« Nous devons unir nos luttes ! »

Lettre ouverte du Comité de base des travailleurs de Nexteer à nos confrères et consœurs en grève à American Axle

Ceci est une lettre ouverte du Comité de base des travailleurs de Nexteer à Saginaw, Michigan, adressée aux 1 000 grévistes d'American Axle à Three Rivers, Michigan. Les employés de l'usine Nexteer Automotive de Saginaw, Michigan, ont rejeté trois conventions collectives soutenues par le syndicat United Auto Workers (UAW) et se battent pour rejoindre les travailleurs d'American Axle dans une grève commune. Contactez le Comité de base des travailleurs de Nexteer à nexteerworkersrfc@gmail.com ou par SMS au (947) 622-2198.

Ouvriers d'American Axle le premier jour de la grève de 1 000 membres de l'UAW, le 1er juin 2026 [Photo: UAW]

Le Comité de base des travailleurs de Nexteer vous témoigne sa plus sincère solidarité. Dès le début de votre grève, les travailleurs de notre usine étaient prêts à vous rejoindre sur le piquet de grève. C'est précisément ce que des centaines de travailleurs de Nexteer affirment depuis le début de votre débrayage.

Mais le président de l'UAW, Shawn Fain, le directeur de la région 1D, Steve Dawes, et les autres membres de Solidarity House nous empêchent de faire grève. Au lieu de cela, ils ont présenté quatre ententes de principe basées non pas sur nos revendications, mais sur celles de la direction de Nexteer. Nous avons rejeté le premier accord provisoire à 96 % les 1er et 2 avril. Le deuxième a été rejeté à 73 % les 14 et 15 mai. Le troisième, les 28 et 29 mai, a été rejeté à 55 %.

Nous avons contraint l'UAW à organiser un vote d'autorisation de grève et avons voté en faveur de la grève les 20 et 21 mai à 86 %. L'UAW International a réagi en ignorant notre vote, en prolongeant notre convention collective à plusieurs reprises sans nous consulter et en déclarant toute grève « illégale ». Jason Tuck, représentant syndical de l'UAW, qui gagne 148 476 dollars par an, est venu à une réunion des membres, nous a insultés et nous a menacés de fermeture d'usine pour avoir rejeté le deuxième accord. Voyant que nous ne nous laissions pas intimider, Tuck est sorti en trombe.

Steve Dawes, directeur de la région 1D, qui perçoit plus de 229 813 $ par an en salaire et dépenses, est passé à la télévision pour qualifier le quatrième accord d’« excellente entente ».

C’est un autre mensonge.

Le salaire de départ reste à 19,50 $ de l’heure. Le salaire maximal atteint 27 $, mais pas avant 2030. C’est le même salaire que celui que les ouvriers gagnaient à l’ancienne usine GM de Saginaw Steering en 2005, soit l’équivalent de 45,65 $ aujourd’hui. Cela signifie qu’en 2030, nous gagnerions encore 40 % de moins en termes réels qu’il y a 25 ans. Le système de progression salariale reste inchangé, avec une durée de 48 mois pour les nouvelles recrues. La seule différence est la prime à la signature, qui passe de 2 500 $ à 3 000 $. Aucune protection n’est prévue contre les licenciements, alors que jusqu’à 400 employés risquent de perdre leur emploi à cause de l’automatisation et de la consolidation des usines.

Nous comptons bien jeter ce dernier accord à la poubelle, comme nous l’avons fait pour les trois précédents.

Nous vous disons cela car la plus grande solidarité que nous puissions vous offrir ne passe pas par des photos ou des publications sur les réseaux sociaux. Elle consiste à vous dire la vérité sur ce que vous affrontez, d'après notre propre expérience.

L'arnaque des jeux de fête foraine

La stratégie de la bureaucratie de l'UAW est une véritable arnaque de fête foraine. Vous connaissez ce genre de stand où on lance une balle de baseball pour faire tomber une quille. Le forain choisit quelle quille est installée. En guise de démonstration, il installe la quille légère, qui tombe facilement. Quand c'est votre tour, il la remplace par la quille lourde, et vous aurez beau lancer de toutes vos forces, impossible de la faire tomber.

Les responsables de l'UAW ont installé la quille légère lorsqu'ils ont appelé à la grève. Avant le débrayage, l'UAW a autorisé le PDG David Dauch à faire tourner l'usine à plein régime pour constituer des stocks d'essieux pour GM. La grève a été programmée pour se terminer avant la 39e Convention constitutionnelle de l'UAW, qui s'ouvre le 15 juin à Detroit, et des personnalités politiques comme la gouverneure Whitmer, Christopher Swanson, Abdul Al-Sayed et d'autres démocrates utilisent votre piquet de grève comme toile de fond de campagne. Solidarity House ne souhaite pas une véritable grève capable de renverser des décennies de baisses salariales. Ils veulent un débrayage contrôlé qu'ils pourront interrompre à leur convenance et exhiber comme une « victoire » devant les délégués de l'UAW.

Si vous persistez et exigez ce qui vous revient de droit, on vous présentera la quille lourde. Les responsables de l'UAW vous diront : « N'exigez pas de salaires qui compensent l'inflation, ne luttez pas contre les heures supplémentaires obligatoires, n'appelez pas les autres ouvriers à vous rejoindre. Si vous insistez sur l'un de ces points, Dauch délocalisera sa production au Mexique ou en Pologne. » Ils nous menacent aussi de représailles : en ignorant notre mandat de grève, en prolongeant les conventions collectives dans notre dos et en nous menaçant d'un arbitrage contraignant si nous continuons à refuser leurs ententes pourries. Différentes tactiques, même quille.

Mais nous n'avons pas cédé et vous ne devriez pas non plus. Après tout, ce sont nos vies et nos familles qui sont en jeu dans ce combat, pas les comptes en banque et les emplois confortables de Fain, Dawes et leurs subalternes. C'est pourquoi nous devons avoir le dernier mot.

Travailleurs de Nexteer devant le local syndical où ils ont voté contre la troisième entente de principe négociée par l'UAW les 28 et 29 mai

Constituez votre comité et coordonnez-vous avec nous

Après avoir été trahis à maintes reprises, nous avons été convaincus que nous devions prendre en main la conduite de notre lutte, et vous verrez que vous devez faire de même. Constituez votre propre comité de base, indépendant de l'appareil de l'UAW, responsable uniquement devant vos membres. Exigez des négociations transparentes : fini les documents de « points saillants » qui dissimulent ce qui est concédé. Formulez des revendications non négociables : des salaires qui récupèrent ce qui a été volé en 2008, une véritable protection contre le coût de la vie, la suppression de tous les échelons salariaux et une protection contre les licenciements liés à l'automatisation.

Notre sort est lié depuis longtemps. Nos deux entreprises sont issues de GM, dans les années 1990, après la scission de sa division de pièces détachées pour imposer des réductions de salaires. Toutes deux ont souffert sous le joug d'une bureaucratie de l'UAW qui, au nom de la « sauvegarde des emplois », a permis la destruction de nos salaires, de nos pensions et de milliers d'emplois. Aujourd'hui, les ouvriers de l'automobile, de Three Rivers et Saginaw à Bridgewater et Dana, réclament ce qui leur a été volé.

Nous avons le véritable pouvoir. Une grève générale des fournisseurs de pièces mettrait toute l'industrie à genoux. La livraison juste à temps signifie que les chaînes de montage sont à sec en quelques jours. Si nous faisons appel aux travailleurs des trois grands constructeurs automobiles et qu'ils refusent d’utiliser des pièces de briseurs de grève, notre mouvement sera un raz-de-marée capable de renverser tous les obstacles dressés sur notre chemin par les bureaucrates et les politiciens.

Nous voulons ce que vous voulez : des augmentations qui compensent la hausse du prix du carburant, de l'alimentation et du coût de la vie ; une indexation sur le coût réel de l’inflation ; une couverture médicale et une retraite entièrement payées ; la fin des heures supplémentaires forcées et des accélérations de cadence; la protection contre les suppressions d'emplois dues à l'automatisation ; et la réduction significative de l'écart salarial avec les employés des trois grands constructeurs automobiles américains.

Un dernier point : Dawes et d'autres bureaucrates syndicaux ont enjoint aux travailleurs de ne pas écouter la « désinformation » provenant de « canaux non autorisés » et des « réseaux sociaux ». Ils font référence aux déclarations du Comité de base des travailleurs de Nexteer et aux articles du World Socialist Web Site, le seul média à avoir couvert honnêtement notre lutte et à nous avoir permis d'exprimer nos préoccupations.

Selon Solidarity House, nous sommes censés croire sur parole tout ce que disent les bureaucrates de l'UAW et oublier ce que nous avons vu de nos propres yeux. Eh bien, Monsieur Dawes, nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, et les travailleurs d'American Axle non plus. Nous continuerons à dire la vérité et à lutter pour unifier les travailleurs de l'automobile et des pièces automobiles afin de récupérer tout ce que vous et les autres larbins de l'UAW nous avez pris.

Solidarité,

Le Comité de base des travailleurs de Nexteer – Saginaw, Michigan

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