Oxfam Canada rapporte des inégalités de revenu et de richesse records pour 2025

Un campement de sans-abri à Kitchener, en Ontario, devant l'ancienne usine de meubles Krug

Un rapport publié en janvier par Oxfam Canada révèle que les inégalités de revenus ont atteint un niveau record en 2025. Plus inquiétant encore, les inégalités économiques – qui prennent en compte à la fois les revenus et la richesse – ont atteint un niveau qu’Oxfam Canada qualifie, à juste titre, de crise.

Le rapport « L'essor des ultrariches » détaille qu'en 2025, on comptait environ 89 milliardaires canadiens et que leur fortune a augmenté de plus de 20 % par rapport à l'année précédente. Les 40 plus grandes fortunes du pays se sont accrues de 95 milliards de dollars.

Cette situation coïncide avec une crise du coût de la vie, une pauvreté croissante et un recours jamais vu aux banques alimentaires pour la grande majorité de la population. En 2020, 6,8 % des Canadiens vivaient sous le seuil de pauvreté ; en 2023, ce taux était passé à 10,9 %. En 2024, plus de 25 % des Canadiens vivaient dans des ménages en situation d'insécurité alimentaire et jusqu'à 300 000 personnes étaient sans abri.

Le coût des loyers a explosé, si bien que de nombreuses personnes consacrent désormais plus de 50 % de leurs revenus au logement et, dans presque toutes les régions du pays, un travailleur à temps plein au salaire minimum ne peut se permettre un appartement d'une chambre. En 2025, le prix des produits d'épicerie était 27 % plus élevé qu'il y a cinq ans et une famille moyenne de quatre personnes prévoit de payer 1 000 $ de plus cette année.

À l'inverse, le rapport d'Oxfam souligne que le 1 % le plus riche du Canada détient près de 1 250 milliards de dollars de richesse, soit presque autant que les 80 % les plus pauvres réunis. Pour faire partie de cette catégorie privilégiée, il faut posséder un patrimoine net d'au moins 7 millions de dollars. Quant aux 40 % les plus pauvres, ils ne détiennent qu'un peu plus de 3 % de la richesse totale du pays, avec un patrimoine net moyen légèrement inférieur à 87 000 $.

Au sommet de la pyramide des richesses, le 0,5 % le plus riche, avec une fortune nette de près de 12 millions de dollars, possède près de 20 % de la richesse totale du Canada. Le 0,1 % le plus riche, quant à lui, détient plus de 11 % de cette richesse, avec une fortune nette d'au moins 36 millions de dollars et un patrimoine cumulé de 1 800 milliards de dollars.

À la pointe de la pyramide, soit le 0,01 %, se trouvent environ 1 800 familles dont la fortune nette s'élève à au moins 170 millions de dollars et qui détiennent près de 900 milliards de dollars au total, représentant plus de 5 % de la richesse totale du Canada.

Parmi ces familles, on peut citer :

  • La famille Thomson, la plus riche du Canada. Elle possède le Globe and Mail, le plus grand quotidien du pays, ainsi que 70 % de Thomson Reuters, l'une des plus grandes entreprises de médias et d'information au monde. La fortune de cette famille est estimée à 90 milliards de dollars.
  • Galen G. Weston, propriétaire de plusieurs entreprises, dont les pharmacies Shoppers Drug Mart et les supermarchés Loblaws, Superstore, Zehrs, Dominion et No Frills – dont les profits ont explosé ces dernières années, alors même qu'un nombre record de Canadiens dépendent des banques alimentaires –, posséderait une fortune de plus de 20 milliards de dollars.
  • La famille Rogers, qui possède l'une des plus importantes entreprises de télécommunications du Canada, incluant des stations de télévision et de radio, ainsi que Maple Leaf Sports and Entertainment, aurait une fortune d'environ 12 milliards de dollars.

À elles seules, ces trois familles contrôlent des pans entiers de l'économie canadienne. Avec d'autres magnats moins connus de cette strate sociale privilégiée, leur richesse leur permet d'exercer une influence considérable sur le quotidien de plus de 41 millions de Canadiens, dont la grande majorité appartient à la classe ouvrière et peine à joindre les deux bouts.

À l'échelle mondiale, quelque 3 000 milliardaires dominent une population de 8 milliards d'habitants. L’année 2025 a été une année record pour les milliardaires du monde, leur fortune totale ayant dépassé les 25 000 milliards de dollars.

L’une des principales forces du rapport d’Oxfam est qu’il explique comment les données officielles de Statistique Canada masquent les inégalités sociales. Le rapport d’Oxfam cite un rapport de 2024 de Social Capital Partners, une organisation à but non lucratif pro-capitaliste, intitulé « L’angle mort des milliardaires : comment les données officielles sous-estiment la gravité des inégalités de richesse au Canada ».

Ce rapport souligne que la principale méthode de mesure des inégalités de richesse utilisée par Statistique Canada est l’Enquête sur la sécurité financière (ESF), menée tous les trois à six ans. Ces enquêtes volontaires, réalisées par entrevue, consistent essentiellement, comme le décrit le rapport, à demander poliment à un échantillon de la population de révéler sa richesse en déclarant ses actifs et passifs individuels ou familiaux. En suréchantillonnant ce qu'elle considère comme les familles appartenant aux 5 % les plus riches, ou « très riches », l’ESF prétend créer une estimation fiable de la répartition de la valeur nette de cette couche.

Mais de l’aveu même de Statistique Canada, la taille de l’échantillon est insuffisante pour accomplir cette tâche, surtout pour les plus riches. L’ESF regroupe les personnes dont la valeur nette se chiffre en millions de dollars avec celles dont la valeur nette se chiffre en dizaines de milliards. De plus, étant donné que la participation à l’enquête est volontaire et que la définition de « très grande fortune » est excessivement large, la probabilité qu’un seul milliardaire canadien parmi les milliers de non-milliardaires appartenant aux 5 % les plus riches soit invité à participer à l’ESF, et a fortiori qu’il accepte, est infime.

Le rapport souligne également que l’idée selon laquelle les inégalités de richesse au Canada sont moindres qu’aux États-Unis repose sur des hypothèses erronées, dues à la méthode de collecte et de publication des données sur le patrimoine.

Le rapport de 2024, fondé sur diverses études indépendantes et universitaires, estime que la richesse détenue par le 1 % et le 0,1 % les plus riches au Canada et aux États-Unis est assez similaire :

Aux États-Unis, le 1 % le plus riche possède 35,7 % de la richesse totale, contre 26 % au Canada (les estimations de Statistique Canada l’estimant à seulement 17,3 %). De plus, le 0,1 % américain le plus riche possède 16,2 % de la richesse totale de leur pays, tandis que le 0,1 % canadien le plus riche n’est pas loin derrière, avec 12,4 % (les estimations officielles du Canada l’évaluant à seulement 3,9 %).

Le rapport indique notamment qu’en 2019, lorsque le Nouveau Parti démocratique a consulté le directeur parlementaire du budget (DPB) pour l’aider à chiffrer un impôt sur la fortune, le processus s’est avéré complexe. Le DPB a conclu que, bien que l’ESF soit considérée comme la source naturelle de ces données, elle s’avérait en réalité un indicateur peu fiable du véritable niveau de richesse des plus fortunés.

Par conséquent, le rapport d’Oxfam Canada de janvier 2026 a puisé ses données dans des articles des magazines Maclean’s et Forbes, ainsi que dans les publications du DPB et de Statistique Canada.

Les chiffres présentés par Oxfam constituent une critique accablante du capitalisme canadien. Les affirmations si souvent répétées par tous les principaux partis politiques, les gouvernements, les syndicats et autres institutions officielles, selon lesquelles « Équipe Canada » resterait unie face à la guerre commerciale avec les États-Unis et à l’aggravation de la crise économique, ou que le Canada serait une société plus juste que la république du dollar située au sud, sont démenties dans ce rapport.

Ces conclusions ne sont évidemment pas celles d'Oxfam, qui maintient une position absurde, malgré les données qu'elle a elle-même recueillies, voulant que le problème des inégalités puisse être résolu par l'adoption d'un impôt sur la fortune, la limitation du recours aux paradis fiscaux et la création d'un « Groupe international sur les inégalités ». L'organisation affirme qu'il suffirait d'« une audace et d'une ambition généralement absentes chez les dirigeants politiques fédéraux canadiens », s'adressant ainsi à un gouvernement libéral pro-patronal dirigé par l'ancien banquier central millionnaire Mark Carney.

Cette solution repose sur l'idée fausse que les gouvernements bourgeois sont tout sauf les représentants politiques de la classe dirigeante – et notamment des ultrariches, dont le rapport d'Oxfam reconnaît l'influence politique démesurée. Ce raisonnement ignore totalement le fait que les gouvernements capitalistes, toutes tendances politiques confondues, sont responsables de l'accroissement radical des inégalités sociales à l'échelle mondiale au cours des quarante dernières années. En effet, ils ont drastiquement réduit les dépenses publiques et l'impôt sur les sociétés, démantelé la réglementation des entreprises, supprimé les droits des travailleurs et la protection de l'emploi, et octroyé des milliards à une élite fortunée sous forme de renflouements et de subventions publiques.

Oxfam Canada, à l'instar d'autres ONG du même type, dépend d'un mélange de dons publics, de fondations et de subventions gouvernementales, ce qui exerce une pression matérielle déterminant ses priorités et les discours qu'elle juge acceptables pour ses donateurs et partenaires étatiques.

L'échec de la stratégie de l'organisation a été résumé dans une récente tribune publiée dans le Windsor Star, journal de droite appartenant à Postmedia. Cette tribune était signée par Lauren Ravon, directrice générale d'Oxfam Canada, et Emma Davis, une Canadienne fortunée et membre du conseil d'administration de Patriotic Millionaires Canada.

Le groupe « Millionnaires patriotes du Canada » est composé d'individus fortunés qui prétendent que leur richesse repose sur « une main-d'œuvre et une population de consommateurs en bonne santé, instruits et logés, des infrastructures de qualité et un environnement stable » – comme s'il s'agissait d'un habitat idéal pour le bétail. En réalité, toutes ces conditions ont été délibérément compromises depuis des décennies par le transfert massif de richesses vers le haut, sous l'effet de l'austérité imposée par l'État et de la volonté accrue de subordonner toutes les ressources de la société au financement de guerres impérialistes.

Oxfam et Patriotic Millionaires préconisent tous deux un impôt sur la fortune, non pas pour modifier fondamentalement la répartition des richesses et du pouvoir au Canada, mais pour apaiser la colère grandissante de la classe ouvrière.

Ravon et Davis, dans leur tribune cosignée, affirment : « L’inégalité engendre la polarisation et un sentiment d’injustice profondément déstabilisant pour la démocratie.» Et par « démocratie », ils entendent le capitalisme.

Ils écrivent qu’un nombre croissant d’ultrariches soutiennent également un impôt sur la fortune. Certes, ce n’est pas parce que les ultrariches souhaitent une répartition « équitable » des richesses, mais parce qu’ils s’inquiètent aussi de l’impact « profondément déstabilisant » que pourraient avoir sur leurs privilèges les manifestations croissantes de la lutte des classes, issues des inégalités sociales.

Cela dit, il convient de noter que les millionnaires bien intentionnés qui daignent jeter quelques miettes aux masses, à l’instar d’un seigneur féodal du haut de son carrosse doré, sont une nette minorité. L'immense majorité de l'oligarchie financière ne tolérera aucune diminution de sa fortune mal acquise et exige une intensification de sa guerre de classe contre les travailleurs, qui créent toute la richesse de la société par leur travail, afin d'accroître davantage leurs comptes bancaires et leurs portefeuilles d'actions.

L'obscène concentration de richesses entre les mains d'une minuscule oligarchie et le contrôle scandaleux qu'elle exerce sur tous les aspects de la vie sociale et politique démontrent clairement que le problème n'est pas un dysfonctionnement politique, mais la faillite du système social.

La seule solution progressiste compatible avec les besoins objectifs de la majorité est la révolution socialiste : la mobilisation politique et l'organisation indépendante de la classe ouvrière pour renverser le pouvoir capitaliste, exproprier l'oligarchie et remplacer l'anarchie du marché par une production démocratiquement planifiée et dirigée par les travailleurs.

Le capitalisme étant mondialisé, ce programme doit nécessairement être international : la classe ouvrière ne peut s'émanciper qu'en s'organisant par-delà les frontières. Cela implique de mettre en place des comités de base sur les lieux de travail, de relier les luttes au Canada aux luttes en Amérique du Nord et à l'international, et de développer une direction révolutionnaire consciente, dédiée au programme de la Quatrième Internationale, par la création du Parti de l'égalité socialiste (Canada). Seule une telle stratégie permettra de régler définitivement la question des inégalités et de faire prévaloir les besoins humains sur le profit privé.

(Article paru en anglais le 26 mars 2026)

Loading