Donald Trump va apposer sa signature à la crise du dollar

La décision de Donald Trump de faire figurer sa signature sur le billet d'un dollar américain suscitera sans aucun doute colère et hostilité, y voyant une nouvelle manifestation de sa volonté d'instaurer une dictature personnelle aux États-Unis et de mettre en œuvre un programme fasciste de conquête impériale à l'étranger et de guerre contre les droits démocratiques et sociaux de la classe ouvrière américaine.

Cette décision fait suite au changement de nom du Kennedy Center à Washington pour y inclure celui de Trump, à la démolition de l'aile est de la Maison-Blanche pour la remplacer par une grande salle de bal conçue par Trump, au projet de construction de cuirassés de classe Trump pour la Marine, à l'installation d'une bannière à son effigie sur le bâtiment du ministère du Travail et à l'éventuelle possibilité de renommer l'aéroport Dulles de Washington en son honneur.

Le dollar américain

Il est également envisagé qu'une pièce d'or 24 carats soit frappée avec le portrait de Trump sur une face et un aigle américain sur l'autre. Ces deux propositions sont avancées dans le cadre des « célébrations » organisées par l'administration pour le 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance et de la Révolution américaine, le 4 juillet prochain.

Comme l'ont souligné les détracteurs de cette décision, apposer la signature d'un président en exercice sur la monnaie ou son effigie sur une pièce d'or contrevient aux principes antimonarchiques sur lesquels la révolution s'est fondée.

Cependant, il se pourrait fort bien que la décision de Trump d'apposer sa signature sur le dollar soit perçue comme parfaitement appropriée, un symbole éloquent du déclin économique, culturel et politique du capitalisme américain, dont Trump, qui a tous les traits d’un gangster mafieux, est l'incarnation même.

Sur le plan économique, ce déclin et la crise grandissante qu'il engendre se manifestent le plus vivement dans la situation du dollar.

Au début de cette crise, en août 1971, lorsque le président Nixon fut contraint de supprimer l'indexation du dollar sur l'or et d'abroger les accords de Bretton Woods de 1944, qui constituaient le fondement du système financier international, le taux de change du dollar contre l'or était de 35 dollars l'once.

L'or s'établissant aujourd'hui autour de 5 000 dollars l'once, le dollar américain a perdu près de 90 % de sa valeur réelle. La dette nationale américaine a atteint 39 000 milliards de dollars et toutes les grandes institutions financières la jugent « insoutenable ». Les intérêts de cette dette s'élèvent à environ 1 000 milliards de dollars – le poste budgétaire le plus important après la défense – et le gouvernement américain est contraint d'emprunter davantage pour simplement payer les intérêts de ses dettes existantes.

Au cours des quatre dernières décennies, depuis le krach boursier de 1987, la plus forte chute en une seule journée de l'histoire, le système financier américain a été secoué par une série de crises financières, chacune plus grave que la précédente. Les turbulences majeures des années 1990, dont la faillite de Long Term Capital Management en 1998 fut la plus grave, ont été suivies par l'éclatement de la bulle Internet au tournant du siècle.

Au début du nouveau siècle, il semblait, du moins aux observateurs les plus naïfs, principalement ceux occupant les plus hautes fonctions de l'administration financière américaine, que les crises financières étaient surmontées et qu'une véritable ère nouvelle, baptisée « Grande Modération », s'était ouverte.

Cette illusion a volé en éclats avec le krach financier de 2008, déclenché par les activités criminelles flagrantes des banques, des institutions financières et des spéculateurs, ce même milieu dont Trump est issu et qu'il représente aujourd'hui à la tête de l'État américain.

Les contradictions du système financier ont de nouveau éclaté au grand jour en mars 2020 lorsque le marché des bons du Trésor américain, où s'achètent et se vendent les titres de la dette publique américaine et qui constitue le fondement du système financier mondial, s'est gelé. Il était impossible de trouver des acheteurs pour l'actif financier censé être le plus sûr au monde : une obligation d'État américaine libellée en dollars. La Réserve fédérale a dû intervenir en injectant des milliers de milliards de dollars pour éviter un effondrement total du système financier.

Aujourd'hui, la question centrale sur les marchés financiers n'est plus de savoir s'il y aura une nouvelle catastrophe financière, mais quel en sera l'élément déclencheur. Sera-t-elle provoquée par un retrait des flux financiers internationaux essentiels du marché des bons du Trésor américain, d’une valeur de 30 000 milliards de dollars, et qui entraînerait une crise de liquidités ? Assisterons-nous à un effondrement du marché obligataire lorsque les demandes insatiables de l'État américain – alimentées par des dépenses militaires toujours plus importantes – deviendront ingérables ?

L'essor de l'IA suscite déjà des interrogations, notamment quant à la rentabilité des centres de données, qui ont fait l’objet de milliers de milliards de dollars d’investissements ? À l'inverse, l'IA connaîtra-t-elle un tel succès qu'elle anéantira des pans entiers de l'industrie des services, en particulier le développement de logiciels, entraînant un chômage de masse et une récession ?

S'ajoutent à cela les inquiétudes croissantes concernant la stabilité du marché du crédit privé de 2 000 milliards de dollars et que certains observateurs considèrent déjà comme la source d'une nouvelle crise du type de celle de 2008, potentiellement plus grave encore en raison de l'explosion de la dette et de la complexité croissante des ententes financières intervenues depuis.

On tente de calmer les inquiétudes en affirmant que la situation est différente de celle de 2008, car le crédit privé n'a pas atteint l'ampleur du marché hypothécaire. Mais quiconque a une mémoire plus ancienne se souvient des propos tenus par Ben Bernanke, alors président de la Réserve fédérale, en mai 2007 : « Nous n'anticipons pas de répercussions importantes du marché des subprimes sur le reste de l'économie ni sur le système financier. »

Par ailleurs, en dehors du monde de la finance, dans l'économie réelle, les inquiétudes s'accentuent. Des secteurs clés de l'industrie ont déjà été durement touchés par les droits de douane imposés par Trump, et il faut maintenant compter avec l'impact de la hausse des prix liée à la guerre contre l'Iran, qui touche à la fois l'essence et le diesel et une vaste gamme de matières premières industrielles.

La relance tant vantée de l'industrie américaine, promise par Trump, ne s'est pas concrétisée et des licenciements collectifs frappent des secteurs clés. L'« âge d'or » pour l'économie et les travailleurs américains s'est transformé en une cruelle farce, tandis que ces derniers sont frappés de plein fouet par les difficultés.

La liste des points de tension potentiels est longue, notamment les pertes importantes d'une entité relativement petite, et encore inconnue, mais liée à des fonds spéculatifs et, par leur intermédiaire, à de grandes banques, ce qui pourrait entraîner l'effondrement de tout un édifice fragile. La faillite des entreprises automobiles First Brands et Tricolor en octobre dernier, et l'étendue de leurs liens avec les principaux fonds spéculatifs, en sont des signes avant-coureurs.

Le communiqué de presse du Trésor américain concernant la décision d'apposer la signature de Trump sur le billet d'un dollar et de frapper une pièce d'or à son effigie semblait tout droit sorti d'une satire mordante ou d’une œuvre de Jonathan Swift.

Un communiqué publié au nom du secrétaire au Trésor, Scott Bessent, indiquait :

Sous la direction du président Trump, nous sommes sur la voie d’une croissance économique sans précédent, d’une domination durable du dollar et d’une solidité et d’une stabilité budgétaires. Il n’y a pas de meilleure façon de reconnaître l’accomplissement historique de notre grand pays et du président Donald J. Trump que par l’émission de billets de dollars américains à son nom, et il est tout à fait approprié que cette monnaie historique soit émise à l’occasion du 250e anniversaire.

Le communiqué du trésorier américain, Brandon Beach, concernant ce qu’il a qualifié de « magnifique pièce d’or commémorative », allait dans le même sens :

À l’approche de notre 250e anniversaire, nous sommes ravis de préparer des pièces qui représentent l’esprit indéfectible de notre pays et de notre démocratie, et il n’y a pas de profil plus emblématique pour figurer sur ces pièces que celui de notre président en exercice, Donald J. Trump.

Et ce, dans un contexte où le régime Trump bafoue et piétine tous les principes démocratiques et égalitaires énoncés par Jefferson et les autres Pères fondateurs, et pour lesquels les révolutionnaires américains se sont battus et sont morts.

Ces déclarations ont été faites pour donner une impression de force. Elles indiquent exactement le contraire. Les dictatures de pacotille, rongées par des crises internes, des conflits et des divisions, font dire à leurs dirigeants de tels éloges à leur « grand leader ». Les régimes stables n'ont pas besoin de tout ça.

Le président Herbert Hoover est entré dans l'histoire pour son lien étroit avec la Grande Dépression, donnant son nom aux « Hoovervilles », ces bidonvilles abritant des chômeurs et des agriculteurs déplacés.

Mais aujourd'hui, alors que le capitalisme américain s'enfonce dans la crise, aucun Franklin Roosevelt n'est là pour préparer un New Deal et éviter une révolution sociale. Roosevelt disposait des ressources considérables d'un capitalisme américain encore en plein essor. Ces ressources ont disparu. Elles ont été remplacées par une montagne de dettes et de billets de banque qui porteront désormais le nom de Trump.

La crise du capitalisme américain et mondial ne peut être résolue par des réformes internes. Il n'y en a pas. La seule solution est la révolution socialiste menée par la classe ouvrière américaine et internationale, objectivement unie par la mondialisation de la production et face à l'offensive menée contre les travailleurs de tous les pays suite à la guerre en Iran, afin de reconstruire la société sur des fondements nouveaux. Trump, ses billets de banque et le système qu'il représente doivent être relégués aux oubliettes de l'histoire.

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