La Colombie-Britannique déclare l’état d’urgence alors que les feux de forêt forcent 22 000 personnes à quitter leur domicile

Feux de forêt près de Vernon, en Colombie-Britannique, le 2 août 2026 [Photo: @weathernetwork]

Le gouvernement néo-démocrate de la Colombie-Britannique a déclaré samedi l’état d’urgence à l’échelle de la province, alors que des feux de forêt se propageant rapidement ont forcé près de 22 000 personnes à quitter leur domicile et menaçaient des milliers d’autres.

L’état d’urgence a été déclaré après que l’incendie de Bald Range s’est propagé de manière fulgurante à l’ouest de Summerland, dans la vallée de l’Okanagan.

Cliff Chapman, directeur des opérations provinciales du Service des feux de forêt de la Colombie-Britannique, a déclaré samedi aux journalistes que les conditions météorologiques qui ont alimenté la propagation rapide du feu à Summerland étaient « sans précédent », expliquant : « Les conditions auxquelles nous sommes confrontés en Colombie-Britannique en ce moment, en particulier dans le tiers sud de la province, sont explosives. »

Lundi après-midi, quelque 21 400 personnes provenant de plus de 12 000 propriétés étaient toujours évacuées, tandis que 11 000 autres se trouvaient en état d’alerte maximale. Un décès a été confirmé, et les principaux centres urbains du sud de la province font l’objet d’avis de qualité de l’air de niveau jaune et orange.

Détecté pour la première fois vendredi en soirée, l’incendie s’est étendu sur environ 50 kilomètres carrés en trois heures et, samedi, il avait déjà ravagé plus de 100 kilomètres carrés, se dirigeant à toute vitesse vers le lac Okanagan. Les 12 000 résidents de Summerland ont reçu l’ordre d’évacuer, tandis que des ordres d’évacuation ont été émis à Peachland et dans les collectivités avoisinantes.

Des hélicoptères détournés de leurs opérations de lutte contre les feux ont secouru plus de 50 personnes prises au piège par les flammes qui avançaient. Le premier ministre David Eby a reconnu que des maisons et d’autres biens avaient été détruits, bien que les autorités n’aient pas encore établi le bilan complet.

Avant même que les pertes autour de Summerland puissent être évaluées, il est évident que les ravages causés cette saison en Colombie-Britannique sont immenses. Des feux distincts dans la région de Cariboo et sur la réserve de la Première Nation d’Okanagan ont détruit environ 350 bâtiments, dont la plupart étaient des résidences. Quelque 230 résidences ont été détruites par le seul feu de Bradley Creek.

Plus de 100 feux de forêt faisaient rage à travers la Colombie-Britannique au cours de la fin de semaine, dont près de la moitié étaient classés comme hors de contrôle.

Les changements climatiques alimentent une catastrophe mondiale de feux de forêt

Les ravages causés par les changements climatiques induits par le capitalisme ne s’arrêtent pas aux frontières internationales arbitraires.

Juste au sud de la Colombie-Britannique, aux États-Unis, des centaines de maisons ont été détruites et des milliers de résidents ont été déplacés par des feux qui se propagent rapidement à Spokane, dans l’État de Washington.

La saison des feux au Canada cette année a contraint des milliers de personnes à fuir leur domicile, notamment dans le nord de l’Ontario et dans les Territoires du Nord-Ouest. La fumée dégagée par ces feux s’est répandue à travers le continent, asphyxiant des millions de personnes.

De l’autre côté de l’Atlantique, en Europe, les feux ont contraint des milliers de personnes à fuir pour sauver leur vie, tandis que la chaleur torride a causé plus de 25 000 décès.

Les saisons de feux de forêt de plus en plus violentes qui ravagent la planète sont directement liées à la combustion des combustibles fossiles. Une étude de World Weather Attribution publiée jeudi a révélé que le réchauffement climatique a considérablement accru la probabilité des conditions météorologiques extrêmes propices aux feux observées cet été.

En combinant des observations et des modèles climatiques, les chercheurs ont conclu que le réchauffement climatique de 1,4 °C avait multiplié par cinq la probabilité de conditions météorologiques propices aux feux les plus intenses sur une période de sept jours dans les Territoires du Nord-Ouest, tandis que la probabilité de conditions prolongées sur 30 jours avait doublé. En Ontario, ces deux mesures ont vu leur probabilité doubler.

L’étude met en garde contre le fait que les feux simultanés et leur propagation rapide mettent à rude épreuve le personnel, les aéronefs et l’équipement, tandis que les communautés autochtones et isolées sont exposées à des dangers disproportionnés en raison des voies d’évacuation limitées et d’infrastructures inadéquates.

« Si vous vous souciez de qui que ce soit d’autre que les super-riches, vous devez cesser de brûler des combustibles fossiles, car les répercussions sont bien réelles et immédiates, et elles ont des conséquences énormes sur la vie et les moyens de subsistance des populations de tous les pays », a déclaré sans détour Friederike Otto, coauteure de l’étude, lors d’une conférence de presse.

La classe dirigeante prône l’austérité, le recours accru aux combustibles fossiles et le militarisme

L’aggravation de la catastrophe climatique et les avertissements de plus en plus pressants des climatologues se heurtent à l’indifférence criminelle de la classe dirigeante canadienne.

Plus tôt cette année, le gouvernement néo-démocrate de la Colombie-Britannique, soutenu par les syndicats, avait indiqué qu’il ne renouvellerait pas son programme « FireSmart Community Funding and Supports », qui offre de la formation et des conseils pour aider les résidents des collectivités à haut risque à atténuer les dommages causés par les feux de forêt. Il a finalement accordé une injection ponctuelle de 15 millions de dollars pour apaiser l’indignation populaire.

Les demandes des experts visant la création d’une force nationale de lutte contre les feux de forêt chargée de coordonner les efforts à l’échelle du Canada ont été ignorées par le gouvernement libéral fédéral. Le Canada est le seul membre du G7 à ne pas disposer d’une agence nationale de lutte contre les feux de forêt.

Les gouvernements qui prétendent que les ressources sont limitées alors que les collectivités ont besoin de mesures de prévention des feux de forêt, de la formation et du déploiement de pompiers professionnels ainsi que de la modernisation des infrastructures pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques ont, à maintes reprises, mobilisé des sommes colossales lorsque les intérêts de l’élite au pouvoir étaient en jeu.

Tel que documenté par le World Socialist Web Site, Ottawa n’a engagé que 800 millions de dollars pour la lutte contre les feux de forêt, leur prévention et l’atténuation de leurs effets de 2019 à 2024. C’est une somme dérisoire comparativement aux 650 milliards de dollars mobilisés pour soutenir les grandes entreprises canadiennes pendant la phase initiale de la pandémie de la COVID-19, aux 41 milliards de dollars de dépenses militaires pour 2024-2025 et aux 8,5 milliards de dollars de subventions aux combustibles fossiles pour 2024.

Sous le premier ministre Mark Carney, le détournement des ressources de la société vers le militarisme s’est accéléré. Ottawa a augmenté les dépenses de défense de plus de 9 milliards de dollars en 2025-2026 pour atteindre 2 % du PIB, soit environ 63 milliards de dollars, et s’est engagé à respecter le nouvel objectif de l’OTAN de 5 % d’ici 2035.

La situation des services d’incendie au Canada illustre les conséquences de ces priorités. Le grand recensement canadien des incendies a dénombré 123 608 pompiers en activité en 2024, dont 71 % étaient des volontaires. Près de la moitié des services utilisent du matériel désuet, tandis que près d’un tiers déclare ne pas disposer d’une formation adéquate pour faire face aux menaces de feux de forêt.

Le NPD et les syndicats défendent le capitalisme canadien

Entretemps, le gouvernement Eby accélère son programme d’extraction des ressources et de combustion des combustibles fossiles, qui attise la crise climatique. Sa stratégie « Look West », qui a été accélérée par la grave crise des relations canado-américaines depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche, vise à attirer 200 milliards de dollars d’investissements privés sur une décennie en accélérant les grands projets et en développant les industries minières, pétrolières, du gaz naturel liquéfié (GNL) et celles liées à la défense. Le projet de GNL Ksi Lisims fait partie des grands projets proposés, d’une valeur de 88 milliards de dollars, qui, selon le gouvernement, pourraient être mis en œuvre d’ici trois ans.

La conduite du NPD découle de sa nature de parti capitaliste de droite. Aux niveaux fédéral et provincial, le parti utilise une rhétorique « progressiste » et ses liens étroits avec l’appareil syndical pour contenir l’opposition de la classe ouvrière et subordonner les travailleurs aux exigences du capitalisme canadien.

La bureaucratie syndicale est indispensable à cette opération. En 2022, après que 95 % des 30 000 membres du Syndicat général des employés de la Colombie-Britannique (BCGEU) eurent voté en faveur de la grève, la bureaucratie syndicale a mis fin à la lutte et imposé un accord salarial inférieur à l’inflation, adopté avec seulement 53 % des voix. Les syndicats des enseignants, des travailleurs des hôpitaux et d’autres secteurs publics ont emboîté le pas avec des ententes similaires entraînant une baisse des salaires réels.

Stephanie Smith, alors présidente du BCGEU, siégeait simultanément au comité exécutif du NPD de la Colombie-Britannique qui a disqualifié Anjali Appadurai de la course à la direction du parti en 2022. La campagne d’Appadurai, qui mettait en avant la lutte contre les changements climatiques dans le cadre d’un soi-disant virage à « gauche », menaçait le sacre d’Eby.

Ces organisations confèrent au NPD ses lettres de créance « syndicales », tout en étouffant les luttes indépendantes de la classe ouvrière contre l’austérité. Leur appui permet à Eby de se présenter comme un ami des travailleurs tandis que son gouvernement impose la modération salariale, abandonne les mesures d’allègement promises et accélère les investissements des grandes entreprises.

Eby et le NPD suivent à la lettre la ligne de droite tracée par les libéraux de Carney avec leur programme nationaliste « Équipe Canada » : des politiques nationalistes adoptées par le monde des affaires canadien pour défendre ses intérêts face aux menaces de Trump d’annexer le pays et de faire s’effondrer son économie.

L’ancien banquier central a déclaré son intention de faire du Canada une « superpuissance énergétique », avec le double objectif d’accroître les exportations de pétrole et de gaz naturel afin de stimuler les profits des entreprises, et de renforcer la position géopolitique d’Ottawa dans un contexte d’intensification des conflits entre les grandes puissances au sujet des ressources naturelles. La première mesure officielle prise par Carney en tant que premier ministre, en mars 2025, a été de signer un décret en conseil supprimant la taxe sur le carbone imposée aux consommateurs. Les journalistes ont été invités à assister à la première réunion du Cabinet pour le filmer en train de signer le décret, dans une mise en scène politique calquée sur celle de l’administration Trump. Carney a explicitement lié cette mesure à une initiative plus large visant à rendre les entreprises canadiennes plus « compétitives ».

Le gouvernement libéral Trudeau avait en grande partie préparé le terrain. Il a racheté et considérablement prolongé l’oléoduc Trans Mountain, alors que l’opposition populaire aux infrastructures liées aux combustibles fossiles faisait entretemps l’objet de répressions répétées.

Des unités armées de la GRC ont mené à plusieurs reprises des raids sur le territoire des Wet’suwet’en à la suite de manifestations contre le gazoduc Coastal GasLink. En 2016, le ministre libéral des Ressources naturelles, Jim Carr, avait publiquement évoqué la possibilité de déployer l’armée contre les manifestants opposés à l’oléoduc, avant de revenir par la suite sur ses propos.

Le capitalisme n’a aucune réponse à la crise climatique

Des dizaines de milliards de dollars sont mis sans restriction à la disposition des entreprises pour assurer leurs profits, le réarmement militaire et les projets liés aux ressources stratégiques. Les réglementations sont balayées et l’appareil répressif de l’État est mobilisé lorsque ces intérêts sont menacés.

Pendant ce temps, les travailleurs sont confrontés aux feux de forêt, à la fumée toxique, aux évacuations de masse et à la destruction de leurs collectivités, se retrouvant avec des déclarations d’urgence émises après-coup une fois que la catastrophe a frappé, et des équipes débordées face à des conditions de plus en plus incontrôlables.

Les gouvernements libéraux, conservateurs et néo-démocrates défendent tous le système capitaliste du profit qui alimente la crise climatique et fait obstacle à la réponse coordonnée nécessaire pour y faire face. La vie économique reste subordonnée à l’accumulation privée et divisée entre des États-nations rivaux poursuivant des intérêts corporatifs et géopolitiques concurrents. Ces conditions rendent impossible toute planification internationale rationnelle visant à enrayer le réchauffement climatique.

Une vraie réponse visant à protéger la population nécessite un renforcement massif des effectifs professionnels de lutte contre les incendies, des équipements modernes, une gestion forestière adéquate, des infrastructures d’évacuation et des logements résilients face au changement climatique.

Plus fondamentalement, il faut briser l’emprise de l’oligarchie financière sur la vie sociale et placer les forces productives sous contrôle démocratique, afin qu’un plan scientifique puisse permettre une transition rapide vers l’abandon des combustibles fossiles pour la production et la consommation d’énergie à l’échelle internationale.

Les ressources sociales actuellement mobilisées dans les subventions aux entreprises, l’expansion des énergies fossiles et les préparatifs de guerre doivent être réorientées vers la satisfaction des besoins humains. Pour y parvenir, il faut une mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière internationale contre le capitalisme et une réorganisation socialiste de la vie économique sous un contrôle public démocratique.

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