Déploiements policiers pour briser les piquets de grève des travailleurs des services communautaires de l’Ontario en arrêt de travail depuis six semaines

Rassemblement de membres du SEFPO à Toronto, début juin 2026 [Photo: OPSEU/Facebook]

La tension continue de monter sur les piquets de grève dans toute la province, alors qu’environ 4 500 travailleurs des services communautaires et sociaux affiliés au Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO), répartis dans 27 sections locales, entament leur sixième semaine de grève ou de lock-out.

Mardi 23 juin, la police a été appelée pour disperser des piquets de grève devant un hôtel Sheraton de London en Ontario. L’employeur y héberge des briseurs de grève et utilise des minibus pour leur faire franchir les piquets de grève aux établissements des Services d’intégration communautaire de la ville, touchés par la grève.

Après l’incident, le président du SEFPO, J.P. Hornick, a déclaré aux journalistes : « Ce que nous constatons dans toute la province, c’est que certains de ces soi-disant travailleurs de remplacement, que j’appelle des briseurs de grève, ne disposent pas des qualifications requises. Ils n’ont aucune relation avec les patients. Nous voyons ici des agences qui, en quelque sorte, installent des personnes dans des bâtiments destinés à accueillir des bureaux, mais qui servent désormais à héberger des patients. C’est en réalité révoltant et immoral. »

D’autres sections locales syndicales de la province se sont également mobilisées pour protester contre le recours à des briseurs de grève en manifestant devant les locaux de sous-traitants tiers, qui recrutent cette main-d’œuvre. À Toronto, la police intimide systématiquement les grévistes à chaque changement d’équipe dans un établissement de soutien aux femmes en situation de crise du centre-ville. Au début du mois, des grévistes ont rapporté avoir été bousculés et poussés par la police afin de les éloigner des piquets de grève protestant contre le déploiement de briseurs de grève dans un centre d’accueil de soutien aux femmes et aux personnes de tous genres en situation de crise.

Les travailleurs des services sociaux sont les employés du secteur public les moins bien rémunérés de la province. En raison de contrats misérables qui n’ont pas suivi le rythme de l’inflation, ils gagnent en réalité moins aujourd’hui qu’en 2018. Ces travailleurs assurent des fonctions essentielles de soutien communautaire dans le cadre de programmes destinés aux personnes autistes, dans les établissements de soins palliatifs, les centres de traitement psychiatrique, les centres de développement pour personnes handicapées, les programmes de lutte contre la toxicomanie, les centres d’accueil pour femmes en situation de crise, les foyers pour sans-abri, les programmes pour la jeunesse et de nombreux autres domaines pour venir en aide aux personnes les plus vulnérables de la province.

Avant la grève, les travailleurs avaient mené campagne pendant plus d’un an pour exiger que le gouvernement du Premier ministre de droite Doug Ford s’attaque à la crise du sous-financement systémique du secteur des services communautaires, mais leurs revendications ont été totalement ignorées.

L’employeur a affirmé qu’il réduirait certains services afin de se concentrer sur les tâches les plus essentielles dans le cadre de ses plans d’urgence. Cependant, il apparaît de plus en plus clairement que ces « plans d’urgence » tournent en dérision ses engagements en matière de soins. Des patients vulnérables sont entassés dans des foyers collectifs déjà surpeuplés, voire envoyés dans des hôtels bon marché. Dans plusieurs établissements de Thunder Bay, des patients présentant un handicap mental sont regroupés et envoyés dans les locaux administratifs de l’employeur. Dans l’ensemble du système, les travailleurs de remplacement ne sont pas agréés et sont cruellement sous-qualifiés. Dans de nombreux cas, des proches ont retiré leurs parents vulnérables du système pour s’en occuper personnellement à leur domicile familial.

Deux enjeux principaux sont au cœur de cette grève.

Tout d’abord, les travailleurs exigent que le gouvernement revienne sur ses coupes budgétaires massives effectuées dans les programmes de services sociaux et communautaires. Le budget 2025-2026 du gouvernement prévoyait un déficit budgétaire de 1,5 milliard de dollars pour le ministère des Services sociaux et communautaires, alors même que quelque 70 000 enfants autistes et 52 000 personnes présentant une déficience intellectuelle sont toujours sur des listes d’attente pour bénéficier de ces services. Des chercheurs en sciences sociales ont fait valoir que le gouvernement Ford a injecté des milliards de dollars provenant des contribuables dans des intermédiaires privés à but lucratif, tout en sous-finançant les services publics de première ligne.

Ensuite, les grévistes réclament des augmentations de salaire, notamment une compensation pour la loi gouvernementale qui visait à limiter les hausses salariales et qui a été jugée inconstitutionnelle par les tribunaux en 2022, et qui a ensuite été portée à nouveau en appel en 2024. Le Projet de loi 124 du gouvernement Ford avait plafonné les augmentations salariales annuelles de la plupart des employés de la fonction publique à 1 % pendant les trois années de forte inflation qui ont suivi l’adoption de la loi en 2019. Depuis l’abrogation de cette loi, les employés de la fonction publique ont négocié des augmentations salariales rétroactives de 6,5 % ou plus. Mais le gouvernement continue de refuser tout règlement pour l’ensemble du secteur de la fonction publique, ce qui inclut les travailleurs des services communautaires, voire même de discuter à cet effet.

Le secteur des services communautaires n’est pas le seul à souffrir d’un manque de financement. Le gouvernement prévoit un déficit de 13,8 milliards de dollars et s’en sert pour justifier de nouvelles mesures d’austérité visant les services publics et les fonctionnaires. Des services sociaux essentiels tels que la santé, l’éducation et le logement souffrent déjà d’un sous-financement chronique en raison des mesures d’austérité budgétaires imposées par Ford depuis son arrivée au pouvoir en 2018. Tous les gouvernements précédents, qu’ils aient été dirigés par les libéraux, les conservateurs ou le NPD, ont toujours imposé une discipline budgétaire stricte en matière de dépenses publiques depuis les années 1990, réduisant en même temps de façon massive les impôts des grandes entreprises et des riches, ce qui a entraîné une explosion de la pauvreté et l’émergence d’une élite extrêmement riche.

Au début du mois, 4 100 membres de l’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario (ONA) se sont fait imposer l’arbitrage exécutoire avec leurs employeurs du secteur des soins de longue durée à but lucratif. La principale priorité du personnel infirmier est d’obtenir la parité salariale, qu’il soit à l’emploi d’une maison de retraite à but lucratif ou d’un établissement de soins du secteur public. Le personnel infirmier des maisons de retraite à but lucratif est nettement moins bien rémunéré que leurs homologues du secteur hospitalier, avec un écart pouvant parfois atteindre 10 à 15 dollars de l’heure.

Le conflit dans les établissements de soins de longue durée soulève une nouvelle fois la question des droits des travailleurs dans la province. En vertu de la Loi sur l’arbitrage des conflits de travail dans les hôpitaux, le personnel infirmier de l’Ontario est partout considéré comme « travailleurs essentiels » et est légalement interdit de faire grève. Il lui est également interdit de mener toute forme d’action syndicale, qu’il s’agisse de refuser d’effectuer des heures supplémentaires, de faire la grève du zèle ou de retirer une partie du personnel des lieux de travail une fois la couverture des services essentiels négociée.

Le 5 mai, l’ONA, qui regroupe plus de 60 000 membres de personnel infirmier dans la province, a intenté une action en justice en faisant valoir que la loi était inconstitutionnelle et contraire à la Charte des droits et libertés. Au début du mois, les membres du Syndicat des infirmières et infirmiers de la Colombie-Britannique (BCNU), qui disposent du droit de grève à condition de garantir la couverture des services essentiels, ont rejeté à 67 % une entente de principe qui avait pourtant été recommandée à l’unanimité par leurs dirigeants syndicaux. Quelque 60 000 membres du personnel infirmier se battent pour obtenir une nouvelle convention collective depuis mars 2025. Avant l’annonce de la conclusion d’un accord provisoire, le personnel infirmier s’était prononcé à 98,2 % en faveur de la grève. Malgré tout, les dirigeants syndicaux ont refusé de déposer un préavis de grève et préféré présenter un accord misérable aux membres.

En Nouvelle-Écosse, la grève de huit semaines pour mettre fin aux salaires de misère menée par 3 600 travailleurs des établissements de soins de longue durée affiliés au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), a récemment été suspendue, alors que les travailleurs de dizaines de sections locales votent sur une entente de principe. Plusieurs sections locales ont repris la grève après que l’accord final n’a pas été ratifié.

Cette grève est le dernier signe en date de l’opposition croissante de la classe ouvrière qui, partout au Canada, fait face à l’imposition par la classe dirigeante d’une austérité sauvage et au démantèlement de ses droits, destinés à financer la guerre et à accroître davantage la fortune colossale de l’oligarchie financière. Contrairement aux fausses affirmations des médias grand public, des partis de l’establishment et de la bureaucratie syndicale, qui prétendent qu’une « Équipe Canada » unie, transcendant toutes les classes sociales, ferait face à la guerre commerciale en cours avec les États-Unis, les différentes grèves menées par les travailleurs de la santé et des services sociaux soulignent une fois de plus que le Canada, comme tous les pays dans le monde, est déchiré par des conflits de classe irréconciliables dans le contexte de la crise capitaliste mondiale qui ne cesse de s’aggraver.

L’offensive de Ford contre les services publics et les programmes destinés aux plus vulnérables s’inscrit dans le programme de guerre de classe mené par le gouvernement libéral Carney. Le gouvernement fédéral s’est engagé à consacrer la somme scandaleuse de 5 % du PIB pour financer les Forces armées et des infrastructures connexes, ce qui équivaut à une somme de plus de 150 milliards de dollars par an. Le gouvernement Carney continue de faire pression pour l’escalade de la guerre impérialiste contre la Russie en Ukraine et élabore sa « stratégie industrielle de défense » visant à injecter des dizaines de milliards de dollars dans le développement des capacités de l’industrie canadienne en matière de production de guerre. Dans la même foulée, et en collaboration avec ses partenaires des gouvernements provinciaux, il augmente la richesse de l’oligarchie financière canadienne par le biais d’allègements fiscaux et autres subventions.

Face à cela, la direction du SEFPO, dans le cadre de la grève des travailleurs des services communautaires, axe sa stratégie sur des demandes stériles au gouvernement Ford – farouchement anti-travailleurs – pour qu’il revienne sur sa position. Le SEFPO, avec le soutien de la Fédération du travail de l’Ontario (FTO), met tout en œuvre pour confiner la grève des travailleurs des services communautaires dans le carcan du système de négociation collective favorable à l’employeur, isolant ainsi la grève alors même que les employeurs, avec le soutien et les encouragements du gouvernement, ont recours à des briseurs de grève.

C’est ce même gouvernement qui a mis à mal le réseau des collèges communautaires de la province, y supprimant 10 000 emplois de travailleurs de l’éducation membres du SEFPO et fermant des dizaines de programmes universitaires. Il a par ailleurs massivement réduit les subventions et les prêts accordés aux étudiants de l’enseignement supérieur de l’Ontario, poursuit la privatisation continue de la société des alcools LCBO et est en voie de supprimer 2 500 lits d’hôpital supplémentaires, alors même que des études montrent que les hôpitaux ont en fait besoin de 4 000 lits de plus.

La politique de Hornick et des autres bureaucrates syndicaux supposément « de gauche » a un impact particulièrement néfaste sur l’opposition émergente de la classe ouvrière à l’austérité et à la guerre. Hornick et ses acolytes clament haut et fort leur soutien à l’action « militante » des travailleurs et vont même jusqu’à critiquer de temps à autre la politique du gouvernement. Mais ils s’efforcent sans relâche de confiner les travailleurs à des actions syndicales isolées. Dès que se présentent des conditions propices à l’émergence d’un mouvement de masse pouvant prendre une orientation politiquement indépendante – qui remettrait en cause le « droit » de la classe dirigeante à piller les travailleurs et les services publics – les bureaucrates de cette supposée « gauche » se montrent tout aussi impitoyables que leurs collègues plus conventionnels pour saboter la lutte.

Ce fait a été mis en évidence par la grève des travailleurs auxiliaires de l’éducation de 2022, où des appels à la grève générale ont été lancés par les travailleurs dans toute la province après que 55 000 grévistes se soient mis en grève, en dépit de l’interdiction préventive de grève imposée par le gouvernement Ford. Hornick, de concert avec les directions de la FTO, du Congrès du travail du Canada et d’Unifor, est intervenu pour lancer une bouée de sauvetage à Ford et étouffer la grève sans qu’aucune des revendications des travailleurs n’ait été satisfaite.

Les travailleurs du SEFPO, qui ont vu leurs propres grèves isolées dans les collèges communautaires et à la LCBO, ont finalement été contraints d’accepter des conventions collectives qui ne répondaient pas à leurs revendications centrales.

L’évolution de la grève des travailleurs des services communautaires souligne que les grévistes ne mènent pas simplement une lutte contractuelle, mais un combat politique qui les oppose au programme de guerre de classe mené par les gouvernements conservateur de l’Ontario et libéral de Carney – un programme soutenu par l’ensemble du monde des affaires canadien. À cet égard, malgré ses vaines déclarations de « solidarité », la FTO, aux côtés de la direction du SEFPO, rejette tout appel à mobiliser l’immense pouvoir de la classe ouvrière dans toute la province et le pays pour lier la lutte des travailleurs des services communautaires à une offensive politique visant à renverser le gouvernement Ford.

La tâche immédiate des grévistes est d’appeler les couches les plus vastes de la classe ouvrière — qui sont toutes confrontées aux mêmes menaces d’emploi précaire, de licenciements, de baisses de salaires et de dégradation des services publics — à se joindre à une contre-offensive sociale et politique menée par tous les travailleurs, pour garantir à tous un emploi sûr et correctement rémunéré ainsi que des services publics financés à hauteur suffisante. Si les travailleurs des services sociaux et l’ensemble de la classe ouvrière veulent réaliser de réelles avancées, ils doivent agir indépendamment des syndicats en formant des comités de base dans chaque lieu de travail pour doter les travailleurs d’un programme socialiste et internationaliste leur permettant de s’opposer aux attaques incessantes contre leurs droits – des attaques qui découlent inévitablement du système capitaliste de profit, cause de l’austérité et de la guerre.

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