Près de 4 000 ouvriers de l'usine JBS Swift de Greeley, dans le Colorado, continuaient jeudi leur grève historique. Il s'agit de la plus importante grève dans l'industrie de la viande aux États-Unis depuis les années 1950 et du premier débrayage d'envergure depuis les grèves chez Hormel et IBP dans les années 1980.
Ce débrayage s'inscrit dans un mouvement plus large de travailleurs, aux États-Unis et à l'international, qui luttent de plus en plus contre les inégalités croissantes, l'explosion des coûts de la santé et la stagnation des salaires. À l'usine de Greeley, de nombreux ouvriers gagnent moins de 25 dollars de l'heure et n'ont pas bénéficié d'une augmentation depuis près d'un an. JBS, qui a annoncé un bénéfice net de 415 millions de dollars au quatrième trimestre, a répondu aux revendications des travailleurs par une proposition insultante : une augmentation de 60 cents, suivie d'une autre de seulement 20 cents l'année suivante.
Cette grève a mis en lumière l'unité internationale de la classe ouvrière. De nombreux employés de l'usine sont des immigrés, et plus de 50 langues y sont parlées. Jeudi, des journalistes du WSWS se sont entretenus avec les ouvriers et leur ont distribué des centaines de tracts et de déclarations en plusieurs langues, dont le créole, l'espagnol, le français, l'anglais et le somali. Les ouvriers ont réagi chaleureusement ; beaucoup se sont approchés des journalistes et ont simplement indiqué leur langue de préférence avant de recevoir des documents qu'ils pouvaient lire immédiatement.
De son côté, la bureaucratie de l'UFCW s'efforce d’étouffer et d'isoler la grève. Sur le piquet de grève, des responsables syndicaux ont demandé pourquoi les journalistes du WSWS s'entretenaient avec les ouvriers, ce qui témoigne de leur hostilité envers toute discussion indépendante parmi les travailleurs de la base. Tout en tentant de surveiller les contacts avec les ouvriers, les responsables ont reconnu que la production se poursuivait partiellement dans l'usine.
Lorsqu'un journaliste du WSWS a fait remarquer que des briseurs de grève semblaient entrer dans l'usine, un responsable de l'UFCW a « corrigé » le WSWS, affirmant que les briseurs de grève étaient en réalité des « travailleurs de remplacement ». Face à cette tentative de contenir la grève, les travailleurs interrogés par le WSWS ont exprimé leur détermination à élargir le mouvement et à obtenir le soutien d'autres sections de la classe ouvrière.
Samtou, immigrée haïtienne, a déclaré travailler à l'usine depuis environ trois ans, de façon intermittente depuis 2020. Elle a décrit les conditions de travail « dangereuses », « surtout si l'on ne dispose pas de l'équipement spécifique nécessaire ».
Elle a évoqué les gants en filet que les travailleurs portent pour éviter les coupures, mais qui disparaissent souvent. « Si on ne les porte pas, on risque de se couper. Si on les perd ou qu'on nous les vole, il faut les racheter et c'est déduit de notre salaire. »
« Quand je suis arrivée ici en 2020, on n'était pas obligés de payer l'équipement », a-t-elle ajouté.
Samtou se souvient d'avoir travaillé lorsque la COVID-19 a frappé l'usine pour la première fois, rendant des centaines de travailleurs malades et causant au moins six décès. Elle a raconté se souvenir d'un collègue tombé malade, à qui l'on avait dit qu'il pouvait rester chez lui pour se rétablir, mais que l'entreprise l'avait ensuite licencié pour absentéisme.
Les journalistes du WSWS ont évoqué la récente intervention de sympathisants au Brésil, devant l'usine JBS Jaguaré de São Paulo. Nous avons demandé à Samtou si, afin de garantir des salaires décents et des conditions de travail sûres, elle soutiendrait d'autres employés de JBS se joignant à ceux de Greeley en grève. « Oui, bien sûr. Ce n'est pas comme si nous demandons beaucoup. » Elle a ajouté : « Si les travailleurs brésiliens font cela, je peux leur dire que j'apprécie leur geste et leur soutien. »
Alex travaille à l'usine depuis deux ans. Il a déclaré que la cadence de la chaîne était «vraiment rapide » et que les responsables l'accéléraient pour que les ouvriers ne soient pas payés pour leurs huit heures complètes.
« Ils s’attendent à des produits de qualité, mais certains, comme l’os blanc, demandent plus de temps. Il faut y consacrer plus d’efforts et une formation est nécessaire. Il faut aller vite, et parfois on n’y arrive pas du premier coup. Il faut recommencer plusieurs fois, ça coince, et la main commence à faire mal. Et le risque de blessure augmente avec la vitesse d’exécution. »
« Nos couteaux sont notre outil le plus important, et quand on est obligés de travailler avec un vieux couteau émoussé qu'on ne peut pas faire affûter, c'est vraiment pénible.»
Alex, comme tous les autres travailleurs interrogés par le WSWS sur le piquet de grève, a rejeté l'augmentation initiale insultante de 60 cents proposée par l'entreprise, qui ne suit même pas l'inflation.
« Je n'aime pas cette offre », a-t-il déclaré. « J'ai l'impression qu'on n'aura pas grand-chose. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais JBS gagne beaucoup plus d'argent ces derniers temps. Ils ne veulent pas nous payer. »
« Comment JBS peut-elle financer des stades, faire des dons aux politiciens, et ensuite dire qu'il n'y a pas d'argent pour nous ? », s'est-il indigné.
En janvier dernier, Pilgrim's Pride, l'un des plus grands transformateurs de volaille des États-Unis et filiale de JBS, a fait un « don » de 5 millions de dollars au comité d'investiture de Donald Trump pour 2025, la plus importante contribution de toutes les entreprises.
Six mois après le versement du pot-de-vin, JBS a fait son entrée en bourse au New York Stock Exchange. L'entreprise avait sollicité l'agrément de la Securities and Exchange Commission (SEC) pendant plus de dix ans, mais ne l'a obtenu que l'année dernière, suite à la contribution financière à Trump. Ce retard était dû en partie à la corruption flagrante de Joesley et Wesley Batista, frères et principaux actionnaires de JBS. Les milliardaires ont été emprisonnés six mois en 2017 et 2018 après avoir reconnu avoir corrompu près de 1 900 politiciens au Brésil.
Le syndicat United Food and Commercial Workers Local 7, qui affirme représenter quelque 3 800 travailleurs de l'usine, avait précédemment indiqué que la grève ne durerait que deux semaines.
Alex a déclaré n'avoir reçu aucune nouvelle des négociations entre le syndicat et l'entreprise : « Rien pour l'instant. Ils tiennent juste quelques réunions. »
Abordant la question des attaques contre les immigrés, Alex a réfuté les accusations selon lesquelles ils seraient « paresseux » ou voleraient les travailleurs nés aux États-Unis.
« J'ai l'impression que nous sommes pour la plupart des travailleurs acharnés ici. Beaucoup de Mexicains ont contribué à bâtir les États-Unis. »
Alex a souligné que JBS prévoyait d'accroître sa production au Mexique et qu'il soutiendrait les autres employés de JBS qui se mettraient en grève pour soutenir les travailleurs de Greeley.
« Absolument, à 100 % », a déclaré Alex, ajoutant : « Même s'il s'agit d'usines plus petites, si nous sommes confrontés aux mêmes difficultés, nous sommes tous confrontés aux mêmes difficultés [...] Je suis totalement pour, que tout le monde se mette en grève. »
Concernant la guerre contre l'Iran, Alex a été clair : « Je suis contre la guerre. Je ne pense pas que le président devrait décider de bombarder des populations. Nous devrions être unis dans la paix. »
