Les autorités françaises envisagent sérieusement une évacuation de Bordeaux, une ville de plus de 250 000 habitants et dont l’agglomération en compte 850 000. Berceau de certains des vignobles les plus prestigieux au monde, Bordeaux existe depuis plus de 2 000 ans et plus d'un tiers de sa superficie est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Tout cela est désormais recouvert d'une épaisse fumée, produite par un énorme incendie de forêt qui a déjà ravagé une superficie record et obligé 200 000 personnes à être évacuées, portant à 400 000 le nombre total de personnes déplacées par les incendies en Europe. La chaleur et le brouillard engendrent maintenant des orages, provoquant des éclairs susceptibles d'aggraver l'incendie.
Que cela puisse se produire dans l'un des 10 pays les plus riches du monde, sur le continent où les dépenses sociales par habitant sont les plus élevées, constitue une condamnation irréfutable du capitalisme.
La négligence et le sous-financement de la part des gouvernements ont permis aux incendies de se propager dans des forêts mal gérées et ont compromis les efforts pour les maîtriser. Un porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, dont les membres risquent quotidiennement leur vie pour contenir les flammes, a déclaré sans détours aux journalistes: «C’est un combat de David contre Goliath.» Le personnel et le matériel sont si insuffisants que les autorités européennes ont averti que les incendies pourraient continuer de brûler jusqu’en novembre.
Les travailleurs doivent exiger et se battre pour obtenir les ressources nécessaires à une réponse urgente et massive à cette crise et pour améliorer la préparation du continent face à l'avenir. Mais mettre en œuvre de telles mesures sans s'attaquer au système social qui engendre ces catastrophes est comme tenter d'éteindre un incendie sur les flancs d'un volcan.
La vie économique et sociale est si mal gérée, si dominée par les intérêts et les profits d'une poignée d'individus outrageusement riches, qu'un climat dégradé met en danger des millions de personnes, même dans les régions les plus avancées technologiquement du globe. De nouveaux incendies ravagent l'Espagne, l'Italie, la Grèce et le Royaume-Uni, ainsi que d'autres régions en France, menaçant des zones proches de Madrid, Valence ou Paris. Il y a quelques semaines à peine, l'Amérique du Nord était enveloppée d'un épais brouillard de fumée toxique.
Des scientifiques de l'Imperial College de Londres ont inventé le terme «firewave» [vague de feu], un phénomème décrit par le professeur de sciences du feu Guillermo Rein comme «l'équivalent, pour les feux de forêt, d'une vague de chaleur: une période d'activité exceptionnellement élevée des incendies qui submerge les capacités de réponse à la crise d'une ville, d'une région ou d'un pays».
Ces événements sont devenus beaucoup plus probables et graves en raison de l'augmentation de la température moyenne de la Terre due aux émissions de combustibles fossiles. Ils sont la conséquence de vagues de chaleur prolongées et record – la Grande-Bretagne connaît actuellement sa quatrième cette année – et d'une sécheresse qui va s'aggravant.
Outre leur contribution aux incendies de forêt, ces conditions ont déjà fait plus de 10 000 morts sur le continent – jusqu’à 25 000 selon une estimation de l’Université de l’Indiana – et blessé environ 277 000 travailleurs. Elles ont causé des milliards d’euros de dégâts économiques, notamment dans le secteur agricole.
Depuis des décennies, les scientifiques alertent sur l'exposition de l'Europe à ces dangers. Mais la classe dirigeante, qui a déjà prouvé son indifférence face à la souffrance humaine durant la pandémie de Covid-19, n'a rien fait pour les prévenir.
Pour l'oligarchie, cela est juste à mettre au compte des pertes et profits – les pertes étant subies par d’autres qui payent avec leur vie, leur santé et leurs impôts. Que représentent quelques dizaines de milliers de morts en juin, la ville de Bordeaux peut-être en juillet, et qui sait ce qui se passera encore en août, face aux milliards à gagner en ignorant les coûts du changement climatique?
Pour la classe ouvrière dans le monde, c'est un très sérieux avertissement qui doit inciter à l'action. Les catastrophes environnementales actuelles surviennent alors que la Terre est seulement sur le point de franchir la barre des 1,5 degré Celsius de réchauffement climatique par rapport à la moyenne préindustrielle. La plupart des prévisions les plus fiables mettent en garde contre le risque que les gouvernements capitalistes du monde entier ne portent le réchauffement climatique de la planète à près du double de ce seuil (2,8 °C) d'ici 2100.
Les conséquences — non seulement les vagues de chaleur et la sécheresse extrêmes, mais aussi les inondations et les tempêtes — s'aggravent de façon exponentielle à chaque dixième de degré.
Comme le soulignent les auteurs de ces études, ce sont les pays les plus pauvres et les plus exposés d'Afrique et d'Asie du Sud qui seront les plus durement touchés. L'impérialisme a privé ces pays de toute possibilité de jeter les bases d'une économie moderne et durable et les accable aujourd'hui des pires conséquences de la surconsommation effrénée d'énergies fossiles par les super-riches.
Cette semaine encore, l'Ouganda a commencé à distribuer de l'aide alimentaire d'urgence après que 19 personnes soient mortes de faim, dans un contexte de sécheresse prolongée qui met en danger 1,5 million de personnes.
Les analystes de Goldman Sachs prévoient que les phénomènes météorologiques extrêmes liés à El Niño entraîneront une hausse de près de 16 pour cent des prix mondiaux des produits alimentaires de base d'ici 2028. Une banque d'investissement fournit ce genre d’information car, dans le capitalisme, ceux qui ont de l'influence se soucient plus de l'impact sur leurs transactions boursières que sur les vies humaines.
Pendant ce temps, le Programme alimentaire mondial et l'Organisation de l'alimentation et l'agriculture des Nations unies sont obligés de solliciter auprès des gouvernements 202 millions de dollars pour des mesures minimales visant à protéger 8,8 millions de personnes dans 22 pays à haut risque. Moins d'un cinquième de cette somme a été reçue.
Les conséquences du changement climatique sont indissociables de tous les symptômes morbides du capitalisme dans son agonie.
Les catastrophes environnementales engendrées par le changement climatique sont attisées par les émissions d’économies qui produisent en masse des armements et accumulent le combustible pour la prochaine explosion financière. Les conséquences – pauvreté et guerres – rendent de vastes pans de l’humanité particulièrement vulnérables aux sécheresses, aux vagues de chaleur, aux inondations, aux tempêtes et à la propagation accrue des virus.
Dans le même temps, les crises environnementales exacerbent la ruée militaire sur les ressources et font chuter les revenus des travailleurs. Une étude récente fait état de pertes de salaire annuelles de 6 à 10 pour cent pour les travailleurs agricoles, du bâtiment et des transports en Inde, dues à la canicule de 2024, et les qualifient de «facteur multipliant la pauvreté».
L’épicentre actuel de ces catastrophes, qui s'alimentent mutuellement, se situe dans la Corne de l'Afrique. Celle-ci abrite 140 millions d'habitants – un chiffre qui devrait doubler d'ici 2050. Cette région est touchée par la sécheresse et d'autres phénomènes météorologiques extrêmes, par la crise des engrais due à la guerre des États-Unis contre l'Iran, et par les destructions et déplacements de population causés par d'importants conflits locaux. Près de 40 millions de personnes y sont menacées d'insécurité alimentaire aiguë; près de 5 millions d'enfants souffrent de malnutrition aiguë.
Jamais auparavant un système social n'avait été aussi destructeur au point de mettre en péril la condition la plus fondamentale de la civilisation, à savoir l'environnement naturel même de la planète. Non seulement à travers la catastrophe aiguë d'une guerre nucléaire, mais par le désastre chronique du réchauffement climatique et de l'effondrement environnemental.
À l'instar de la guerre, la crise climatique est l'un des enjeux majeurs de notre époque, que la classe ouvrière internationale doit soit subir, soit résoudre. Il ne s'agit pas, comme le prétendent les politiciens de droite et leurs nombreux relais médiatiques, d'une question de «mode de vie» qui n'intéresse que la classe moyenne aisée, mais d'une question de vie ou de mort pour chaque travailleur. Il ne s'agit pas, comme le prétend le mouvement écologiste, d'une question de responsabilité individuelle, mais de la lutte collective de classe.
Et c'est une question inévitablement révolutionnaire.
En juin, le World Inequality Lab a publié un «Rapport sur la justice mondiale». S’appuyant sur un vaste ensemble d’études scientifiques, économiques et sociales, ce rapport démontre la possibilité matérielle d’assurer un niveau de vie largement plus élevé à l’immense majorité de la population tout en limitant le réchauffement climatique à 2 °C d’ici 2100 et en investissant dans des mesures d’adaptation pour en gérer les conséquences.
Les auteurs proposent cependant de le faire en instaurant une taxation mondiale des richesses pouvant atteindre 20 pour cent et une taxation mondiale du revenu pouvant atteindre 90 pour cent. Cela ne fait que confirmer l'inutilité de toutes ces chimères réformistes.
L'oligarchie visée par ces taxes ne cédera pas un centime. Ses membres multimillionnaires et milliardaires prouvent, en Amérique et ailleurs, qu'ils préfèrent une dictature à une dépréciation de leurs actifs. Donald Trump, qui piétine la démocratie et encourage une exploitation effrénée des énergies fossiles, est l'abjecte incarnation de cette réalité de classe.
La richesse sociale monopolisée par les ultra-riches et avec cette richesse le pouvoir de décider du sort de l'humanité, doit être expropriée par la lutte de la classe ouvrière. Seule une planification démocratique et fondée sur des données scientifiques peut mettre fin à une situation où la société possède une puissance productive suffisante pour modifier radicalement le climat de la planète mais où elle est apparemment incapable de nourrir et de protéger tous ses citoyens.
Telle est la perspective de la révolution socialiste mondiale, qui doit être adoptée par les travailleurs d'Europe aujourd'hui chassés de leurs foyers par les flammes et par ceux du reste du monde qui sont menacés par les conséquences de la crise climatique du capitalisme.
(Article paru en anglais le 28 juillet 2026)
