Face à l'aggravation de la crise liée à la guerre menée par les États-Unis contre l'Iran, des figures de proue du Parti démocrate intensifient leurs critiques à l'encontre de l'administration Trump, l'accusant d'avoir failli à sa mission de défendre les intérêts de l'impérialisme américain.
« Donald Trump a perdu cette guerre », a déclaré dimanche le sénateur démocrate Chris Murphy du Connecticut sur le plateau de l'émission « Meet the Press » de NBC. « L'Amérique est affaiblie. L'Iran est plus fort. »
Accusant le président américain Donald Trump de mauvaise gestion de la guerre, Murphy a clairement indiqué : « Mes collègues et moi-même serons prêts à débloquer les fonds nécessaires au réapprovisionnement des stocks de munitions. »
La guerre, a-t-il averti, a « permis à la Russie et à la Chine d'envisager des choses qu'elles n'auraient pas pu imaginer auparavant ».
Les déclarations de Murphy faisaient écho à celles du sénateur démocrate Gary Peters du Michigan, qui avait interpellé le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, lors d'une audition au Sénat le 21 juillet : « Vous n'avez pas de plan à long terme pour gagner cette guerre. Gagnez cette guerre!»
Les critiques républicaines vont dans le même sens, bien que les républicains soient encore plus ouvertement favorables à une escalade militaire contre l'Iran. Mark Esper, secrétaire à la Défense de Trump lors de son premier mandat, a déclaré à l'émission « This Week » d'ABC que les dirigeants iraniens « croient être en train de gagner » et a proposé le siège d'un pays de 93 millions d'habitants : un blocus « de tous les points d'entrée, aériens, terrestres et maritimes », afin de « l'asphyxier progressivement jusqu'à ce qu'il revienne sérieusement à la table des négociations ».
Les deux partis sont pleinement engagés dans les objectifs de l'impérialisme américain visant à dominer le Moyen-Orient et dans l'escalade du conflit avec la Russie en Ukraine. Vendredi, le Sénat a adopté, par 86 voix contre 11, la Loi Lindsey O. Graham sur les sanctions contre la Russie et l'Iran, autorisant des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur les importations de pétrole et de gaz russes, notamment en Chine et en Inde, et renforçant les sanctions contre le secteur énergétique iranien. Ce vote a fusionné la guerre contre l'Iran et la guerre contre la Russie en un seul texte de loi.
L'aile « progressiste » du Parti démocrate reste largement silencieuse sur la guerre contre l'Iran. Abdul El-Sayed, qui a remporté la primaire démocrate pour le Sénat du Michigan mardi, était invité sur le même plateau que Murphy et n'a jamais mentionné l'Iran. Il a fait l'éloge de l'ancien président Barack Obama – qui a armé Israël et bombardé la Libye – pour avoir exercé ses fonctions « avec une classe et une élégance que nous ne pouvons qu'envier aujourd'hui ».
Interrogé sur sa capacité à s'opposer à l'aide militaire à Israël tout en la soutenant pour l'Ukraine, El-Sayed a répondu : « En Ukraine, il s'agit d'attaques perpétrées par le dirigeant d'un pays voisin souverain qui a clairement violé le droit international en tentant de porter atteinte à la souveraineté du peuple ukrainien. […] Par conséquent, lorsque nous parlons de s'opposer à Poutine et à sa violation du droit international, je crois fermement que nous avons la responsabilité de faire respecter le droit international et, de ce fait, de soutenir l'Ukraine dans ses efforts. »
Le New York Times a publié samedi un article sur la guerre, intitulé « Les États-Unis épuisent rapidement leurs armements en Iran. La Russie et la Chine prennent note. » Le bombardement de l'Iran, écrit le Times, « a épuisé des milliers de missiles valant plusieurs millions de dollars, composés de pièces de précision provenant d'un réseau mondial de fournisseurs et dont la production peut prendre des années. » La diminution des stocks de missiles de défense aérienne « pourrait également enhardir la Russie et la Chine si elles envisagent un conflit potentiel avec les États-Unis », écrit le journal, citant des experts.
La guerre dure depuis six mois et le gouvernement iranien n'a ni capitulé ni cédé. Le détroit d'Ormuz reste fermé : 33 navires l'ont emprunté de lundi à jeudi, contre 130 à 140 en moyenne avant la guerre, a rapporté Reuters vendredi, citant le service de suivi Kpler. Le prix moyen de l'essence s'établit à 4,01 dollars le gallon, contre 3,15 dollars il y a un an, à moins de trois mois des élections de mi-mandat.
La guerre a consommé près de 80 % des intercepteurs THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) de l'armée américaine et environ la moitié de son stock de missiles Patriot, a rapporté CNN le 4 août, citant des sources proches du dernier rapport d'inventaire du Pentagone. Vendredi, CNN a rapporté que le général Dan Caine, chef d'état-major des armées, « cherche une porte de sortie » et a évoqué la possibilité d'un retrait progressif des troupes avec le vice-président J.D. Vance, le secrétaire d'État Marco Rubio et le directeur de la CIA John Ratcliffe ; le porte-parole du général Caine n'a pas démenti l'information. Le secrétaire adjoint à la Défense, Steve Feinberg, a donné aux fabricants d'armes un maximum de 21 jours pour produire des plans visant à accélérer la production, a rapporté l'Associated Press samedi.
Le Wall Street Journal a rapporté dimanche que, depuis des semaines, Trump « préparait le terrain pour déclarer victoire dans la guerre contre l'Iran si Téhéran rouvrait complètement le détroit d'Ormuz », laissant entendre en privé à ses principaux conseillers qu'il était « prêt à se retirer sans accord sur le nucléaire ».
L'Associated Press a rapporté dimanche, citant deux personnes proches des négociations, que la navigation se ferait par un passage proche de l'Iran et par un autre proche d'Oman, « sans frais ni péages pendant la période transitoire ». Mais Mohammad Bagher Zolghadr, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a déclaré samedi que « le détroit d'Ormuz ne s'ouvrira pas tant que l'Amérique n'aura pas changé de comportement », exigeant notamment que Washington mette fin définitivement à la guerre, lève le blocus et les sanctions et retire ses navires et avions de guerre des eaux iraniennes.
Selon un sondage AP-NORC publié le 30 juillet, 64 % des Américains estiment que la guerre n'en valait pas la peine. Cette opposition n'a pas été exprimée lors des entretiens de dimanche. Le désaccord au sein de l'establishment politique ne porte que sur la manière de préserver la position de l'impérialisme américain dans le Golfe persique.
Quelles que soient les conditions qui émergeront dans le Golfe persique, le contenu de la politique américaine au Moyen-Orient est visible à Gaza, où les massacres se poursuivent malgré un cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025. Les forces israéliennes ont tué 1257 Palestiniens et en ont blessé 4131 depuis le début de la trêve, a déclaré samedi le ministère de la Santé de Gaza ; environ 300 victimes sont des enfants, selon l'UNICEF.
Lors de son conseil des ministres dimanche, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a rejeté le plan pour Gaza présenté le 30 juillet par le Conseil de la paix de Trump et accepté par le Hamas : « Je tiens à être clair : Israël rejette le document en 15 points. »
Mardi, dans le quartier de Sabra à Gaza, les familles endeuillées ont enterré 112 membres des familles Abou Sharia et al-Hasayna dont les corps avaient été exhumés des décombres où ils gisaient depuis le raid aérien israélien du 22 novembre 2023, qui avait coûté la vie à 308 personnes. La Défense civile de Gaza a qualifié ces funérailles de plus importantes de l'histoire de la Palestine.
