La guerre contre l'Iran démasque la faillite politique de Mélenchon et de la France insoumise

Depuis le 28 février 2026, les États-Unis et Israël mènent une guerre d'agression contre l'Iran. Trump a menacé publiquement d'exterminer la civilisation iranienne, des propos dont le caractère nazi n'échappe à personne. Des dizaines de milliers de civils iraniens ont été tués ou blessés. Le site nucléaire de Natanz et le célèbre palais du Golestan ont été frappés. La guerre a embrasé tout le Moyen-Orient et secoue l'économie mondiale entière.

Face à cette réalité, Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise (LFI) n'ont pas appelé les millions de travailleurs qui votent pour eux à faire grève et à manifester contre la guerre. Ils se sont bornés à pleurer le droit international violé, tout en faisant le silence sur les luttes ouvrières en Iran et sur les mécanismes par lesquels Washington a incité une crise politique en Iran avant de lui faire la guerre.

Jean-Luc Mélenchon commente les résultats préliminaires du premier tour de l'élection présidentielle à Paris, en France, le dimanche 10 avril 2022. (AP Photo/Michel Spingler)

L'inaction de Mélenchon face à la guerre a les mêmes racines que son silence sur les intrigues que Washington a utilisées pour la préparer. Elle découle du caractère de classe de LFI: un parti populiste et antimarxiste, issu du PS bourgeois, dont le fondateur revendique lui-même, noir sur blanc, le rejet d'une politique orientée vers la classe ouvrière et la révolution socialiste.

Dans L'Ère du peuple, publié en 2014 alors qu’il fondait LFI, Mélenchon affirmait que toute la gauche était à l'agonie: «Le mal est bien avancé. Il ne sera pas réparé avec de savantes explications pour discerner la vraie gauche de la fausse.» Il appelait à enterrer les fondations du marxisme: «Ici, c'est le peuple qui prend la place qu'occupait hier la 'classe ouvrière révolutionnaire' dans le projet de la gauche. … La révolution citoyenne, ce n'est pas l'ancienne révolution socialiste.»

Ces conceptions ne sont pas restées théoriques; elles ont préparé LFI à servir d'instrument politique à l'impérialisme français pour bloquer une mobilisation des travailleurs contre la guerre et le génocide à Gaza au Moyen Orient, et la crise sociale et économique mondiale qui en découle.

Mélenchon fait le silence sur les luttes ouvrières iraniennes

La question que pose la guerre contre l'Iran n'est pas abstraite : c'est de mobiliser toute la puissance sociale de la classe ouvrière—en France, en Europe, aux États-Unis, au Moyen-Orient—pour arrêter des gouvernements impérialistes qui commettent des crimes d'une gravité historique. En décembre 2025, avant que les manifestations soutenues par Washington et Tel Aviv n'éclatent, une vague de grèves a traversé l'Iran, posant les bases d'une telle mobilisation.

Ces grèves avaient des causes profondes. Des années de sanctions américaines avaient ravagé l'économie iranienne, provoquant une inflation persistante et une dégradation continue des conditions de vie des travailleurs. La guerre menée par Israël et les États-Unis contre l'Iran en juin 2025 avait encore aggravé cette situation, désorganisant les exportations pétrolières et amplifiant la crise économique.

Des milliers de travailleurs du pétrole, du gaz et de l'électricité avaient manifesté le 10 décembre à Téhéran devant le parlement. Des sidérurgistes avaient fait grève à Shadegan le 8 décembre, et plus de 5 000 travailleurs des raffineries clés de South Pars avaient débrayé les 8 et 9 décembre. Des travailleurs de l'entreprise Middle East Sugar à Shush avaient suivi en grève dans la seconde quinzaine de décembre, de même que des cheminots à Lorestan, Zagros et Andimeshk.

Mélenchon et LFI, comme l'ensemble des médias et de l'establishment politique français, ont fait le silence sur les luttes ouvrières iraniennes. Par contre, ils se sont emparés d'un mouvement qui a commencé à la fin décembre par des manifestations de marchands bazaaris, portant sur la chute de la monnaie iranienne et la faillite de la banque iranienne Ayandeh.

Ce n'est pas par mégarde que Mélenchon a ignoré les grèves pour ne retenir que ce second mouvement. Une politique ouvrière, internationaliste aurait exigé de soutenir les grèves, d'expliquer leurs enjeux, et d'appeler les travailleurs en France à les soutenir et à se mobiliser contre la politique de guerre, de sanctions et de génocide menée à Gaza, contre l'Iran et à travers tout le Moyen-Orient. Mélenchon ne pratique pas ce genre de politique.

Mélenchon couvre l’ingérence de Trump en Iran

Face aux manifestations bazaaris, Mélenchon écrivait le 1er janvier 2026 sur X:

«Les manifestations populaires en Iran témoignent de l'impasse d'un pouvoir religieux à gérer une société développée sans la bâillonner. Un peuple comme le nôtre regarde toujours avec sympathie l'insoumission populaire qui affirme le droit à une vie digne. Par contre, en manifestant son soutien, le Mossad cherche à exaspérer les tensions entre iraniens.»

Cette déclaration est exemplaire de la méthode politique de Mélenchon. Elle mentionne l'intervention du Mossad pour mieux en minimiser la portée, en la reléguant au rôle d'un facteur extérieur qui «exaspère» les Iraniens, plutôt que d’expliquer le rôle de l’impérialisme et du sionisme dans ce mouvement. Ce faisant, elle faisait silence sur l'essentiel: Washington avait délibérément fabriqué la crise économique qui avait déclenché ces manifestations.

Deux semaines plus tard, le 13 janvier 2026, le Wall Street Journal a écrit: «Le signe avant-coureur que tout allait s’effondrer en Iran n’est pas venu de la colère de l’opposition dans le pays, ou des espoirs frustrés de jeunes avides de libertés personnelles. Il est venu de l’effondrement d’une banque. A la fin de 2025, la banque Ayandeh, dirigée par des proches du régime et accablée de près de 5 milliards de dollars de pertes, avait fait faillite.»

Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent déclarait publiquement le 5 février 2026 devant la Commission bancaire du Sénat: «Ce que nous avons fait, c'est créer une pénurie de dollars dans le pays. Cela s'est terminé de façon rapide et grandiose en décembre, quand l'une des plus grandes banques d'Iran a fait faillite. La banque centrale a dû imprimer de l'argent, la monnaie iranienne est entrée en chute libre, l'inflation a explosé, et ainsi nous avons vu le peuple iranien dans la rue.»

Trump a depuis avoué avoir tenté d'armer les manifestants en acheminant des armes à travers les nationalistes kurdes dans la région. Ceci confirme que le génocidaire de la Maison Blanche cherchait à transformer des protestations en insurrection armée pro-impérialiste, et non à défendre les droits démocratiques des Iraniens.

Dès le début du mouvement, toutefois, il était déjà clair que les dirigeants de l'OTAN et d'Israël intervenaient agressivement pour tenter de le piloter. Des responsables du Mossad avaient apporté leur soutien public aux manifestations; l'ancien directeur de la CIA Mike Pompeo tweetait: «Bonne année à chaque Iranien dans les rues. Aussi à chaque agent du Mossad qui marche à leurs côtés.» Ces forces surveillaient et orientaient le mouvement depuis ses débuts, précisément parce que Washington en avait concocté les prémisses financières.

Ces informations étaient disponibles au moment même où Mélenchon saluait le mouvement. Son tweet du 1er janvier le traitait sans ambages comme une affirmation populaire du droit à une vie digne, sans avertir les travailleurs que Washington et Tel Aviv avaient délibérément déclenché et orientaient activement ce mouvement.

Mélenchon applaudit une «révolution citoyenne» provoquée et armée par Trump

Alors que le régime iranien écrasait des attaques armées visant ses forces de police et de sécurité intérieure, Mélenchon applaudissait le mouvement. Dans son billet du 14 janvier 2026, intitulé «Vous avez raison d’avoir peur!», il saluait pêle-mêle les bazaaris ruinés par le Trésor américain et les insurrectionnels armés par la CIA et le Mossad comme acteurs d’une «révolution citoyenne.»

«La révolution en cours est bien une révolution citoyenne», a-t-il écrit, pour ensuite accuser le régime iranien de manier une répression sanglante contre l’ensemble du peuple iranien:

Les informations qui parviennent d’Iran montrent un massacre organisé des opposants au régime théocratique. … (L)e point de départ du moment présent est une mobilisation populaire profonde qui a éclaté d’abord sur ses mots d’ordre sociaux. Son enracinement est venu de là, en dépit des ingérences grossières de Netanyahu et de Trump qui ont facilité le travail de répression par leur intrusion dans la situation en donnant l’impression que les opposants en action sont leurs agents.

Il est révélateur que Mélenchon ait qualifié le mouvement de décembre-janvier de «révolution citoyenne», reprenant le concept central de son propre livre de 2014.

La «révolution citoyenne», par définition, transcende les classes et rassemble le «peuple» contre le pouvoir. Elle n'a pas à s'interroger sur les forces sociales et politiques qui organisent et orientent un mouvement. Elle n'a pas à demander qui a fabriqué la pénurie de dollars, qui a provoqué la faillite bancaire, quels agents du Mossad marchaient parmi les manifestants. Mélenchon a délibérément ces faits pourtant accessibles — privant ainsi ses lecteurs des informations nécessaires pour faire l’analyse du mouvement en cours et pour s’opposer à la guerre qui se préparait.

La faillite de cette position devient éclatante au regard de la suite des événements. Les forces génocidaires qui tapissent l'Iran de bombes et menacent d'exterminer sa civilisation avaient instigué et soutenu dès le départ ce mouvement que Mélenchon présentait comme une quête de dignité humaine. Présenter cette opération comme un mouvement pour la dignité, c’est laver l'impérialisme en utilisant un langage de pseudo-gauche.

Agression impérialiste contre l’Iran: Mélenchon met sur pied d’égalité l’agresseur et l’agressé

Mélenchon a adopté une posture d’apparence critique après le début de la guerre, le 28 février, mais il continuait en réalité sa politique précédente. Faisant observer sur X qu’une guerre d’agression est la «négation de tout droit international», il a proposé aux travailleurs de se fier non pas à la lutte des classes mais à la diplomatie de Macron face à l’agression contre l’Iran: «Face au danger qui monte, plus que jamais le droit et les Nations-Unies sont les seuls moyens de la France.»

En même temps, dans son tweet, Mélenchon a tenu à dénoncer l'ayatollah Khamenei, chef du régime mort avec sa famille lors d’une frappe américano-israélienne, comme étant le «bourreau du peuple iranien». Cette formulation, au moment même où le plus puissant État militaire du monde tapissait l'Iran de bombes, mérite une analyse.

Il est exact que le régime iranien a réprimé par la force le mouvement instigué par Washington et condamné des opposants à mort. Mais qualifier Khamenei de «bourreau du peuple iranien» au moment de sa mort lors de frappes américano-israéliennes, c'est couvrir l'impérialisme.

Le premier bourreau du peuple iranien réside à la Maison Blanche: c'est lui qui a menacé d'exterminer la civilisation iranienne, bombardé des sites civils, et organisé l'effondrement économique préalable à la guerre. Il dispose pour cela de la complicité active de l'État français, qui a mis la base d'Istres et ses bases dans le Golfe persique à la disposition de Washington.

Les déclarations de Mélenchon n'évoquent pas ces faits. Elles ne mentionnent pas les dizaines de milliers de civils tués, ni les familles de responsables du régime qui ne portent aucune responsabilité directe pour le régime mais ne subissent pas moins les bombes. La dissymétrie entre la sévérité de Mélenchon envers le régime iranien et son silence sur les crimes de Washington ainsi que sur la complicité française recouvre une hypocrise pro-impérialiste.

La nature profonde de cette politique trouve son expression la plus crue dans un billet de blog de Mélenchon publié le 6 avril 2026, alors que la guerre continue, que le cessez-le-feu reste fragile, et que Trump menace d'une nouvelle escalade. Mélenchon y écrit: «Savourons le temps de calme qui nous est encore donné. D'ici peu l'onde de choc de la guerre d'agression d'Israël et des USA contre l'Iran va déferler plus fort que jamais sur le moindre recoin du monde.»

Mais nous ne vivons pas dans une époque calme. La guerre embrase le Moyen Orient, menace d’embraser le monde, fait monter les cours du pétrole et menace une implosion financière mondiale. Face à cette réalité, Mélenchon n'appelle pas à préparer politiquement la classe ouvrière, à organiser une mobilisation internationale contre la guerre, à appeler des grèves pour stopper la guerre. Il appelle à savourer un répit. C'est l'attitude d’un spectateur fataliste qui démobilise l’opposition à la guerre, non pas d’un dirigeant révolutionnaire.

Contre Mélenchon, la lutte contre la guerre et pour le pouvoir ouvrier et le socialisme

La réponse de LFI à la guerre contre l'Iran donne raison à l'opposition irreconciliable du Comité international de la IVe Internationale (CIQI) aux tendances de pseudo-gauche qui ont capitulé à l'establishment politique. Mélenchon utilise son influence non pour organiser la résistance de la classe ouvrière à la guerre impérialiste et à la réduction continue de ses niveaux de vie sous Macron, mais pour la soumettre au cadre institutionnel de l'État capitaliste.

Mélenchon a été membre de l'Organisation communiste internationaliste (OCI), le parti de Pierre Lambert qui a rompu avec le CIQI en 1971 pour soutenir le PS bourgeois de Mitterrand. Sa trajectoire, de l'OCI au PS pendant plus de trente ans et finalement à LFI, a produit non pas un mouvement révolutionnaire ouvrier, mais une fraction de l'establishment capitaliste qui se drape dans un langage radical afin de contenir l'opposition des masses. La guerre contre l'Iran en fournit la démonstration la plus récente et la plus accablante.

Seule l’irruption des travailleurs dans le processus historique peut stopper cette guerre. Il s’agit de préparer la mobilisation de la classe ouvrière: construire les organisations de la base capables de s’opposer à la guerre, unifier les luttes ouvrières à l’international, et préparer les travailleurs à ôter le pouvoir aux oligarchies capitalistes fauteuses de guerre. Pour cela les travailleurs devront s’organiser indépendamment de Mélenchon et des organisations de son Nouveau Front Populaire, dont l’appareil de la CGT.

Mais la précondition de l’organisation indépendante de la classe ouvrière est la formation d’un mouvement politique rejetant fermement les positions pro-impérialistes de Mélenchon. Le Parti de l’égalité socialiste, section française du CIQI ; propose les revendications suivantes, sur lesquelles il demande aux travailleurs, aux jeunes et aux couches progressistes parmi les intellectuels de lui accorder leur soutien:

  • Halte à la guerre contre l'Iran et au génocide à Gaza!
  • Troupes françaises hors du Moyen-Orient!
  • Pas un euro, pas un soldat pour les guerres de l'impérialisme!
  • Pour un mouvement international de la classe ouvrière contre la guerre et pour le socialisme!
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