Alors que l’élite dirigeante française prépare la rentrée politique et la campagne présidentielle pour les élections de 2027, le gouvernement Lecornu prépare de nouvelles attaques sociales. Alors que la réforme des retraites de Macron en 2023 a suscité la rejet d’une écrasante majorité des Français et la plus grande vague de grèves en France depuis Mai 68, le gouvernement fonce tête baissée, au mépris de la démocratie, vers une nouvelle confrontation avec les travailleurs.
Selon des proches du premier ministre Sébastien Lecornu, le ministère des Finances proposerait de casser l’indexation des retraites sur l’inflation. Ceci permettrait à l’État de geler les retraites, dont le pouvoir d’achat s’effondrerait avec l’inflation et la montée des prix. Cette mesure ouvre la voie à l’appauvrissement massif des retraités: avec une inflation à 6 pour cent sur une décennie, par exemple, la valeur des retraites si elles étaient gelées baisserait de plus de 43 pour cent.
Juste en 2027, une désindexation même partielle des retraites réduirait les dépenses d’entre 6 et 12 milliards d’euros, selon les estimations de l’État. «Le débat sur les indexations automatiques indifférenciées, il faudra effectivement qu’on l’ait», a déclaré le ministre des Comptes publics, David Amiel, sur Sud Radio. Le ministre de l’Economie Roland Lescure a dit: «On va regarder ces histoires d’indexation à l’inflation, parce que, effectivement, je pense que c’est une manière, je dirais, efficace de faire des économies.»
Pour stopper les attaques visant les travailleurs et l’ensemble des classes opprimées il faut lutter directement contre l’oligarchie capitaliste et la guerre. Mais pour mener une telle lutte, il faut tirer les leçons de la dernière grande lutte contre les réformes des retraites. Les travailleurs ne peuvent pas laisser le contrôle des luttes aux appareils syndicaux et aux partis du Nouveau Front Populaire qui ont étouffé la dernière lutte contre les retraites.
La situation catastrophique des finances publiques françaises, par laquelle les élites dirigeantes réagissent en saccageant les droits sociaux des Français, est due en grande partie à l’effondrement de l’imposition des oligarques capitalistes et à la montée faramineuse des dépenses militaires. On ne peut pas préserver les retraites, l’éducation et l’hôpital public, ou d’autres acquis essentiels sans stopper le militarisme et s’attaquer directement à la richesse des milliardaires.
Macron s’est targué du fait d’avoir doublé les dépenses militaires sous sa présidence, de 36 à plus de 70 milliards d’euros. Il a également fait augmenter la dette souveraine française de presque 1.000 milliards d’euros, à 3.500 milliards, portant la charge annuelle des paiements sur la dette à 58 milliards d’euros. Ces deux sommes à elles seules sont presque équivalentes au déficit budgétaire annuel de l’État français, soit 152 milliards d’euros (5 pour cent du PIB français).
Macron triplé la richesse des seuls milliardaires français, qui sous sa présidence a augmenté de 255 pour cent pour s’établir à 1.230 milliards d’euros. Ces fortunes sont basées non pas sur une croissance productive de l’industrie mais sur les yoyos de la bourse sous l’impact des plans de relance accordées régulièrement par l’État et la Banque centrale européenne aux grandes fortunes. Mais c’est cette oligarchie parasitaire qui domine non seulement l’économie, mais aussi la guerre, les médias, la répression policière et l’ensemble de l’appareil d’État.
L’indexation des retraites, d’abord sur la montée des salaires puis plus tard sur l’inflation, a été l’un des gains des luttes ouvrières dans la Résistance et à la Libération. Etablie en 1948, cette indexation dépendait d’une situation où l’imposition des grandes fortunes était sans commune mesure avec ce qu’elle est aujourd’hui.
Au sommet du barème, l’imposition était de 60 pour cent après la Deuxième Guerre mondiale. Si officiellement cette imposition s’établit à 45 pour cent aujourd’hui, il est de notoriété publique que les oligarques peuvent échapper en très grande partie à l’impôt. Ainsi, selon diverses études, l’oligarque Bernard Arnault paierait 18, 15 voire 9 pour cent d’impôt sur les quelques centaines de millions de revenus qu’il déclare au fisc – alors que son patrimoine bondit chaque année de milliards, voire de dizaines de milliards d’euros.
Or, si les chiffres français sont particulièrement désastreux, ils ne sont pas fondamentalement différents de la plupart des autres grands Etats européens.. Alors que tous les Etats européens promettent de plus que doubler leur dépense militaire pour la porter à 5 pour cent du PIB et faire la guerre à la Russie, leurs detes atteignent des niveaux faramineux. Celle de la France est de 118 pour cent du PIB, l’Italie 139 pour cent, l’Espagne 102 pour cent, la Belgique 109 pour cent, Royaume-Uni 104 pour cent.
L’insoutenabilité de la dette et de l’ensemble du financement des Etats européens témoigne d’une crise mortelle du capitalisme international. Le dirigeant de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, multiplie les déclarations incitant les partis bourgeois à prendre des mesures radicales pour casser les dépenses sociales.
«Nous sommes à plus de 110 pour cent de dette publique», a-t-il dit. «C'est une bombe à retardement potentielle que nous laissons aux générations suivantes. Et avant même de parler des générations suivantes, cela nous coûte de plus en plus cher.»
«Toutes les agences [de notation] s’alarment de l’instabilité politique» de la France, a-t-il déclaré, qui a voulu croire que l’État n’est «pas menacé de faillite, mais d’étouffement progressif». En effet, si les marchés financiers spéculaient sur la dette française et faisaient grimper les taux d’intérêt payés par l’État, ceci entraînerait mécaniquement à la hausse les autres taux. Il en résulterait, ajoutait-il, des «emprunts plus chers pour les ménages, le crédit immobilier, et les entreprises.»
En réalité, la France et l’Europe vivent leur plus grande crise financière depuis les guerres mondiales du 20e siècle. Il est impossible, en regardant la crise fiscale de l’État capitaliste français, de ne pas le comparer à celle de la monarchie avant la Révolution de 1789, alors que la société était contrôlée par une autre aristocratie parasitaire et illégitime.
Pour défendre les droits sociaux et stopper la militarisation et la guerre, les travailleurs devront reprendre le chemin de la révolution. Mais pour ce faire, il faut tirer toutes les leçons de la lutte contre la réforme des retraites en 2023. Les directions syndicales et celles du NFP de Jean-Luc Mélenchon au départ ont soutenu le mouvement, en paroles, avant de se rétracter face à l’éruption de la lutte des classes et aux manifestations contre l’imposition par Macron de sa réforme sans vote. Ils ont carrément mis fin au mouvement, étouffant l’opposition ouvrière.
L’histoire veut que le roi Louis XVI, ayant a demandé à ses courtisans en 1789 si la France vivait une révolte, ait reçu la réponse, «Non, Sire, c’est une révolution.» Face à une situation objectivement révolutionnaire, les courtisans de Macron au NFP ont dit: «Non, Sire, c’est du dialogue social.» Diverses organisations petite-bourgeoises se sont employées à semer des illusions sur une démocratisation de l’appareil d’État et un «plan de bataille» de grèves par lequel les directions syndicales paniquées arriveraient à ramener Macron à la raison. Il n’en fut rien.
Il est impossible de sauver la démocratie et les droits sociaux sous le régime capitaliste. Il faut regarder en face les leçons de l’histoire. En 1945, alors que les travailleurs à travers l’Europe se soulevaient contre l’oppression fasciste et formaient des milices ouvrières et des comités de grève, les forces staliniennes, sociale-démocrates et bourgeoises le Conseil national de la Résistance (CNR) ont promis un nouveau régime capitaliste. Dans ce régime, les droits sociaux garantis iraient de pair avec «l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie.»
Cette promesse était fausse. Aujourd’hui, les féodalités économiques dominent l’économie, plongent le monde à nouveau dans la guerre et appauvrissent les travailleurs. L’alternative est le programme que la IVe Internationale a défendu dans les luttes de résistance ouvrières des années 1940. Les travailleurs doivent à nouveau s’organiser de par la base et lutter pour le pouvoir et une révolution socialiste internationale, avec la formation des Etats-Unis socialistes d’Europe.
