Plus de 900 feux de forêt font actuellement rage à travers le Canada, dont des dizaines qui sont hors de contrôle. Plus de 120 d’entre eux sont en Colombie-Britannique.
Vendredi, les résidents de plus de 2 000 propriétés avaient été évacués dans cette province de la côte ouest du Canada en vertu de 32 ordres d’évacuation. Dimanche soir, la province indiquait que 5 000 résidents de plus avaient reçu l’ordre de quitter leur domicile au cours des 24 dernières heures. Certains tronçons de la Route transcanadienne ont été fermés en raison des flammes. Près de 900 propriétés ont fait l’objet d’un ordre d’évacuation rien que vendredi en raison de l’incendie de Pear Lake faisant rage de manière incontrôlable près de Clinton, tandis que la plupart des évacuations de samedi et dimanche ont eu lieu dans le nord de l’Okanagan en raison d’un autre incendie se propageant rapidement près de Vernon.
Dans le nord de l’Ontario, c’est plus de 3 000 résidents d’au moins 13 collectivités, dont 12 réserves des Premières Nations, qui ont été contraints de fuir leur domicile à la mi-juillet. Les feux de forêt en Ontario, qui ont commencé à s’intensifier vers le 13 juillet lors d’une importante vague de chaleur, ont entraîné les niveaux de pollution atmosphérique les plus élevés jamais enregistrés sur le continent nord-américain, la fumée s’étant propagée au-delà des Grands Lacs, touchant plus de cent millions de personnes au Canada et aux États-Unis.
Ces feux ont également mis la vie de milliers de personnes en danger immédiat, notamment au sein des Premières Nations de Namaygoosisagagun (Collins) et de Whitewater Lake. Les dirigeants autochtones se sont plaints d’avoir reçu les ordres d’évacuation du gouvernement seulement une ou deux heures avant que leurs communautés ne soient englouties par les flammes, et de n’avoir reçu pratiquement aucun soutien pour se mettre en sécurité. La chef de la Première Nation Namaygoosisagagun, Helen Paavola, a déclaré que sa communauté avait été entièrement détruite par le feu en moins d’une heure « sans avertissement de la part d’aucun ministère et sans l’aide de qui que ce soit ».
En violation flagrante de la Loi sur la sécurité ferroviaire et du Code du travail, le 13 juillet près d’Armstrong, en Ontario, le Canadien National a envoyé des cheminots sur des voies qui se trouvaient au cœur des feux depuis plus de cinq semaines. Les cheminots – comme le montre le tweet ci-dessous – se sont retrouvés « piégés par les flammes ». Ils ont été contraints d’abandonner leur train et de s’enfuir à pied, et ont par la suite dû recevoir des soins pour inhalation de fumée.

Tout comme l’impératif de la classe dirigeante de privilégier le profit au détriment de la vie humaine pendant la pandémie de la COVID-19 et l’abandon des mesures de santé publique, les décisions concernant la poursuite de la production, le transport de marchandises ou l’envoi de travailleurs à l’extérieur dans des conditions dangereuses sont dictées par les calculs des employeurs quant à leurs résultats financiers et au rendement pour leurs actionnaires. Aucune restriction ni mesure de sécurité n’est mise en place pour protéger les travailleurs des usines, des manufactures et des autres chantiers dans les zones industrielles de l’Ontario et du Midwest américain. À l’usine d’assemblage Ford de Wayne, au Michigan, et à l’usine de camions de Dearborn, des travailleurs ont dû être hospitalisés après avoir été contraints de travailler sous une chaleur étouffante et dans un air vicié.
Depuis plus de deux décennies, le Canada confronte de graves feux de forêt, avec notamment les incendies dévastateurs de 2003 et 2009 à Kelowna, en Colombie-Britannique, et l’incendie catastrophique de 2016 à Fort McMurray en Alberta. L’année 2023 a été une année record en matière d’activité des feux de forêt, où plus de 6 000 feux ont ravagé plus de 15 millions d’hectares de terres.
Les changements climatiques constituent le principal facteur à l’origine de l’augmentation rapide de l’ampleur et de l’intensité des feux de forêt. Le réchauffement des températures prive les arbres et la végétation de leur humidité, créant ainsi des conditions idéales pour que des incendies se déclarent. L’intensification des feux de forêt alimente à son tour les changements climatiques. Si l’on considérait les émissions de carbone provenant des feux de forêt canadiens de 2023 comme celles d’un pays, ce dernier se classerait au quatrième rang mondial, derrière la Chine, l’Inde et les États-Unis.
Pourtant, le Canada demeure le seul membre du G-7 à ne pas disposer d’un service national de lutte contre les feux de forêt. La lutte contre les feux et la coordination des interventions d’urgence relèvent toujours des provinces et des territoires, le gouvernement fédéral ne mettant à disposition que le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC) pour coordonner le partage des ressources, ainsi que des capacités limitées de recherche sur les feux de forêt. Dans le cadre de son vaste programme d’austérité des années 1990, le gouvernement libéral fédéral a fait passer les effectifs du Service canadien des forêts de 2 200 à 700 employés, sapant ainsi les capacités de recherche environnementale.
Au niveau provincial, l’adhésion des gouvernements de toutes allégeances politiques au carcan de l’austérité en matière de dépenses publiques a laissé les efforts de lutte contre les feux chroniquement débordés, tandis que les mesures d’atténuation et de prévention demeurent totalement insuffisantes.
Tout en reconnaissant que le réchauffement des températures et les conditions de sécheresse engendrées par les changements climatiques sont la cause principale des saisons prolongées de feux de forêt au Canada, les experts soulignent que l’incapacité des gouvernements à prendre au sérieux la question de la prévention des feux a considérablement exacerbé la crise. Le financement de la gestion proactive des forêts, notamment le débroussaillage et l’enlèvement des débris inflammables, a été négligé, voire tout simplement ignoré.
De plus, le pillage impitoyable de l’environnement naturel par le capitalisme canadien, dans le but d’en tirer des profits toujours plus importants, met la vie humaine encore plus en danger. L’expansion rapide des villes axées sur l’extraction des ressources accentue ce que les chercheurs appellent « interface forêt-urbain », c’est-à-dire les zones où les agglomérations et les villes jouxtent directement des forêts ou des terres à forte végétation qui constituent un combustible idéal pour les feux de forêt pendant les périodes de sécheresse. Les dangers inhérents à ce phénomène ont été mis en évidence par plus de 2 000 propriétés détruites en 2016 par le feu de forêt de Fort McMurray, une ville minière construite pratiquement au milieu de nulle part au cours des quatre dernières décennies afin de faciliter l’extraction du pétrole et d’autres ressources naturelles des sables bitumineux de l’Alberta par des sociétés énergétiques avides de profits. Les gouvernements à tous les niveaux favorisent ce processus en imposant de faibles taux d’imposition aux entreprises et en assouplissant la réglementation commerciale.
Les gouvernements provinciaux continuent d’allouer le strict minimum de fonds à la lutte contre les feux de forêt. En Ontario, le gouvernement progressiste-conservateur de droite du premier ministre Doug Ford n’avait alloué que 135 millions de dollars à la lutte contre les feux de forêt en 2025, mais a fini par dépenser plus du double de cette somme (271 millions de dollars). Pour cette année, seulement 150 millions de dollars ont été consacrés, alors que tout le monde sait que davantage de ressources seront nécessaires. Ce sous-financement délibéré rend impossible le maintien d’un effectif permanent et d’infrastructures adéquates. Depuis 2016, des rapports critiquent à maintes reprises les efforts de lutte contre les feux de forêt en Ontario en raison de l’incapacité à retenir et à recruter du personnel.
La situation est similaire en Colombie-Britannique, où le Nouveau Parti démocratique est au pouvoir depuis la fin de 2017. Les organisations environnementales ont critiqué le manque d’investissement du gouvernement dans la gestion active des forêts, ce qui a entraîné la fermeture de plusieurs scieries ces dernières années et une perte d’expertise forestière subséquente. Un rapport publié plus tôt cette année par le vérificateur général de la Colombie-Britannique met en lumière de graves problèmes dans la gestion des catastrophes au sein de la province, à la suite de l’incendie de juin 2021 qui a détruit en grande partie le village de Lytton. Selon l’enquête, « au moment de l’incendie, la province ne disposait pas d’un cadre juridique complet pour orienter le rétablissement après une catastrophe, et ses mécanismes de financement n’ont pas prévu l’ampleur des besoins du village.
« La province s’attendait à ce que le village mène lui-même son relèvement, mais celui-ci manque de personnel et de fonds pour y parvenir. »
En février 2026, la Colombie-Britannique ne disposait que d’une maigre somme de 25 millions de dollars pour son programme Fire Smart, une initiative visant à sensibiliser et à former les résidents sur les moyens de réduire les risques de dommages causés par les feux. Le ministre responsable a admis que le programme « est à court d’argent ».
La lutte contre les feux de forêt et le problème des changements climatiques, qui en sont la cause profonde, nécessite une stratégie mondiale. Les perturbations des régimes climatiques liées aux changements climatiques ne s’arrêtent pas aux frontières nationales, pas plus que la fumée des feux de forêt qui a recouvert de vastes étendues du continent nord-américain. Le caractère mondial de la crise est mis en évidence par la vague d’incendies qui ravage l’Europe, ayant forcé des centaines de milliers de personnes à fuir, de la France à la Turquie, en passant par la Grèce et l’Espagne, ainsi que par la sécheresse qui frappe de vastes régions d’Afrique, condamnant des millions de personnes à la famine.
Cependant, la collaboration internationale nécessaire est entravée par un capitalisme en crise, dont les contradictions irréconciliables aggravent les antagonismes entre les grandes puissances et alimentent l’escalade vers la guerre mondiale, alors qu’elles se disputent l’accès aux ressources, aux marchés et à la main-d’œuvre bon marché. Cette réalité est mise en évidence par la réaction du président américain Donald Trump face aux feux de forêt. L’occupant fasciste de la Maison-Blanche, qui nie ouvertement les changements climatiques et est en train de lever pratiquement toutes les restrictions sur l’exploitation des combustibles fossiles, a menacé d’imposer « des tarifs élevés » au Canada en raison de la fumée provenant de ses feux de forêt traversant la frontière pour atteindre les États-Unis.
Dans le cadre de la guerre commerciale qui oppose actuellement les deux pays, Trump s’est déjà engagé à instaurer, plus tard ce mois-ci, des droits de douane de 50 % sur les importations canadiennes qui ne relèvent pas de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). L’administration Trump intensifie ainsi son objectif avoué de faire s’effondrer l’économie canadienne afin de transformer le pays en « 51e État » des États-Unis.
La classe dirigeante canadienne a réagi en imposant ses propres droits de douane de rétorsion, attisant un nationalisme réactionnaire sous la bannière d’« Équipe Canada » et renforçant ses relations économiques et militaro-stratégiques avec les puissances impérialistes européennes et d’autres pays. Son opposition à Trump ne traduit en rien un rejet du programme réactionnaire de guerre impérialiste et de destruction des droits démocratiques et sociaux des travailleurs de celui-ci, comme en témoigne la forte escalade de l’austérité, du réarmement et de l’autoritarisme au Canada. Ottawa souhaite plutôt que ses droits en tant que partenaire subalterne de Washington soient reconnus afin de pouvoir continuer à poursuivre ses intérêts mondiaux prédateurs en alliance avec l’impérialisme américain.
Peu importe la façon dont ces tensions interimpérialistes évolueront au cours des mois et des années à venir, elles constituent un obstacle à tous les efforts visant à lutter contre les changements climatiques et leurs conséquences désastreuses, y compris les feux de forêt et la destruction systématique de l’environnement. Cette lutte ne peut être accomplie que par la mobilisation de la classe ouvrière internationale sur la base d’un programme socialiste pour établir un gouvernement ouvrier déterminé à mettre en œuvre, par le biais d’une planification démocratique, toutes les ressources de la société et les connaissances scientifiques dans l’intérêt de la grande majorité de la population, et non dans celui des oligarques financiers et de leurs comptes bancaires.
