Le Premier ministre britannique était le seul dirigeant de la « Coalition des volontaires » à se rendre en Ukraine lundi pour y rencontrer le président Volodymyr Zelensky. Le Français Emmanuel Macron et l'Allemand Friedrich Merz ont participé à la réunion par visioconférence.
L'événement coïncidait avec l'anniversaire de la sécession de l'Ukraine de l'Union soviétique en 1991, dans le cadre du partage nationaliste de celle-ci par la bureaucratie stalinienne, qui devait se muer en oligarchies capitalistes obscènement riches.
Burnham a profité de l'occasion pour comparer l'effort de guerre ukrainien à la lutte contre les armées nazies pendant la Seconde Guerre mondiale. « Ma nation a maintenu vivante la flamme de la liberté européenne au XXe siècle, vous la maintenez vivante au XXIe siècle », a-t-il déclaré à Zelensky.
Étant donné que le gouvernement dictatorial de Zelensky a honoré les figures de proue des organisations fascistes ukrainiennes ayant combattu aux côtés des nazis et contribué à la mort de millions de citoyens soviétiques, il ne s'agissait pas seulement d'un mensonge, mais d'une véritable provocation. L’annonce, faite par Burnham d'une aide britannique accrue a jeté de l'huile sur le feu, attisant ainsi le bain de sang russo-ukrainien.
Après avoir déjà fourni à l'Ukraine des missiles de croisière longue portée Storm Shadow, le Royaume-Uni a partagé avec Kiev des plans classifiés afin de permettre au pays de fabriquer à terme ses propres missiles. La France a fait de même – le missile étant un produit franco-britannique – et a évoqué la possibilité de contribuer à la construction d'usines en Ukraine.
En contrepartie, le gouvernement ukrainien a partagé avec les Britanniques une énorme quantité de données d'intelligence artificielle issues de systèmes de surveillance des champs de bataille. Selon le Royaume-Uni, cette technologie sera d'abord utilisée comme outil de surveillance sur un site de défense britannique afin de protéger les bases contre les manifestants et les acteurs hostiles cherchant à obtenir des renseignements.
Fournir des missiles à l'Ukraine est essentiel au maintien de son effort de guerre. Le pays est actuellement largement surpassé par la Russie dans ce domaine, tant sur le plan offensif que défensif.
Depuis le début de l'année, les forces russes ont lancé au moins 130 missiles par mois, avec des pics en février (288) et en juillet (376). Une proportion croissante de ces missiles atteignent leurs cibles, l'Ukraine étant à court d'intercepteurs.
D'après Zelensky, l'Ukraine a reçu 675 missiles de ce type en 2023, contre 364 en 2025, et 264 autres sont prévus pour 2026. Il a précisé qu'il en faudrait entre 300 et 360 pour l'hiver. L'offre mondiale s'élève à environ 600 missiles, la guerre en Iran ayant fortement réduit les stocks.
Bien que l'Ukraine ait récemment réussi à frapper régulièrement des cibles russes avec des drones, dont elle prévoit de produire quelque 10 millions cette année, ses frappes de missiles sont restées limitées. Les plans franco-britanniques s'inscrivent dans une stratégie visant à changer la donne.
Oleksandr Merezhko, président de la commission des affaires étrangères du Parlement ukrainien, a déclaré au Guardian espérer que la production de missiles par l'Ukraine puisse démarrer « dans les mois qui viennent, et non dans des années». Le pays développe déjà ses propres missiles Fire Point.
Burnham devrait également jouer un rôle déterminant dans l'obtention de ressources supplémentaires en matière de défense aérienne de la part des États-Unis. Il rencontrera Trump le mois prochain après l'Assemblée générale des Nations Unies à New York. Après ses réunions à Kiev, il a déclaré à Bloomberg: «En repartant aujourd'hui, je sais précisément ce que je dois faire dans les prochaines semaines», insistant sur la nécessité de disposer d'intercepteurs de missiles.
Merezhko a déclaré à propos du Royaume-Uni: «Vous êtes un pont important et vous avez redressé la situation chaque fois que nous avons connu une crise dans nos relations avec les États-Unis. Votre roi est un atout diplomatique précieux et il intercède en notre faveur auprès de Trump.»
La « situation » que le Royaume-Uni s'efforce de maintenir est une guerre qui fait des dizaines de milliers de victimes chaque mois. Le principal mythe entourant le soutien de l'OTAN à Kiev est qu'il vise la défense de l'Ukraine, et non la défaite de la Russie et l'effondrement de son gouvernement – quel qu'en soit le prix pour la classe ouvrière ukrainienne.
Downing Street espère qu'en rétablissant une certaine égalité des chances, la pression s'accentuera sur le Kremlin, alors que le nombre de morts ne cesse d'augmenter des deux côtés. Le refrain de Burnham – hérité de Keir Starmer, Rishi Sunak et Boris Johnson avant lui – selon lequel la Grande-Bretagne soutiendra l'Ukraine « aussi longtemps qu'il faudra » signifie en réalité aussi longtemps qu'il faudra pour atteindre ces objectifs impérialistes.
La Russie a clairement exprimé sa position quant aux actions britanniques et la manière dont elle pourrait y réagir. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré lundi que la Grande-Bretagne était « impliquée dans cette guerre » et « attise régulièrement les flammes […] afin d’empêcher le moindre progrès dans le processus de règlement pacifique ».
Jeudi, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré aux journalistes que le Royaume-Uni était « à deux doigts » de se rendre complice d’actes de «terrorisme» contre des civils russes. Elle a mis en garde contre des «conséquences catastrophiques » si le pays persistait dans sa « ligne hostile et agressive, qui ne peut que […] faire prendre le risque d’une escalade du conflit à un tout autre niveau ».
Zakharova a spécifiquement mentionné « les installations et équipements militaires britanniques en Ukraine et au-delà de ses frontières » comme cibles potentielles.
Les dirigeants militaires de l'OTAN sont conscients de ces risques. À Kiev, Burnham a évoqué « les menaces scandaleuses proférées par la Russie contre mon pays ». Une source au sein de la défense britannique a déclaré au Daily Mail qu'une attaque, quelle qu'elle soit, était «inévitable, compte tenu de notre soutien indéfectible à l'Ukraine». Macron a affirmé sans ambages: «La Russie tentera d'intensifier les tensions avec les pays européens afin de les dissuader d'aider l'Ukraine.»
Mais on s'efforce encore de minimiser ces dangers en les qualifiant de simples «rodomontades» russes. Le gouvernement britannique suit une ligne oscillant entre l'utilisation des menaces russes pour encourager un sentiment d'unité nationale en temps de guerre et leur minimisation pour dissimuler à la population l'ampleur réelle du danger.
Voici le deuxième mythe clé de la guerre de l'OTAN en Ukraine: l'idée que l'alliance puisse continuer à faire pression sur le gouvernement russe sans que le conflit ne s'aggrave et ne rende le déclenchement d’une catastrophe de plus en plus probable.
Il devient toutefois de plus en plus difficile de dissimuler ce fait. Mercredi, plusieurs journaux ont titré sur le projet du gouvernement d'inciter la population à constituer des réserves de nourriture et d'eau en prévision d'attaques d'États ou de crises environnementales.
Selon l'article original du Financial Times, « une campagne sur les réseaux sociaux est en préparation pour informer les ménages sur la manière de se préparer à de graves perturbations, qu'elles soient causées par l’action hostile d'un État, des conditions météorologiques extrêmes ou des cyberattaques».
Le Daily Telegraph écrit: «Les autorités craignent que le public ne soit pas suffisamment sensibilisé aux risques potentiels et prévoient de lancer cet automne une campagne d'information sur la 'résilience nationale', avec des conseils sur la constitution de réserves de nourriture, d'eau et de bougies. »
Il ajoute: « Dans le cadre de ces préparatifs, l'opération Albiston Shadow, le plus grand exercice national de défense intérieure jamais mené par le COBR, sera réalisée en 2027. »
La gravité de ces risques a été confirmée par la visite impromptue du directeur de la CIA, John Ratcliffe, à Moscou mardi. Selon certaines sources, Ratcliffe s'est rendu sur place pour mettre en garde le gouvernement russe contre des attaques visant les États membres de l'OTAN, en particulier les pays baltes. Les articles de presse publiés suite à cette visite ont également évoqué le risque de représailles contre le Royaume-Uni et l'Allemagne.
Le déclenchement de l'Article 5 de l'Alliance Atlantique, relatif à la défense collective, entraînerait une guerre entre les plus grandes puissances nucléaires dans le monde.
(Article paru en anglais le 28 août 2026)
