Entrevue du chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon à Rebel News:

Le Parti québécois renforce ses liens avec l’extrême droite

Cette affiche du PQ montre une photo de son chef, Paul St-Pierre Plamondon, surimposée sur une carte du Québec. [Photo: St. Pierre Plamondon/Facebook]

Le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a accordé une entrevue d’une heure au média d’extrême droite Rebel News le mois dernier.

L’entrevue a été menée par Alexa Lavoie, une agitatrice inculte qui se prétend «journaliste». Le chef péquiste a feint de ne pas trop savoir à qui il avait affaire, tout en soulignant qu’il avait été marqué par l’«honnêteté intellectuelle» de cette dernière, notamment lors de ses reportages anti-musulmans dénonçant les «prières de rue» lors des manifestations contre le génocide à Gaza. Il a également minimisé le véritable caractère de Rebel News en le qualifiant simplement de média «plus à droite». 

Comme le chef du Parti conservateur fédéral Pierre Poilièvre, St-Pierre Plamondon accuse systématiquement les médias traditionnels qui le critiquent de faire dans la «désinformation» et d’être à la solde du parti libéral fédéral, du multiculturalisme ou du «wokisme».

L’entrevue à Rebel News n’est que le dernier épisode du virage loin à droite et même vers l’extrême droite du Parti québécois, qui s’est accéléré depuis l’arrivée de St-Pierre Plamondon à la tête du parti indépendantiste en 2020. Le PQ est aujourd’hui le plus virulent promoteur de l’ethno-chauvinisme anti-immigrant sur la scène politique québécoise officielle. Au cours des derniers mois, St-Pierre Plamondon a multiplié les courtisaneries à l’extrême droite, notamment en affirmant son admiration au mouvement séparatiste albertain, connu pour ses sympathies à Trump et au mouvement MAGA.

Le PQ a vivement dénoncé l’accord commercial conclu en janvier dernier entre le gouvernement libéral de Mark Carney et la Chine, qu’il a qualifié dans les termes anti-communistes les plus vulgaires de «régime communiste totalitaire qui constitue déjà une menace pour notre sécurité nationale». Il a utilisé l’accord comme nouvel argument en faveur de l’indépendance du Québec et, surtout, pour souligner une fois de plus qu’un Québec indépendant serait entièrement aligné à l’impérialisme américain sous Trump.

Pour ce qui est de Rebel News, St-Pierre Plamondon sait très bien à qui il a affaire. Cet organe de propagande xénophobe entretient des liens avec le mouvement MAGA et alt-right à l’échelle internationale. Même le Conseil de presse statue que Rebel News «ne constitue pas un média d’information», mais plutôt une plateforme d’ «organisation militante proche des milieux d’extrême droite». Aligné aux franges les plus à droite du Parti conservateur du Canada et aussi partisan du Parti populaire du Canada de Maxime Bernier, Rebel News a été le porte-voix des antivax lors de la pandémie de COVID-19 et du Convoi de la Liberté fasciste qui a bloqué le centre-ville d’Ottawa en 2022 pour réclamer la fin des mesures sanitaires.

Rebel News et son fondateur, Ezra Levant, sont des promoteurs du démagogue fasciste britannique Tommy Robinson, qui prône la violence contre les musulmans et autres minorités ethniques. Robinson est tellement identifié au racisme et à la violence que même Nigel Farage, le chef du UK Party d’extrême droite, s’en est publiquement distancé.

Les thèmes de l’entrevue ne laissent aucun doute sur son caractère ultra-réactionnaire : accroître la place du privé en santé, la «laïcité» comme moyen de contrer les «dangers» de l’immigration, l’élimination de la «bureaucratie» étatique, les référendums anti-immigrants appelés par le gouvernement ultra-droitier d’Alberta, la préservation du patrimoine chrétien du Québec, les prières de rue, le rachat des armes à feu, etc. 

L’entrevue était grosso modo une plateforme pour que le chef péquiste puisse agiter, tacitement, la version québécoise de la théorie fasciste du «Grand remplacement». Selon celle-ci, l’état fédéral canadien chercherait à «noyer» le peuple québécois francophone (et blanc «de souche») dans une mare d’immigrants dans le but d’annihiler la nation québécoise et son caractère francophone. St-Pierre Plamondon s’est présenté comme le défenseur de la «paix sociale» et de la culture québécoise, menacée par le fédéral et l’immigration massive, un thème qu’il a élaboré au cours des dernières années en collaboration avec la Coalition Avenir Québec et l’ex-premier ministre du Québec, François Legault. 

St-Pierre Plamondon et Lavoie ont vanté la «laïcité de l’État» comme moyen d’empêcher tout «empiètement» du religieux sur la vie publique. En réalité, la loi sur la laïcité (loi 21) introduite par la CAQ et soutenue par le PQ est une loi chauvine de droite qui viole les droits démocratiques et cible les droits des minorités religieuses et les droits des femmes musulmanes en particulier. Le gouvernement a déjà congédié des dizaines, sinon des centaines, de travailleuses du secteur public qui portent le voile ou autre signe religieux «ostentatoire».

St-Pierre Plamondon a cependant défendu farouchement l’importance de préserver les signes religieux catholiques dans certains lieux publics comme les crucifix, qui seraient «emblématiques» de «qui on est». C’est en fait l’un des éléments clés de la loi 21 qui souligne son caractère hypocrite et anti-démocratique.

Lavoie et St-Pierre Plamondon ont dénoncé conjointement les «prières de rue» qui ont eu lieu ici et là lors de certaines manifestations contre le génocide d’Israël à Gaza comme une menace à la laïcité et à la «sécurité». St-Pierre Plamondon a salué Lavoie comme la seule ayant couvert ce «sujet» alors qu’il s’agit en fait d’une campagne anti-musulmans montée de toutes pièces par Rebel News et d’autres forces fascistes obscures. Cette agitation fait partie d’une attaque de toute la classe dirigeante québécoise et canadienne contre les manifestations pro-palestiniennes, qui dénoncent à la fois le régime sioniste de Netanyahou ainsi que le soutien du Canada au génocide. 

Le chef péquiste a ensuite salué le «courage» des séparatistes albertains, qui tiennent tête à l’État fédéral sur la base d’un programme très à droite où ils dénoncent les services publics et la redistribution de richesse sous la péréquation comme étant des mesures socialistes ou même communistes.

Comme les séparatistes albertains, St-Pierre Plamondon souhaiterait qu’un Québec souverain soit beaucoup plus dur envers l’immigration temporaire censée être «hors de contrôle». Celle-ci serait le résultat d’une «dérive idéologique post-nationale» des libéraux fédéraux où les «frontières n’existent plus». Le chef péquiste a affirmé qu’un «pays normal» limiterait l’accès aux services publics et exigerait une contribution financière aux immigrants temporaires, comme le réclame l’Alberta et comme le font déjà plusieurs pays européens.

Une part importante de l’entrevue a porté sur l’état des services publics. Encore une fois, St-Pierre Plamondon a placé la faute du manque d’accès aux soins de santé sur le dos de «600.000 immigrants temporaires» censés surcharger les services. Il en a profité pour clamer que seule l’indépendance du Québec pourrait résoudre la crise des services publics en donnant le plein contrôle de l’immigration au Québec tout en éliminant le palier d’impôt fédéral, qui «dédouble les fonctions» et «gaspille l’argent». 

Pour contrer la dette du Québec, St-Pierre Plamondon a proposé de sabrer dans la «bureaucratie» et d’ouvrir la voie au secteur privé, des mesures qui signalent en fait une attaque majeure contre la classe ouvrière et les services publics.

Après des décennies à s’alterner au pouvoir avec le parti libéral, le PQ a connu une longue période de déclin en raison de ses politiques d’austérité et de chauvinisme anti-immigrants. Le parti a failli être rayé de la carte lors des élections de 2022 en faisant élire seulement 3 députés. Toutefois, si le PQ peut renaître de ses cendres et, selon les sondages, potentiellement remporter les élections provinciales d’octobre prochain, ce n’est pas en raison d’un regain d’appui populaire pour le nationalisme et le chauvinisme de droite préconisés par le PQ.

Si le PQ a pu exploiter l’impopularité grandissante de la CAQ, c’est grâce au soutien actif d’une section de l’élite dirigeante et surtout grâce au rôle traitre joué par les syndicats en sabotant systématiquement la lutte de classe pour empêcher la classe ouvrière d’avancer sa propre solution à la crise socio-économique grandissante.

Au Québec comme dans le reste du Canada, il y a eu une massive vague de grèves entre 2022 et 2025. Celle-ci a été étouffée par la bureaucratie syndicale qui a préconisé le dialogue social au Québec et soutenu le gouvernement libéral fédéral de Trudeau-Carney afin de mieux isoler les travailleurs en lutte. Maintenant à l’approche des élections provinciales au Québec, les syndicats cherchent à subordonner politiquement les travailleurs au PQ en l’appuyant tacitement ou explicitement.

La bureaucratie syndicale québécoise tente de ressusciter ses liens historiques avec ce parti qui adopte de plus en plus ouvertement des positions d’extrême droite. La présidente de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Magali Picard, a participé en tant qu’invitée d’honneur au dernier congrès du PQ et s’est réjouie que le parti ait proposé de réaffirmer son soi-disant «préjugé favorable aux travailleurs» – une démagogie qui ne vaut pas mieux que la posture «pro-travailleurs» du fasciste Trump ou du chef conservateur ultra-droitier Pierre Poilièvre.

Il s’agit d’un sérieux avertissement pour toute la classe ouvrière. Le PQ, derrière toutes ses dénonciations du gouvernement fédéral, est un parti capitaliste, pro-austérité et pro-impérialiste qui promeut un réarmement accru pour participer aux guerres de l’impérialisme canadien et américain.

Les travailleurs doivent s’opposer au chauvinisme et aux politiques d’extrême droite du PQ, tout comme ils doivent s’opposer au programme d’austérité et à la campagne anti-immigrants de la bourgeoisie canadienne dans son ensemble. Toutes ces politiques servent à diviser la classe ouvrière selon des lignes ethniques et culturelles afin d’empêcher une lutte unifiée des travailleurs à travers le Canada et en Amérique du Nord contre le capitalisme en crise. Pour contrer cette descente vers la guerre et le fascisme, la classe ouvrière doit unir ses luttes sur la base d’un programme socialiste et internationaliste.

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