Perspective

Donald Trump prépare le financement de la guerre mondiale par la contre-révolution sociale

Le président Donald Trump arrive du Salon Bleu pour s'exprimer depuis le Cross Hall de la Maison-Blanche, à Washington, le mercredi 1er avril 2026. [Photo AP/Alex Brandon] [AP Photo]

Vendredi, l'administration Trump a dévoilé un projet de budget axé sur une forte augmentation des dépenses militaires. Dans sa demande de budget pour l'exercice 2027, la Maison-Blanche sollicite du Congrès l'approbation d'environ 1 500 milliards de dollars pour la « défense » – autrement dit, pour l’agression militaire – ce qui représenterait le niveau de dépenses militaires le plus élevé de l'histoire moderne. Cela correspond à une augmentation vertigineuse de 40 % par rapport aux dépenses déjà record du Pentagone.

Il s'agit d'un budget pour une Troisième Guerre mondiale. Cette annonce intervient alors que Trump met en œuvre – et intensifie – sa promesse de bombarder l'Iran « pour le ramener à l'âge de pierre », c'est-à-dire de détruire les infrastructures de la vie civilisée dans un pays de plus de 90 millions d'habitants. La demande budgétaire pour l'exercice 2027 prévoit 1 100 milliards de dollars de dépenses de base, auxquels s'ajoutent des centaines de milliards de dollars de financements obligatoires pour les munitions et le développement de la « base industrielle de défense ».

Ce document exige 65,8 milliards de dollars pour la construction navale, afin d'acquérir 18 navires de combat et 16 autres navires. Il annonce également la création de la « Flotte d'or du président Trump », incluant le financement d'un « cuirassé de classe Trump » et de « frégates de nouvelle génération », tout en maintenant, voire en augmentant, l'acquisition de systèmes d’armements majeurs. Il promeut le système de défense antimissile « Dôme d'or », comprenant des capteurs et des intercepteurs spatiaux, tout en accélérant le développement de « la suprématie par les drones », des « systèmes sans pilote et de lutte anti-drones », ainsi que des « investissements historiques » dans l'intelligence artificielle.

Au cœur de ces plans se trouve la préparation à des confrontations bien au-delà de l'Iran : le resserrement de l'encerclement de la Chine et l'expansion de l’arsenal nucléaire et des systèmes de commandement, de contrôle et de communication associés. Le budget se vante d'avancer « résolument » vers le chasseur de sixième génération F-47 afin de « projeter sa puissance partout dans le monde », et présente l'ensemble de ce développement comme une transition délibérée des « anciens » systèmes vers des capacités de nouvelle génération conçues pour gagner les « guerres du XXIe siècle ».

Alors que Trump promet de ramener l’Iran à l'« âge de pierre », cette demande de 1 500 milliards de dollars constitue le mécanisme financier permettant de construire les machines les plus sophistiquées pour mener à bien un projet de régression historique.

Comment cela sera-t-il financé ? Par une attaque massive contre les droits sociaux de la classe ouvrière.

La proposition de budget prévoit 73 milliards de dollars de coupes budgétaires dans les agences nationales, ciblant le logement, l'éducation et les programmes liés au climat. Elle propose des coupes qui affaiblissent même les freins réglementaires minimaux à l'exploitation des travailleurs : par exemple, une réduction du financement de l'Administration de la sécurité et de la santé au travail (OSHA), déjà sous-financée et confrontée à une vague continue de décès au travail ; des coupes dans le budget du logement et du développement urbain ; et des réductions dans les services de santé et les services sociaux, notamment des programmes d'aide aux familles ouvrières pour le chauffage et les besoins essentiels.

Mais ces coupes budgétaires ne peuvent financer l'escalade militaire exigée par Trump. Un budget de guerre de 1 500 milliards de dollars, venant s'ajouter à un déficit et une dette déjà colossaux – conséquences de guerres interminables et de subventions aux banques – requiert bien plus que de simples réductions des dépenses discrétionnaires. Cela vise directement les programmes sociaux essentiels – Medicare, Medicaid, la sécurité sociale – car ce sont les seules catégories budgétaires suffisamment importantes pour être pillées.

C'est le sens des propos tenus par Trump lors d'un déjeuner de Pâques à huis clos la semaine dernière, où il a déclaré sans ambages que les programmes sociaux devaient être sacrifiés car « nous sommes en guerre ». Trump a exigé : « N’envoyez pas d’argent pour les crèches [...] Nous sommes en guerre. Nous ne pouvons pas nous occuper des crèches », et il a ajouté : « Il nous est impossible de nous occuper des crèches, de Medicaid, de Medicare [...] Nous devons nous occuper d’une seule chose : la protection militaire. »

Trump, selon l’expression, a vendu la mèche. Pendant plus de trente ans, sous les Démocrates comme sous les Républicains, la classe dirigeante a mené une offensive systématique contre les réformes sociales du XXe siècle, arrachées de haute lutte et concédées, en partie, par crainte d’une révolution sociale. De la déclaration de Clinton promettant de « mettre fin à l’aide sociale telle que nous la connaissons » à la « réforme de la santé » pro-patronale d’Obama qui a consolidé les profits des assureurs, en passant par la dégradation incessante de l’éducation publique, la direction a été la même.

Mais le gros du financement réside dans les principaux programmes sociaux qui constituent les garanties minimales de la vie moderne pour des dizaines de millions de personnes : la sécurité sociale, créée pendant la Grande Dépression et utilisée par plus de 70 millions de personnes, et Medicare et Medicaid, créés dans les années 1960 : Medicare couvrant environ 68 millions de personnes, et Medicaid et le Programme d’assurance maladie pour enfants couvrant ensemble plus de 75 millions de personnes, dont environ 36 millions d’enfants.

Dans les cercles dirigeants, il est admis depuis longtemps que ces programmes doivent être pillés pour financer le militarisme et enrichir l'oligarchie financière. Le Wall Street Journal a exposé sans détour la logique de classe fondamentale : le « vrai choix » se situe entre « les armes » et « les prestations sociales débridées », c'est-à-dire entre la guerre impérialiste et les droits sociaux de la classe ouvrière.

La mise en œuvre de ce programme est impossible sans l'instauration d'une dictature policière impitoyable. C'est là le fondement de la dimension de classe du déploiement paramilitaire de la police de l'immigration, des meurtres de Renée Nicole Good et d'Alex Pretti par l'ICE, de la promotion de la violence fasciste et de la criminalisation de la dissidence. Comme l'écrivait le WSWS hier : « Un gouvernement qui brutalise des populations à l'étranger emploiera les mêmes méthodes sur son propre territoire. Les méthodes développées lors des guerres impérialistes trouvent leur pendant dans la vie intérieure. » Guerre et dictature sont deux fronts d'une même lutte de classe.

Comme dans la conduite de la guerre, Trump, en matière de politique intérieure, se fait le porte-parole de l'oligarchie. Il exprime, de la manière la plus brutale et la plus crue, une politique de classe soutenue aussi bien par les Démocrates que par les Républicains.

Les Démocrates réagissent aux propositions budgétaires de Trump par leurs déclarations hypocrites habituelles, mais ils soutiennent l’orientation de classe du programme. Ils ont voté pour les budgets militaires et de renseignement colossaux qui financent la machine de guerre que Trump développe désormais sans retenue. Alors même que l'administration a mis en place un appareil d'intimidation et de terreur sur le territoire national, les sénateurs démocrates ont voté à l'unanimité, le 27 mars, pour une mesure de financement du département de la Sécurité intérieure qui abandonnait toute restriction, même minimale, sur l'ICE et la police des frontières.

Les Démocrates soutiennent l'attaque contre les programmes sociaux car ils défendent le système capitaliste qui l'exige. Il convient de manifester un mépris particulier pour la soi-disant « aile gauche » du Parti démocrate. Il est bon de rappeler que le pacte tant vanté conclu entre le maire de New York et membre des Socialistes démocrates d'Amérique, Zohran Mamdani, et Trump reposait sur un prétendu accord visant à soutenir le programme de Mamdani pour une vie plus abordable. Il s'avère que ce « programme » vise à détruire l’aide sociale pour mener la guerre et instaurer une dictature.

La mise en œuvre de la politique de l'oligarchie engendrera, et engendre déjà, une résistance explosive. Les manifestations « No Kings » du 28 mars, qui ont rassemblé des millions de personnes dans les rues, ont constitué la plus grande manifestation à ce jour d'opposition populaire à la guerre, à la dictature et à la réaction sociale, en témoignent.

Cette résistance se manifeste également à travers le mouvement de grève qui prend de l'ampleur et la vague croissante de luttes sur les lieux de travail. La guerre elle-même accélère l'opposition sociale. Elle intensifie les pressions inflationnistes, détourne des ressources colossales et aggrave les troubles économiques. Aux États-Unis, des masses de travailleurs sont horrifiées par les violences infligées au peuple iranien.

Trump met à nu, de la manière la plus brutale et la plus flagrante, ce que les marxistes expliquent depuis longtemps : l'État capitaliste est un instrument de domination de classe. Une oligarchie rapace et criminelle utilise le pouvoir d'État pour mener des guerres à l'étranger, détruire les programmes sociaux nationaux et instaurer un État policier.

La question cruciale est celle de l'organisation de l'opposition. Le Parti de l'égalité socialiste insiste sur le fait qu'elle doit s'organiser par la lutte de classe, en mobilisant le pouvoir social indépendant de la classe ouvrière. La défense des programmes sociaux et de tous les droits démocratiques fondamentaux est indissociable de la lutte contre la guerre impérialiste.

Il s'agit de développer un mouvement politique conscient de la classe ouvrière, indépendant des partis capitalistes et de l'appareil syndical, et uni internationalement. Cela implique de s'attaquer à la source du pouvoir : les oligarques et les multinationales qu'ils possèdent. Ceci requiert un programme socialiste : l'expropriation des oligarques et des multinationales, et la socialisation des ressources économiques essentielles de la société sous contrôle démocratique.

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