Les gouvernements européens ont rejeté les exigences de l'administration Trump de participer au blocus du détroit d'Ormuz que Trump a déclaré dimanche, après avoir annoncé un cessez-le-feu la semaine dernière dans sa guerre d'agression contre l'Iran. Une rupture historique des relations européennes avec les États-Unis est en cours.
Dans le même temps, la réponse des bourgeoisies européennes est marquée avant tout par la lâcheté et l'hypocrisie. Non seulement un blocus est en soi un acte de guerre, mais la fermeture du détroit d'Ormuz couperait les approvisionnements essentiels en pétrole, en gaz et en engrais de l'Europe et du monde entier. Pourtant, aucun des gouvernements européens n'a osé dénoncer le blocus, appeler à sa fin, demander l'arrêt de la guerre ou mettre fin à l'assistance militaire et financière au gouvernement américain.
Au contraire, reflétant la vision des oligarchies capitalistes corrompues qu’ils représentent, les gouvernements européens continuent d’envisager une intervention navale dans le golfe Persique – alors même que celle-ci serait confrontée à la même menace de missiles iraniens qui a jusqu’à présent dissuadé la marine américaine de s’attaquer aux côtes iraniennes. La Grande-Bretagne et la France organisent vendredi un sommet réunissant une alliance de 40 pays afin de préparer une mission navale dans le détroit d’Ormuz, coordonnée indépendamment de Washington.
« Cette mission strictement défensive et distincte des belligérants aura vocation à se déployer dès que la situation le permettra », a déclaré le président français Emmanuel Macron. Il a appelé à « un règlement solide et durable du conflit au Moyen-Orient par la voie de la diplomatie qui permette de doter la région d’un cadre robuste permettant à chacun de vivre en paix et en sécurité ». Il a poursuivi en dénonçant « les activités nucléaires et balistiques de l’Iran » et « ses actions déstabilisatrices dans la région ».
Les mensonges de Macron sont sidérants. La principale menace pour la paix et la sécurité au Moyen-Orient ne vient pas de l’Iran, qui n’a pas déclenché cette guerre ni aucune des autres guerres menées contre lui, mais de Washington et de la guerre d’extermination lancée par le président fasciste américain. Quant à la paix au Moyen-Orient, Paris se rend complice de son affaiblissement en mettant constamment en avant l’amitié de Macron avec le gouvernement israélien alors même que celui-ci commet un génocide à Gaza.
En Allemagne, le ministre de la Défense Boris Pistorius a répondu : « Cette guerre n'est pas la nôtre, nous ne l'avons pas commencée [...] Que veut accomplir Donald Trump avec une poignée de frégates européennes dans le détroit d'Ormuz, alors que même la puissante marine américaine n'a pu le faire ? » Le bureau du chancelier Friedrich Merz a publié un communiqué affirmant que la guerre de Trump contre l'Iran « n'a rien à voir avec l'OTAN ».
La déclaration de Merz est une échappatoire pathétique, car il est évident que la guerre menée par Trump contre l’Iran, et en particulier son blocus du détroit d’Ormuz, prive l’Europe d’approvisionnements énergétiques essentiels. Cela fait suite à la destruction du gazoduc allemand Nord Stream reliant l’Allemagne à la Russie, après que le président américain Joe Biden eut menacé de le détruire. Cette politique américaine cohérente, qui consiste à menacer directement de couper l’approvisionnement énergétique de l’Europe, « a très certainement à voir avec l’OTAN».
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré à la BBC Radio : « Nous ne soutenons pas le blocus et toute la mobilisation diplomatique, politique et de capacités [...] tout cela est concentré, de notre point de vue, sur l'ouverture totale du détroit. » Il a ajouté : « Quelle que soit la pression – et il y a eu une pression considérable – nous ne nous laisserons pas entraîner dans la guerre. Ce n'est pas dans notre intérêt national, car je ne vais pas agir à moins qu'il n'y ait une base légale claire et un plan clair et réfléchi. »
La position hypocrite des gouvernements européens est apparue lors de l'interrogatoire de la ministre travailliste de l'Éducation préscolaire, Olivia Bailey, à qui les journalistes de Sky News ont demandé six fois si elle soutenait le blocus américain. Bailey a refusé de répondre par oui ou par non, répétant au contraire : «Nous ne participerons pas au blocus et nous croyons au principe très important de la libre navigation des mers, et nous souhaitons que la liberté de navigation soit respectée dans le détroit d'Ormuz. »
Une contradiction fondamentale marque la politique des gouvernements européens. Lorsque le gouvernement américain prend des mesures de guerre les ciblant, ils ne ripostent pas contre les États-Unis, mais contre l'Iran et le Moyen-Orient. À la base de leur collaboration avec Trump se trouve non seulement une lâcheté personnelle mais, surtout, des intérêts impérialistes objectifs. Les puissances européennes interviennent pour défendre leurs propres bases militaires et les profits extraits du Moyen-Orient, et pour maintenir des liens financiers avec Wall Street ainsi que leur alliance militaire de l'OTAN avec l'impérialisme américain.
Le coût humain de la guerre et les conséquences économiques catastrophiques du conflit sur les emplois de millions de travailleurs ainsi que sur le pouvoir d'achat de l'ensemble de la population ne préoccupent guère Macron, Starmer et les dirigeants des autres gouvernements capitalistes à travers l'Europe. Ils s'inquiètent bien davantage de préserver la domination de l'impérialisme mondial au Moyen-Orient, de plus en plus menacée par l'échec initial de la guerre de Trump, que du bien-être des travailleurs d'Europe ou du monde entier.
Malgré le refus des puissances européennes de contester les éléments les plus réactionnaires de la politique étrangère impérialiste des États-Unis, le fossé entre Washington et ses « alliés » européens de l'OTAN continue de s'élargir et devient chaque jour plus explosif.
Une indication en est donnée par les tensions financières et économiques croissantes entre les puissances impérialistes de l'OTAN. Alors que Trump menace de couper les exportations américaines de gaz naturel liquéfié si l'Europe ne se plie pas à ses tarifs douaniers, des forces puissantes au sein de la classe dirigeante européenne explorent un virage qui s’éloignerait du dollar américain. Étant donné que l'interruption du commerce du pétrole et du gaz du Moyen-Orient en dollars réduit la nécessité pour les pays de détenir des dollars pour acheter de l'énergie, ils signalent un intérêt pour des alternatives au dollar.
Au début du mois, la Banque de France a liquidé le reste de ses réserves d'or détenues aux États-Unis afin d'acheter de l'or qui sera conservé sur place, dans son coffre-fort à Paris. Cette décision intervient alors que les responsables allemands, italiens et d'autres grandes puissances européennes débattent de la possibilité de rapatrier en Europe leurs propres réserves d'or détenues aux États-Unis.
Le système de compensation de paiements Euroclear a également indiqué qu’il envisageait d’investir davantage dans les obligations chinoises et de diversifier ses placements par rapport au dollar, en transférant des capitaux d’actifs libellés en dollars américains vers des actifs libellés en renminbi chinois. Il a publié un communiqué dans lequel il déclare : « La diversification est une tendance qui prend véritablement de l’ampleur sur les marchés financiers. Il y a une opportunité à saisir pour tenter de concilier les besoins et les exigences réglementaires de la Chine avec les normes internationales recherchées par les investisseurs mondiaux. »
Alors que les menaces américaines de couper l’approvisionnement en énergie posent visiblement une menace mortelle pour l'économie européenne, de tels mouvements financiers posent une menace égale pour l'économie américaine. Les investisseurs européens détiennent un total estimé à 8 000 milliards de dollars d'actifs américains – bons du Trésor, actions et obligations d'entreprises – ce qui équivaut à 24 % de la dette souveraine américaine. Si les investisseurs européens se débarrassaient de leurs bons du Trésor américain, soit en raison des rendements de plus en plus faibles des actifs en dollars, soit en guise de représailles aux menaces tarifaires ou énergétiques des États-Unis, cela pourrait déclencher une immense crise de la dette souveraine américaine de 38 000 milliards de dollars et une flambée des taux d'intérêt aux États-Unis.
Les conflits explosifs entre les puissances impérialistes de l'OTAN illustrent une fois de plus la contradiction fondamentale du système capitaliste, celle qui oppose l'économie mondiale au système des États-nations, contradiction que les grands marxistes du XXe siècle avaient identifiée comme la source des deux guerres mondiales de ce siècle. La tâche cruciale du XXIe siècle pour les travailleurs consiste à mettre un terme à la chute accélérée du capitalisme vers la guerre mondiale et le génocide en développant un mouvement international au sein de la classe ouvrière contre la guerre impérialiste, à arracher le pouvoir des mains de l’oligarchie capitaliste et à instaurer le socialisme.
