La voie de l’avant pour les travailleurs des postes : Pour une rébellion de la base contre la « transformation » de Postes Canada par le gouvernement Carney et la complicité du STTP!

Piquet de grève des travailleurs des postes devant le centre de traitement Albert Jackson, situé à l’est de Toronto, pendant la grève d’un mois de l’automne 2024. Lorsque le gouvernement libéral a déclaré leur grève illégale, en invoquant une « réinterprétation » fallacieuse d’un article obscur du Code canadien du travail, la direction du STTP a ordonné unilatéralement à ses membres de se soumettre à l’injonction de retour au travail, malgré le sentiment massif de la base en faveur de la désobéissance.

Êtes-vous un travailleur des postes opposé au sabotage de notre lutte par le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes ? Êtes-vous prêt à mener la lutte décrite dans cette déclaration ou souhaitez-vous en savoir plus sur notre stratégie et notre programme ? Contactez le Comité de base des travailleurs des postes à l’adresse canadapostworkersrfc@gmail.com.

Les facteurs, les employés des centres de tri, le personnel des bureaux de poste et les chauffeurs de Postes Canada vont voter entre le 20 avril et le 30 mai sur les ententes de principe (EP) pour les unités urbaines et rurales, ainsi que sur un mandat de grève. Le Comité de base des travailleurs des postes (CBTP) exhorte les travailleurs des postes à voter « non » aux accords de capitulation acceptés par l’appareil syndical et « oui » pour un mandat de grève.

Cependant, nous n’enjoliverons pas la réalité. Aussi important et nécessaire que soit un tel vote, il ne suffira pas à lui seul. Pour vaincre le gouvernement libéral et le monde des affaires canadien – car c’est bien lui en fin de compte qui détermine les politiques de guerre de classe de la direction de Postes Canada – les travailleurs des postes doivent adopter une nouvelle stratégie fondée sur la mobilisation du pouvoir social de la classe ouvrière.

Nous devons combiner le rejet des ententes de principes avec la lutte pour faire de notre combat contre Postes Canada le catalyseur d’une offensive plus vaste de la classe ouvrière afin de défendre le droit à des emplois sûrs et bien rémunérés, les services publics et le droit de grève. Nous devons appeler tous les travailleurs de l’industrie de la logistique et de l’ensemble de la classe ouvrière à se joindre à nous pour mener une lutte sociale et politique contre le gouvernement libéral de Carney et le programme d’austérité et de guerre de l’élite capitaliste au pouvoir.

Les bureaucrates à la tête du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) sabotent notre lutte à chaque étape, tout en nous maintenant dans l’ignorance. Si nous voulons l’emporter, le pouvoir doit être rendu aux membres de la base, là où il doit être, par la mise en place de comités démocratiques et militants de la base dans chaque lieu de travail.

Pourquoi les trahisons du STTP exigent une rébellion

Les ententes de principe proposées accentuent l’« amazonisation » de Postes Canada, en banalisant le travail précaire et mal rémunéré au sein de la société d’État. Les expressions dans ces ententes telles que « flexible », « à temps partiel » et « fin de semaine » en sont la preuve. L’employeur est en train de mettre en place un cadre pour effectuer une restructuration brutale des conditions de travail et une hécatombe dans les emplois pour supprimer les deux tiers, soit 30 000 des 55 000 emplois actuels, d’ici 2035 au plus tard. Tout cela repose sur l’argument selon lequel Postes Canada doit être une entreprise capitaliste à but lucratif, ce que le STTP accepte sans réserve.

Les assauts ont déjà commencé avant même que nous ayons commencé à voter. Le 16 avril, Postes Canada a publié la liste des 136 000 adresses qui ne bénéficieront plus de la distribution à domicile dans les mois à venir. C’est la première étape d’un plan quinquennal visant à mettre fin à la distribution à domicile dans tout le pays.

Pendant des décennies, les travailleurs des postes ont été l’un des secteurs les plus militants de la classe ouvrière. Nous avons été à la hauteur de cette réputation en déclenchant une grève nationale de 32 jours en novembre-décembre 2024, puis une autre de deux semaines après le déclenchement de débrayages sauvages en septembre 2025, en réaction à l’annonce par le ministre de la Transformation gouvernementale, Joël Lightbound, que le gouvernement libéral ordonnait des compressions massives à Postes Canada.

Dans les deux cas, les grèves sont venues de la base. Et dans les deux cas, le STTP a tourné le dos à notre militantisme, préférant plutôt se coordonner avec le Congrès du travail du Canada pour isoler notre lutte des autres sections de travailleurs et nous démobiliser. Toutes les décisions concernant la conduite de nos grèves et nos revendications, y compris celle de défier ou non l’injonction antigrève manifestement illégale du gouvernement de décembre 2024, ont été laissées entre les mains d’une poignée de hauts responsables bureaucratiques. Nos grèves sont court-circuitées par la hiérarchie, sans autre résultat que l’imposition de reculs toujours plus importants et des pertes de salaire.

Il ne s’agit pas ici de quelques erreurs tactiques. Les interventions du STTP nous ont toujours considérablement affaiblis, alimentant la frustration et la division parmi les membres de la base. Les actions du syndicat imposent la subordination des besoins des travailleurs aux profits de l’entreprise, aidant du coup le gouvernement libéral – que le syndicat continue de présenter comme une alternative « progressiste » aux conservateurs ultra-droitistes de Poilievre – et bloquant la mobilisation de l’ensemble de la classe ouvrière. Le syndicat agit à l’encontre de nos intérêts, car la bureaucratie du STTP, comme celle de tous les appareils syndicaux, se considère comme un « partenaire » de la direction des entreprises et du gouvernement, conspirant avec eux pour imposer des reculs aux travailleurs. Ce processus est en cours depuis quatre décennies.

Dans une interview accordée au Toronto Star, le professeur Steven Tufts de l’université York a souligné les tractations menées en coulisses entre la Société canadienne des postes et le gouvernement, concluant : « Je pense que nous pouvons nous attendre à ce que Postes Canada, avec l’aide du gouvernement, frappe les travailleurs fort et vite avec ces changements. La seule question qui reste est de savoir si ce sera avec un poing fermé ou une main tendue. »

Le gouvernement Carney et le monde des affaires canadien veulent nous infliger une défaite cuisante, en imposant une restructuration massive à nos dépens et en réduisant à néant toute conception de Postes Canada en tant que service public, afin de créer un précédent pour le démantèlement des droits des travailleurs et de l’ensemble des services publics. Chaque capitulation offre à la classe dirigeante une tactique éprouvée pour intimider les travailleurs de l’ensemble de l’économie ! Si Postes Canada peut être démantelée sur la base de menaces et d’interventions gouvernementales, il en va de même pour tous les autres services publics, tant fédéraux que provinciaux.

Une autre stratégie est possible, car c’est le combat de tous

Les attaques menées contre les travailleurs des postes ne sont pas des conflits techniques isolés portant sur le simple tracé des itinéraires ou la classification des emplois. Elles constituent le fer de lance d’une offensive politique coordonnée visant à réduire et à privatiser les services publics, à sabrer les salaires dans l’ensemble de l’économie et à transformer des emplois à temps plein sûrs en emplois précaires, mal payés, de fin de semaine et à la tâche.

Une autre voie est possible, car les travailleurs des postes ont un pouvoir. Avec les livreurs d’Amazon, de Purolator (filiale de Postes Canada) et d’autres prestataires, nous assurons la logistique qui permet à l’économie de fonctionner. Ce sont ces catégories de travailleurs qui vont être les plus directement touchées par l’issue de nos négociations, et ce sont parmi les premiers à qui nous devons demander leur soutien lors d’une future vague de grèves. Mais pour transformer ce potentiel en victoire, il faut rompre, sur le plan organisationnel et politique, avec la bureaucratie du STTP.

Il faut rapidement mettre en place des comités de base élus démocratiquement dans chaque centre de tri, centre de distribution et point de service. Ces comités doivent être responsables devant les membres, élus par les travailleurs de la base et révocables en tous temps, et ils doivent fonctionner avec un mandat transparent visant à défendre les emplois et le service postal.

Pour une lutte politique contre l’austérité et la guerre

Le gouvernement fédéral lie explicitement son plan de transformation du service postal à un programme de « viabilité budgétaire ». L’attaque contre Postes Canada vise à détourner les ressources financières des services publics vers des subventions aux entreprises, le réarmement militaire et la guerre. Les politiques intérieure et étrangère sont indissociables, car les travailleurs sont contraints de financer la guerre à l’étranger et de subventionner les réductions d’impôts pour les super-riches.

Pour mettre un terme au programme du gouvernement Carney, il faut donc une contre-offensive politique qui dénonce et s’oppose à l’austérité et à la guerre. Une stratégie juste pour les travailleurs doit lier la défense du droit à un emploi décent et à des services publics à l’opposition au militarisme et aux cadeaux aux entreprises. Les ressources existent, mais la volonté politique de tenir tête à l’appétit vorace des monopoles et des oligarques reste à mobiliser.

La transformation de notre lutte contractuelle isolée en une lutte politique de la classe ouvrière amènera les travailleurs de l’industrie de la logistique et du secteur public à reconnaître l’enjeu commun et à réagir. Cependant, cela n’est possible que dans la mesure où les gens qui nous dirigent sont prêts à dire ces vérités et à mobiliser les masses autour de revendications claires, fondées sur les besoins des travailleurs et non sur ce que le gouvernement et la grande entreprise prétendent être « abordable ». Avec ses orientations nationaliste et procapitaliste, la bureaucratie syndicale est liée aux employeurs et à l’appareil d’État, et intrinsèquement incapable d’y parvenir.

De par leur caractère national, les syndicats sont incapables d’assumer le caractère international de la lutte dans laquelle nous sommes engagés – et y sont même hostiles. Les secteurs de la livraison et l’industrie de la logistique sont intégrés à l’échelle mondiale – ils fonctionnent selon des notions d’« efficacité » et de « rentabilité » déterminées par un processus impitoyable de concurrence mondiale. Ce fait est particulièrement mis en évidence par la croissance explosive de géants comme Amazon et UPS, mais également par les campagnes simultanées menées dans tous les services postaux nationaux, qu’il s’agisse de Postes Canada, de USPS aux États-Unis ou de la Royal Mail au Royaume-Uni, afin de détruire les droits des travailleurs durement acquis pour garnir les caisses de la grande entreprise.

C’est pourquoi nous devons riposter par une stratégie internationale afin d’obtenir des emplois sûrs et correctement rémunérés pour tous. Les travailleurs postaux doivent construire leurs propres organisations de masse démocratiques, ancrées dans leur lieu de travail, alignées sur l’Alliance ouvrière internationale des comités de base. Le CBTP est particulièrement bien placé pour apporter une clarté politique et un leadership organisationnel, en prenant comme point de départ une perspective internationale.

Notre lutte s’inscrit dans le combat plus vaste pour faire passer les besoins sociaux avant le profit privé, mettre la technologie et l’intelligence artificielle au service des travailleurs et du public, et placer les services essentiels sous contrôle démocratique. Pour cela. Il faut rejeter la logique capitaliste qui prône l’austérité et la guerre.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à un choix décisif : accepter un avenir marqué par la réduction des services publics, le travail précaire et une austérité sans fin, ou nous organiser de manière indépendante pour mener la classe ouvrière dans son ensemble vers une contre-offensive politique et sociale. Faisons de notre juste lutte pour défendre nos emplois et nos droits le point de départ d’un mouvement de masse pour défendre tous les services publics, vaincre l’austérité et s’opposer au réarmement et à la course à la guerre ! Pour développer la stratégie et la solidarité nécessaires à la victoire, contactez le CBTP au canadapostworkersrfc@gmail.com ou en remplissant le formulaire ci-dessous.

(Article paru en anglais le 17 avril 2026)

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