Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a été reçu mardi avec les honneurs militaires devant la chancellerie à Berlin. La présence imposante de dizaines de soldats en uniforme et armés soulignait l'importance de la visite. Des tireurs d'élite étaient positionnés sur les toits environnants pour assurer la sécurité des premières consultations gouvernementales germano-ukrainiennes depuis 20 ans. L'objectif principal de la réunion était la signature d'un nouveau partenariat stratégique entre l'Allemagne et l'Ukraine.
Le mercredi suivant, le Groupe de contact sur la défense de l’Ukraine (GCDU) s'est réuni à Berlin. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, et son homologue britannique, John Healey, ont accueilli le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, et le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, à l'occasion de la 34e réunion ministérielle du GCDU. D'autres participants ont assisté à la réunion en ligne. L'objectif principal était de coordonner l'offensive de l'OTAN dans la guerre en Ukraine et d'accroître le soutien militaire à Kiev.
Ces deux événements illustrent l'agressivité avec laquelle l'impérialisme allemand alimente la guerre contre la Russie. La propagande officielle, selon laquelle cette guerre vise à défendre la démocratie et la liberté, était un mensonge dès le départ. Les puissances de l'OTAN ont systématiquement provoqué l'invasion russe, par l'expansion continue de l'alliance militaire vers l'est, jusqu'à la frontière de la Russie, et par la transformation de l'Ukraine en un avant-poste militaire face à la Russie, puissance nucléaire.
Avec l'escalade du conflit au Moyen-Orient et les menaces ouvertes d'anéantissement proférées par Donald Trump contre l'Iran – que le chancelier allemand Friedrich Merz a cyniquement justifiées comme des « tactiques de guerre diplomatiques » –, tous les prétextes sont désormais abandonnés dans la guerre en Ukraine également. Merz et Zelensky ont visité ensemble des usines d'armement et se sont entendus sur des mesures pour renvoyer au front les soldats ukrainiens aptes au service en Allemagne.
Il faut le dire clairement : de facto, l'Allemagne est de nouveau en guerre contre la Russie et perpétue une tradition historique désastreuse. Au XXe siècle, l'impérialisme allemand a tenté à deux reprises de soumettre la Russie par la force, commettant au passage des crimes abominables. Aujourd'hui, la classe dirigeante s'apprête à réitérer cette tentative. Comme lors des deux guerres mondiales, l'Ukraine est un champ de bataille central.
Lors d'une conférence de presse conjointe, Merz a ouvertement menacé la Russie. Il a affirmé que le nouveau partenariat stratégique était « un signal très clair adressé à la Russie », que l'Allemagne « ne relâcherait pas ses efforts pour défendre l'Ukraine » et que la Russie n'avait « aucune chance » de gagner cette guerre.
L'accord prévoit un renforcement considérable de la coopération militaire. Depuis le début du conflit, l'Allemagne a apporté à l'Ukraine une aide militaire s'élevant à 55 milliards d'euros. Selon le gouvernement, 11,5 milliards d'euros supplémentaires sont prévus pour cette année. Plus précisément, les décisions prises entre Berlin et Kiev portent sur les points suivants :
- Production conjointe et développement accru de drones, notamment pour la reconnaissance et les frappes en profondeur derrière les lignes de front ;
- Renforcement de la coopération entre les entreprises de défense allemandes et l’industrie de guerre ukrainienne, avec notamment la création de sites de production communs directement en Ukraine ;
- Plans concrets de l’entreprise de défense Diehl Defence pour la fourniture future de systèmes de défense aérienne IRIS-T supplémentaires et la production conjointe de lanceurs et de composants avec l’Ukraine ;
- Augmentation massive de la production de munitions pour compenser les lourdes pertes subies dans la guerre d’usure contre la Russie ;
- Développement et fabrication de systèmes d’armes à longue portée conçus pour permettre des frappes ciblées en profondeur en territoire russe ;
- Poursuite des livraisons d’armes lourdes, de systèmes de défense aérienne, de chars, d’artillerie et de matériel logistique militaire.
Il ne s’agit pas d’une simple « coopération en matière de défense », comme le prétend la propagande officielle, mais bien d’une coopération globale de guerre. L’objectif est d’intensifier le conflit, de militariser l’Europe et, en cas de crise, de réorienter l’économie vers la production d’armement – une perspective évoquée ouvertement depuis longtemps dans les documents stratégiques des groupes de réflexion européens.
Un rapport officiel du ministère de la Défense indique clairement que la coopération avec l'Ukraine contribuera « au développement des capacités industrielles et à l'innovation technologique en Allemagne [...] renforçant ainsi la sécurité d'approvisionnement de la Bundeswehr [armée allemande] ».
Parallèlement, l'objectif est d'exercer un contrôle économique sur l'Ukraine et de la piller systématiquement sous couvert de « reconstruction ». L'accord de partenariat stratégique stipule explicitement une coopération dans l'extraction de « minéraux critiques ». Un accord entre le Service géologique ukrainien et l'Institut fédéral des géosciences et des ressources naturelles prévoit des projets conjoints d'exploitation des gisements minéraux ukrainiens et de conseil aux acteurs étatiques et industriels.
Avec cette nouvelle impulsion vers l'Est, l'impérialisme allemand ravive ses ambitions historiques de grande puissance. Lors de la Première Guerre mondiale, le contrôle de l'Ukraine, pays riche en ressources et d'une importance géostratégique capitale, figurait parmi les objectifs de guerre déclarés de l'Empire allemand. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le régime nazi reprit cet objectif et le radicalisa dans la guerre d'anéantissement contre l'Union soviétique, qui coûta la vie à plus de 27 millions de personnes.
L'historien Fritz Fischer a mis en lumière la continuité de cette politique. Dans son ouvrage Hitler war kein Betriebsumfall (Hitler n'était pas un accident), il souligne que les objectifs géostratégiques et économiques du nazisme étaient directement liés à l'expansionnisme wilhelminien.
Aujourd'hui, la classe dirigeante allemande poursuit à nouveau l'objectif de soustraire l'Ukraine et d'autres États ayant appartenu à l'Union soviétique à la sphère d'influence de Moscou et de les placer sous le contrôle d'une Union européenne dominée par Berlin. En 2022, le chancelier social-démocrate de l'époque, Olaf Scholz, déclarait que l'intégration de l'Ukraine marquait un « point de départ » pour une intégration européenne plus poussée, incluant les États des Balkans occidentaux, la Moldavie et, à long terme, la Géorgie.
Autrement dit : derrière l'offensive militaire allemande se cachent les mêmes intérêts impérialistes qu'au XXe siècle. Depuis la réunification, la classe dirigeante s'emploie systématiquement à réorganiser l'Europe sous l'égide de l'Allemagne afin d'affirmer ses intérêts économiques et géostratégiques mondiaux, de plus en plus par la force militaire.
L'Allemagne a joué un rôle clé dans le démembrement de la Yougoslavie et les bombardements de la Serbie par l'OTAN. Ont suivi des interventions militaires en Afghanistan, au Moyen-Orient et en Afrique, ainsi que le soutien continu à la guerre génocidaire menée par Israël contre les Palestiniens et le Liban et à la guerre d'agression menée par les États-Unis contre l'Iran.
Concernant la Russie, ce ne sont pas seulement des intérêts économiques, notamment en matières premières, mais aussi une soif de vengeance historique qui alimente l'escalade. Alors que tous les partis du Bundestag (Parlement allemand) soutiennent globalement la guerre et le réarmement, le Parti de l'égalité socialiste (SGP) avait mis en garde contre cette évolution dès le départ. Dès 2014, nous déclarions :
L'histoire se répète avec une violence inouïe. Près de 70 ans après les crimes nazis et la défaite de l'Allemagne lors de la Seconde Guerre mondiale, la classe dirigeante allemande renoue avec la politique impérialiste de grande puissance, héritée de l'Empire du Kaiser et d'Hitler [...] En Ukraine, le gouvernement allemand coopère avec les fascistes de Svoboda et du Secteur droit, qui s'inscrivent dans la lignée des collaborateurs nazis de la Seconde Guerre mondiale.
Cet avertissement s'est avéré. L'Allemagne est aujourd'hui à la pointe du réarmement militaire ukrainien, notamment en soutenant les forces d'extrême droite et fascistes au sein de l'État et de l'armée.
Parallèlement, cette politique exacerbe les tensions entre les puissances impérialistes elles-mêmes, en particulier entre l'Allemagne et les États-Unis. Du point de vue de la bourgeoisie allemande, la lutte pour la suprématie en Europe et sur l'Ukraine s'inscrit en définitive dans la préparation d'une future confrontation avec Washington.
Le seul moyen d'empêcher la catastrophe d'une Troisième Guerre mondiale est de construire un mouvement socialiste international de la classe ouvrière – en Russie, en Ukraine, en Allemagne, à travers l'Europe, aux États-Unis et dans le monde entier – contre la guerre et sa cause fondamentale : le système capitaliste.
