La guerre menée par l'OTAN contre la Russie a franchi une nouvelle étape. Mercredi, l'Ukraine a lancé des attaques de drones sur Saint-Pétersbourg, la deuxième ville de Russie. D'épaisses fumées noires se sont élevées au-dessus du terminal pétrolier de Saint-Pétersbourg au moment même où s'ouvrait le Forum économique international. Selon certaines sources, la base navale de Kronstadt et d'autres cibles militaires ont également été visées.
Cette attaque fait partie d’une chaîne de frappes ukrainiennes de plus en plus rapprochées et de grande envergure menées à l’aide de drones et de missiles contre des installations énergétiques, des aérodromes, des usines d'armement, des centres de commandement et des infrastructures militaires russes dont certaines à des centaines de kilomètres du front.
L'Ukraine ne mène pas ces attaques seule. Elles sont politiquement couvertes, militairement soutenues, technologiquement appuyées et stratégiquement coordonnées par les puissances de l'OTAN, notamment l'Allemagne.
Ces dernières attaques sont l’application de ce ce que Berlin et Kiev avaient publiquement convenu ces dernières semaines. Lors de la réception, avec honneurs militaires, du président ukrainien Volodymyr Zelensky à Berlin à la mi-avril, les deux gouvernements avaient signé un «partenariat stratégique» officialisant une intensification de la coopération militaire.
À la mi-mai, le ministre de la Défense Boris Pistorius avait annoncé lors d'une visite à Kiev que l'Allemagne et l'Ukraine avaient l'intention de développer et de produire conjointement des drones et d'autres systèmes d'armes sans pilote, d'une portée allant jusqu'à 1 500 kilomètres, rendant possibles des attaques en profondeur à l'intérieur de la Russie.
Pistorius n'a jamais caché que Berlin considérait l'Ukraine non seulement comme un pays destinataire d'armes allemandes mais aussi comme un laboratoire pour les futurs conflits allemands et européens. L'Allemagne pouvait tirer profit de l'expérience ukrainienne sur le champ de bataille, avai-t-il déclaré. Autrement dit, la Bundeswehr apprend en Ukraine comment mener une guerre de haute technologie contre une puissance nucléaire.
L'attaque de Saint-Pétersbourg souligne que les puissances de l'OTAN franchissent toutes les lignes rouges. La Russie a averti maintes fois que les attaques d’armes occidentales sur son territoire pouvaient entraîner des contre-mesures, aussi hors d'Ukraine. Dès avril, le ministère russe de la Défense avait publié les adresses d'entreprises d'armement allemandes après l’annonce que Berlin voulait développer, en collaboration avec l'Ukraine, des armes longue portée et des drones pour attaquer la Russie.
Les puissances impérialistes répondent à chaque avertissement russe avec une totale irresponsabilité, risquant le déclenchement d’une guerre nucléaire. Non seulement elles acceptent sciemment que le conflit puisse dégénérer en guerre totale entre l'OTAN et la Russie, mais elles y œuvrent encore activement. Par les attaques toujours plus vastes en territoire russe, les manœuvres aux frontières de la Russie, le déploiement de troupes supplémentaires de l'OTAN en Europe de l'Est et le renforcement du potentiel militaire européen, on doit provoquer Moscou à une riposte qui pourrait ensuite servir de prétexte à l'entrée en guerre officielle de l'OTAN.
Rien de tout cela n'a à voir avec une défense de la «démocratie», de la «liberté» ou des «droits de l'homme». La guerre en Ukraine est le résultat de décennies d'expansion de l'OTAN vers l'est, de la transformation systématique de l'Ukraine en avant-poste militaire dirigé contre la Russie et du coup d'État droitier de 2014 à Kiev, soutenu par Washington et Berlin. Depuis l'invasion russe de février 2022, les puissances de l'OTAN n'ont cessé d'étendre le conflit.
Il s'agit là d'intérêts impérialistes: le contrôle de l'Ukraine, riche en matières premières et géo-stratégiquement située; l'affaiblissement et, à terme, le démembrement de la Russie; l'accès aux matières premières et aux marchés du continent eurasien; et le partage du monde entre les grandes puissances impérialistes.
Pour l'Allemagne, l'Ukraine revêt une importance historique particulière. Dès la Première Guerre mondiale, le contrôle de l'Ukraine figurait parmi les objectifs de guerre de l'impérialisme allemand. Durant la Seconde Guerre mondiale, la Wehrmacht l'occupa dans le cadre de la guerre d'anéantissement contre l'Union soviétique, qui coûta la vie à plus de 27 millions de citoyens soviétiques. Près de 85 ans après le lancement de l'opération Barbarossa, la classe dirigeante allemande lorgne à nouveau vers l'Est.
Les puissances européennes traitent le peuple ukrainien comme de la chair à canon au service de leurs intérêts impérialistes. Parallèlement, les dépenses militaires colossales, notamment un budget militaire allemand dépassant les 200 milliards d'euros par an dans les prochaines années, seront financées par des attaques brutales contre la classe ouvrière: coupes dans les prestations sociales, retraites et salaires, suppressions d'emplois, destruction des services publics et militarisation des écoles, universités et lieux de travail.
La lutte contre la folie de la guerre exige également qu’on rejette la politique réactionnaire du régime de Poutine. L'invasion russe de l'Ukraine n'était pas une réponse progressiste ou anti-impérialiste à l'encerclement de la Russie par l'OTAN, qui durait depuis des décennies. C'était la réaction désespérée et réactionnaire d'un régime oligarchique capitaliste issu de la destruction stalinienne de l'Union soviétique et de la restauration du capitalisme. La politique de Poutine a complètement échoué. Toute sa stratégie a consisté à vouloir assurer à l'oligarchie russe une place reconnue dans l'ordre capitaliste mondial par le biais d'un arrangement avec l'impérialisme.
Le Comité international de la Quatrième Internationale s'est efforcé, dès le début, d'unir les travailleurs d'Ukraine et de Russie contre la guerre. Dans sa première déclaration, immédiatement après le début du conflit, le CIQI a explicitement dénoncé «l'intervention militaire russe en Ukraine» et a affirmé: «Les socialistes et les travailleurs conscients doivent s’opposer à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, malgré les provocations et les menaces des États-Unis et des puissances de l’OTAN» La déclaration disait:
La catastrophe qui a été mise en marche par la dissolution de l’Union soviétique en 1991 ne peut être évitée sur la base du nationalisme russe, une idéologie profondément réactionnaire qui sert les intérêts de la classe dirigeante capitaliste représentée par Vladimir Poutine.[…] L’invasion de l’Ukraine, quelles que soient les justifications données par le régime de Poutine, ne peut que diviser la classe ouvrière russe et ukrainienne et, de plus, servir les intérêts de l’impérialisme américain et européen.
Cette analyse a été pleinement confirmée. Poutine commença la guerre par une attaque virulente contre la révolution d'Octobre et contre Lénine. Dans son discours précédant l'invasion, il a attaqué les bolcheviks pour avoir reconnu l'autodétermination nationale de l'Ukraine et fondé l'Union soviétique comme une union libre de républiques égales. Par là, il a clairement indiqué que son régime rejetait totalement les traditions révolutionnaires et internationalistes de 1917 et adoptait le chauvinisme grand-russe du tsarisme.
Les conséquences dévastatrices de cette politique, ce sont les travailleurs ukrainiens et russes qui les subissent. Des centaines de milliers de gens ont été tués ou blessés, des villes et des régions entières détruites, des millions de personnes déplacées. Le régime de Zelensky et ses parrains de l'OTAN utilisent la classe ouvrière ukrainienne comme chair à canon au service d’objectifs de guerre impérialistes. La classe ouvrière russe est réprimée, enrôlée de force et envoyée au combat par le régime de Poutine, qui trahit ses véritables intérêts sociaux et démocratiques.
C’est précisément pour cela que tout soutien à l’un ou l’autre des deux camps belligérants est réactionnaire. Les puissances de l’OTAN poursuivent l’objectif de soumettre militairement la Russie et de redécouper l’Eurasie. Le régime de Poutine ne défend pas la classe ouvrière contre l’impérialisme, mais les intérêts de l’oligarchie russe, dont la richesse et le pouvoir reposent sur la destruction des acquis de la révolution d’Octobre.
Les travailleurs et les jeunes d'Allemagne, d'Europe, de Russie, d'Ukraine et du monde doivent tirer la conclusion qui s'impose: la lutte contre la guerre exige la construction d'un mouvement socialiste international de la classe ouvrière contre la cause de la guerre — le système capitaliste de profit.
Les travailleurs ukrainiens et russes n'ont aucun intérêt à s'entre-tuer pour servir les intérêts d'oligarques rivaux et de puissances impérialistes. Les travailleurs allemands, français, britanniques, américains et de toute l'Europe n'ont aucun intérêt à sacrifier leurs salaires, leurs retraites, leurs écoles, leurs hôpitaux et, en fin de compte, leur vie pour les projets de grande puissance de leurs classes dirigeantes.
Le mot d’ordre qu’il faut opposer à la guerre n'est pas la défense d'un État-nation ou d'un autre, mais l'internationalisme socialiste: pour l'unité des travailleurs russes et ukrainiens! Contre l'impérialisme de l'OTAN et contre le régime de Poutine! Pour la construction d'un mouvement ouvrier socialiste international contre la guerre!
(Article paru en anglais le 5 juin 2026)
