L’impact sur l’économie mondiale de la guerre contre l’Iran s’intensifie de jour en jour

Alors que la guerre des États-Unis contre l’Iran approche la fin de son premier mois et s’aggrave de jour en jour, ses effets sur l’économie mondiale s’intensifient.

Au cours de la période récente, les banques centrales et les gouvernements ont cherché à surmonter les tempêtes économiques majeures en injectant des sommes massives, s’élevant à des milliers de milliards de dollars. Cela a conduit à une croissance sans précédent de la dette tout en portant la richesse des oligarques financiers à des sommets inégalés.

Mais dans la crise croissante déclenchée par la guerre, cette «solution» n'est pas possible. Comme cela est souligné de plus en plus, les banques centrales peuvent imprimer de l’argent, mais elles ne peuvent pas imprimer des molécules. L’impression de monnaie ne mettra pas miraculeusement fin à la pénurie de pétrole.

Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol, a insisté hier sur la détérioration rapide de la situation dans une intervention prononcée lors d'une conférence à Canberra, en Australie.

Il a déclaré que l’impact de la crise était pire que les effets combinés des deux chocs pétroliers des années 1970 — celui découlant du quadruplement des prix en 1973-1974 et les turbulences qui ont suivi la révolution iranienne de 1979. Même si l'action militaire s'arrêtait immédiatement, le marché ne se rétablirait pas rapidement, a-t-il affirmé.

Un constat fait également par les analystes énergétiques de Goldman Sachs, qui ont revu nettement à la hausse leurs prévisions de montée des prix, avertissant que ceux-ci pourraient même atteindre le record établi en 2008, à savoir 147 dollars le baril.

La fermeture du détroit d’Ormuz a également fait grimper en flèche le prix du gaz naturel liquéfié (GNL), les approvisionnements étant de plus en plus restreints.

Le Financial Times (FT) a rapporté ce week-end que les pays du monde entier se trouvaient «au bord du gouffre», car les livraisons de GNL en provenance de ces régions prendront fin dès qu’une «poignée de méthaniers de la région auront atteint leur destination».

Après cela, il n’y aura plus rien en provenance du Qatar, État du Golfe qui fournit un cinquième du GNL mondial et qui a interrompu ses exportations peu après le début de la guerre.

Les pays de la région asiatique sont jusqu’à présent les plus durement touchés en raison de leur dépendance du pétrole et du GNL transitant par le détroit. Un seul méthanier en provenance du Golfe est encore attendu en Asie.

La Thaïlande doit importer 90 % de son brut, dont la moitié passe par le détroit. Environ 30 % de son GNL provient du Moyen-Orient.

La situation au Pakistan est encore plus grave. L'année dernière, environ 99 % de ses importations de GNL provenaient du Qatar. Le pays n'a reçu aucun approvisionnement depuis le troisième jour de la guerre.

L'Inde, actuellement considérée comme la grande économie dont la croissance est la plus rapide dans le monde et la cinquième économie mondiale après le Japon, est également touchée tant sur le plan de l'approvisionnement que sur le plan financier. La moitié de ses importations d'énergie provient des pays du Golfe. On observe déjà des pénuries généralisées de gaz de cuisine.

La région du Golfe n'est pas seulement le principal partenaire commercial de ce pays. La position financière internationale de l’Inde est affectée par les transferts de fonds envoyés par des travailleurs, qui s’élèvent à plus de 50 milliards de dollars par an.

Selon Priyanka Kishore, du cabinet de conseil Asia Decoded, dont les propos ont été cités par le FT, la monnaie indienne, la roupie, «figure parmi les monnaies des marchés émergents les plus exposées à la guerre contre l'Iran».

«Le flux important de transferts de fonds en provenance du Moyen-Orient, qui joue un rôle important pour contenir le déficit du compte courant face à l'élargissement du déficit commercial, est lui aussi menacé.»

Depuis le début de la guerre, la banque centrale indienne utilise ses réserves de devises étrangères pour tenter d'empêcher une chute de la roupie, qui s'est dépréciée face au dollar américain et a atteint des niveaux historiquement bas. On craint qu'un effondrement de la valeur de la monnaie ne fasse grimper les taux d'intérêt et ne porte atteinte au système financier.

Selon les termes des analystes d’une société de services financiers basée à Mumbai, une guerre prolongée va probablement « déclencher des tensions sur tous les marchés financiers en Inde». Avant la guerre, le gouverneur de la Banque de réserve [banque centrale] de l'Inde, Sanjay Malhotra, décrivait l'économie indienne comme étant dans une « situation idéale », avec une croissance forte et une inflation faible. Cette situation menaçait désormais de se détériorer rapidement.

La guerre ne cause pas seulement des perturbations dans l’approvisionnement en pétrole et en gaz, mais toute une gamme d’autres matières premières est également touchée. Il s’agit notamment de l’approvisionnement en urée, une source d’engrais azotés vitale pour l’agriculture mondiale, ainsi que de soufre, lui aussi essentiel à la production d'engrais.

Certains ont averti que si les perturbations causées par la guerre se poursuivent, la situation sera bien pire qu'en 2022 au lendemain de l'invasion russe de l'Ukraine.

L’hélium, un sous-produit du traitement du gaz naturel, dont le Qatar assure environ un tiers de l’approvisionnement mondial, est lui aussi touché. C’est une matière première vitale dans la production de puces informatiques.

Dans un commentaire fait cette semaine, le chroniqueur du FT Tej Parikh a souligné l'effet potentiel de la guerre sur l'essor de l'intelligence artificielle (IA) qui, au cours des trois dernières années, «a soutenu le commerce et l'investissement mondiaux et a poussé les marchés boursiers, des États-Unis à l'Asie, vers des records historiques».

«Les investisseurs ont engagé des milliers de milliards de dollars dans cette technologie, l’une des inventions les plus énergivores de l’histoire, en partant de l’hypothèse d’un approvisionnement énergétique abondant et d’une chaîne de production de puces fluide capable de franchir plus de 70 frontières avant d’atteindre le consommateur final. Mais la guerre contre l'Iran révèle les fragilités de la chaîne d'approvisionnement de l'IA.»

La Corée du Sud et Taïwan, qui sont des centres de production mondiale de puces, dépendent lourdement du pétrole pour leur approvisionnement énergétique, dont la majeure partie transite par le détroit d’Ormuz.

Parikh a exposé un scénario dans lequel, outre l’effet de la hausse des prix de l’essence et du diesel qui augmente déjà tous les coûts de transport, la poursuite de la guerre pourrait frapper l’essor de l’IA et déclencher des turbulences financières aux États-Unis.

«Si le conflit s’éternise», écrit-il, « le prix des puces s’envolera à mesure que les fabricants rationneront et se disputeront des approvisionnements plus restreints. À terme, la production se bloquerait. Aux États-Unis, les coûts énergétiques élevés rendraient les centres de données actuels et futurs moins viables. Les valorisations de la haute technologie s'effondreraient et la dette contractée sur les actifs de l'IA serait menacée.»

Personne ne peut prédire le cours exact des événements économiques et financiers découlant de la guerre et de sa poursuite, mais après plus de trois semaines, la direction est claire.

Comme l’a noté l’analyste économique et financier bien connu Mohamed El-Erian dans un message sur X: «Le consensus change, et à juste titre. Cette troisième semaine de guerre a alimenté le passage d’une perturbation énergétique à court terme à des dommages structurels à long terme. Avec cela, les retombées plus larges... constituent une menace croissante pour le bien-être économique mondial et la stabilité financière.»

Les signes de cette dernière tendance se manifestent avec le plus de force au Royaume-Uni, où l'on a assisté ces derniers jours à ce qui a été qualifié de «déroute» sur le marché des obligations d'État à 10 ans, appelées «gilts».

Le rendement ou taux d'intérêt des gilts à 10 ans a augmenté hier de 0,11 point de pourcentage — une hausse significative alors que les fluctuations « normales » ne représentent qu'une fraction de ce chiffre — pour atteindre 5,1 %, son plus haut niveau depuis 2008. L'une des principales raisons de cette hausse est que les anticipations antérieures d'une baisse des taux d'intérêt par la Banque d'Angleterre ont été balayées et remplacées par la conviction que, face à la hausse de l'inflation, la banque centrale va les relever, peut-être à quatre reprises cette année.

Ce revirement risque d'entraîner d'importantes turbulences financières, car les investisseurs et les spéculateurs qui ont pris des paris colossaux, en recourant à d'importants emprunts, se retrouvent pris au piège et sont contraints de liquider leurs positions en vendant leurs actifs financiers.

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