Une troisième canicule en six semaines en Europe est marquée par les feux de forêt – on rapporte 14 000 décès excédentaires pour le mois de juin

Alors que la troisième vague de chaleur en six semaines en Europe provoque des incendies meurtriers à travers le continent, le bilan des deux premières commence à être établi.

Au moins 13 personnes ont péri dans un incendie dans le sud de l'Espagne, et 10 autres sont toujours portées disparues. Les flammes ont ravagé plus de 55 000 hectares, soit environ le double de la moyenne des deux dernières décennies pour cette période de l'année.

Des arbres calcinés après un incendie dans la région de la forêt de Fontainebleau, au sud de Paris, le 14 juillet 2026 [AP Photo/Emma Da Silva]

En France, un pompier de 22 ans a perdu la vie en luttant contre un incendie dans les Alpes. Des centaines de pompiers tentent de maîtriser les incendies à la frontière espagnole et dans la forêt de Fontainebleau, à seulement 65 kilomètres au sud-est de Paris. Au total, plus de 35 400 hectares ont brûlé dans le pays, soit quatre fois la moyenne récente.

Des incendies se sont également déclarés au Portugal, en Italie, en Grèce, au Royaume-Uni et dans d'autres pays. 155 569 hectares ont brûlé sur le continent, un chiffre inférieur aux 228 098 hectares enregistrés à la même période l'an dernier (un record absolu pour les feux de forêt en Europe). Cependant, les scientifiques craignent que la précocité des incendies ne permette à l'année 2026 de dépasser le total de 2025.

Les températures ont atteint des niveaux caniculaires dès le mois de mai, puis à nouveau le mois suivant, faisant de juin 2026 le mois le plus chaud jamais enregistré en Europe occidentale : une température stupéfiante de 3,06 degrés Celsius supérieure à la moyenne des dernières décennies. Près de 100 millions de personnes ont subi des températures de 40 °C. À l'échelle mondiale, juin 2026 a été le deuxième mois de juin le plus chaud jamais enregistré.

Selon les estimations actuelles d'EuroMOMO, l'organisme européen de surveillance de la mortalité liée à la chaleur, environ 10 600 personnes sont décédées des suites de la chaleur à ce jour, dont plus de 5 000 en Allemagne, plus de 2 700 au Royaume-Uni et plus de 2 000 en France. D'autres estimations sont plus élevées ; une analyse de Politico fait état de 14 000 décès supplémentaires dans seulement six pays lors de la vague de chaleur de juin.

Ces chiffres, susceptibles d'être revus à la hausse, seront alourdis par les victimes de la vague de chaleur actuelle, qui a déjà vu Barcelone enregistrer un nouveau record de température de 40,5 °C. Certaines régions d'Italie devraient atteindre 43 °C.

Les décès ne sont pas uniquement dus à la chaleur elle-même, mais aussi à son impact sur la pollution. Les niveaux d'ozone, par exemple, ont fortement augmenté ; ce gaz se forme au niveau du sol lorsque d'autres polluants réagissent aux températures élevées.

Selon une analyse de Global Witness, jusqu'à 300 millions de personnes ont été exposées à des niveaux supérieurs au seuil sécuritaire fixé par l'OMS, dont 59 millions d'enfants et 82 millions de personnes âgées de plus de 65 ans. L'organisation ajoute qu'environ 63 000 personnes sont décédées en 2023 des suites de la pollution à l'ozone, qui nuit gravement au système respiratoire.

Au total, l'OMS estime qu'environ 200 000 personnes sont mortes de la chaleur extrême en Europe au cours des quatre dernières années seulement – des décès qui, selon elle, sont pour la plupart « entièrement évitables ». Si ces décès ne sont pas évités, c'est parce que les grandes entreprises et leurs gouvernements nationaux privilégient les profits au détriment des vies humaines.

Certaines mesures ont été prises depuis la canicule dévastatrice de 2003. Une étude de 2024 publiée dans la revue Nature a conclu que la canicule de 2022 aurait entraîné 80 % de décès supplémentaires en Europe si ces mesures n'avaient pas été mises en œuvre. Mais l'accélération du réchauffement climatique expose un nombre croissant de personnes à des températures dangereuses.

Le Haut Conseil pour le climat (HCC), organe d'experts français, a été clair dans un rapport publié la semaine dernière : le pays n'est « pas prêt » à en subir les conséquences et les politiques actuelles sont qualifiées d'« insuffisantes ». Il a été préconisé de créer d'urgence des espaces verts ombragés et des centres de rafraîchissement, d'installer des volets et des auvents, ainsi que des systèmes de climatisation dans les hôpitaux, les maisons de retraite et les écoles. L'OMS formule les mêmes recommandations.

Planter davantage d'arbres en milieu urbain est l'une des méthodes les plus efficaces, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) soulignant ses bienfaits en matière de rafraîchissement, de qualité de l'air et de séquestration du carbone. Or, dans toutes les grandes villes des pays de l'OCDE, la couverture arborée a diminué de 72 % entre 1992 et 2018.

Une étude récemment publiée dans la revue Nature a révélé que plus de 80 % des habitations et des lieux de travail dans 25 villes de France, d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne, du Portugal, de Grèce et du Royaume-Uni bénéficiaient d'une couverture arborée insuffisante à proximité pour un effet de rafraîchissement notable. À Rome, 85 % des bâtiments étaient en dessous du seuil requis, à Londres, 93 % et à Paris, 96 %.

L'impact potentiel est considérable : les autorités belges signalent des températures nocturnes supérieures de 9 °C dans les quartiers les plus pauvres, les plus densément bâtis et les plus peuplés de Bruxelles par rapport aux quartiers plus aisés et verts.

En Grande-Bretagne, le capitalisme a engendré une société où les populations les plus démunies ont besoin de « banques chaudes » en hiver (un jeu de mots avec les banques alimentaires nécessaires toute l'année) et de « banques froides » en été.

Tout en ne protégeant pas leurs populations des conséquences du changement climatique, les gouvernements européens continuent d'en alimenter les causes. Après une série de reculs, les objectifs de la politique climatique de l'Union européenne sont loin d'être suffisants pour contenir le réchauffement climatique à 1,5 °C au-dessus de la moyenne préindustrielle.

Son objectif pour 2035, qui prévoit une réduction des émissions de seulement 66,25 % (par rapport aux niveaux de 1990), est inférieur aux 77 % requis pour une trajectoire de 1,5 °C. Son objectif de réduction de 90 % d'ici 2040 est à peine suffisant et repose sur des échappatoires dans le système des crédits carbone, ce qui ramène la réduction réelle à environ 85 %.

Chaque objectif est loin d'atteindre une réduction équitable, compte tenu des émissions historiques et du niveau de développement économique des pays.

Tout cela repose sur l'hypothèse irréaliste que les objectifs seront atteints. Or, selon les projections récentes, l'Allemagne devrait dépasser son objectif pour 2030 de 100 millions de tonnes de carbone, soit plus d'un quart de plus que prévu. La France doit réduire ses émissions de 4,6 % par an, soit trois fois plus vite qu'elle ne l'a fait jusqu'à présent. Le Royaume-Uni et surtout l'Italie sont loin du compte.

Ces échecs, qui signifient des décennies supplémentaires de vagues de chaleur, d'incendies de forêt et autres catastrophes environnementales pour des centaines de millions d'Européens, s'expliquent par l'intensification de la concurrence industrielle entre les puissances européennes et mondiales, la militarisation grandissante et les profits colossaux des compagnies pétrolières et gazières.

Une analyse de la London School of Economics révèle que 11 des plus grandes entreprises pétrolières et gazières cotées en bourse – dont les européennes Shell, BP, TotalEnergies et Equinor – prévoient d'augmenter leur production de 14 % en moyenne entre 2024 et 2030.

La science du climat est formelle : aucun nouveau développement pétrolier et gazier à long terme n'est possible si l'on veut contenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C. Mais cela n'a aucune importance pour les actionnaires richissimes de ces entreprises, dont la fortune les a protégés des conséquences. Leur seul souci est de surpasser leurs concurrents pour chaque centime de profit.

Les gains potentiels sont considérables. Six des principales compagnies pétrolières européennes ont engrangé 21,7 milliards de dollars de profits au premier trimestre 2026, soit 43 % de plus qu'à la même période l'année précédente, notamment grâce à la guerre en Iran. Selon Global Witness, la dernière fois qu'elles ont réalisé des bénéfices aussi importants en un seul trimestre remonte au début de la guerre en Ukraine en 2022. Depuis, leurs profits s'élèvent à 252 milliards de dollars.

Une infime partie de cette somme suffit à financer un lobbying acharné, qui assure la présence d'au moins un lobbyiste des énergies fossiles au Parlement européen neuf jours sur dix, d'après Reclaim Finance – la partie émergée de l'iceberg d'un système de pots-de-vin, d'offres d'emploi et de cadeaux non déclarés.

(Article paru en anglais le 14 juillet 2026)

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