Perspective

Tandis que Trump intensifie la guerre contre l’Iran, une vague de grèves déferle à travers les États-Unis

Des ouvriers de l'industrie de la viande manifestent devant l'usine JBS de Greeley, dans le Colorado, le 17 mars 2026.

Depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, les États-Unis sont secoués par une éruption de la lutte des classes.

La classe dirigeante intensifie la guerre à l'étranger tout en procédant à un massacre des emplois et en renforçant la répression à l'intérieur du pays. Dans le même temps, d'importantes grèves et menaces de grève se propagent dans les secteurs de la santé, de l'éducation, des services publics, de l'industrie manufacturière, de l'agroalimentaire et autres, alors même que la guerre alimente des chocs inflationnistes et des bouleversements économiques – des luttes que l'appareil syndical s'efforce d'isoler et de bloquer.

Dans le secteur agroalimentaire, la grève la plus significative a lieu à l'usine de transformation de viande JBS de Greeley, dans le Colorado. Le 16 mars, environ 3 800 ouvriers – membres du syndicat United Food and Commercial Workers (UFCW) – de l'une des plus grandes usines de transformation de bœuf du pays, ont débrayé, marquant la première grève dans un abattoir américain depuis les années 1980. L'immense majorité des travailleurs sont des immigrants qui ont lancé cette lutte contre la politique de répression plus générale menée par l'administration Trump.

L'appareil de l'UFCW a tenté de contenir la lutte dans un délai prédéfini, en s'imposant une limite de deux semaines qui expire vendredi – une tentative d'épuiser les travailleurs et de mettre fin à la grève en se basant sur de vagues promesses de « retour à la table des négociations ».

Parmi les autres conflits, on peut citer la grève des employés d'AMPI Dairy à Paynesville, dans le Minnesota, qui a débuté le 21 mars, et celle des employés de l'usine Welch's à Grandview, dans l'État de Washington, qui a commencé le 23 mars, après le rejet massif par les travailleurs de la « meilleure offre » de l'entreprise. Les employés de B&G Foods à Stoughton, dans le Wisconsin, membres du syndicat des Teamsters, ont voté cette semaine à 98 % en faveur d'une grève. Le 24 mars, les employés des restaurants universitaires et des services de restauration de l'Université d'État de l'Arizona ont mené une grève d'une journée contre Aramark, réclamant d'importantes augmentations de salaire après avoir voté à 99 % en faveur d'une autorisation de grève à l'expiration de leur convention collective l'année précédente.

Dans le secteur de l'éducation, des conflits majeurs éclatent à différents niveaux. Cette semaine, le corps professoral de l'Université de New York s'est mis en grève pour exiger de meilleurs salaires, la sécurité de l'emploi et de meilleures conditions de travail. La bureaucratie du syndicat United Auto Workers (UAW) a tenté de mettre fin à la grève après moins de deux jours, la suspendant avant même que les travailleurs ne connaissent le contenu de l'accord et aient pu même voter. Cette décision faisait suite à la menace de l'UAW de placer la section locale de l'Université Columbia sous tutelle si les travailleurs menaient une grève portant sur des questions « politiques », telles que la défense des droits démocratiques.

Le 11 mars, les employés du Portland Community College – le plus grand collège communautaire de l'Oregon, accueillant plus de 50 000 étudiants – ont lancé la première grève de l'histoire des collèges communautaires de l'Oregon après avoir approuvé le mouvement à 94 %. La grève entame sa troisième semaine.

Dans l'ensemble du système scolaire, du primaire à l'enseignement supérieur, les syndicats s'efforcent d'empêcher qu'un mouvement de grève grandissant ne se transforme en une offensive nationale. En Californie du Nord, les grèves d'enseignants à Twin Rivers et Natomas – les premières de l'histoire de leurs districts – ont pris fin grâce à des accords rapides. À San Francisco, une grève de quatre jours le mois dernier a servi à exprimer la colère, puis à la canaliser dans un accord qui n'a pas permis de résoudre la crise fondamentale. À Los Angeles, le syndicat United Teachers Los Angeles (UTLA) a annoncé une date butoir au 14 avril pour la grève de 68 000 employés, y compris les personnels administratifs et techniques du SEIU99.

Quarante-huit mille membres du personnel académique de l'Université de Californie ont voté en faveur d'une grève en février. Cependant, au début du mois, la section locale 4811 du syndicat United Auto Workers (UAW) a annoncé une entente de principe visant à bloquer une grève à l’ensemble du réseau. Les employés ont été maintenus en poste pendant près de trois semaines sans convention collective, puis un accord négocié à huis clos leur a été présenté.

Dans le secteur manufacturier, la lutte la plus significative politiquement est la grève chez General Dynamics Bath Iron Works, dans le Maine. Plus de 620 concepteurs, employés et techniciens de la Bath Marine Draftsmen’s Association, affiliée à la section locale 3999 de l'UAW, ont débrayé cette semaine après avoir rejeté l'offre salariale proposée par le chantier naval. Ce sont ces ouvriers qualifiés sans lesquels les destroyers de la Marine ne pourraient être conçus ni construits. Ils s'opposent non pas simplement à un « employeur », mais à un important sous-traitant de l'armement dont les profits dépendent de l'expansion des opérations militaires américaines.

Le 24 mars, les employés de Freudenberg-NOK à Findlay, dans l'Ohio, membres de la section locale 1327 de l'UAW, ont débrayé, marquant ainsi la première grève de l'histoire de l'usine. Freudenberg-NOK est un fabricant mondial de technologies d'étanchéité essentielles aux chaînes d'approvisionnement des secteurs automobile et industriel, employant des milliers de personnes aux États-Unis.

Suite à l'accord de concessions imposé par le syndicat United Steelworkers (USW) en début d'année – visant à garantir la continuité de la production des raffineries alors que Washington préparait son offensive contre l'Iran – BP a réagi par des mesures briseuses de grève, notamment le lock-out en cours d'environ 900 employés de son usine de Whiting, dans l'Indiana.

Dans le secteur de la santé et des services sociaux, les importantes grèves du début d'année – dont la grève de 41 jours de 15 000 infirmières dans trois hôpitaux de New York et le débrayage de 31 000 infirmières et aides-soignants de Kaiser Permanente en Californie et à Hawaï – ont été suivies de nouvelles confrontations. Les systèmes de santé intensifient leurs efforts pour réduire les coûts et les effectifs, et augmenter la charge de travail, tout en affirmant qu'il n'y a « pas d'argent » pour garantir la qualité des soins.

Le 18 mars, environ 2 400 psychothérapeutes, psychologues et assistants sociaux de Kaiser ont mené une grève d'une journée dans le nord de la Californie, rejoints par des milliers d'infirmières en signe de solidarité.

Dans l'Ohio, 140 employés du Département des services sociaux et familiaux du comté de Lorain – travailleurs sociaux, enquêteurs et employés du service social, membres de la section locale 2192 de l'UAW – sont en grève depuis cinq semaines pour obtenir de meilleurs salaires, avantages sociaux et conditions de travail. Ils gèrent des programmes et des protections essentiels, allant des enquêtes sur les cas de maltraitance envers les personnes âgées et des inspections des garderies à domicile à l'aide alimentaire SNAP (bons alimentaires) et à Medicaid.

Prises ensemble, ces luttes – quels que soient les enjeux immédiats de chacune – expriment une réalité commune fondamentale : la réaction des travailleurs face à une exploitation croissante, des inégalités criantes, une véritable hécatombe d'emplois et le détournement des ressources de la société vers la guerre.

Ces contradictions seront fortement exacerbées par l'escalade du conflit contre l'Iran. Ce conflit provoque déjà une flambée des prix de l'essence et d'autres produits de première nécessité, tandis que l'administration Trump prépare une nouvelle escalade majeure, incluant des projets d'invasion terrestre et une nouvelle demande de financement de 200 milliards de dollars pour la guerre. On dit aux travailleurs qu'il n'y a « pas d'argent » pour les salaires, le personnel, les écoles, le logement ou les soins de santé, tandis que des sommes illimitées sont exigées pour les bombes, les porte-avions et autres armes de destruction.

Ce mouvement de grève grandissant exprime les mêmes contradictions fondamentales du capitalisme qui se manifestent dans la barbarie impérialiste. Parallèlement, la montée en puissance des luttes ouvrières indique le moyen objectif de mettre fin à la guerre : la mobilisation de la classe ouvrière de façon indépendante.

À chaque étape, l'appareil syndical s'emploie à bloquer le développement de ce mouvement. Il isole les grèves, impose des échéances artificielles, étouffe les luttes par des votes précipités et des accords secrets, et exige que les travailleurs restent confinés à ce que les entreprises et l'État jugent « acceptable ».

Les grèves qui ont éclaté ne sont qu'un pâle reflet de la profondeur de la colère sociale qui s'accumule au sein de la classe ouvrière, et elles ont eu tendance à éclater le plus violemment là où l'appareil syndical exerce le moins de contrôle direct au quotidien. Sous la surface, un puissant sentiment d'unité et d'action collective, incluant la grève générale, se développe. Mais le principal obstacle réside dans l'appareil syndical : une couche de fonctionnaires grassement rémunérés appartenant aux 5 % des personnes les plus aisées.

L'Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC) encourage la création de comités de base indépendants dans chaque entreprise – des organisations dirigées démocratiquement capables de relier les luttes par-delà les secteurs et les frontières nationales, de briser l'isolement et d'organiser une action commune contre les licenciements, l'austérité, la répression et la guerre. La nécessité de ces organisations découle de la logique des luttes menées par les travailleurs et de l'impératif de se libérer de l'emprise de l'appareil syndical.

Ces comités doivent être construits sur une base internationale. La classe ouvrière américaine fait partie d'une classe mondiale, confrontée partout aux mêmes oligarques et au même virage vers la guerre nationaliste. La réponse aux bellicismes des élites capitalistes dirigeantes est l'unité internationale des travailleurs, agissant de concert par-delà les frontières.

L'émergence d'un tel mouvement oppose immédiatement les travailleurs à l'ensemble du système politique. Les Démocrates partagent les objectifs fondamentaux de Trump, notamment la guerre contre l'Iran, et ne divergent que sur les tactiques et la manière de les faire accepter. Leur préoccupation majeure est d'empêcher que la montée de l'opposition sociale ne se transforme en un mouvement populaire conscient qui menacerait le système capitaliste lui-même.

Or, c'est précisément l'intervention indépendante de la classe ouvrière – son « ingérence » dans le cours des événements – qui est le facteur décisif. La guerre, la dictature et l'oppression capitaliste ne prendront pas fin par des appels aux responsables, mais par la mobilisation du pouvoir social des travailleurs pour stopper la machine de guerre, résister à la répression et unir les luttes par-delà les lieux de travail et les frontières. La mise en place de comités de base est indispensable pour transformer la colère grandissante en une force organisée, capable de s'opposer à la barbarie et d'ouvrir la voie à un avenir meilleur pour l'humanité.

Loading