Perspective

Les licenciements de masse dans l'industrie automobile allemande et la guerre contre les emplois dans le monde entier

Des salariés de Volkswagen participent à un rassemblement pendant une grève d'avertissement nationale, sur le site de l'usine principale de Volkswagen à Wolfsburg, en Allemagne, le lundi 2 décembre 2024. [AP Photo/Julian Stratenschulte]

Les licenciements de masse qui menacent au sein du groupe Volkswagen représentent une nouvelle étape dans la campagne menée par la classe dirigeante dans le monde entier pour sabrer les emplois dans l’industrie et réorganiser la production en vue de la guerre commerciale et du réarmement. On prévoit jusqu'à 100 000 suppressions d'emplois à l'échelle du trust et la fermeture de quatre usines allemandes employant environ 40 000 travailleurs.

Ces fermetures auraient lieu après la suppression de 35 000 emplois en Allemagne, déjà convenue par Volkswagen, le syndicat IG Metall et le comité d'entreprise du trust en décembre 2024. La direction veut à présent doubler l'actuel objectif de 50 000 suppressions d'emplois dans le groupe d'ici 2030.

Volkswagen prévoit également de réduire sa capacité de production mondiale annuelle, qui s'élève actuellement à 10 millions de véhicules (contre environ 12 millions avant la pandémie), pour la ramener à 9 millions, de supprimer jusqu'à la moitié de sa gamme de modèles et de regrouper les fonctions de développement, d'administration et d’autres grâce à la numérisation, à l'intelligence artificielle et aux services partagés.

Jeudi, le conseil de surveillance a rejeté l'intégralité de la proposition du PDG Oliver Blume, mais les mesures d'économies convenues précédemment restent en vigueur au moment où Volkswagen poursuit la réduction de ses modèles, capacités de production et «structures parallèles» et que la direction et les responsables syndicaux négocient les modalités de la prochaine série de mesures.

L'Allemagne, première économie et pôle industriel de l’Europe, se trouve au centre d'une vague mondiale de licenciements. Plus de 100 000 emplois y ont disparu dans le secteur automobile et chez les équipementiers depuis 2019. L'Association allemande de l'industrie automobile prévoit la suppression de 125 000 autres postes d'ici 2035. Quelque 124 000 emplois du secteur manufacturier ont été supprimés l'an dernier. Les quatre fermetures d'usines Volkswagen auraient des conséquences dévastatrices pour des villes et des régions industrielles entières.

Au Canada, Stellantis a suspendu les activités de l'usine de Brampton pour une durée indéterminée, l'usine Ford d'Oakville est à l'arrêt depuis des années, GM a mis fin à la production à l'usine CAMI et celle d'Oshawa a perdu sa troisième équipe. Aux États-Unis, les constructeurs automobiles utilisent l'automatisation pour éliminer des emplois dans toute la production et la logistique.

Les multinationales forcent les travailleurs à faire les frais de ventes de véhicules électriques plus basses que prévues. Volkswagen avait entièrement reconverti son usine de Zwickau, voulant en faire une vitrine pour ses véhicules électriques. Elle est aujourd'hui menacée de fermeture. GM a promu la «Factory Zero» comme pièce maîtresse d'une renaissance américaine du véhicule électrique. Elle n’a plus aujourd’hui qu'un effectif squelettique et la direction installe quelque 50 robots supplémentaires dans les ateliers.

L'assaut ciblant les travailleurs de l'automobile est l'un des fronts dans une contre-offensive bien plus large de la classe dirigeante contre l'emploi. Rien qu'aux États-Unis, les employeurs ont annoncé 1,2 million de suppressions d'emplois l'an dernier; les entreprises technologiques elles, ont supprimé près de 245 000 postes à l'échelle mondiale. Les trusts déploient l’intelligence artificielle, l’automatisation et les restructurations comme instruments d’une stratégie de classe délibérée: réduire les coûts de main-d’œuvre et soutirer des profits toujours plus importants aux travailleurs afin de soutenir un système financier en crise alors que les gouvernements détournent la richesse sociale vers le réarmement et la guerre.

Pour mettre fin aux licenciements, il faut une offensive internationale menée par la classe ouvrière dans l’ensemble d’un secteur automobile intégré à l’échelle mondiale. Organiser cette offensive, tel est l’objectif de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC), fondée en 2021 pour unir les luttes des travailleurs dans tous les pays et tous les secteurs d’activité.

Les travailleurs doivent rejeter toute subordination à «leur propre» gouvernement et agir au-delà des frontières nationales. Cela exige de lutter contre les bureaucraties syndicales qui rejettent la faute sur les travailleurs étrangers tout en s'alignant sur les trusts et sur les partis capitalistes.

Un Comité d'action indépendant de Volkswagen, formé par des travailleurs de la base contre la direction et IG Metall, et affilié à l'IWA-RFC, organise l'opposition aux coupes draconiennes. «Nous avons besoin de cette nouvelle structure organisationnelle pour briser le contrôle dictatorial des responsables syndicaux et du comité d'entreprise et leur recours constant aux intimidations et aux menaces», a-t-il expliqué la semaine dernière dans une déclaration.

Il a appelé à des «grèves coordonnées sur tous les sites » et à des actions «allant jusqu’à l’occupation des usines ou des départements menacés de fermeture», ainsi qu’à l’unité et à la coopération avec les travailleurs dans le monde entier.

À l'inverse, IG Metall prône la «cogestion», c'est-à-dire l'intégration légale et formelle de l'appareil syndical à la direction du trust. Les représentants du personnel détiennent la moitié des sièges au conseil de surveillance de Volkswagen; le gouvernement de Basse-Saxe, dirigé par le SPD, en nomme deux autres. IG Metall et le SPD exercent ainsi une majorité de fait. Les comités d'entreprise qui cogèrent les opérations s'étendent à l'ensemble du trust.

Le syndicat avait déjà accepté, en décembre 2024, de réduire la capacité de production en Allemagne de 734 000 véhicules et les coûts annuels de main-d’œuvre de 1,5 milliard d’euros. Il a accepté des baisses de salaires réels pouvant atteindre 20 %, une réduction du temps de travail sans compensation intégrale et une diminution de plus de moitié des postes de formation. Environ 28 000 salariés ont déjà été poussés à partir «volontairement».

La bureaucratie syndicale fonctionne délibérément en instrument de domination de classe. Elle impose la trêve sociale alors que le trust prépare la plus grande hécatombe d’emplois de l'histoire de Volkswagen. Même les débrayages limités qu'elle a organisés sont explicitement présentés comme n'étant pas des «grèves d'avertissement». Au lieu d'engager le conflit social, IG Metall détourne les travailleurs vers des appels en faveur d’un meilleur projet opérationnel et du rétablissement de la compétitivité allemande.

Les bureaucrates syndicaux d'autres pays propagent le même poison nationaliste. Le syndicat UAW (United Auto Workers) réclame l'obligation de «produire sur place pour vendre sur place», des droits de douane punitifs et un rapport de un pour un entre les ventes intérieures et la production. Unifor prône une défense similaire du capitalisme canadien.

Mais la production automobile fait partie des processus les plus intégrés à l'international. Les slogans «America First», «Deutschland über alles» (l’Allemagne au-dessus de tout) et autres programmes nationalistes de même acabit n’ont jamais sauvé le moindre emploi. En divisant les travailleurs selon des critères nationaux, ils imposent un nivellement par le bas à l’échelle mondiale, en disant aux travailleurs qu’il faut faire des sacrifices pour assurer la compétitivité nationale.

Les licenciements sont intimement liés aux préparatifs de guerre. Les conflits pour les parts de marché, les matières premières et les chaînes d’approvisionnement prennent une forme militaire qui est soutenue par les syndicats. L’Allemagne réalise son plus grand réarmement depuis Hitler, les dépenses militaires de base y augmenteront de près d'un tiers l’an prochain pour atteindre 109 milliards d’euros, 130,1 milliards d’euros si l'on inclut l’aide militaire à l’Ukraine et les autres dépenses de sécurité. Les États-Unis cherchent à faire passer les dépenses militaires de 1 000 milliards à 1 500 milliards de dollars alors qu'ils étendent leur guerre contre l’Iran, intensifient le conflit avec la Russie et se préparent à une guerre avec la Chine.

Ces ressources sont extraites de la classe ouvrière. Le gouvernement allemand s'attaque aux soins de santé, aux retraites, aux allocations chômage et aux congés maladie, tout en poussant les chômeurs vers des emplois mal payés. On discute déjà la conversion des usines automobiles menacées en sites de production d'armements.

Une économie de guerre nécessite des coûts de main-d’œuvre minimes, la répression des grèves et une capacité industrielle orientée vers les priorités militaires. La bureaucratie se positionne pour jouer un rôle dans une dictature de temps de guerre. Sous la direction de Shawn Fain, l’UAW soutient la reconversion des usines automobiles à la production militaire et propose la création d’organismes incluant le gouvernement, le patronat et les syndicats afin de «rationaliser» les chaînes d’approvisionnement nord-américaines et transformer le continent en base pour les guerres menées par les États-Unis.

«La guerre commerciale internationale est en train de devenir le prélude à une guerre d’ampleur mondiale», a averti le Comité d’action de Volkswagen. Il s’est engagé à «élaborer et discuter des plans visant à associer lutte contre les licenciements de masse et mobilisation contre la guerre et le réarmement».

Défendre les emplois exige la création d’un mouvement pour renverser l'appareil syndical, transférer le pouvoir à la base et unir les travailleurs à l'international. La déclaration cite l'exemple de Will Lehman, ouvrier chez Mack Trucks aux États-Unis et socialiste, qui a été candidat à la présidence de l'UAW avec un programme visant à abolir la bureaucratie et à transférer le pouvoir aux comités de la base. Elle cite Lehman ainsi: «Cette lutte ne doit pas s'arrêter aux portes d’une usine ni aux frontières d’un pays. Dans cette lutte, les travailleurs doivent être unis dans toutes les usines, dans toutes les industries et dans tous les pays.»

Le droit à l'emploi et à un salaire décent doit primer sur la fortune des familles Porsche et Piëch et sur les profits des actionnaires. Il faut exproprier les oligarques et placer la production sous le contrôle des travailleurs. Les gains de productivité issus de l'automatisation doivent permettre de réduire la semaine de travail sans aucune perte de salaire, au lieu qu’ils ne détruisent les moyens de subsistance.

Les travailleurs possèdent un immense pouvoir social. Il est extrêmement urgent de mettre en place des comités de la base dans chaque usine et de les unir au sein de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC) afin de pouvoir mener une lutte internationale coordonnée.

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