Le syndicat IAM complice de la déréglementation et de la sous-traitance dans les aéroports canadiens qui ont conduit à la mort d’Oscar Robayo

Un photomontage en hommage à Oscar Robayo, le travailleur tué à l’aéroport de Montréal [Photo]

Oscar Robayo, un agent de piste âgé de 39 ans à l’aéroport international Montréal-Trudeau, a été mortellement écrasé à la fin du mois dernier lors d’une manœuvre courante de repoussage d’un Airbus A350.

Les autorités fédérales et provinciales ont ouvert des enquêtes afin de déterminer ce qui s’est produit dans la soirée du 24 août, comme la loi les y oblige. Elles n’ont cependant pratiquement rien révélé de leurs enquêtes, et encore moins laissé entendre que la négligence de l’entreprise aurait joué un rôle dans la mort de Robayo.

Les témoignages d’anciens collègues de Robayo et d’autres travailleurs des services d’assistance au sol recueillis par le World Socialist Web Site conduisent néanmoins à une conclusion incontournable : le sous-traitant SAMSIC ASSISTANCE Canada, qui employait Robayo, faisait systématiquement fi des procédures de sécurité les plus élémentaires. Selon les témoignages des travailleurs, Robayo n’avait pas accès à une rallonge adéquate qui lui aurait permis de maintenir une distance sécuritaire avec le train d’atterrissage avant de l’avion, qui l’a écrasé. De plus, cet incident s’inscrivait dans une pratique générale par laquelle la direction rognait sur la sécurité et exerçait une pression excessive sur le personnel, souvent réduit à des équipes insuffisantes, afin de respecter les heures de départ.

Le gouvernement fédéral déréglemente le secteur canadien du transport aérien

La mort de Robayo n’est pas un événement isolé. Elle constitue le résultat le plus tragique de décennies de déréglementation, de privatisation et d’attaques contre les conditions de travail de milliers de travailleurs des aéroports : un processus supervisé par les gouvernements fédéraux successifs depuis les années 1980. La privatisation d’Air Canada, la sous-traitance de l’exploitation des aéroports à des sociétés « sans but lucratif », qui équivalait à une semi-privatisation durant les années 1990, ainsi que la prolifération de la sous-traitance et du transfert de contrats pour les services aéroportuaires ne sont que quelques-unes des étapes déterminantes de cette offensive contre les droits des travailleurs du transport aérien, laquelle s’est reproduite dans de nombreux pays à travers le monde.

Au Canada, la déréglementation du transport aérien et le démantèlement des droits des travailleurs ont été facilités par l’ensemble de la bureaucratie syndicale, notamment par l’Association internationale des machinistes et des travailleurs et des travailleuses de l’aérospatiale (IAM), dont Robayo était membre.

La course vers le bas en matière de conditions de travail dans l’ensemble de l’industrie du transport aérien, orchestrée par les gouvernements et soutenue par les syndicats afin d’accroître les profits des entreprises, a fait du secteur aéroportuaire l’un des plus dangereux pour les travailleurs, particulièrement pour ceux qui travaillent sur le tarmac. En 2024, par exemple, le gouvernement fédéral a signalé qu’avec 21,41 accidents par million d’heures travaillées, le transport aérien présentait le taux de fréquence des blessures entraînant une perte de temps le plus élevé parmi les 16 secteurs relevant de la compétence fédérale. Ce taux s’élevait à 15,40 en 2019. Pour la seule année 2024, le gouvernement a recensé 4793 blessures invalidantes et 9 décès dans l’ensemble du secteur du transport aérien.

Le gouvernement fédéral porte une part importante de responsabilité dans la mort de Robayo, tout comme il est responsable des milliers d’accidents du travail qui pourraient facilement être évités chaque année. Le gouvernement participe directement à la gestion de nombreux aéroports canadiens en tant que « propriétaire-bailleur et organisme de réglementation ». Il a favorisé au fil du temps la prolifération de la sous-traitance et du transfert de contrats, tout en sachant pertinemment que cela entraînerait des pertes d’emplois, des réductions salariales, un roulement élevé de personnel provoqué par le remplacement de travailleurs expérimentés par du personnel moins qualifié, ainsi qu’une dégradation des normes de santé et de sécurité.

L’annonce faite cette semaine selon laquelle le premier ministre Mark Carney entend privatiser les quatre plus grands aéroports du pays ne fera qu’intensifier l’offensive contre les droits des travailleurs.

En 2021, le gouvernement libéral fédéral a réformé l’article 47.3 du Code canadien du travail, prétendument afin de garantir que les travailleurs des services d’assistance au sol continuent de recevoir les mêmes taux de salaire lorsqu’un contrat de sous-traitance aéroportuaire change de mains. Cependant, le gouvernement libéral n’a pas exigé que le nouveau sous-traitant offre des avantages sociaux équivalents à ceux versés par son prédécesseur. Il a également évité, de manière flagrante et délibérée, d’inclure la reconnaissance des droits d’ancienneté dans sa « réforme ». Par conséquent, les sous-traitants pouvaient continuer à réduire leurs coûts aux dépens des travailleurs, simplement en refusant de réembaucher ceux qui possédaient le plus d’ancienneté ou en réembauchant les travailleurs sous des titres d’emploi différents.

L’IAM et l’ensemble de la bureaucratie syndicale protègent les libéraux

Depuis des années, la bureaucratie syndicale est parfaitement informée des conditions de travail épouvantables engendrées par la déréglementation de l’industrie du transport aérien et s’en est rendue complice, notamment en ce qui concerne la sous-traitance et le transfert de contrats dans les aéroports. Non seulement l’IAM, mais aussi Unifor, les Teamsters, les Métallos et le Congrès du travail du Canada (CTC) ont abondamment documenté ces problèmes dans de nombreux mémoires présentés au gouvernement et au Parlement fédéral.

Conformément à leur défense du système de négociation collective et à leur partenariat corporatiste avec le gouvernement et les employeurs, les bureaucrates syndicaux se sont contentés d’adresser de vains appels au gouvernement en place afin qu’il adopte de meilleures mesures de sécurité.

Loin d’alerter sérieusement et de mobiliser leurs dizaines de milliers de membres à travers le pays, les syndicats se sont soumis aux diktats du gouvernement et des administrations aéroportuaires, saluant les modifications limitées et totalement inadéquates apportées à la loi – comme celle de 2021 – qui évitaient délibérément de s’attaquer aux problèmes fondamentaux auxquels les travailleurs sont confrontés.

À la suite de la mort de Robayo, l’IAM a publié un texte de circonstance d’à peine 120 mots qui ne soulevait absolument aucune question sur l’incident. L’avis est toujours visible sur le site, parmi les autres « dernières nouvelles », mais il disparaîtra bientôt, comme un simple fait divers voué à l’oubli.

L’indifférence du syndicat à l’égard de la vie de l’un de ses membres est loin d’être anodine. Si l’IAM et ses alliés syndicaux cherchent à étouffer cette affaire, c’est parce qu’ils portent eux aussi une part importante de responsabilité dans la mort de Robayo. De plus, l’IAM insiste pour que les travailleurs attendent les conclusions de l’enquête officielle sur la mort de Robayo, c’est-à-dire d’une enquête supervisée par le même appareil d’État qui est responsable de la déréglementation du transport aérien et de la croissance effrénée de la sous-traitance.

Dès 2016-2017, l’IAM a présenté un mémoire au comité d’experts Emerson, chargé d’examiner le système de transport canadien. Le syndicat a cité l’exemple d’un groupe de travailleurs de l’aéroport Pearson de Toronto pour montrer qu’ils avaient connu quatre conventions collectives en neuf ans à la suite de transferts successifs entre sous-traitants. Il a expliqué en détail comment les travailleurs pouvaient être réembauchés au salaire minimum ou presque, tout en perdant leurs droits d’ancienneté, leur assurance médicale, leurs vacances et leurs congés de maladie. L’IAM soutenait que le roulement constant du personnel nuisait à la productivité et à la qualité des services, poussait les travailleurs expérimentés à quitter leur emploi et augmentait les risques pour la sécurité dans les aéroports.

En 2018, l’IAM publiait un article intitulé : « Le transfert de contrats : un fléau pour les syndicats dans les aéroports fédéraux ! » (Contract flipping—The scourge of union existence at federal airports!) L’article faisait remonter le problème aux années 1990 et affirmait que les administrations aéroportuaires utilisaient les transferts de contrats pour réduire les coûts et « vaincre les syndicats ». Le syndicat a demandé à plusieurs reprises au gouvernement d’appliquer aux transferts de contrats les dispositions du Code du travail relatives aux droits du successeur dans le cas de la « vente d’une entreprise », mais le gouvernement a ignoré ces demandes.

L’IAM et les autres syndicats ont salué la garantie accordée en paroles par les libéraux en 2021 concernant la rémunération des travailleurs à la suite d’un transfert de contrat. Dans la mesure où ils ont reproché au gouvernement de ne pas avoir inclus les « droits du successeur » dans sa réforme du Code du travail, c’était parce que les libéraux n’avaient pas protégé l’accréditation syndicale à la suite d’un changement de contrat. Cette omission compromettait la capacité des bureaucrates syndicaux à percevoir les cotisations syndicales et à établir des partenariats avec les nouveaux sous-traitants.

La preuve que la réforme des libéraux n’avait rien fait pour mettre un terme à la course vers le bas n’a pas tardé à se manifester. En février 2023, Aéroports de Montréal a accordé de nouveaux permis d’assistance au sol, notamment à SAMSIC. La multinationale française a rapidement développé ses activités en Amérique du Nord à la suite des premiers confinements imposés au début de la pandémie de COVID-19, qui avaient déclenché des licenciements collectifs dans l’ensemble de l’industrie du transport aérien. Le modèle d’affaires de SAMSIC reposait sur la conquête de contrats détenus par des fournisseurs existants en proposant des coûts de main-d’œuvre inférieurs et, au besoin, en rachetant ses concurrents.

À l’époque, l’IAM avait qualifié le transfert du contrat à SAMSIC de « dévastateur » et déclaré que des centaines d’emplois occupés par ses membres étaient supprimés. David Chartrand, vice-président du syndicat, avait dénoncé une faille dans la législation du travail et soutenu que le transfert de contrats « tirait vers le bas les conditions de travail dans les aéroports, favorisait les pratiques antisyndicales et compromettait tant la qualité des services que la sécurité des passagers ».

À l’origine, les travailleurs embauchés par SAMSIC ne bénéficiaient d’aucune représentation syndicale. Mais, afin de stabiliser l’entreprise et d’étouffer la colère des membres de la base, l’IAM a conclu une convention collective avec SAMSIC en novembre 2024. Celle-ci comportait une disposition accordant aux nouveaux employés le statut de membre du syndicat après trois mois. Dès août 2025, l’IAM vantait son « partenariat » avec la direction de SAMSIC, notamment à l’occasion d’une activité de rencontre organisée après que la multinationale eut réussi à reprendre les activités montréalaises de TSAS, une entreprise concurrente de SAMSIC.

Le partenariat politique de l’IAM avec le NPD et son soutien au gouvernement libéral

Le refus des syndicats de mobiliser les travailleurs afin qu’ils revendiquent de meilleures conditions et une plus grande sécurité sur les lieux de travail va de pair avec leurs trahisons répétées des luttes ouvrières depuis plus de 40 ans.

L’orientation procapitaliste et nationaliste de la bureaucratie syndicale s’exprime notamment dans les liens étroits et de longue date qui unissent l’IAM au Nouveau Parti démocratique (NPD). Le syndicat des machinistes a participé directement à la fondation du NPD en 1961, à une époque où le parti défendait un programme réformiste. Plus de 60 ans plus tard, le parti social-démocrate a depuis longtemps abandonné son réformisme et s’est affirmé, comme ses partis frères partout dans le monde, comme un ardent défenseur de la guerre impérialiste et de l’austérité capitaliste.

Entre 2019 et le début de 2026, le NPD a joué un rôle décisif en assurant aux libéraux une majorité parlementaire pendant que ceux-ci investissaient des dizaines de milliards de dollars dans le réarmement et la conduite de la guerre des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie en Ukraine, abolissaient pratiquement le droit de grève, intensifiaient considérablement la répression contre les immigrants et imposaient des compressions dans les dépenses publiques au moyen d’une réduction, en termes réels, des transferts aux provinces.

L’IAM – tout comme Unifor, les Métallos et le CTC – a accueilli favorablement l’entente de soutien et de confiance conclue en 2022 entre le NPD et le gouvernement libéral de Justin Trudeau. Cette entente a été officialisée un mois seulement après le déclenchement de la guerre de l’OTAN contre la Russie en Ukraine. Elle a jeté les bases d’une vaste offensive contre la classe ouvrière.

L’IAM a joué un rôle déterminant en présentant cette entente réactionnaire comme un rempart « progressiste » contre les conservateurs, alors qu’en réalité, elle garantissait une majorité de fait à un gouvernement d’austérité et de guerre. Le lendemain de la signature de l’entente, l’IAM déclarait que le NPD et les libéraux avaient placé « les gens avant la politique » et qu’ils s’étaient enfin concentrés « sur la mise en œuvre de programmes qui aideront les familles travailleuses ».

Au cours des années suivantes, le gouvernement est intervenu à plusieurs reprises pour criminaliser les grèves qui menaçaient les profits des grandes entreprises et de l’élite financière, notamment celles des travailleurs des postes en 2024 et des agents de bord d’Air Canada l’année suivante. Les agents de bord, représentés par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), exigeaient la fin des heures de travail au sol non rémunérées ainsi que des augmentations salariales pour compenser l’inflation. Moins de 24 heures après le début du débrayage, le gouvernement libéral est intervenu pour rendre la grève illégale et imposer une entente par voie d’arbitrage obligatoire.

La question du travail non rémunéré effectué au sol par les équipages est indissociable du même processus de déréglementation de l’industrie du transport aérien qui a créé les conditions ayant conduit à la mort d’Oscar Robayo.

Les travailleurs de la base doivent faire éclater la vérité sur la mort d’Oscar Robayo

Les dirigeants de l’IAM n’ont certes pas poussé Robayo sous le train d’atterrissage. Mais leur soumission aux diktats de la grande entreprise, leur attachement au cadre des lois bourgeoises du travail, leur défense du nationalisme et leur subordination aux partis politiques capitalistes sont autant de facteurs qui, en dernière analyse, ont créé les conditions permettant qu’une telle tragédie se produise.

La mort de Robayo ne changera rien à la précarité du secteur aéroportuaire tant que l’industrie demeurera entre les mains de sociétés rapaces, de gouvernements capitalistes et d’appareils syndicaux serviles. Pour assurer une gestion rationnelle et sécuritaire du transport aérien, les travailleurs doivent s’unir et s’organiser au sein de nouvelles formes d’organisation : des comités de base dirigés par les travailleurs, dans leur intérêt et indépendamment des appareils syndicaux.

La création de comités de base doit être le fer de lance d’une mobilisation indépendante et politique plus vaste de l’ensemble de la classe ouvrière contre le système capitaliste fondé sur le profit, qui est à l’origine de l’exploitation et des tragiques accidents du travail.

Pour les travailleurs de l’industrie du transport aérien, la manière la plus efficace d’honorer la mémoire de Robayo consiste à arracher aux bureaucrates syndicaux le contrôle de la lutte pour la sécurité au travail et des conditions de travail décentes, tant à l’aéroport de Montréal que dans tous les aéroports d’Amérique du Nord.

Un comité de base des travailleurs de l’aéroport de Montréal, réunissant le personnel au sol et les équipages, pourrait jeter les bases d’une véritable enquête ouvrière sur la mort d’Oscar Robayo, afin qu’aucun proche ni collègue de travail n’ait jamais à revivre l’expérience atroce des événements du 24 août 2026. Le World Socialist Web Site et l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC) feront tout ce qui est en leur pouvoir pour soutenir les travailleurs du transport aérien dans cette lutte.

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