partielle consécutive, a adopté les idées de l’extrême droite, endossé une version québécoise de la théorie fasciste du «Grand remplacement» et prôné des politiques anti-immigration inspirées de la «Forteresse Europe», où des milliers de migrants meurent chaque année.

S’il a l’intention de maintenir les lois discriminatoires de la CAQ, le PQ promet d’aller encore plus loin en imposant une laïcité plus «robuste», incluant l’interdiction des signes religieux «ostensibles» chez les jeunes enfants du primaire, tout en permettant le port d’une croix catholique «discrète».

C’est sur cette base hostile aux immigrants et aux minorités que le PQ promeut l’indépendance du Québec, projet réactionnaire de création d’une troisième république capitaliste en Amérique du Nord, alignée sur l’OTAN et le NORAD. Illustrant sa promesse qu’un Québec indépendant serait aligné sur Washington, St-Pierre Plamondon a exprimé son appui à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, se réjouissant publiquement de l’assassinat de l’ayatollah Khamenei.

Si la classe dirigeante peut poursuivre sa campagne réactionnaire, c’est en grande partie en raison du rôle pernicieux joué par Québec solidaire, parti des couches aisées des classes moyennes, qui a toujours qualifié l’agitation autour des «accommodements déraisonnables» et les demandes du PQ de réduire drastiquement l’immigration de «débats légitimes».

Le nouveau co-porte-parole masculin de QS, Sol Zanetti, a critiqué les conséquences de la loi 94, qualifiant les congédiements de «geste de discrimination massive». C’est de la pure démagogie: QS, longtemps favorable à l’interdiction des signes religieux pour les personnes en position d’autorité, a toujours refusé d’organiser une opposition populaire aux lois discriminatoires de la CAQ.

La campagne de la classe dirigeante québécoise contre les immigrants et les minorités fait partie d’un tournant massif vers la droite partout au Canada et à l’échelle internationale. Le gouvernement conservateur ultra-droitier de l’Alberta a annoncé un référendum en octobre 2026 pour légitimer son assaut tous azimuts sur les réfugiés et les immigrants, notamment en les privant d’une égalité d’accès aux services publics.

Partout dans le monde, face à la montée des mouvements de masse contre les inégalités, la guerre et le génocide, les élites utilisent le poison du chauvinisme et des formes autoritaires de gouvernement pour diviser la classe ouvrière, promouvoir la réaction et renforcer les pouvoirs répressifs de l’État.

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