Lundi, le Premier ministre Keir Starmer a prononcé ce qui a été présenté comme un « discours de survie » à la suite de la défaite désastreuse du Parti travailliste lors des élections locales de la semaine dernière et des élections aux assemblées décentralisées d’Écosse et du Pays de Galles.
Le Parti travailliste a perdu près de 1 500 conseillers municipaux lors des élections locales en Angleterre. Le parti a perdu le pouvoir au Pays de Galles, après l’avoir dominé politiquement pendant un siècle, et son pire résultat jamais enregistré lors d’une élection à Holyrood ne lui a permis de remporter que 17 des 129 sièges au Parlement écossais.
Les principaux bénéficiaires du rejet massif du Parti travailliste par des millions de travailleurs et de jeunes sont les Verts, qui se présentaient comme une alternative de gauche, et le parti d’extrême droite Reform UK.
Au cours de la semaine, plus de 30 députés travaillistes ont appelé au départ immédiat de Starmer ou, à l’instar de John McDonnell, figure de proue du Socialist Campaign Group, ont déclaré qu’il devrait annoncer son départ afin de préparer une « transition ordonnée vers une nouvelle direction ».
Catherine West, députée sans poste ministériel du Parti travailliste, a déclaré samedi qu’elle envisageait de se présenter contre Starmer en tant que candidate fantôme afin de préparer le terrain pour une véritable candidature à la direction du parti par l’un des principaux prétendants. Il faut 81 députés pour déclencher une élection à la direction.
L’ancienne adjointe de Starmer, Angela Rayner – représentante de la « gauche modérée » du parti – a averti dimanche que « le Parti travailliste existe pour améliorer le sort des travailleurs. Cela ne se fait pas assez vite, et cela doit changer – dès maintenant ».
Starmer a tenté d’adopter une posture plus populiste, soulignant dans son discours à Londres le seul choix politique qui lui ait valu un soutien significatif : « Si nous avions écouté les conseils des autres partis [une référence au Reform et aux conservateurs], nous serions aujourd’hui enlisés dans un bras de fer avec l’Iran, entraînés dans une guerre qui n’est pas dans notre intérêt, et je ne ferai jamais cela. »
Tentant de canaliser le mécontentement populaire, il a déclaré : « Les Britanniques en ont assez du statu quo qui les laisse tomber. Le changement ne peut pas arriver assez vite. Ils allument la télévision. Ils voient des bombes tomber. Ils vont à la station-service, voient les prix grimper. Et ils se demandent : pourquoi on vit cela encore? »
Son affirmation selon laquelle que, « ce coup-ci, ça va être différent », n’a convaincu personne après qu’il ait maintenu « le statu quo » pendant près de deux ans au pouvoir, notamment en versant 13 à 14 milliards de livres sterling à l’Ukraine sous forme d’aide militaire et de prêts pour lutter contre la Russie, et en ajoutant environ 6 milliards de livres sterling par an au budget militaire global du Royaume-Uni – prélevés sur les dépenses sociales.
Starmer a ensuite insulté l’intelligence de la population britannique en affirmant qu’il avait déjà obtenu des avancées majeures, que les travailleurs n’ont tout simplement pas encore remarquées. Le Premier ministre insensible a déclaré qu’il avait passé trop de temps à « parler de ce que je fais pour les travailleurs, et pas assez à expliquer pourquoi je le fais ni qui je défends » !
Son nouveau départ devrait commencer mercredi avec le discours du Trône, moment qui définit le programme du gouvernement pour l’année à venir. Mais les « exemples » qu’il a donnés n’ont fait que confirmer à quel point son gouvernement n’est qu’une créature de la classe dirigeante, et à qu’il est incapable de s’adresser ne serait-ce qu’un tant soit peu sérieusement à la classe ouvrière.
Son premier exemple consisterait à faire passer l’usine British Steel de Scunthorpe, une entreprise privée en difficulté, sous le contrôle de l’État, sous réserve bien sûr d’un « test d’intérêt public ». Ce point se profilait depuis un certain temps déjà et n’a rien à voir avec quelque protection des emplois. L’intention est d’assurer la survie d’un atout vital de la machine de guerre britannique : « Les nations fortes, dans un monde comme le nôtre, doivent produire de l’acier », a insisté Starmer.
Son deuxième exemple signale à la classe dirigeante son intention de remédier à la rupture économiquement désastreuse pour le Royaume-Uni avec l’Union européenne, en « plaçant la Grande-Bretagne au cœur de l’Europe afin que nous soyons plus forts sur le plan économique, plus forts sur le plan commercial, plus forts sur le plan de la défense ».
Son troisième exemple est une politique remaniée visant à investir de petites sommes « dans l’apprentissage, dans les établissements d’excellence technique, dans les besoins éducatifs spéciaux » et à contribuer à garantir aux jeunes des emplois. Tout le monde le sait, et surtout les millions de jeunes privés d’avenir, que cela revient à les pousser vers des emplois sans issue pour des salaires de misère, sous peine de voir leurs aides sociales réduites.
S’adressant directement aux entreprises britanniques et aux investisseurs internationaux, Starmer s’est présenté comme la seule personnalité capable d’assurer une stabilité en cette période de conflits mondiaux et après 14 ans de règne conservateur qui se sont soldés par une succession catastrophique de Premiers ministres et de ministres des Finances éphémères. « J’assume la responsabilité de ne pas abandonner, de ne pas plonger notre pays dans le chaos », a-t-il déclaré.
Pour l’instant, Starmer reste en poste. Non pas à cause de son discours, qui confirme qu’il n’est rien de plus qu’un autre mort-vivant de la politique et a été accueilli par plusieurs dizaines de députés de plus appelant maintenant à sa démission, sans compter la démission de quatre ministres adjoints. Starmer ne tient debout que parce que le remplaçant préféré de ses adversaires au sein du Parti travailliste ne siège pas au Parlement.
La plupart des députés travaillistes privilégient le candidat de la « gauche modérée », Andy Burnham, actuellement maire du Grand Manchester, dont la tentative de se présenter aux élections législatives en janvier a été bloquée par le Comité exécutif national de Starmer. Angela Rayner devrait se présenter sur sa liste ; elle a qualifié le fait qu’il ait été écarté par le CEN comme une « erreur » devant être « corrigée ».
Une élection à la direction du parti à ce stade-ci ne pourrait servir que les intérêts du blairiste Wes Streeting, le secrétaire à la santé de Starmer. De nombreux députés travaillistes – terrifiés à l’idée de perdre leur siège et leur carrière confortable sous Starmer – craignent qu’un tel résultat ne mette pas fin à la crise du Parti travailliste. Les liens étroits de Streeting avec Peter Mandelson n’ont fait que rendre ce militant de droite anti-NHS, le Service national de santé, encore plus impopulaire auprès des travailleurs.
Catherine West pour sa part subit des pressions pour renoncer à sa tentative de déclencher une contestation du leadership du parti, et se range du coup du côté de ceux qui exigent que Starmer fixe un calendrier de départ. Le défi qui se pose désormais aux opposants de Starmer et de Streeting est de préparer le retour de Burnham au Parlement. C’est une tâche difficile étant donné que le Parti travailliste ne dispose plus que de très peu de sièges véritablement assurés, après la déroute de la semaine dernière, dans lesquels il pourrait se présenter pour devenir député.
Que ce social-démocrate de droite tout ce qu’il y a de plus banal réussisse ou non à se faire élire à la tête du parti n’aura aucune incidence sur la classe ouvrière ni sur le sort du Parti travailliste. La seule qualification de Burnham est d’avoir eu la chance de passer la dernière décennie dans le nord de l’Angleterre, loin de la souillure d’une association trop évidente avec Starmer et ses acolytes.
On peut en dire autant de toute la galerie de vauriens qui prépare actuellement leur prise du pouvoir. La crise du Parti travailliste reflète la crise du capitalisme mondial, marqué par la guerre et les chocs économiques, et qui génère une opposition sociale massive qui est impossible à contenir par les canaux habituels. Le Parti travailliste va continuer à s’entredéchirer.
Les événements confirment le bien-fondé de la lutte menée par le Parti de l’égalité socialiste, qui s’est opposé à l’élection de ce parti corrompu et aux tendances de pseudo-gauche qui soutiennent Starmer comme un « moindre mal ».
Dans sa première déclaration sur sa victoire électorale, « Construisez l’opposition socialiste au gouvernement de droite de Starmer ! », le SEP lançait comme mise en garde dès la première phrase : « Sir Keir Starmer prend place à la tête d’un gouvernement travailliste en conflit avec la classe ouvrière britannique », qu’un « nouveau monstre réactionnaire » était arrivé au pouvoir, ne devant sa victoire « écrasante » qu’entièrement « à la haine que suscitait le gouvernement conservateur des 14 dernières années ».
Le temps de Starmer est compté. Mais le danger est que l’effondrement du Parti travailliste soit exploité, comme dans tous les autres pays où la social-démocratie a joué un rôle similaire, par l’extrême droite. Reform UK a récupéré le désespoir des travailleurs appauvris, principalement âgés.
D’autres segments, plus progressistes et généralement plus jeunes, de la classe ouvrière et de la classe moyenne se sont tournés vers les Verts en tant qu’opposition de gauche.
Mais aucun de ces partis capitalistes ne représente une véritable solution politique – qui ne peut être apportée que par un programme socialiste internationaliste. Il n’y a pas de temps à perdre. Les travailleurs et les jeunes doivent se tourner vers la construction de leur propre parti, le Socialist Equality Party, seul moyen de lutter contre l’oligarchie au pouvoir et ses guerres, son austérité et ses attaques contre les droits démocratiques.
