La présidente par intérim du Venezuela présente Trump comme un défenseur de la « paix » après la fusillade à Washington

La présidente par intérim Delcy Rodríguez rencontre des dirigeants de British Petroleum, le 29 avril. [Photo: Ministerio de Comunicación de Venezuela]

Quelques minutes après que des agents du Secret Service américain ont évacué Donald Trump de la scène lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche samedi et interpellé un individu soupçonné d'être l'auteur d'une attaque armée, la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez, a été l'une des premières dirigeantes mondiales à condamner publiquement l'attaque.

Dans un message publié sur X, elle a déclaré : « Nous rejetons la tentative d'agression contre le président Trump et son épouse, Melania, à qui nous adressons nos meilleurs vœux, ainsi qu'aux participants au dîner des correspondants. La violence ne sera jamais une option pour ceux d'entre nous qui défendent les idéaux de paix. »

Cette déclaration est l'une des plus grotesques jamais prononcées par un dirigeant. En associant Trump à la « paix », Rodríguez blanchit l'avalanche de crimes de guerre perpétrés par Washington à travers le monde et directement contre le Venezuela.

Le World Socialist Web Site s'oppose par principe à l'attaque présumée contre l'hôtel Hilton de Washington. La violence politique perpétrée par des individus ne fait que renforcer les forces réactionnaires. Mais cette opposition n'exige ni ne permet de présenter Trump, ou l'impérialisme américain plus largement, comme une victime détachée de la violence systémique qu’ils commettent eux-mêmes.

En effet, comme lors de précédentes tentatives d'assassinat, Trump instrumentalise déjà cet incident pour criminaliser l'opposition et accélérer l’érection d’une dictature. Ses efforts pour renverser les processus démocratiques aux États-Unis sont indissociables d'une vaste campagne impérialiste visant à recoloniser l'Amérique latine. La déclaration de Rodríguez ainsi qu'une déclaration similaire de la présidente mexicaine « de gauche » Claudia Sheinbaum soutiennent objectivement ces efforts, offrant une couverture politique à l'agression de Washington.

Hypocrisie et enlèvement de Maduro

L'hypocrisie est d'autant plus flagrante lorsqu'on la compare aux événements récents au Venezuela. Le 3 janvier dernier, les forces armées américaines ont mené une opération éhontée pour kidnapper le président Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores. L'assaut, mené par des forces spéciales lourdement armées descendant d'hélicoptères à la faveur de la nuit, a fait plus de 100 morts et autant de blessés, dont des civils.

L'opération a été exécutée avec une brutalité effroyable. Des soldats équipés de technologies de pointe ont pénétré en rappel dans des complexes sécurisés, abattant les gardes vénézuéliens et cubains sans subir de pertes. L'attaque a été précédée d'un bombardement qui a plongé Caracas dans l'obscurité. Les habitants ont décrit une ville assiégée, les explosions résonnant dans la nuit et les hélicoptères survolant les bâtiments si près qu'ils tremblaient.

« L'appartement tremblait, les portes, les fenêtres. À ce moment-là, je ne savais pas que l'attaque visait uniquement des cibles militaires [...] “On va mourir”, j'ai éclaté en sanglots », a confié un habitant à la BBC.

Un autre témoin a raconté : « J’ai regardé attentivement par la fenêtre et j’ai vu les missiles. On aurait dit des rayons laser qui explosaient sur les montagnes de Fort Tiuna [...] “Wow, ça se produit vraiment. Les Américains sont là.” »

Les hôpitaux étaient débordés. Un médecin a décrit le déclenchement des protocoles d’urgence pour les victimes de masse dans un système de santé déjà au bord de l’effondrement. Les patients ont commencé à arriver dès 7 h du matin. Le médecin était traumatisé par la vue des blessés. « Je me suis souvenu des nombreuses fois où nous avons vu des images des guerres du Moyen-Orient », a-t-il dit, évoquant des corps couverts de terre et de sang.

Les familles s’armaient avec ce qu’elles avaient sous la main – couteaux, manches à balai – se préparant à défendre leurs maisons. Le sang dans le bunker présidentiel a à peine été nettoyé et le grondement des bombes résonne encore dans la mémoire des Vénézuéliens.

Pourtant, Rodríguez, représentant le gouvernement même visé par cet acte de terreur impérialiste, parle maintenant de Trump comme d’une figure méritant d’être protégée au nom de la paix.

Escalade de la violence impérialiste

L'opération de janvier n'était pas un cas isolé. L'activité militaire américaine dans la région s'est considérablement intensifiée. Les campagnes de bombardement se sont étendues aux eaux et aux zones frontalières d'Amérique latine. Une opération conjointe américano-équatorienne, baptisée « Extermination totale », a ciblé des zones rurales, bombardant des habitations et arrêtant des travailleurs agricoles.

Parallèlement, le Pentagone a intensifié ses frappes maritimes, notamment dans les Caraïbes et le Pacifique Est. Davantage d'avions d'attaque et de drones MQ-9 Reaper ont été déployés sur des bases au Salvador et à Porto Rico pour mener de nouvelles frappes aériennes contre des bateaux de pêche, tuant au moins 186 personnes sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue depuis septembre.

Dans le même temps, Washington menace ouvertement de mener de nouvelles opérations de changement de régime, y compris contre Cuba. Trump a déclaré que « Cuba est la prochaine cible » après l'Iran.

Des exercices navals américains, baptisés Flex2026, ont débuté près de Cuba. Ils intègrent l'intelligence artificielle, des systèmes sans pilote et des forces conventionnelles afin de renforcer la surveillance et le contrôle. Des drones de reconnaissance comme le MQ-4C Triton et des avions de reconnaissance électroniques tels que le RC-135 surveillent l'espace aérien et les routes maritimes cubaines, resserrant l'étau autour de l'île.

Au Venezuela, la déclaration de Rodríguez a suscité des critiques, même au sein des milieux chavistes. Certains soulignent qu'elle ignore la longue campagne de sanctions américaines qui a causé plus de 100 000 morts supplémentaires et forcé plus de 8 millions de personnes à fuir le pays.

Certains commentateurs affirment cependant que le gouvernement ne fait que gagner du temps, espérant des conditions plus favorables – hausse des prix du pétrole, bouleversements géopolitiques ou soulèvement populaire – pour réaffirmer sa souveraineté et défendre les programmes sociaux. Mais ces illusions ont déjà été démasquées.

Le caractère de classe du chavisme

Cette évolution n'est pas une trahison des principes du chavisme ; elle en est l’aboutissement logique. La soi-disant révolution bolivarienne, proclamée après l'élection d'Hugo Chávez en 1998, représentait des fractions de la bourgeoisie nationale cherchant à obtenir de meilleures conditions au sein du système capitaliste mondial. Durant les périodes de prix élevés des matières premières et de resserrement des liens avec la Chine, la Russie et d'autres puissances économiques, elle a eu recours à des programmes sociaux limités pour contenir la lutte de classe et négocier une part plus importante des profits pour la classe dirigeante locale.

Mais face à l'évolution de la situation – notamment le ralentissement de la croissance de l'économie chinoise, le poids des sanctions américaines et les menaces militaires – ces mêmes forces ont capitulé, privilégiant leurs propres privilèges et leur régime au détriment de la classe ouvrière.

En réalité, depuis la chute des prix du pétrole en 2014, le gouvernement vénézuélien a systématiquement fait peser le fardeau de la crise sur la classe ouvrière, en mettant en œuvre des mesures d'austérité, en maintenant des salaires de misère et en ouvrant l'économie aux capitaux étrangers.

Les politiques mises en place avant le raid du 3 janvier ont préparé le terrain pour les événements qui ont suivi. À chaque étape, Hugo Chávez et Nicolas Maduro ont privilégié la défense des rapports de propriété capitalistes et ont fait des concessions au capital étranger en ouvrant le pays comme source de main-d'œuvre bon marché et de ressources naturelles.

Aujourd'hui, le salaire minimum s'élève à seulement 130 bolivars par mois, soit environ 0,30 dollar. Les manifestations réclamant des salaires plus élevés ont été réprimées à coups de gaz lacrymogènes, de canons à eau et de violences. La promesse de Rodríguez d'une augmentation salariale « responsable » – afin de ne pas alimenter l'inflation – ne fait que reprendre le mensonge bien connu selon lequel ce sont les travailleurs, et non les sociétés, qui sont responsables de la hausse des prix.

Nous assistons au démantèlement de toute forme de souveraineté. L'État vénézuélien se transforme dans les faits en une marionnette de l'impérialisme américain.

Les chavistes mettent en œuvre un programme qui va bien au-delà de la déréglementation et des privatisations que les Chicago Boys, menés par Milton Friedman, cherchaient à instaurer sous la dictature militaro-fasciste d'Augusto Pinochet au Chili.

Le pétrole, l'or et les terres rares ont été privatisés et cédés à des entreprises étrangères. Les recettes d'exportation transitent par le Trésor américain, qui détermine la part reversée à l'État vénézuélien.

La Banque centrale a fait appel à des cabinets d'audit étrangers comme Deloitte – étroitement liés au Pentagone et à la CIA – pour superviser ses comptes. Des accords avec Chevron, Shell, Repsol, Eni et BP renforcent encore le contrôle étranger sur les réserves pétrolières du pays, les plus importantes au monde.

Le Fonds monétaire international (FMI) est de retour sur le devant de la scène, Rodríguez accueillant favorablement cette agence impérialiste de Wall Street en sollicitant un prêt de 5 milliards de dollars, ce qui vient s'ajouter à une dette déjà colossale de 170 milliards de dollars. Tous les Latino-Américains connaissent la longue histoire des programmes structurels du FMI et leur impact sur la pauvreté et les inégalités.

Le quotidien El País titre désormais : « Avez-vous déjà visité Caracas ? : la question que se posent les investisseurs à propos du Venezuela ».

La solution

Les événements du Venezuela confirment une leçon fondamentale : la bourgeoisie nationale des pays opprimés est incapable d’accomplir les tâches démocratiques, notamment une véritable indépendance vis-à-vis de l’impérialisme.

Cette réalité donne raison à la théorie de la révolution permanente de Léon Trotsky. Seule la classe ouvrière, menant une transformation socialiste de la société, peut briser les chaînes de la domination impérialiste. Cela exige non seulement le renversement des États capitalistes au niveau national, mais aussi un mouvement international visant à restructurer l’économie mondiale pour qu’elle serve les besoins humains et non le profit privé.

La déclaration de Rodríguez n’est pas seulement hypocrite ; elle est symptomatique d’une crise plus profonde. Elle reflète un mouvement politique qui a abandonné toute prétention de vouloir résister à l’impérialisme et qui cherche désormais à s’accommoder des forces responsables des immenses souffrances des peuples qu’il prétendait représenter.

(Article paru en anglais le 1er mai 2026)

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