Plus de 1 000 personnes dans 58 pays et territoires ont signé la pétition pour la libération de Bogdan Syrotiuk depuis le 10 août, date à laquelle un tribunal ukrainien a condamné ce jeune homme de 27 ans à 15 ans de prison pour avoir cherché à unir les travailleurs russes et ukrainiens contre la guerre.
La multiplication de signatures s’accompagne de dizaines de milliers de vues, de mentions « J’aime » et de partages sur les réseaux sociaux de contenus relatant l’affaire et s’y opposant.
Ce large soutien populaire contraste fortement avec la position des principaux médias américains et européens qui passent délibérément l’affaire sous silence, une attitude qui concorde avec leur propagande de guerre.
Bogdan a été condamné pour un délit d’opinion. Il a exhorté les travailleurs russes et ukrainiens à faire cause commune contre la guerre, s'est opposé à l'invasion de Poutine et à la guerre par procuration menée par Washington dans les mêmes articles, et a dénoncé la glorification officielle des collaborateurs nazis. L'État a qualifié ces prises de position de haute trahison et a présenté ses articles du World Socialist Web Site (WSWS) comme preuves. La sentence l’a dépouillé de ses biens et a condamné à la destruction les livres et brochures de son organisation, la Jeune Garde des bolcheviks-léninistes (YGBL).
La pétition, lancée après l'arrestation de Bogdan le 25 avril 2024, compte désormais plus de 6 300 signatures.
Federico Picerni, professeur de littérature chinoise à l'université de Bologne, l'a signée jeudi : « Solidarité pour toujours ! Liberté pour les internationalistes révolutionnaires !» Il était l'un des 42 Italiens à l'avoir signée mercredi et jeudi, un total sur deux jours seulement dépassé par le Royaume-Uni et les États-Unis.
Picerni rejoint les universitaires qui ont signé la pétition ou écrit au tribunal dans les jours qui ont suivi le verdict : les historiens Victoria Bynum, Mark Tauger et Grzegorz Rossoliński-Liebe, biographe de Stepan Bandera ; l’anthropologue Miha Kozorog ; et le sociologue Volodymyr Ishchenko.
La mobilisation en ligne n’a cessé de croître tout au long de la semaine. MintPress News, média alternatif américain, a annoncé jeudi à ses abonnés Instagram que « plus de 6 000 personnes originaires d’une soixantaine de pays ont signé une lettre ouverte exigeant la libération de Syrotiuk ». Celle-ci a recueilli 5 500 mentions « J’aime ».
Mercredi, le compte Instagram Fight For A Future a intégralement reproduit la déclaration du WSWS concernant la condamnation. La publication a généré plus de 32 000 mentions « J’aime », 1 100 commentaires et 3 600 partages. « Il n’y a rien que l’État bourgeois déteste plus que quelqu’un qui ose prêcher la paix et non la guerre », pouvait-on lire sur le compte. « Il a osé s’exprimer en faveur de la solidarité de classe plutôt que de la haine nationaliste. »
Le même jour, une chaîne Telegram ukrainienne nommée Budni Ukhilyanta – « Le quotidien d’un insoumis » – a publié une capture d’écran de la déclaration en russe du WSWS à ses 30 500 abonnés. Le message disait : « Pas un camp de concentration. 15 ans pour avoir critiqué le régime. »
L’opposition à la conscription en Ukraine est massive. En janvier, le ministre ukrainien de la Défense de l’époque, Mykhailo Fedorov, a déclaré que 200 000 soldats avaient déserté et que 2 millions d’Ukrainiens étaient recherchés pour insoumission, selon le Kyiv Post. Bogdan lui-même avait écrit un article sur les arrestations de soldats dans la rue par les brigades de recrutement.
Marta Havryshko, historienne ukrainienne de la Shoah à l'Université Clark, a commenté le verdict lundi sur X dans une publication vue plus de 50 000 fois. Parmi les actes de trahison énumérés dans le jugement figurent ses objections à la reconnaissance par l'État de la division Waffen-SS Galicie et à la présence d'insignes nazis dans les unités militaires ukrainiennes.
« Voici donc la logique merveilleusement tordue », a-t-elle écrit, « il semblerait que ce ne soit ni la glorification des collaborateurs nazis, ni la tolérance de symboles tels que le Wolfsangel, les insignes SS et le Soleil noir qui alimentent la propagande russe. Non, c'est toute critique ouverte de ces symboles qui est considérée comme de la trahison. »
Elle a ajouté : « Alors, si jamais je franchis la frontière ukrainienne, vous me trouverez peut-être dans un sous-sol de la SBU. Moi aussi, je souffre de cette fâcheuse tendance à critiquer l'apologie du nazisme en Ukraine. Un risque professionnel, apparemment, chez les chercheurs juifs spécialistes de la Shoah. »
Ivan Katchanovski, politologue à l'Université d'Ottawa, a republié sa publication à ses 47 000 abonnés, qualifiant la sentence d'« orwellienne ». La publication Instagram du média italien InsideOver concernant le verdict, parue mardi, a recueilli plus de 5 500 mentions « J'aime », et vendredi, AzerNews, un journal anglophone de Bakou, l'a rapporté sous le titre : « Un militant ukrainien condamné à 15 ans de prison pour haute trahison pour des articles critiques envers la Russie et Zelensky ».
En Ukraine, la presse a traité l'affaire selon les termes de l'État. Au moins sept médias ukrainiens ont publié un communiqué de presse du Service de sécurité d'Ukraine (SBU) le 14 août. Toutes les versions intégrales disponibles omettent le nom de Bogdan, le qualifiant d'« agitateur pro-Kremlin » ou d'organisateur d'un « réseau néo-bolchevique clandestin ».
Des mouvements politiques organisés ont également commencé à réagir. Cette semaine, des groupes socialistes en Ukraine, en Russie, en France, au Royaume-Uni et au Canada se sont saisis du cas de Bogdan, parmi lesquels des opposants politiques de longue date du WSWS.
Des membres de l'Internationale communiste révolutionnaire, organisation fondée en juin 2024 lors de la relance de la Tendance marxiste internationale sous ce nom, ont signé la pétition en Irlande, en Italie et au Canada mercredi, et en Espagne jeudi. Mercredi, les sympathisants ukrainiens de l'organisation ont publié un appel à la solidarité sur leur site web, marxist.com.
Le Comité de défense des partisans au Canada a signé mercredi, deux jours après son homologue britannique. Ces deux organisations de défense des droits sont affiliées à la Ligue communiste internationale (LCI), courant spartakiste.
L'organisation française Lutte ouvrière a publié mercredi un article sur l'affaire, intitulé « Ukraine : quinze ans de prison pour trotskysme ». Le Parti socialiste des travailleurs (PST), un petit groupe russe, a publié jeudi une déclaration sur sa chaîne Telegram : « Malgré notre position vis-à-vis des YGBL et du WSWS, nous restons solidaires de Bogdan Syrotiuk, prisonnier politique. Les opinions politiques marxistes ne sont pas un crime, et si un État pense le contraire, cela en dit long. »
Toutes ces organisations ont soutenu la campagne malgré d'importantes divergences politiques avec le WSWS.
Le verdict cite un discours prononcé par Bogdan lors du rassemblement en ligne du 1er mai du CIQI, le 30 avril 2023, comme preuve qu'il aurait justifié l'invasion russe. Il a déclaré : « Cette guerre impérialiste n'a pas été déclenchée dans l'intérêt du prolétariat russe, du prolétariat ukrainien et du prolétariat américain, mais dans l'intérêt du capital de ces pays. »
Les agents du SBU ont arrêté Bogdan le 25 avril 2024, alors qu'il avait 25 ans, et l'ont qualifié d'agent russe. Plus de deux ans après, ils n'ont produit aucun document, aucun témoin et aucune preuve d'espionnage. Pour trahison sous la loi martiale, le Code pénal ukrainien ne prévoit que deux peines : 15 ans de prison ou la perpétuité, avec confiscation obligatoire des biens dans les deux cas. Le viol sans circonstances aggravantes est passible d'une peine maximale de cinq ans en Ukraine.
Les avocats de Bogdan ont jusqu'au 9 septembre pour interjeter appel. Une plainte déposée en son nom au printemps 2025 est toujours en attente d'une décision devant la Cour européenne des droits de l'homme.
La pétition est disponible ici. Envoyez des lettres au tribunal de district de Pervomaisk (inbox@pm.mk.court.gov.ua) et à la Cour d'appel de Mykolaïv (inbox@mka.court.gov.ua), avec copie à freebogdan@wsws.org, leur demandant d'annuler la peine de 15 ans et de libérer Bogdan.
(Article paru en anglais le 22 août 2026)
