Le 18 mai a marqué le 17e anniversaire du jour où l'État sri-lankais a déclaré sa victoire militaire sur les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) séparatistes, mettant un terme sanglant à près de trois décennies de guerre civile qui ont dévasté le nord et l'est de l'île et coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes.
Le lendemain, le président Anura Kumara Dissanayake a présidé la « Commémoration de la Journée nationale de la victoire » au monument de Ranaviru (Héros de la guerre) à Battaramulla, à côté du parlement, où les noms de milliers de soldats tués pendant la guerre sont gravés dans le béton.
S'exprimant lors de l'événement, Dissanayake a loué à plusieurs reprises les militaires comme des « héros de la guerre » pour leur « immense sacrifice » afin de libérer la « patrie » du «terrorisme». Cherchant à masquer le caractère communautariste anti-tamoul de la guerre, il a déclaré que l'armée s'était battue contre le « séparatisme » et « non contre une quelconque communauté ethnique ». Les gouvernements successifs dirigés par le Parti national uni (UNP) et le Parti de la liberté du Sri Lanka (SLFP) qui ont mené cette guerre raciste, ainsi que les partis qui l'ont soutenue, comme le JVP de Dissanayake, ont tous utilisé cette caractérisation pour justifier le massacre.
La conduite génocidaire de l'État sri-lankais pendant la guerre mine complètement l'allégation de Dissanayake. Rien que durant les dernières phases de la guerre, entre janvier et mai 2009, des enquêtes menées par des organismes de défense des droits de l'homme, notamment le Groupe d'experts des Nations Unies, ont conclu que des dizaines de milliers de civils avaient été tués, principalement par des bombardements gouvernementaux comprenant des attaques contre des hôpitaux et des installations humanitaires. L'International Crisis Group a estimé le nombre de victimes civiles à un niveau encore plus élevé et a présenté des preuves suggérant le bombardement délibéré de zones civiles. Des séquences vidéo authentifiées par l'ONU montrent aussi des soldats sri-lankais exécutant apparemment des prisonniers tamouls ligotés. Malgré les enquêtes ultérieures, aucun haut responsable militaire ni dirigeant politique ayant autorisé ou supervisé ces crimes n'a jamais été poursuivi.
Les dirigeants des LTTE, y compris ceux qui tentaient de se rendre, ont été tués malgré les assurances de sécurité données par le gouvernement de Colombo. Au lendemain de la guerre, environ 300.000 civils tamouls ont été enfermés dans des camps militarisés, où des rapports ont fait état de harcèlement, d'abus sexuels et de disparitions forcées. Les protestations des familles des disparus se poursuivent depuis des années à Jaffna et ailleurs, les proches exigeant des informations sur les êtres chers qui ont disparu au cours de la phase finale de la guerre. Aujourd'hui encore, des milliers d'hectares de terres appartenant à des Tamouls dans le Nord et l'Est restent occupés par l'armée sri-lankaise.
La fin sanglante de la guerre a également prouvé la faillite totale du programme séparatiste des LTTE. Comme l'a écrit le WSWS : « [L]a débâcle subie par les LTTE est le résultat d'une perspective qui manquait de toute logique économique ou politique progressive: la perspective que la réponse à la discrimination anti-tamoule soutenue par le gouvernement consistait à découper sur une base ethnique un État distinct pour la minorité tamoule sur une partie de la petite île du Sri Lanka.»
Malgré la rhétorique de Dissanayake sur « l'harmonie communautaire », son parti a soutenu avec enthousiasme la guerre raciste contre les LTTE. Le JVP se vantait d'avoir poussé le président de l'époque, Mahinda Rajapakse du SLFP, à reprendre la guerre en 2006. Le gouvernement du JVP/Pouvoir populaire national (NPP) de Dissanayake continue de maintenir la même politique communautaire, qui a été utilisée par tous les partis bourgeois pour diviser la classe ouvrière selon des critères ethniques.
Le gouvernement UNP du président J.R. Jayawardena a déclenché la guerre en 1983. C'était le point culminant de décennies de politiques de discrimination raciste anti-tamoule, menées par les gouvernements successifs depuis que le Sri Lanka est devenu formellement indépendant en 1948, afin de bloquer un mouvement uni de la classe ouvrière contre le capitalisme. Craignant une lutte unifiée des travailleurs tamouls et cinghalais, le gouvernement UNP de 1948 avait pris des mesures pour déchoir de leur citoyenneté environ un million de travailleurs des plantations de langue tamoule, peu après l'indépendance. Chaque fois que la classe ouvrière faisait preuve d'une combativité accrue, l'élite dirigeante réagissait en intensifiant les divisions communautaires, notamment par la politique du «cinghalais uniquement» introduite en 1956.
Ce processus a été facilité par la trahison historique commise par le Lanka Sama Samaja Party (LSSP), un parti qui se réclamait du trotskysme, lorsqu'il a rejoint en 1964 le gouvernement bourgeois dirigé par le SLFP. Cette trahison a privé le peuple tamoul de ce que beaucoup considéraient comme un instrument politique crucial capable d'unir les travailleurs contre l'appareil d'État chauvin cinghalais-bouddhiste. Colvin R. de Silva, un dirigeant du LSSP, a directement participé à la rédaction de la constitution réactionnaire de 1972, qui a ancré le cinghalais comme langue d'État et le bouddhisme comme religion d'État. Les travailleurs et les jeunes tamouls ont été poussés plus loin encore dans l'aliénation politique et le désespoir, créant les conditions de l'émergence de mouvements séparatistes tamouls dans le nord et l'est.
Le passage à la restructuration de libre-marché après 1977, ainsi que la répression brutale de la grève générale de 1980, ont marqué des tournants décisifs. La bourgeoisie, incapable de répondre aux aspirations sociales et démocratiques brûlantes de la classe ouvrière et des opprimés, s'est tournée brutalement vers le chauvinisme et la répression – ce qui a culminé avec le pogrom anti-tamoul de 1983 et le déclenchement d'une véritable guerre civile.
Tout au long de ce conflit de près de trois décennies, l'élite dirigeante sri-lankaise a largement exploité la guerre communautaire pour réprimer la lutte des classes. Des gouvernements et partis capitalistes successifs ont soutenu l'effort de guerre, tandis que leurs syndicats affiliés ont agi pour empêcher l'émergence de tout mouvement uni de travailleurs tamouls et cinghalais.
Dissanayake et d'autres dirigeants du JVP ont été parmi les plus fervents partisans de la guerre, insistant pour que l'armée sri-lankaise mène sa campagne jusqu'au bout. Avec le reste de l'establishment politique capitaliste, les dirigeants du JVP portent la responsabilité politique de l'immense coût humain du conflit, y compris la mort de milliers de civils tamouls.
Les États-Unis et d'autres puissances impérialistes occidentales, ainsi que leurs alliés comme Israël et l'Inde, ont soutenu la guerre de Colombo contre les LTTE en fournissant un appui politique et diplomatique, ainsi que des renseignements et du matériel militaire. Après la fin de la guerre en mai 2009, les États-Unis et les puissances occidentales ont commencé à soulever des allégations de crimes de guerre et de violations graves des droits de l'homme commis par l'armée sri-lankaise, en présentant une série de résolutions lors des sessions du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies.
Ces initiatives n'étaient pas motivées par une préoccupation concernant les atrocités commises contre le peuple tamoul, mais par des calculs géopolitiques plus larges. Elles visaient à faire pression sur le gouvernement du président de l'époque, Mahinda Rajapakse, pour qu'il s'aligne plus étroitement sur l'offensive stratégique menée par les États-Unis contre la Chine. Colombo avait renforcé ses liens avec Pékin grâce au soutien de la Chine à la guerre contre les LTTE et grâce à d'importants investissements et prêts chinois après le conflit.
Contre le triomphalisme de l'État de Colombo, contre l'exploitation cynique par les puissances impérialistes et contre les diversions nationalistes des politiques bourgeoises tant cinghalaises que tamoules, il existe une tendance politique qui a maintenu une lutte de principe ininterrompue contre la guerre: le Parti de l'égalité socialiste (SEP – Socialist Equality Party) du Sri Lanka et son prédécesseur, la Ligue communiste révolutionnaire (RCL).
C'est la RCL qui, à la fin des années 1980, a avancé le slogan audacieux et scientifiquement fondé de la République socialiste du Sri Lanka et de l'Eelam, dans le cadre d'une Union des républiques socialistes d'Asie du Sud. Ce programme visait à l'unification révolutionnaire de la classe ouvrière dans toute la région, transcendant les divisions communautaires et nationales attisées par tous les partis bourgeois.
Ce programme a tranché le faux choix entre le chauvinisme de Colombo et le nationalisme séparatiste des LTTE. Il reconnaissait que la racine de l'oppression nationale tamoule ne résidait pas dans le peuple cinghalais en tant que tel, mais dans la classe dirigeante capitaliste sri-lankaise et dans l'État communautaire qu'elle a construit et soutenu.
La RCL et le SEP ont systématiquement dénoncé les crimes de guerre et les violations des droits de l'homme commis par l'armée sri-lankaise, ont exigé le retrait inconditionnel des forces militaires du nord et de l'est, et ont combattu chaque tentative de subordonner les masses tamoules à des organisations nationalistes bourgeoises comme les LTTE. Cette position de principe a valu au SEP la haine des deux côtés de la fracture communautaire – les gouvernements successifs de Colombo et d'autres forces racistes cinghalaises, et les LTTE.
En opposition tant à la guerre raciste de Colombo qu'au séparatisme tamoul réactionnaire prôné par les LTTE et d'autres partis nationalistes tamouls, le SEP a avancé une perspective socialiste et internationaliste, insistant sur le fait que les travailleurs tamouls et les pauvres des campagnes ne pouvaient défendre leurs intérêts qu'en s'unissant aux travailleurs cinghalais dans une lutte commune contre le capitalisme. L'appel du parti pour une République socialiste du Sri Lanka et de l'Eelam était ancré dans ce programme. Il soutenait que les travailleurs de langue cinghalaise ne pouvaient pas défendre leurs propres droits démocratiques et sociaux sans s'opposer à la guerre contre le peuple tamoul.
L'État capitaliste ne peut tolérer l'unité politique des travailleurs tamouls et cinghalais, qui menace un système basé sur l'exploitation du travail et la division communautaire. Le SEP avertit que quelles que soient les formules utilisées par Dissanayake quant à l’«unité nationale» et l'opposition au racisme, le gouvernement JVP/NPP répondra aux luttes croissantes des travailleurs contre ses mesures d'austérité, dictées par le FMI, en ravivant le chauvinisme anti-tamoul et anti-musulman. Les travailleurs doivent s'opposer à ce programme en engageant la lutte pour l'unification de la classe ouvrière sous le drapeau de la révolution socialiste internationale.
