À la fin du mois dernier, l'administration Trump a annoncé qu'à partir de décembre 2026, tout homme américain âgé de 18 à 26 ans sera automatiquement inscrit au registre du service militaire.
Le Parti de l’égalité socialiste (SEP - Socialist Equality Party) et l’Internationale des jeunes et des étudiants pour l’égalité sociale (IYSSE) avertissent les travailleurs et les jeunes de tous les États-Unis: la classe dirigeante américaine jette les bases du rétablissement de la conscription. L'oligarchie industrielle et financière a besoin de chair à canon pour ses guerres d'agression illégales et de plus en plus étendues.
L'inscription automatique de millions de jeunes dans le Système de service sélectif (Selective Service System), dissimulée dans la Loi d'autorisation de la défense nationale (NDAA) de 2026, constitue une étape majeure vers la conscription. Actuellement, 46 États inscrivent automatiquement les hommes via leurs systèmes de permis de conduire, couvrant environ 81 % des personnes éligibles. La nouvelle loi fédéralise et universalise ce processus, en utilisant les dossiers de l'Administration de la Sécurité sociale pour inscrire le reste. L'inscription ne dépendra plus d'un permis de conduire ou d'une action individuelle. Elle sera entièrement automatique, obligatoire et liée à des bases de données fédérales qui suivent chaque citoyen dès sa naissance.
Cette mesure est lancée alors que les États-Unis mènent une guerre contre l'Iran, préparent une invasion terrestre de la côte iranienne et intensifient leur confrontation avec la Russie et la Chine. Dans le cadre d'un prétendu «cessez-le-feu», l'administration Trump continue d'envoyer une armada massive de forces militaires au Moyen-Orient.
L'armée américaine d'active compte environ 1,3 million de personnels et ses forces sont engagées à l'échelle mondiale. À son apogée, la guerre d'Irak a impliqué 170 000 soldats en 2003 mais elle a mis l'ensemble de l'armée à rude épreuve par de multiples déploiements. Une campagne terrestre soutenue en Iran — un pays quatre fois plus vaste avec une population trois fois plus nombreuse — nécessiterait probablement 300 000 à 500 000 soldats selon la plupart des estimations, et potentiellement bien plus pour une occupation prolongée.
L'armée de métier, basée sur le volontariat, n'a tout simplement pas cette capacité sans une expansion massive du recrutement (qui ne parvient déjà pas à atteindre ses objectifs) ou sans la conscription. L'infrastructure est discrètement modernisée à un moment où l'écart entre engagements militaires et main-d'œuvre disponible est immense.
Cette question est activement discutée derrière le dos du peuple américain. Le 8 mars, la porte-parole de la Maison-Blanche Karoline Leavitt a refusé d'exclure la possibilité d'une conscription, déclarant à Fox News que cela ne faisait « pas partie du plan actuel, mais que le président, avec sagesse, garde toutes les options ouvertes».
La guerre contre l'Iran fait elle-même partie d'une guerre à l’échelle mondiale et en pleine escalade; elle inclut la guerre des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie en Ukraine et, en particulier, la préparation d'une guerre contre la Chine. Ce projet de conquête mondiale exige un retour à des conditions où des dizaines de milliers de jeunes Américains sont envoyés à la mort pour maintenir la domination du capitalisme américain.
Entre 1964 et 1973, le gouvernement américain a recruté 2,2 millions d'hommes pour combattre au Vietnam. La conscription a alimenté un mouvement anti-guerre de masse et provoqué une résistance au sein des forces armées qui a contribué à la désintégration de l'armée. Nixon a aboli la conscription en 1973 parce que la classe dirigeante ne pouvait plus la soutenir politiquement.
Pendant plus de 50 ans, les États-Unis se sont appuyés sur une armée entièrement de volontaires. La classe dirigeante craignait les conséquences politiques de la conscription. Un système aujourd'hui en train de s'effondrer. Les difficultés de recrutement s’aggravent. Un article de NPR du 10 avril fait état d'une hausse subite des appels reçus par les organismes de conseil militaire de soldats souhaitant un statut d'objecteur de conscience ou une libération anticipée, la guerre en Iran étant citée comme un facteur déclencheur majeur. Les soldats évoquaient le bombardement d'une école de filles et le climat général d'illégalité entourant l’armée.
Si c'est Trump qui a promulgué cette mesure, l'initiative visant à rétablir la conscription est bipartite. La députée démocrate Chrissy Houlahan avait présenté un projet de loi sur l'enregistrement automatique en 2024 et l'avait réintroduit en 2025 après qu'il eut été retiré de la NDAA de 2024. Le projet de loi final a été adopté à la Chambre des représentants par 312 voix contre 112 et au Sénat par 77 voix contre 20. Les démocrates l'ont parrainé, l'ont fait passer en commission et ont voté pour lui en séance plénière.
Cela fait partie d'un processus international. Quatre-vingts ans après les crimes du Troisième Reich, le Bundestag allemand a approuvé une nouvelle loi sur le service militaire le 5 décembre 2025, exigeant que tous les hommes de 18 ans remplissent un questionnaire obligatoire. Les jeunes hommes auront besoin de la permission de l'armée allemande pour quitter le pays. Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a déclaré: « Si cela ne suffit pas, nous n'aurons d'autre choix que d'introduire une conscription partielle.»
La France a annoncé un programme de service militaire volontaire en novembre 2025. Le général Fabien Mandon, chef de l'état-major particulier, a déclaré que le pays devait être prêt à «perdre ses enfants» dans une guerre contre la Russie.
Les préparatifs de guerre sont indissociables de l'attaque menée contre les programmes sociaux. On refuse déjà un avenir à cette même jeunesse qu'on veut enrôler. Elle est confrontée à des loyers inabordables, à l'endettement étudiant, au travail précaire et au démantèlement des services sociaux, notamment de l'enseignement public.
Trump a déclaré plus tôt ce mois-ci que les programmes sociaux devaient être sacrifiés parce que «nous menons des guerres». Il a dit: «Nous ne pouvons pas nous occuper des garderies, de Medicaid, de Medicare. ... Nous devons nous occuper d'une seule chose: la protection militaire.» La requête budgétaire de Trump pour l'exercice 2027 consacre 1 500 milliards de dollars à l'armée — la plus importante requête du Pentagone de l'histoire — tout en ramenant les dépenses non liées à la défense à leur part du PIB la plus faible depuis les années 1950.
Le retour de la conscription est inextricablement lié à l'assaut contre les droits démocratiques. Ce même gouvernement qui met en place l'infrastructure de la conscription élargit aussi les pouvoirs de l'ICE (Police de l’immigration et des douanes), criminalise la dissidence et concentre le pouvoir dans l'exécutif. Le programme de la «guerre totale» ne peut être mis en œuvre et les niveaux extrêmes d'inégalité sociale ne peuvent être défendus sans une féroce dictature militaro-policière à l'intérieur des États-Unis.
Le SEP et l'IYSSE avancent les revendications suivantes:
- Abrogation immédiate des dispositions relatives à l'inscription automatique au Service sélectif et rejet de toute activation de la conscription pour la guerre contre l'Iran ou tout autre conflit impérialiste.
- Retrait immédiat des forces américaines du Moyen-Orient et la fin de la guerre contre l'Iran.
- Arrêt de la campagne bipartite pour la domination mondiale, de l'armement d'Israël, de l'escalade contre la Russie et la Chine; et de l'utilisation de la violence militaire pour compenser la crise du capitalisme américain.
- Abolition de l'armée permanente et démantèlement du vaste appareil militaire et de renseignement mis en place pour mener la guerre sans fin à l'étranger et la répression à l'intérieur. Le Pentagone, les agences de renseignement, le réseau mondial de bases, le système des sous-traitants militaires privés et la machine de surveillance et d'opérations clandestines ne sont pas des instruments de «défense» mais de domination impérialiste.
- Fin de la «conscription économique» où les jeunes sont poussés vers le service militaire par la pauvreté, l'endettement, le manque d'emplois décents et l'impossibilité de payer des études. Chaque jeune doit avoir le droit social à un emploi décent, à une éducation gratuite de haute qualité, aux soins de santé et au logement. Il faut mettre fin à la coercition forçant à entrer dans l’armée.
- Réaffectation des immenses ressources gaspillées pour la guerre afin de répondre aux besoins sociaux urgents: soins de santé universels, éducation publique gratuite, logement abordable et emplois sûrs et bien rémunérés pour tous.
Il faut développer la lutte pour ce programme comme un mouvement indépendant de la classe ouvrière, dans une inconciliable opposition aux deux partis capitalistes et à tous leurs complices politiques. Il faut faire revivre le vieux slogan de principe du mouvement socialiste: «Pas un homme, pas un centime pour la guerre impérialiste!» Pas un seul ouvrier, pas un seul étudiant, pas un seul jeune ne doit être sacrifié aux objectifs prédateurs de la classe dirigeante américaine.
Ceci n’est pas un appel pacifiste. C’est une politique de classe. La lutte contre la conscription ne consiste pas à chercher à obtenir une exemption individuelle du service militaire, ni à éviter de participer personnellement à la guerre tout en laissant intacts les objectifs de guerre de la classe dirigeante. Elle implique une opposition active et sans compromis au militarisme impérialiste même. Elle implique la défense des droits démocratiques et sociaux de la classe ouvrière.
L'opposition à la conscription doit donc être liée à l'opposition à la guerre, à l'ensemble de l'appareil militaire et de renseignement, et au système capitaliste qui produit la guerre.
Ce mouvement doit être international. Les travailleurs des États-Unis n'ont aucun intérêt à tuer des travailleurs en Iran, en Chine, en Russie ou n'importe où ailleurs. L'ennemi n'est pas à l'extérieur. Il est à l'intérieur: c'est la classe dirigeante capitaliste, qui subordonne le monde au profit, au pillage et à la guerre. La lutte contre le rétablissement de la conscription est inséparable de la lutte contre le capitalisme.
La guerre à ses racines dans les contradictions du système capitaliste même. L'alternative est le socialisme: la réorganisation de la vie économique sur la base des besoins de la société, sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière et à l'échelle internationale.
