D'après un article paru mercredi dans le Wall Street Journal, la Maison Blanche a tenu des réunions cette semaine pour discuter de l'envoi de troupes terrestres en Iran. Le président Donald Trump «privilégie l'intensification des opérations militaires américaines en Iran après plusieurs jours d'entretiens avec ses principaux conseillers», écrit le Journal, citant des responsables américains. Parmi les options envisagées figurait «l'envoi de forces terrestres pour s'emparer d'îles iraniennes proches du détroit d'Ormuz».
Une invasion terrestre de l'Iran constituerait l'escalade la plus dangereuse du conflit à ce jour. Quatre mois et demi de cette guerre lancée le 28 février n’ont pas ébranlé le gouvernement iranien, laissant intact les stocks d'uranium enrichi du pays enfouis sous terre et paralysant quasiment le trafic maritime dans le détroit. Washington se tourne vers une intervention terrestre dû à l'échec de ses bombardements.
Mardi soir, Trump a convoqué une réunion dans la salle de crise de la Maison-Blanche «pour discuter de la possibilité de s'emparer de l'île de Kharg et d'autres territoires le long du détroit d'Ormuz à l’aide de troupes américaines et du bombardement potentiel d'un complexe de tunnels à Pickaxe Mountain», rapporte le Journal. Cette discussion s'inscrivait « dans une série de conversations, formelles et informelles, que Trump » avaient eues « ces derniers jours » avec de hauts responsables au sujet d'une escalade du conflit.
Mardi, Trump a déclaré à Fox News: « Il faut parfois mener une campagne sur le terrain, mais nous avons d’autres gens qui s’en chargeront.» Dans la même interview, il a indiqué qu’il était peu probable que les forces américaines s’emparent de l’île de Kharg, principal terminal d’exportation de pétrole iranien, sans toutefois l’exclure: « Si nous parvenons à les affaiblir suffisamment et à les repousser en profondeur, je le ferais.»
Le 14 juin, Washington annonçait un «mémorandum d’entente» visant à suspendre les attaques directes. Aux termes de cet accord, signé le 17 juin, les États-Unis levèrent leur blocus naval et suspendirent les sanctions pétrolières en échange d’une garantie de passage sûr dans le détroit pendant 60 jours.
Le «cessez-le-feu» a été condamné par toutes les factions de l'establishment politique. L'ancien vice-président Mike Pence, a déclaré dans une tribune publiée le 22 juin dans le Journal, que l'accord «sentait l'apaisement» que Trump avait autrefois rejeté et il l'a exhorté à «laisser les forces armées finir le travail». Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, l'a qualifié d'«art de la capitulation», et le sénateur démocrate Chris Murphy du Connecticut l'a décrit comme «une capitulation de fait face à l'Iran».
Le 8 juillet, Trump a déclaré la fin du cessez-le-feu et, dans une lettre datée du 10 juillet, a informé le Congrès que les États-Unis avaient repris leurs opérations militaires contre l'Iran. La Maison-Blanche affirme que cette notification a réinitialisé le délai de 60 jours fixé par la Loi sur les pouvoirs de guerre (War Powers Act) pour que le président obtienne l'approbation du Congrès avant toute opération militaire. Les bombardements ont repris la nuit suivante et, lundi, Trump a annoncé le rétablissement du blocus naval, entré en vigueur mardi après-midi.
Reuters a rapporté mercredi, citant des responsables américains, que les frappes visant à forcer l'ouverture du détroit d'Ormuz ciblaient « également les capacités militaires iraniennes que les États-Unis souhaiteraient détruire avant de lancer contre l'Iran des opérations plus complexes». L'un d’eux a qualifié ces frappes d'«opérations préparatoires» et a déclaré qu’elles aidaient « à préparer le terrain, si nécessaire.» Selon l’agence de presse un autre responsable avait indiqué que le secrétaire à la Défense Pete Hegseth s'était « prononcé en faveur d'une escalade de l'opération militaire contre l'Iran».
Le général de marine à la retraite Frank McKenzie, qui a dirigé les opérations militaires américaines au Moyen-Orient de 2019 à 2022, a plaidé dimanche sur le plateau de l'émission «Face the Nation» de CBS en faveur d'une invasion terrestre de l'île de Kharg: «C'est une option que nous devrions envisager, car une possession de territoire iranien serait un facteur important dans les futures négociations avec l'Iran.»
L'Institut international d'études stratégiques (IISS) estime que l'Iran déploie quelque 570 000 soldats d'active et 350 000 réservistes, appuyés par des batteries de missiles côtières, des mines navales et une multitude de vedettes rapides. L'armée américaine a déclaré que ses frappes dans la nuit du 7 au 8 juillet avaient touché plus de 80 cibles, dont plus de 60 vedettes rapides du Corps des gardiens de la révolution islamique. Cependant, Reuters a rapporté mercredi que l'Iran continuait de déployer des missiles et des drones malgré de lourdes pertes. Le général à la retraite Philip Breedlove a déclaré cette semaine à Fox News que l'invasion de l'Irak en 2003 avait nécessité le déploiement de plus de 300 000 soldats américains au Koweït et en Arabie saoudite; les forces américaines actuellement présentes dans la région comptent 50 000 hommes, mais peu d'entre elles sont des troupes terrestres.
Manouchehr Mottaki, ministre iranien des Affaires étrangères de 2005 à 2010 et député en exercice, a déclaré mercredi dans une interview accordée aux médias d'État que si les forces américaines s'emparaient de territoires iraniens, l'Iran devrait prendre d'assaut une base américaine «par une attaque combinée héliportée et terrestre» et prendre des soldats américains en otage.
Les bombardements se poursuivent depuis six nuits consécutives. La vague qui s'est achevée mercredi soir a atteint le complexe militaire de Parchin et la ville de Pakdasht, près de Téhéran – les premières frappes à proximité de la capitale depuis le début du conflit – et a touché un aéroport civil dans la province de Semnan, où l'Iran construit ses missiles balistiques et mène son programme spatial. Une sixième vague a débuté jeudi à 14h00, heure de l'Est, « afin d'affaiblir davantage les capacités militaires iraniennes », a annoncé l'armée américaine. Les médias d'État iraniens ont indiqué qu'un pont reliant Bandar Abbas à Lar et un aéroport à Iranshahr, dans le sud-est du pays, avaient été touchés.
Mercredi, des missiles américains ont frappé l'île de Grande Tunb, l'une des trois îles dominant l'accès au détroit d'Ormuz, ainsi qu'une caserne de la 388e brigade d'infanterie mécanisée de l'armée iranienne. La télévision d'État iranienne a annoncé qu'au moins 13 missiles avaient tué sept soldats. Selon le ministère iranien de la Santé, au moins 35 personnes ont été tuées et plus de 300 blessées ce mois-ci.
Des responsables iraniens ont déclaré qu'une frappe américaine, mercredi soir, avait touché les abords de l'hôpital Shahid Baqaei, un centre de cancérologie pédiatrique à Ahvaz, obligeant 211 patients sous chimiothérapie à évacuer les lieux. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a qualifié cette frappe de « crime de guerre lâche contre les êtres humains les plus innocents: des enfants qui luttent courageusement pour leur vie».
L'Iran a riposté jeudi en frappant des bases aériennes abritant des forces américaines en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn. Les Gardiens de la révolution ont justifié leur action par la frappe menée près de l'hôpital d'Ahvaz. Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, principal négociateur iranien, a déclaré mercredi: « Nous sommes engagés dans une guerre essentielle et existentielle contre l'Amérique.» Le porte-parole de l'armée iranienne, le général de brigade Mohammad Akraminia, a averti jeudi que si Trump mettait à exécution ses menaces contre les infrastructures iraniennes, «toutes les infrastructures de la région seront anéanties par la puissance des forces armées de la République islamique d'Iran ».
L'armée américaine applique désormais le blocus naval en attaquant des navires civils. Dix-sept heures après son entrée en vigueur, elle a déclaré avoir « détourné » deux navires commerciaux. Mercredi, un avion américain a tiré des missiles Hellfire sur la cheminée du Belma, un pétrolier battant pavillon de Curaçao et faisant route vers l'île de Kharg, le mettant hors service. « Ce navire ne transite plus vers l'Iran », a annoncé l'armée.
(Article paru en anglais le 17 juillet 2026)
