Coupe du monde de la FIFA 2026 : « Le beau jeu » sous l’emprise de Trump et de l’oligarchie financière

Le président Donald Trump recevant le premier Prix de la paix de la FIFA des mains du président de la FIFA, Gianni Infantino, le 5 décembre 2025 [Photo: White House]

La Coupe du monde de la FIFA 2026 a débuté la semaine dernière aux États-Unis, au Mexique et au Canada avec un spectacle destiné à projeter une image d’unité continentale et de puissance économique. Ce dont le monde a en réalité été témoin est tout autre : un tournoi accaparé à tous les niveaux – organisationnel, financier et politique – par l’oligarchie financière américaine et ses dirigeants politiques, l’administration Trump.

Dès l’instant où le président de la FIFA, Gianni Infantino, a décerné à Donald Trump le « Prix de la paix de la FIFA » en décembre dernier, mettant ainsi l’instance dirigeante mondiale du football à genoux devant l’aspirant dictateur américain, la nature de cette Coupe du monde est devenue indéniable. L’événement sportif le plus populaire au monde a été pris en otage.

La cérémonie d’ouverture de l’événement a rendu cette réalité impossible à ignorer. À Mexico, où s’est déroulé le match d’ouverture le 11 juin, environ 50 000 personnes sont descendues dans les rues : des enseignants réclamant la fin du système de retraite privatisé, des collectifs à la recherche des dizaines de milliers de disparus au Mexique, des travailleurs des transports, des communautés autochtones et agricoles, ainsi que des jeunes qui voient dans ce tournoi non pas une fête, mais un gaspillage massif de ressources. La police anti-émeute a réprimé violemment les manifestants qui tentaient de s’approcher du stade Azteca.

À l’intérieur du SoFi Stadium de Los Angeles, le lendemain, l’équipe américaine a battu le Paraguay 4 à 1 devant un public où des milliardaires, des célébrités et des magnats de la tech — dont Bill Gates — occupaient des loges de luxe vendues sur le marché secondaire pour des dizaines de milliers de dollars. Dans le même temps, environ 2 000 employés de la restauration et des concessions avaient voté à 96 % en faveur d’une grève en raison de l’impasse sur les conventions collectives et de la crainte que des sbires de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) ne soient déployés lors des matchs. Le syndicat Unite Here a toutefois imposé un accord de dernière minute dont les détails n’ont même pas été révélés aux membres. Les employés du secteur de l’hôtellerie à Seattle et à Philadelphie ont également menacé de faire grève.

Trump s’est autoproclamé président du groupe de travail chargé de l’organisation de la Coupe du monde, dont le siège se trouve à la Trump Tower. Alors qu’il recevait une réplique du trophée de la Coupe du monde dans le Bureau ovale, il a menacé le Mexique, co-organisateur de l’événement, de frappes militaires pour son incapacité à lutter contre les cartels de la drogue. Alors que le match d’ouverture s’est déroulé à Mexico, la FIFA a fait une concession majeure à Washington en attribuant tous les quarts de finale, les demi-finales et la finale à des stades américains, ainsi que sept des huit matchs des huitièmes de finale.

Les prix des billets complètent le tableau. Pour la première fois dans l’histoire de la Coupe du monde, la tarification est régie par un modèle de marché « dynamique » : les prix fluctuent en fonction de ce que les plus fortunés sont prêts à payer. Les billets pour la finale sur les plateformes officielles de revente commencent à 10 990 dollars ; d’autres dépassent les 32 000 dollars ; l’un d’entre eux aurait même été mis en vente à 2,3 millions de dollars. Selon Ticketdata.com, le prix moyen d’un billet pour un match donné s’élevait à près de 600 dollars.

Les tarifs de la MBTA à Boston, du New Jersey Transit et des trajets entre Manhattan et le MetLife Stadium ont tous été augmentés à des niveaux exorbitants. Ces prix ne sont pas fixés pour les supporters de football issus de la classe ouvrière, mais pour les milliardaires et les millionnaires.

Le fait que la FIFA ait discrètement réduit les prix pour l’ensemble des 104 matchs et restitué 70 % de ses chambres d’hôtel bloquées plusieurs semaines avant le coup d’envoi — sans pour autant parvenir à remplir des dizaines de milliers de places à ce jour — ne fait que souligner l’injustice qui règne dans un sport comptant des centaines de millions de fans passionnés.

Cependant, le plus grand scandale qui entache ce tournoi est sa transformation en une tribune d’arrogance impérialiste, de militarisme et de chauvinisme anti-immigrés par l’administration Trump, sans que la FIFA et ses co-organisateurs ne protestent.

L’acte de discrimination le plus flagrant a été le traitement réservé à l’Iran. L'équipe nationale iranienne est arrivée à cette Coupe du monde dans des conditions auxquelles aucune autre nation n'est confrontée : son pays était soumis à une campagne de bombardements américano-israéliens et menacé d'une forme d'anéantissement que l'on ne peut qualifier que de génocidaire. Les athlètes sont venus malgré tout, pour concourir dans un pays qui a lancé une guerre d'agression illégale contre le leur.

Les États-Unis ont «récompensé» cette démarche en interdisant à l’équipe iranienne de passer ne serait-ce qu’une seule nuit sur le sol américain, alors même que tous les matchs prévus se déroulent dans des stades américains. Contraints d’installer leur camp d’entraînement à Tijuana, de l’autre côté de la frontière mexicaine, ils doivent traverser la frontière, jouer, puis rentrer le jour même – traités non pas comme des invités, mais comme des menaces pour la sécurité tout au long de leur séjour. De plus, quinze membres du personnel technique iranien, dont de hauts responsables de la fédération, se sont vu refuser tout visa d’entrée aux États-Unis, et une interdiction générale a été imposée aux supporters iraniens. Tijuana a réservé aux joueurs iraniens un accueil de héros, au mépris des abus de Washington.

Dans un autre acte indescriptible d’arrogance impérialiste, la FIFA a ordonné à l’équipe nationale haïtienne – qui ne participe qu’à sa deuxième Coupe du monde – de retirer de son maillot un symbole commémorant la bataille de Vertières, livrée le 18 novembre 1803, au cours de laquelle l’armée révolutionnaire de Jean-Jacques Dessalines composée d’esclaves a écrasé les forces de Napoléon, qui avaient été dépêchées expressément pour réimposer l’esclavage.

Une aristocratie au pouvoir, déterminée à recoloniser l’hémisphère et le monde, est naturellement hostile à la mémoire historique de la Révolution haïtienne, la seule révolution d’esclaves couronnée de succès de l’histoire de l’humanité, qui a fondé la première république noire indépendante en 1804. La FIFA a jugé cette représentation trop « politique » ; et cela de la part d’une bureaucratie corrompue qui a transformé la Coupe du monde en un instrument de promotion pour Donald Trump.

La censure de ce maillot s’est accompagnée d’une interdiction de voyager aux États-Unis pour les supporters haïtiens, une insulte à l’histoire même du sport américain : Joe Gaetjens, un plongeur haïtien sans papiers à New York, avait marqué le but qui avait permis aux États-Unis de battre l’Angleterre lors de la Coupe du monde de 1950, l’une de leurs victoires les plus historiques à ce jour.

La liste des humiliations infligées par les autorités américaines ne peut être qu’énumérée partiellement :

  • Des agents de l’immigration américains ont procédé à des fouilles corporelles de joueurs sénégalais et ouzbeks sur le tarmac de l’aéroport, comme s’ils étaient des suspects de terrorisme.
  • L’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan – le premier Somalien jamais désigné à ce rôle pour une Coupe du monde – a été retenu pendant onze heures à l’aéroport de Miami alors qu’il était en possession d’un visa valide et d’un passeport diplomatique, puis expulsé du pays. Interrogé à ce sujet, Infantino a répondu aux supporters de « se calmer ».
  • L’attaquant suisse Breel Embolo, né au Cameroun, s’est vu révoquer son autorisation de voyage quelques heures avant le vol de son équipe.
  • Le joueur irakien Aymen Hussein a été interrogé pendant près de sept heures à O’Hare ; le photographe de l’équipe irakienne s’est vu refuser d’emblée l’entrée sur le territoire.
  • Les supporters du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Maroc et d’Iran se sont également heurtés à un refus systématique de visa.
  • D’innombrables journalistes africains et iraniens ont reçu des visas américains à entrée unique, ce qui les empêche de suivre leurs équipes dans les trois pays hôtes.
  • Le président de la Fédération palestinienne de football s’est vu refuser tout visa.

La comparaison avec les Jeux olympiques de Berlin de 1936 – déjà évoquée par les détracteurs de la Coupe du monde de 1978 en Argentine, où les prisonniers politiques détenus dans les chambres de torture de la junte militaire pouvaient entendre les supporters acclamer leurs équipes dans le stade – n’est ni une exagération ni une figure de style. L’administration Trump mène aujourd’hui une véritable guerre d’agression contre l’Iran, arme un génocide à Gaza, détient des travailleurs immigrés dans des camps de concentration et les expulse en masse, tue des manifestants pacifiques et enlève des chefs d’État étrangers, tout en organisant ce que la FIFA qualifie de célébration de « l’unité ».

Trump lui-même étant un disciple d’Hitler, le chauvinisme dont font aujourd’hui l’objet les joueurs, arbitres, supporters et journalistes étrangers issus de nations à majorité noire reflète la diabolisation nazie des « races inférieures », alors même que le tournoi, à l’instar des Jeux olympiques de Berlin, se déroule sous le contrôle d’un dispositif policier militarisé frôlant l’état de « guerre totale ».

Les 11 milliards de dollars de recettes attendues mesurent à quel point la fusion entre le sport, la violence d’État, le pillage oligarchique et le virage vers le fascisme a atteint son aboutissement logique sous le capitalisme. Les instances dirigeantes telles que la FIFA sont devenues, comme l’a écrit le WSWS à propos du Comité international olympique, « guère plus qu’un instrument direct de l’impérialisme ».

Le World Socialist Web Site ne partage pas le mépris de la classe dirigeante pour le sport. Le football, dans sa forme la plus élémentaire, est une magnifique expression de la créativité collective, de l’habileté, du mouvement et du dévouement humains. C’est la classe ouvrière qui a inventé ce sport sous sa forme moderne et qui en a façonné la culture depuis plus d’un siècle.

Comme nous l’avons écrit à propos des Jeux olympiques de Londres en 2012, le caractère apparemment surhumain des exploits sportifs est en réalité la preuve des « formidables potentialités de la race humaine ».

Les centaines de millions de personnes qui souhaitent voir à l’oeuvre cette maîtrise méritent de le faire sans que celle-ci soit transformée en un instrument de propagande nationaliste et d’enrichissement oligarchique. Des Jeux olympiques de Coubertin – conçus en partie pour mieux préparer les hommes français à « combattre et gagner des guerres » – aux Jeux nazis de 1936 et aux boycotts de la Guerre froide de 1980 et 1984, le sport international a toujours été teinté de nationalisme et de réaction politique.

Ce qui est nouveau, c’est la fusion toujours plus malveillante du nationalisme et du mercantilisme à une échelle sans précédent, alors que les organisations du mouvement ouvrier qui donnaient autrefois aux travailleurs les moyens collectifs de résister et de trouver de véritables formes de solidarité de classe internationale ont été systématiquement détruites ou subordonnées au capital.

L’antidote au poison nationaliste n’est ni l’indifférence envers le sport ni le mépris des supporters : cette attitude est propre à l’intelligentsia libérale, et non au mouvement socialiste. L’antidote, c’est la conscience de classe politique : la reconnaissance qu’un travailleur mexicain, un travailleur américain, un travailleur iranien et un travailleur haïtien partagent des intérêts matériels communs qu’aucun brandissement de drapeau ne saurait effacer. Le sport appartient à tout le monde.

Les enseignants et les travailleurs qui sont descendus dans la rue devant le stade Azteca ; les employés du secteur des services au SoFi qui se sont opposés aux salaires de misère et aux menaces de l’ICE ; les athlètes, les journalistes, les supporters et les responsables des fédérations soumis aux humiliations de la machine migratoire de Trump : tous expriment une seule et même contradiction sous-jacente.

L’aristocratie financière s’est emparée d’un sport qui appartient à l’humanité et l’a transformé en un vecteur de son propre enrichissement, de sa géopolitique impérialiste et de son fascisme.

Sous le capitalisme, il est accaparé par l’élite au pouvoir, refusé à ceux qui n’ont pas les moyens de payer, et dégradé au passage. L’expropriation de l’oligarchie – de la FIFA, des conglomérats médiatiques, des institutions financières qui ont colonisé tous les domaines de la vie publique – est la condition préalable pour faire du sport, au même titre que la santé, l’éducation et le logement, un bien public et démocratique accessible à tous.

Loading