Alors que l’administration Trump exige une hausse des dépenses militaires, la dette nationale américaine dépasse la taille de l’économie

Un passant devant l’horloge de la dette nationale, le lundi 7 avril 2025, à New York. [AP Photo/Yuki Iwamura]

La dette nationale américaine a franchi la barre des 100 % du produit intérieur brut (PIB) pour la première année en temps de paix depuis 1946, selon les données publiées jeudi par le Bureau d’analyse économique (BEA). Un jalon historique au moment où l’administration Trump exige pour le Pentagone un budget de 1.535 milliards de dollars et se prépare à un conflit avec la Chine et la Russie, deux puissances nucléaires.

L’envolée de la dette américaine est le produit de la guerre perpétuelle, des renflouements bancaires successifs et des cadeaux aux super-riches accordés sous des gouvernement tant démocrates que républicains.

On estime que les guerres de l’après-11 septembre, en Afghanistan, en Irak, en Syrie, et ailleurs, ont coûté 8.000 milliards de dollars. Les baisses d’impôts de 2001, 2003, 2017 et 2025 ont en plus privé l’État de milliers de milliards de dollars de recettes provenant des grandes sociétés et des ménages riches. Le renflouement financier de 2007-2009 a sauvé les banques, tandis que des millions de travailleurs perdaient leur logement. La pandémie a ajouté des milliers de milliards supplémentaires en sauvetages d’entreprises. L’écart fut comblé par les emprunts du Trésor.

Au 31 mars, la dette publique s'élevait à 31 270 milliards de dollars. Le PIB des douze derniers mois s'élevait lui, à 31 220 milliards de dollars. Le ratio dette/PIB a atteint 100,2 %, soit son plus haut niveau depuis 1946. La dette américaine totale, qui inclut les titres du Trésor détenus dans des fonds fiduciaires publics comme la Sécurité sociale, dépasse les 39 000 milliards de dollars, soit environ 125 % du PIB.

Au rythme actuel, le ratio dépassera son record historique de 106,1 %, établi en 1946, d’ici quelques années. Le Bureau du budget du Congrès (CBO) prévoit qu’il atteindra 108 % d’ici 2030, 120 % d’ici 2036 et 156 % d’ici 2055.

Trois des principales agences de notation de crédit ont retiré aux États-Unis leur note AAA. Standard & Poor’s avait dégradé la dette américaine en 2011 après l’impasse sur le plafond de la dette. Fitch a suivi en août 2023.

Moody’s avait abaissé la note des États-Unis de Aaa à Aa1 le 16 mai 2025, invoquant l’incapacité à remédier à l’augmentation des déficits et prévoyant que le déficit atteindrait 9 % du PIB d’ici 2035. L’agence européenne Scope a abaissé sa note pour les États-Unis de AA à AA− en octobre 2025, citant une «détérioration durable des finances publiques et un affaiblissement des normes de gouvernance».

Pour chaque dollar de recettes fiscales, le gouvernement fédéral dépense désormais 1,33 dollar, l’écart constituant un déficit annuel de 1.900 milliards de dollars. Les intérêts de la dette ont franchi la barre des 1.000 milliards de dollars par an et continuent d’augmenter.

Une hausse de 0,1 point de pourcentage des taux d’intérêt ajouterait 379 milliards de dollars aux déficits au cours de la prochaine décennie, estime le CBO.

Ces prévisions du CBO considèrent comme contraignantes les dates d'expiration prévues par la loi pour les réductions d'impôts de Trump de 2025 — les retenues sur les pourboires, les exemptions de paiement des heures supplémentaires et autres mesures. L'histoire bipartisane de la législation fiscale américaine laisse penser que ces dispositions seront prolongées.

En 2008 encore, la dette était inférieure à 40 % du PIB. En moins de deux décennies, une succession ininterrompue d’administrations démocrates et républicaines l'a fait doubler.

Le président américain Donald Trump a déclaré que le coût de la guerre est payé par des coupes dans les programmes sociaux. Lors d’un déjeuner de Pâques à la Maison-Blanche, dans des remarques que la Maison-Blanche a publiées par inadvertance sur les réseaux sociaux, Trump a déclaré aux participants: «Il nous est impossible de financer la garde d'enfants, Medicaid, Medicare, et toutes ces choses individuelles. Nous devons nous occuper d’une seule chose: la protection militaire.»

La loi de réconciliation de 2025, signée par Trump en juillet et surnommée «Un grand et beau projet de loi» (One Big Beautiful Bill), a accordé 4.100 milliards de dollars de baisses d’impôts destinées en immense majorité aux grandes sociétés et aux riches.

Ces réductions ont été financées par les coupes les plus importantes jamais réalisées dans les programmes sociaux aux États-Unis: 880 milliards de dollars pour Medicaid, 186 milliards pour le Programme d'aide alimentaire supplémentaire (SNAP), 536 milliards pour Medicare sur 10 ans (selon le CBO) et une baisse du revenu de sécurité supplémentaire (SSI) affectant des centaines de milliers d'adultes handicapés.

Malgré ces coupes, cette loi devrait ajouter à la dette nationale plus de 4.000 milliards de dollars durant la prochaine décennie.

Les dispositions de la loi relatives à Medicaid imposent des obligations en matière d'emploi qui devraient priver 5 à 10 millions de personnes de leur couverture santé. Environ deux tiers des bénéficiaires de Medicaid travaillent déjà ou suivent des études; ces obligations ont pour principal effet de submerger les bénéficiaires sous une montagne de paperasse qu'ils ne peuvent pas remplir.

Les différents États doivent mettre en œuvre ces exigences d’ici le 1er janvier 2027. Le Nebraska a été le premier État à le faire le vendredi 1er mai. Le gouverneur de l’Idaho a signé une version plus stricte le 10 avril. Des mesures similaires vont de l’avant dans l’Indiana, l’Arizona, le Missouri et le Kentucky.

Le 18 mars, tous les républicains de la Chambre ayant voté ont soutenu un amendement constitutionnel d’équilibre budgétaire dont le représentant démocrate du Connecticut, John Larson, a averti qu’il imposerait des «coupes drastiques dans Medicare, la Sécurité sociale, l’aide alimentaire, les prestations aux vétérans et d’autres programmes dont dépendent les familles américaines».

Le chef de la majorité au Sénat, John Thune (Dakota du Sud), prévoit maintenant un deuxième projet de loi de réconciliation. Certains républicains poussent à l’utiliser pour de nouvelles coupes dans Medicaid, Medicare, l’Affordable Care Act et le SNAP, sous la rubrique «gaspillage, fraude et abus».

Le Comité d'étude républicain a proposé de repousser l'âge de la retraite de la Sécurité sociale à 69 ans. L'administration Trump s'apprête à privatiser Medicare en inscrivant automatiquement les nouveaux bénéficiaires à des régimes Medicare Advantage gérés par des compagnies d'assurance privées, ce qui limite le choix des patients et restreint l'accès aux soins.

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