L’International Bolshevik Tendency: des défenseurs pseudo de gauche de la bureaucratie syndicale et du stalinisme

Le Socialist Equality Group (SEG, Groupe de l’égalité socialiste) en Nouvelle-Zélande a reçu plus tôt cette année un courriel d'un représentant de l’International Bolshevik Tendency (IBT, Tendance bolchevique internationale) l'invitant à «participer et/ou promouvoir» un rassemblement intitulé «À bas l'impérialisme américain: Ne touchez pas à l'Amérique latine», s'opposant ostensiblement à l'attaque du Venezuela et aux menaces à l’encontre de Cuba.

Le SEG a décliné l'invitation à promouvoir l'événement, organisé par une «large coalition» comprenant Peace Action Wellington, l’IBT et Unions Wellington, un «groupe de campagne» lié à la bureaucratie syndicale. Ces organisations sont hostiles à la mobilisation de la classe ouvrière contre la guerre. Elles cherchent délibérément à détourner le sentiment anti-guerre croissant vers des appels vains au gouvernement dirigé par le Parti national et aux partis d'opposition bourgeois, le Parti travailliste et les Verts.

Débat entre la Ligue communiste internationale (Ligue spartakiste d'Australie) et la Tendance bolchevique internationale (IBT) à Melbourne, en Australie, le 29 juin 2024. [Photo: YouTube/International Bolshevik Tendency]

Le rôle de l’IBT en rejoignant la «coalition » et en incitant le SEG à faire de même, était de conférer aux syndicats une légitimité «anti-impérialiste». Lors de la manifestation, un porte-parole de l’IBT a appelé à la grève «pour paralyser la machine de guerre» et a déclaré: «Nous sommes tous d'accord pour dire que les États-Unis doivent être chassés de toute l'Amérique latine.» Ceci est tout simplement faux.

Les syndicats néo-zélandais ont refusé d'appeler à la moindre grève ou action syndicale contre le génocide à Gaza, l'attaque contre le Venezuela et l'escalade du conflit avec l'Iran. Ce sont des organisations bellicistes. Le plus grand syndicat du pays soutient ouvertement l'augmentation des dépenses militaires afin de «se doter d'une force de défense moderne et opérationnelle», préparant ainsi la Nouvelle-Zélande à un éventuel engagement dans une guerre menée par les États-Unis contre la Chine.

L’IBT est parfaitement au courant de ces faits, mais garde le silence. Sa dernière déclaration sur le génocide de Gaza, publiée le 17 octobre 2025, appelait à une «action conjointe et coordonnée au sein des syndicats et dans les ports méditerranéens» pour empêcher l'acheminement d'armes vers Israël. Elle a omis de mentionner que les dirigeants syndicaux internationaux constituent la principale force qui bloque précisément de telles actions.

Cette dissimulation découle de l'orientation de classe de l’IBT. Loin d'être marxiste ou socialiste, elle fait partie de ces formations pseudo de gauche qui défendent les intérêts de certaines couches de la classe moyenne, notamment la bureaucratie syndicale, dont l'objectif n'est pas de renverser le capitalisme, mais de s'assurer une position plus confortable au sein du système capitaliste.

L’IBT s’oppose à l’appel du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) demandant aux travailleurs de se rebeller contre la bureaucratie syndicale en créant des comités de la base sur les lieux de travail sous leur propre contrôle démocratique.

De plus, l'IBT cherche à piéger les travailleurs en entretenant l'illusion que de faux partis réformistes — tels que le Your Party en Grande-Bretagne et, à une époque antérieure, NewLabour en Nouvelle-Zélande — et le régime stalinien chinois peuvent jouer un rôle progressiste et anti-impérialiste.

Clarifier le rôle politique de l’IBT — qui est présente en Europe, en Amérique du Nord et en Nouvelle-Zélande — fait partie du combat du CIQI pour établir l'indépendance politique de la classe ouvrière vis-à-vis de tous les partis capitalistes et de leurs défenseurs nationalistes issus de la classe moyenne.

La Ligue spartakiste, l'IBT et le stalinisme

L'idéologie nationaliste petite-bourgeoise de l’IBT est profondément ancrée dans son histoire. L'organisation est née de scissions survenues au début des années 1980 au sein de la Ligue spartakiste, elle-même fondée dans les années 1960 en opposition au CIQI. Les dirigeants actuels de l’IBT en Nouvelle-Zélande, Bill Logan et Adaire Hannah, ont auparavant occupé des postes importants au sein de la Ligue spartakiste en Australie et en Grande-Bretagne jusqu'à la fin des années 1970.

L’IBT défend les positions avancées par les spartakistes dans les années 1960 et 1970, affirmant qu’ils «ont porté l’étendard du trotskysme révolutionnaire». [1] Rien ne pourrait être plus loin de la vérité.

Michel Pablo (à droite) avec Ernest Mandel

La tendance spartakiste était une adaptation au pablisme, un courant révisionniste apparu au sein de la Quatrième Internationale après la Seconde Guerre mondiale, sous l'impulsion de Michel Pablo et Ernest Mandel. Pablo réfutait la conclusion de Trotsky que la bureaucratie stalinienne était devenue une force contre-révolutionnaire en Union soviétique et à l'échelle internationale, que la classe ouvrière devait renverser dans une révolution politique afin de préserver et d'étendre les acquis de la Révolution russe. Trotsky avait fondé la Quatrième Internationale en 1938 comme parti mondial de la révolution socialiste, pour mener la classe ouvrière dans une lutte sans compromis contre le stalinisme, la social-démocratie et le nationalisme bourgeois.

Tirant des conclusions profondément pessimistes de la stabilisation temporaire du capitalisme après la Seconde Guerre mondiale, Pablo affirmait qu'il était impossible de construire des partis trotskystes indépendants et que les régimes staliniens, sous la pression des masses, pouvaient accomplir des tâches révolutionnaires. Il ordonna aux trotskystes de s’intégrer au «mouvement de masse tel qu'il existe», notamment aux organisations staliniennes, social-démocrates et nationalistes bourgeoises.

En 1953, le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) fut fondé pour défendre le trotskysme orthodoxe contre le programme liquidateur du pablisme, qui ordonnait aux sections nationales de se dissoudre dans des mouvements staliniens, réformistes et nationalistes bourgeois, sous le faux prétexte que ces forces pouvaient être poussées vers la gauche.

Le SWP américain (Socialist Workers Party) a d'abord été à la tête de la lutte internationale contre le pablisme. Mai une décennie plus tard, le CIQI mena une lutte acharnée contre la décision opportuniste du SWP de se réunir avec les pablistes au sein du Secrétariat unifié.

Deux groupements d'opposition sont apparus au sein du SWP: le Comité américain pour la Quatrième Internationale (initiales anglaises ACFI), aligné sur le CIQI dans la défense du trotskysme orthodoxe, et la Ligue spartakiste, dirigée par James Robertson, qui se concentrait sur les questions tactiques américaines plutôt que sur la lutte internationale contre le révisionnisme.

Lors du Troisième Congrès mondial du CIQI à Londres en 1966, Robertson manifesta son hostilité envers la question stratégique centrale consistant à bâtir une direction révolutionnaire par une lutte sans relâche contre l'opportunisme. Il rejeta «l'idée que la crise actuelle du capitalisme soit si aiguë et profonde qu'un révisionnisme trotskyste soit nécessaire pour dompter les travailleurs, à l'instar de la dégénérescence des Deuxième et Troisième Internationales. Une telle appréciation erronée reposerait sur une énorme surestimation de notre importance actuelle et mènerait, par conséquent, à notre désorientation.»

Comme l'expliqua (article en anglais) plus tard le CIQI, «il s'agissait ni plus ni moins d'un rejet total de l'analyse que Trotsky avait faite de la signification de la fondation de la Quatrième Internationale, et d'une adhésion à la perspective pabliste. Trotsky avait insisté sur le fait qu'en dehors des cadres de la Quatrième Internationale, si peu nombreux fussent-ils, il n'existait sur la planète entière aucune tendance révolutionnaire digne de ce nom.»

Malgré l'affirmation de Robertson que l'impérialisme n'avait pas besoin de révisionnisme pour «dompter les travailleurs», le programme liquidateur des pablistes avait déjà sauvé le pouvoir capitaliste en faisant dérailler une situation révolutionnaire au Sri Lanka. En juin 1964, le Lanka Sama Samaja Party (LSSP), salué par les pablistes comme «le plus grand parti trotskyste du monde», avait intégré le gouvernement de coalition bourgeois de Sirimavo Bandaranaike au Sri Lanka. Cette trahison historique a désorienté la classe ouvrière et a ouvert la voie à des décennies de guerre civile communautaire sanglante.

Affirmant que la Quatrième Internationale avait été «détruite» par le pablisme et rejetant la lutte du CIQI pour la continuité du trotskysme, la Ligue spartakiste déclara que le mouvement serait reconstruit «par un processus de scissions et de fusions» avec d'autres tendances.

Cela fournit la justification pour que la Ligue spartakiste (LS) s’oriente vers les staliniens et l'appareil syndical. Elle rejeta, dans les faits, la perspective trotskyste selon laquelle la bureaucratie stalinienne représentait le plus grand danger de restauration capitaliste, et que seule une révolution politique menée par la classe ouvrière pour renverser cette bureaucratie pouvait défendre et étendre les acquis des révolutions russe et chinoise.

Comme l'expliqua le CIQI, l'appel de la LS à une «défense militaire inconditionnelle» des régimes staliniens «ne s'adressait pas à la classe ouvrière, et ce groupe ne disposait certainement d'aucun moyen de mettre en œuvre cette tactique lui-même. Il s'agissait plutôt d' un appel hystérique à la bureaucratie stalinienne même pour qu'elle adopte une position militaire plus conflictuelle à l'extérieur tout en recourant à une répression violente contre ses opposants politiques à l'intérieur du pays, principalement la classe ouvrière.»

La Tendance bolchevique internationale (TBI) trouve son origine dans la «Tendance extérieure», formée en 1982 par des membres aux États-Unis, au Canada et en Allemagne qui avaient été expulsés ou avaient fait scission avec les Spartakistes lors d'une série de crises internes à la fin des années 1970 et au début des années 1980. La Tendance extérieure basée aux États-Unis, qui s'était rebaptisée Tendance bolchevique, a fusionné avec le Groupe révolutionnaire permanent de Nouvelle-Zélande — dirigé par les anciens Spartakistes Logan et Hannah — pour former l’IBT en 1991.

L’IBT glorifie encore la Ligue spartakiste des années 1960 et 1970, mais affirme que dans les années 1980, elle a dégénéré dans une «direction stalinienne» et que la direction de Robertson a pris des «caractéristiques hyper-centralistes, paranoïaques et personnalistes». [2]

Les divergences entre l’IBT et la LS étaient toutefois limitées et d'ordre tactique, plutôt que de principe. L’IBT conservait la même orientation pro-stalinienne. Elle prenait ses distances avec certaines des apologies les plus grossières des spartakistes, comme le slogan «Vive l'Armée rouge!» qui glorifiait l'invasion soviétique de l'Afghanistan fin 1979. Tout en jugeant ce slogan trop complaisant envers la bureaucratie soviétique, l’IBT appelait néanmoins à un «soutien militaire aux staliniens», appuyant ainsi l'invasion – une réaction au financement par les États-Unis des moudjahidines rebelles contre le régime aligné sur Moscou.

L’IBT a présenté l’invasion comme progressiste, s’appuyant sur l’ argument pabliste et spartakiste selon lequel l’Armée rouge défendait les «formes de propriété socialisées» et s’opposait à l’impérialisme. En réalité, la guerre – financée par la classe ouvrière soviétique au prix d’attaques brutales contre les conditions de vie et de milliers de morts – a accéléré la crise économique qui a abouti à la décision de la bureaucratie de dissoudre l’Union soviétique. [3]

De même, l’IBT a apporté son «soutien militaire inconditionnel» aux staliniens pour écraser le mouvement de grève de masse des travailleurs polonais en 1981, qu'elle a qualifié de «contre-révolutionnaire». Elle s'est contentée de critiquer l'engagement des spartakistes à «assumer d'avance la responsabilité de toutes les idioties et atrocités» commises par les troupes soviétiques. [4]

Alors que la bureaucratie soviétique de Mikhaïl Gorbatchev préparait la dissolution imminente de l’URSS et la restauration du capitalisme, l’IBT insistait pour dire que c’était le «devoir» des socialistes de soutenir les factions staliniennes rivales qui tentèrent un coup d’État militaire en août 1991. Les putschistes reconnaissaient la nécessité de restaurer le capitalisme, mais craignaient que la rapidité de cette transformation ne déclenche un mouvement incontrôlable au sein de la classe ouvrière. [5]

Concernant la Chine, l’IBT persiste à nier l'évidence: le capitalisme y a été restauré. Elle qualifie la Chine d'«État ouvrier déformé» et, sur cette base, justifie la répression des travailleurs et présente son armée comme une force progressiste.

L’IBT a récemment exhorté la Chine à affronter directement les forces américaines dans les Caraïbes. Dans une publication Facebook du 26 février, elle a déclaré que la Chine devrait briser le blocus de Cuba en «utilisant ses puissantes ressources navales pour escorter les navires transportant du pétrole, des fournitures d'énergie renouvelable et d'autres marchandises à travers le périmètre américain».

L'idée que les travailleurs cubains, ou de tout autre pays opprimé, puissent se défendre en s'alliant à la Chine dans une confrontation militaire avec l'impérialisme américain est à la fois dangereuse et illusoire. Si cette perspective est prise au sérieux, elle ne peut que compromettre la tâche essentielle d'unifier la classe ouvrière internationale – y compris les travailleurs des États-Unis et de Chine – au sein d'un mouvement anti-guerre socialiste.

En réalité, Pékin réagit aux préparatifs de guerre très avancés de Washington contre la Chine en cherchant désespérément un compromis avec les puissances impérialistes. Parallèlement, en réponse aux provocations des États-Unis et de leurs alliés à Taïwan et en mer de Chine méridionale, la Chine organise ses propres exercices militaires, faisant ainsi le jeu des États-Unis et aggravant le risque d'une guerre nucléaire catastrophique.

La crainte majeure de l’élite dirigeante chinoise est que l’aggravation de la crise économique mondiale et la menace d’une guerre ne déclenchent un mouvement de la classe ouvrière contre son régime policier capitaliste. L’IBT a déjà indiqué sa position dans une telle confrontation: lorsque des millions de personnes ont manifesté à Hong Kong en 2019 pour réclamer des droits démocratiques et la fin des violences policières, l’IBT a qualifié les manifestations de «pro-impérialistes» et a appelé à «la répression des dirigeants du mouvement et de ses membres les plus intransigeants». [6]

L’IBT et le Nouveau Parti travailliste en Nouvelle-Zélande

La restauration du capitalisme par les régimes staliniens n'était que la réponse la plus frappante à la mondialisation sans précédent de la production dans les années 1980, qui a irrémédiablement sapé les fondements de tous les programmes politiques réformistes nationaux. Elle faisait partie du virage à droite opéré a l’échelle mondiale par tous les partis – staliniens ou sociaux-démocrates – vers lesquels les travailleurs s'étaient auparavant tournés pour défendre leurs intérêts.

En Nouvelle-Zélande, le gouvernement travailliste de 1984-1990, dirigé par le Premier ministre David Lange et le ministre des Finances Roger Douglas, abandonna le programme de réformes sociales et adopta la même politique de droite que Reagan aux États-Unis et Thatcher en Grande-Bretagne. Il privatisa les biens de l'État, réduisit drastiquement l'impôt sur les sociétés et instaura une taxe sur la consommation ainsi que des frais d'inscription à l'université. Ces mesures ont été mises en œuvre par une bureaucratie syndicale sous direction stalinienne qui collabora (article en anglais) à la fermeture d'usines et à la destruction d'environ 70 000 emplois dans le secteur manufacturier.

Alors que le soutien au Parti travailliste s'effondrait, de nombreux staliniens et anciens pablistes, ainsi que le Groupe révolution permanente (initiales anglaises PRG) – devenu la section néo-zélandaise de l’IBT en 1990 – sont entrés en action pour canaliser le mécontentement vers des illusions sur le réformisme et pour bloquer l'émergence d'un mouvement de classe ouvrière en opposition au Parti travailliste.

Jim Anderton a fondé le Nouveau parti travailliste en 1989 [Photo: Alexander Turnbull Library/Phil Reid]

Le PRG rejoignit le Nouveau parti travailliste (initiales anglaises NLP) fondé en 1989 par Jim Anderton, un député travailliste de premier plan – qui se décrivait lui-même comme étant «légèrement à gauche du centre » – suite à une scission d’avec le gouvernement. Le NLP a attiré des responsables syndicaux, des travaillistes, des staliniens, des maoïstes et d'anciens membres de la Socialist Action League (article en anglais).

Le PRG a prétendu de manière frauduleuse que le NLP avait le potentiel de devenir «un véritable parti ouvrier de masse». Il avait prétendument «remis la politique de classe ouvrière au centre de l’agenda politique dominant. Il promettait un point de convergence pour la mobilisation en faveur de réformes immédiates importantes et un forum pour la discussion et le débat de gauche». [7]

En réalité, Anderton préconisait des réformes sociales modérées, parallèlement à un programme national-protectionniste de contrôle des importations, afin de stimuler la «compétitivité internationale» des entreprises manufacturières néo-zélandaises.

Le Nouveau parti travailliste soutenait le «pacte» conclu entre les syndicats et le gouvernement. Ce dispositif, par lequel la bureaucratie syndicale sous direction stalinienne contrôlait la classe ouvrière et réprimait les revendications en faveur d’une campagne de lutte sociale et politique contre l'aile droite du Parti travailliste, avait suscité une vive opposition de la part des travailleurs.

Une fois leur utilité épuisée en tant que couverture «socialiste» de la supercherie d'Anderton, les membres du PRG furent exclus du NLP. Par la suite, le PRG déplora que le parti «aurait pu être un lieu de rassemblement vital et dynamique pour des personnes aux points de vue variés au sein du mouvement ouvrier». En réalité, il réunissait des tendances de la classe moyenne, orientées vers le Parti travailliste, les syndicats, la politique féministe et la politique d’identité maorie – les soi-disant «nouveaux mouvements sociaux» – pour s'opposer à la construction d'un mouvement révolutionnaire indépendant dans la classe ouvrière. [8]

L’IBT continue de promouvoir activement la politique d’identité raciale et de genre, ce qui sert à diviser les travailleurs et à les subordonner à des segments de la classe moyenne supérieure et à l’establishment politique capitaliste. En Nouvelle-Zélande, l’IBT soutient le «mouvement pour l’autonomie maorie» fondé sur le traité de Waitangi, un document colonial utilisé par les gouvernements successifs comme prétexte pour distribuer des compensations de plusieurs millions de dollars à la bourgeoisie maorie. [9]

Elle utilise également la question des droits des personnes transgenres pour renforcer les syndicats, le Parti vert et d'autres groupes de la classe moyenne, se basant sur l'affirmation que des éléments de «la bourgeoisie 'progressiste' ou des partis ouvriers réformistes peuvent parfois être convaincus» de soutenir l'accès aux soins de santé pour les personnes transgenres et les mesures anti-discriminatoires, même si «ces réformes sont réversibles sous le capitalisme». [10]

Après avoir expurgé le PRG et d'autres groupes de la classe moyenne, le NLP s’est rebaptisé Alliance en 1991. Il a rejoint un gouvernement de coalition avec le Parti travailliste en 1999, puis s'est effondré en 2002 après avoir voté pour envoyer des troupes néo-zélandaises se joindre à l'invasion criminelle de l'Afghanistan par les États-Unis.

L’IBT procède actuellement à une infiltration opportuniste similaire au sein du Your Party en Grande-Bretagne, fondé l’an dernier par l’ex-chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn et la députée Zarah Sultana. En août 2025, l’IBT a affirmé à tort qu’il était «bien trop tôt pour dire quel genre de parti» serait Your Party, mais a déclaré qu’il pourrait devenir un parti de «changement social révolutionnaire». [11]

En opposition aux nombreux groupes pseudo de gauche qui ont salué Your Party, le SEP (Parti de l'égalité socialiste) en Grande-Bretagne a averti dès le départ qu'il s'agissait d'un piège politique qui mènerait à la trahison et à la défaite des travailleurs. Il a expliqué le bilan de droite de Corbyn, son soutien à l'OTAN et aux armes nucléaires, sa politique d'austérité et sa capitulation devant la campagne «contre l'antisémitisme» orchestrée par l'État et visant à criminaliser la gauche. L'objectif de Corbyn est de construire un Parti travailliste bis pour bloquer, neutraliser et empêcher l'essor d'un mouvement socialiste de masse dans la classe ouvrière.

L’IBT et la bureaucratie syndicale

La promotion du stalinisme et des partis capitalistes «de gauche» par l’IBT, tout comme sa défense de la bureaucratie syndicale, sont les deux faces d'une même perspective nationaliste, ancrée dans le rejet de la lutte pour mobiliser la classe ouvrière internationale sous la direction du mouvement trotskyste.

Dans un article de mars 2025, l’IBT a été contrainte d'admettre que «les syndicats n'ont pas su lutter, même de manière limitée, lorsque les travailleurs en avaient besoin», mais a imputé cet échec à une politique erronée susceptible d'être corrigée en faisant pression. Elle a appelé les «communistes» à «lutter pour un pôle militant, pour un débat ouvert sur les divergences stratégiques et pour défier la direction».

Un article du 28 février appelant les travailleurs à faire grève contre la guerre américano-israélienne contre l'Iran affirmait de même: «La direction actuelle du mouvement syndical est trop redevable à sa classe dirigeante respective pour lancer de telles actions, mais il y a de l'espoir que la base puisse faire pression pour un retour au bon sens.»

Cette position — selon laquelle on peut «pousser» les dirigeants syndicaux à se battre — fait écho à celle de la Ligue spartakiste, qui attribuait la vague de défaites de la classe ouvrière dans les années 1980 à l'incapacité des dirigeants syndicaux à «jouer dur pour gagner».

Comme l'a souligné le CIQI, cela n'expliquait rien. Le caractère corrompu et réactionnaire des dirigeants syndicaux ne pouvait s'expliquer que comme «l'expression subjective de processus objectifs plus fondamentaux». La mondialisation avait «sapé la viabilité des syndicats en tant qu'organisations nationales de défense de la classe ouvrière. Ce processus se manifeste par la décadence de ces organisations et leur transformation en appendices du patronat et de l'État.»

En tant qu’organisations «nées historiquement du terreau de l’économie nationale et de la montée en puissance de l’État-nation», les syndicats n’ont apporté aucune réponse progressiste à la mondialisation. Pendant plus de 40 ans, leur rôle a consisté à saboter les grèves, à imposer des licenciements massifs et à contribuer à faire baisser le niveau de vie des travailleurs afin de défendre la «compétitivité internationale» de leur bourgeoisie nationale.

En réponse à l'insistance des Spartakistes pour dire que ce qu’il fallait c’était faire pression sur les syndicats, le CIQI a déclaré (article en anglais): «Dire aux travailleurs qu'ils doivent exiger des syndicats qu'ils fassent des choses que ces organisations ne sont ni disposées ni capables de faire, ce n'est pas éclairer, mais bien plutôt semer la confusion, désinformer et, finalement, démoraliser les masses.»

Aujourd'hui, subordonner les travailleurs aux syndicats revient à aider ces organisations à défendre l'État bourgeois et l'impérialisme – ce qui est particulièrement flagrant dans le refus des syndicats d'appeler à la grève contre le génocide de Gaza et la guerre contre l'Iran.

Les luttes explosives qui ont secoué les États-Unis en janvier 2026 démontrent également que tout mouvement de masse sérieux contre le fascisme doit se développer en opposition à l'appareil syndical. La revendication d'une grève générale pour mettre fin au règne de terreur exercé par l'ICE et à la dérive dictatoriale de Donald Trump a gagné en popularité dans la classe ouvrière, indépendamment des syndicats, profondément hostiles à une telle grève.

Pour lutter contre la guerre et l'austérité, et défendre les droits démocratiques, les travailleurs doivent créer des comités de la base, qu'ils contrôlent eux-mêmes, indépendants de la bureaucratie syndicale et de tous les partis capitalistes. Ces comités doivent se battre pour l’unification de tous les travailleurs, y compris la grande majorité d’entre eux qui n'est pas syndiquée. Le CIQI a lancé l'Alliance ouvrière internationale des comités de base afin de fédérer les luttes ouvrières par-delà les frontières et de surmonter les divisions nationales imposées par les syndicats.

Conclusion

Il faut tirer de sérieuses leçons politiques de l'histoire de l’IBT et des Spartakistes. Toutes les théories qu'ils ont avancées sur le rôle «progressiste» du stalinisme et sur les possibilités de «transformer» les syndicats et les partis capitalistes de la «gauche large» en organisations «révolutionnaires» ont été réduites à néant par les événements.

La dégénération droitière de toutes ces organisations nationalistes a ouvert la voie à l'éruption de la guerre impérialiste et au retour du fascisme. Ces développements radicalisent des millions de personnes mais ce processus objectif ne produira pas automatiquement un mouvement socialiste conscient.

La tâche urgente à laquelle sont confrontés les travailleurs et les jeunes aux tendances socialistes est de construire la direction révolutionnaire nécessaire aux luttes ouvrières de masse à venir. Cela implique un combat politique pour séparer le trotskysme – le programme de la révolution socialiste mondiale – de toutes les tendances politiques pseudo de gauche qui cherchent à pousser les travailleurs et les jeunes à nourrir des illusions sur les partis et régimes bourgeois et les syndicats. À mesure que la crise du système capitaliste s'aggrave, la pseudo-gauche sera mobilisée comme dernier moyen de défense de la domination bourgeoise.

Seul le CIQI fournit la perspective stratégique nécessaire à ce combat, grâce à sa lutte de principe pour défendre le programme trotskyste contre le stalinisme et les efforts liquidateurs du pablisme et contre toutes les formes de politique nationaliste.

Nous appelons les travailleurs et les jeunes de Nouvelle-Zélande qui partagent l'analyse présentée dans cet article à rejoindre le Socialist Equality Group et son mouvement de jeunesse, l'International Youth and Students for Social Equality (Jeunes et Etudiants internationaux pour l’égalité sociale), qui luttent pour créer la section néo-zélandaise du CIQI.

[1] “Spartacist League: The Early Years” [La ligue spartaciste: les premières années] https://www.bolshevik.org/1917/no14geof.pdf

[2] “Stalinophilia, Stalinophobia, Flinches & Opportunism: Whatever Happened to the Spartacist League?” [“Stalinophobie, Stalinophobie, flanchement et opportuniste: qu’est-il arrivé à la Spartaciste League?”] https://bolshevik.org/Pamphlets/Whatever/ibt_whateverhappened_01.html

[3] “On the Slogan ‘Hail Red Army!’” [Sur le mot d’ordre ‘Vive l’Armée rouge’] https://www.bolshevik.org/1917/no5/no05slaf.html

[4] “Solidarnosc: Acid Test for Trotskyists” [Solidarnosc: l’épreuve de vérité pour les trotskystes] https://www.bolshevik.org/Pamphlets/Solidarnosc/solidarnosc.html

[5] “Soviet Rubicon & the Left” [L’union soviétique et la gauche] https://www.bolshevik.org/1917/no11/no11ussr.html

[6] “Defend China against Pro-Imperialist ‘Democracy’ Campaign!” [Défendez la Chine contre la ‘démocartie pro-impérialiste] https://bolshevik.org/1917/no42/ibt_20190927_hong_kong.html

[7] Cité dans Bryce Edwards, “NewLabour Party History”, Liberation blog: https://liberation.typepad.com/liberation/2009/05/newlabour-party-history-6-the-development-of-factions.html

[8] “The ‘French Turn’ in New Zealand: Trotskyism and the New Labour Party” [Le tournant français en Nouvelle Zélande: le trotskysme et le Nouveau Parti Travailliste] https://bolshevik.org/1917/no9/no09prg.html (April 1990)

[9] “Māori Rights under Attack” [Les droits Maoris attaqués] https://bolshevik.org/1917/no49/ibt_20241120_maori_rights_under_attack.html

[10] “Transphobia & Fascism: Mobilise the workers’ movement for trans rights!” [Transphobie et fascisme: mobilisez le mouvement ouvrier pour les droits des personnes trans] https://bolshevik.org/1917/no47/ibt_20230419_transphobia_fascism.html

[11] “First Steps for a New Workers’ Party: Proposals for discussion” [Premiers pas pour un nouveau party ouvrier] https://bolshevik.org/statements/ibt_20250819_first_steps_new_workers_party.html (August 19, 2025)

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