Les tensions entre les États-Unis et l’UE éclatent au sujet de la guerre en Iran tandis que la France mène des pourparlers secrets avec la Chine

Les conflits entre les États-Unis et l'Europe ont explosé dans les semaines précédant le soudain cessez-le-feu américain avec l'Iran annoncé par Donald Trump le 7 avril. Trump s'en est pris à plusieurs reprises aux régimes européens et en particulier au président français Emmanuel Macron, l'accusant d'être « très peu utile » sur le dossier iranien.

Les emportements de Trump, accompagnés de menaces génocidaires de bombarder l'Iran pour le ramener à l'âge de pierre, visent à obscurcir la situation et non à l'éclairer. Le gouvernement français, à l'instar de ses homologues européens, reste profondément complice de la guerre américaine. Cependant, les divagations du président fasciste américain soulignent les conflits irréconciliables entre les grandes puissances impérialistes qui sous-tendent la guerre d'agression de l'impérialisme américain contre l'Iran.

Le 30 mars, Trump a dénoncé Macron sur Truth Social comme étant « très peu utile » pour avoir refusé de laisser les avions américains survoler la France pour transporter du fret vers Israël. Le 31 mars, il a déclaré aux marines britannique et française que si leurs pays manquaient de carburant, ils devraient « faites preuve d'un courage tardif, allez dans le détroit, et SERVEZ-VOUS ». Le 1er avril, il s'est moqué de Macron à propos de la gifle télévisée que ce dernier a reçue de sa femme lors d'une visite au Vietnam, affirmant que Macron « se remet encore de la droite qu'il a pris à la mâchoire ».

Trump visait bien plus que le simple refus de Macron d'accorder des droits de survol aux États-Unis ou son refus de permettre aux navires de guerre français de quitter la Méditerranée pour affronter les missiles antinavires iraniens dans le golfe Persique. Ses sorties reflètent les conflits interimpérialistes explosifs qui s'intensifient au sein de l'alliance de l'OTAN. Tandis que Trump s'exprimait, Paris préparait une initiative concrète, bien que limitée, visant les alliés de l'Iran, en particulier la Chine, qui va à l'encontre des objectifs fondamentaux de la politique étrangère américaine.

Le 2 avril, la France s'est jointe à la Russie et à la Chine pour bloquer une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, parrainée par les monarchies pétrolières du golfe Persique, autorisant le recours à la force contre l'Iran. C'était le résultat de pourparlers secrets entre des responsables français et chinois depuis peu après le début de la guerre. Les ministres des Affaires étrangères chinois et français, Wang Yi et Jean-Noël Barrot, se sont entretenus le 2 mars, et Wang a poursuivi les discussions avec des responsables français, notamment lors d'un entretien le 20 mars avec le conseiller de Macron, Emmanuel Bonne.

Le 3 avril, après le vote de la France aux côtés de la Russie et de la Chine aux Nations unies, le porte-conteneurs Kribi, appartenant à la compagnie maritime française CMA CGM, est devenu le premier navire européen à transiter par le détroit d'Ormuz. Il semblait, malgré la guerre américaine contre l'Iran, que l'Europe pourrait continuer à recevoir des approvisionnements énergétiques cruciaux du golfe Persique.

Juste avant d'annoncer le cessez-le-feu de la semaine dernière, alors qu'il menaçait d’exterminer l'Iran, Trump a dénoncé ses alliés européens. Se déclarant « très déçu » par l'OTAN, il a affirmé que l'absence d’aide de l'Europe dans la guerre contre l'Iran est « une tache sur l'OTAN qui ne disparaîtra jamais ». Après le début du cessez-le-feu, le Wall Street Journal a rapporté que de hauts responsables américains planifient des « sanctions » contre les pays européens de l'OTAN qu'ils jugent peu solidaires de la guerre contre l'Iran.

Dans les dénonciations hystériques de Trump contre la France et ses alliés européens, il y a une large part d'exagération politique. En réalité, la France, comme d'autres puissances européennes de premier plan, a joué un rôle clé pour permettre l'agression militaire américaine contre l'Iran – s'appuyant surtout, dans le cas de la France, sur sa présence militaire dans la région du golfe Persique.

La France a déployé ses avions de combat Rafale le 2 mars, trois jours après le début de la guerre, afin de protéger les émirats pétroliers du golfe Persique soutenus par les États-Unis contre d'éventuelles représailles militaires iraniennes. Elle a autorisé les vols de ravitaillement américains à destination de l'Iran à utiliser la base aérienne d'Istres, dans le sud de la France. Plus important encore, le 5 mars, elle a accordé aux États-Unis l'accès aux bases aériennes françaises de la région : Al Dhafra aux Émirats arabes unis, Prince Hassan/H5 en Jordanie et la Base aérienne 188 à Djibouti. Ces bases servent à ravitailler les bombardiers américains, qui se déplacent pour attaquer l'Iran depuis de très longues distances et qui dépendent donc fortement d'un ravitaillement à proximité de l'Iran.

Les dénonciations de Trump envers la France relèvent énormément de la posture politique. Tandis que l'Europe fournit à Trump un bouc émissaire pour l'issue désastreuse de son attaque initiale contre l'Iran, ses remarques aident l'élite dirigeante française à masquer sa complicité dans une guerre d'agression et d'extermination qui est massivement impopulaire parmi les travailleurs français. Cette complicité est active et permanente. Même dans leurs discussions avec leurs homologues chinois, les responsables français n'interviennent pas pour dénoncer l'agression américaine, mais pour tenter d'isoler et d'affaiblir l'Iran.

Le 2 avril, alors que la France votait aux côtés de la Chine et de la Russie au Conseil de sécurité de l'ONU, l'amiral français Nicolas Vaujour a pressé sans succès la Chine de menacer l'Iran pour qu'il abandonne sa politique de blocage du détroit d'Ormuz en réponse à la guerre américaine. « Nous n’avons pas vu la marine chinoise intervenir pour rouvrir le détroit », a déclaré Vaujour, ajoutant : « Par conséquent, la Chine devra sans doute s’impliquer plus directement dans le débat et manifester son impatience face au maintien de la fermeture du détroit. »

Mais alors que Washington et Paris poursuivent tous deux une politique néocoloniale contre l'Iran, les critiques de Trump envers l'Europe reflètent avant tout des conflits objectivement ancrés sur les marchés, les profits et les positions stratégiques qui, par deux fois au XXe siècle, ont dégénéré en guerres mondiales. L'année dernière, Trump a imposé des tarifs douaniers unilatéraux sur les exportations européennes vers les États-Unis, le capitalisme américain cherchant à reconquérir des parts de marché dans des industries clés face à ses concurrents européens.

En mars dernier, pendant la guerre contre l'Iran, les responsables américains ont menacé d'interrompre les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) américain vers l'Europe si l'Union européenne (UE) tentait de renégocier les tarifs douaniers. L'UE ayant coupé ses importations de gaz russe à l'instigation des États-Unis après le déclenchement de la guerre en Ukraine, et les exportations de gaz du golfe Persique étant interrompues par la guerre d'agression américaine contre l'Iran, la portée de cette menace était claire. Washington menace l'UE d'un blocus énergétique qui pourrait briser l'économie européenne.

À des époques précédentes, les États impérialistes ont répondu aux tentatives de blocus de matières premières essentielles par des déclarations de guerre. Après que l'administration Trump a menacé d'envahir le territoire danois du Groenland plus tôt cette année, le potentiel d'une rupture catastrophique des relations américano-européennes, dégénérant en un affrontement militaire direct, est de plus en plus évident.

L'ouverture de l'Europe envers la Chine – un pays que l'impérialisme américain considère comme son principal concurrent économique – suscite sans aucun doute une vive inquiétude dans les cercles de la politique étrangère américaine, aussi arrogantes et infructueuses que puissent être les négociations françaises avec la Chine. En effet, après la récente rupture des pourparlers entre les États-Unis et l'Iran dans le contexte du cessez-le-feu, Trump a de nouveau brandi la menace d'un blocus du golfe Persique. Les responsables européens se demandent sans doute si un tel blocus pourrait conduire à ce que des navires de guerre américains reçoivent l'ordre de saisir du pétrole ou du gaz européens.

Les négociations entre les grandes puissances mondiales échouent parce que ces conflits sont trop profonds et impliquent des intérêts capitalistes trop fondamentaux pour être résolus par la diplomatie. Le système capitaliste plonge de plus en plus profondément dans une guerre mondiale, poussé par la contradiction entre le caractère mondial de la production économique et le système des États-nations. Cela signifie que les travailleurs et les jeunes ne peuvent pas tenter d'obtenir un changement progressiste en se plaçant dans la perspective de faire pression sur les gouvernements capitalistes pour qu'ils changent de politique.

La manière dont la guerre entraîne l'effondrement des formes démocratiques de gouvernement a été démontrée de façon frappante il y a seulement trois ans en France, lors de la lutte contre les coupes de Macron dans les retraites, absolument impopulaires. Gouvernant contre le peuple, Macron a sabré les pensions pour débloquer des dizaines de milliards d'euros pour le budget militaire. Les trois quarts des Français s'opposaient à ces coupes, mais il les a fait passer de force au Parlement sans vote. Il a ensuite envoyé la police anti-émeute attaquer les manifestants, les grévistes et les passants, préparant la guerre à l'extérieur en menant la guerre de classe à l'intérieur.

Pour stopper la guerre, l'unification des luttes dans un mouvement socialiste international de la classe ouvrière, des deux côtés de l'Atlantique et à l'échelle internationale, est fondamentale.

(Article paru en anglais le 13 avril 2026)

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