Pourquoi le syndicat des Métallos craint-il autant les travailleurs de la base chez National Steel Car ?

Grévistes de National Steel Car, le 29 août 2026

Si vous êtes en grève chez National Steel Car, nous aimerions connaître votre avis sur la grève, les conditions de travail à l'usine et la stratégie proposée par le Comité de base pour élargir la lutte. Veuillez remplir le formulaire figurant à la fin de cette déclaration.

Camarades,

Le dimanche 13 septembre, des journalistes du World Socialist Web Site se sont rendus sur le piquet de grève de notre usine de Hamilton, en Ontario, pour s'entretenir avec certains d'entre nous. Quelques minutes plus tard, Frank Crowder, président de la section locale 7135 du syndicat des Métallos (USW), est arrivé – appelé par ses collaborateurs – et s'est livré à une violente intervention, traitant à plusieurs reprises les journalistes de « racaille » et les empêchant physiquement de parler aux grévistes.

Son comportement agressif n'est que le dernier exemple en date de l'hostilité de la bureaucratie de l'USW envers les travailleurs de la base qui s'expriment sur cette grève entamée il y a six semaines. Crowder avait déjà empêché les journalistes du WSWS de discuter de la grève avec les travailleurs de la base lors d'une autre occasion le mois dernier. Lui et ses collègues de l'appareil syndical ont pris l'habitude de qualifier le Comité de base de National Steel Car – une organisation créée par les travailleurs de notre usine indépendamment de la bureaucratie de l'USW – d'organisation de « jaunes».

Le comportement de voyou de Crowder et de ses associés illustre l'hostilité farouche de toute la bureaucratie des Métallos envers les grévistes de la base de National Steel Car. Ils savent que notre vote écrasant en faveur de la grève et notre colère face aux conditions de travail dangereuses dans l'usine prouvent que nous sommes prêts à mener une véritable lutte contre le système ultra-exploiteur de travail à la pièce et pour des emplois sûrs et bien rémunérés pour tous. Mais leurs préoccupations premières sont de préserver leurs relations avec le propriétaire de NSC, Greg Aziz, et de maintenir l'alliance syndicale au sein de l'« Équipe Canada » avec les gouvernements libéral fédéral et conservateur provincial.

Ils sont donc déterminés à étouffer toute action indépendante de la base durant notre grève, craignant que nous ne brisions le carcan dans lequel la direction syndicale a enfermé notre lutte et que nous ne commencions à mobiliser des couches plus larges de la classe ouvrière contre les profits à tout prix des entreprises, les conditions de travail dangereuses, l'austérité et la guerre.

Crowder et sa bande savent pertinemment que le WSWS appuie notre comité en publiant ses déclarations et qu'il a donné la parole aux travailleurs comme aucun autre média ne l'a fait. Lorsque des journalistes ont eu l'occasion de s'entretenir avec les grévistes le mois dernier, nos collègues ont évoqué les conditions dangereuses engendrées par le travail à la pièce, les taux de retraite dérisoires, la baisse des salaires réels, ainsi que leur opposition à la guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada et leur soutien à une lutte unifiée avec les travailleurs américains.

Le WSWS couvre les luttes des travailleurs de National Steel Car depuis plus de dix ans. Il a mis en lumière les conditions effroyables à l'origine du décès de Quoc Le en juin 2022, le troisième travailleur à perdre la vie dans notre usine en seulement 18 mois. Lorsque nous avons créé le CBNSC lors de notre précédente grève en 2023, le WSWS a offert une tribune aux revendications de la base et a proposé une perspective pour orienter notre lutte. Nos avertissements concernant le système de négociation collective favorable au patronat et le danger d'attendre des tribunaux capitalistes qu'ils agissent face à la mort de nos collègues se sont avérés justes : la grève précédente s'est soldée par une trahison au bout de 41 jours, et NSC n'a écopé que d'une amende dérisoire de 240 000 dollars pour la mort de Quoc Le.

Abolissons le système meurtrier de rémunération « à la performance » !

Les travailleurs de la chaîne de production doivent voir dans les diatribes hystériques de Crowder contre le CBNSC et le WSWS le signe que la direction de la section locale 7135 de l'USW s'apprête à dévoiler un nouvel accord de trahison. Nous savons qu'Aziz doit honorer d'importantes commandes dont les délais approchent. Nous sommes en grève depuis six semaines sans aucune communication substantielle de la part de la direction syndicale, et encore moins d'élaboration d'une stratégie pour défier l'entreprise et l'establishment politique derrière elle.

Nous savons qu'un élément clé du projet d'accord de trahison à venir sera le maintien du système « incitatif », c'est-à-dire le travail à la pièce. Mettre fin à ce système d'exploitation extrême, et franchement meurtrier, est une condition préalable à l'instauration d'un environnement de travail sûr. Pourtant, ce n'est qu'à quelques semaines de l'échéance de la convention collective, et sous la pression de la base, que la bureaucratie de l'USW a annoncé lancer une « lutte » contre le travail à la pièce.

En réalité, cette « lutte » n’a jamais été sérieuse. Se souciant davantage des profits du multimillionnaire Aziz que du sort des membres qui vivent au jour le jour, le syndicat a proposé un nouveau taux de base de 32 dollars de l'heure, ce qui, pour de nombreux travailleurs, équivaudrait à une baisse de salaire en termes réels. Puis, après qu'un arbitre a rendu une décision antidémocratique et manifestement hostile aux travailleurs – stipulant que les Métallos n'avaient pas le droit de négocier l'existence du travail à la pièce (au motif qu'il y avait renoncé dans une annexe contractuelle des années auparavant) –, Crowder et son équipe ont abandonné la lutte pour l'abolition pure et simple de ce système.

À présent, les bureaucrates du syndicat USW affirment vouloir participer à la fixation du taux de rémunération à la pièce ; autrement dit, ils veulent déterminer le tarif censé nous inciter à accepter une intensification du rythme de travail et des conditions dangereuses.

De plus, comme toujours, on nous laisse dans l’ignorance. L’appareil de l’USW ne nous a rien dit sur la manière dont s’articulerait l’intégration du syndicat dans la gestion du travail à la pièce, ni sur le montant des tarifs envisagés.

Nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre que ce système de primes est un mécanisme nous contraignant à mettre en œuvre la politique de productivité de l’entreprise ; il nous force à sacrifier notre santé et à risquer notre vie pour une « prime » qui devrait faire partie intégrante de notre salaire de base.

La capitulation des Métallos sur ce point rend d’autant plus impératif que la base reprenne en main la direction et la conduite de notre grève, en les soustrayant au contrôle de l’appareil syndical.

Depuis le début, notre comité insiste sur le fait que l’abolition de la rémunération en fonction de la performance – et des cadences infernales qu’elle encourage – doit s’accompagner d’une revalorisation du salaire de base de tous les travailleurs de production pour l’aligner sur le « taux avec prime » actuel ; et que les augmentations salariales prévues dans la nouvelle convention collective doivent s’ajouter à ce salaire de base.

Une véritable direction ouvrière mobiliserait l’ensemble des syndiqués, encouragerait chaque travailleur à jouer un rôle actif dans la lutte et nous fournirait les informations et l’organisation nécessaires pour remporter la grève. L’USW ne fait rien de tout cela, car une base informée, active et organisée est précisément ce que ses dirigeants privilégiés redoutent par-dessus tout.

Au lieu de cela, Crowder et ses acolytes passent leur temps à calomnier le CBNSC et le WSWS. Crowder a prétendu que le WSWS tentait d’obtenir de l’argent, que le CBNSC « divisait » le syndicat, que le WSWS déformait les propos des travailleurs et que le comité collaborait avec la direction de National Steel Car.

Nous ne sommes pas en quête d’argent. Ce sont les bureaucrates de l’USW qui perçoivent nos cotisations tout en cherchant à obtenir des postes plus élevés, tandis que les hauts responsables syndicaux empochent des salaires à six chiffres.

Marty Warren, le dirigeant des Métallos au Canada, perçoit environ 350 000 dollars par an. Frank Crowder et le secrétaire-archiviste Shawn McMullin souhaitent sans doute se constituer un confortable pécule avant de quitter précipitamment NSC, après des années passées à nous trahir. Tous deux se présentent au poste de conseiller scolaire au sein du conseil scolaire du district de Hamilton-Wentworth, y voyant un tremplin vers des fonctions plus lucratives. Si quelqu'un vit aux crochets des travailleurs, ce sont bien les bureaucrates, et non nous.

Le syndicat détient plus de 2 milliards de dollars d'actifs constitués grâce à nos cotisations, mais nous laisse dans le dénuement avec une indemnité de grève de 420 dollars par semaine. En 2023, il nous a affamés pendant 41 jours avec une indemnité de 260 dollars par semaine avant de nous imposer une capitulation honteuse.

Personne n'a mieux réussi que la bureaucratie des Métallos à dresser la base contre nos alliés au sein de la classe ouvrière. Elle a isolé notre grève et refusé de la lier aux luttes d'autres travailleurs, y compris les 225 000 autres membres de l’USW dans ce pays et les 850 000 autres en Amérique du Nord.

Le WSWS ne déforme pas les propos des travailleurs. Il publie ce que nous disons réellement et donne la parole aux travailleurs les plus combatifs et conscients en diffusant les déclarations de notre comité. C'est la bureaucratie qui ne communique pas avec ses membres, leur interdit de parler à quiconque et refuse de répondre à des questions élémentaires sur les objectifs de notre lutte et la stratégie pour la gagner.

Élargissons la lutte ! Notre combat est celui de tous les travailleurs, pour tous les travailleurs !

Les enjeux de notre grève dépassent largement le cadre de la section locale 7135. Le nationalisme de l’USW nous enchaîne à notre propre classe dirigeante capitaliste et nous divise de nos confrères et consœurs aux États-Unis, au Mexique et dans le monde entier. Son alliance avec la direction des entreprises privilégie les profits des patrons au détriment de nos besoins et de ceux de nos familles.

Il ne s'agit pas d'une défaillance imputable à des bureaucrates individuels comme Crowder ou McMullin, ni même à un haut responsable comme Marty Warren. C'est la logique même de l'appareil syndical tout entier qui est en cause : intégré à l'État et aux grandes entreprises par des liens corporatistes, il agit comme une force de police en milieu de travail en étouffant nos luttes pour le compte de la classe dirigeante.

La réponse ne consiste pas à reculer face à ces menaces. Il s'agit de bâtir le CBNSC dans le cadre de l'Alliance ouvrière internationale des comités de base, afin d'unir notre lutte à celles, en pleine intensification, de la classe ouvrière au Canada, aux États-Unis et à l'échelle internationale. Le recours de la bureaucratie à la calomnie et à l'intimidation témoigne de sa faiblesse et de son isolement vis-à-vis de la base. Elle s'en prend à nous et à nos partisans précisément parce qu'elle est incapable de l'emporter dans un débat ouvert.

Les conditions sont propices pour rallier la classe ouvrière à notre lutte et passer ainsi à l'offensive. Quelque 275 000 travailleurs de l'éducation en Ontario travaillent sans nouvelle convention collective depuis près de trois semaines, alors que le gouvernement de droite de Ford cherche à intensifier ses attaques contre l'enseignement public, dont dépendent des millions de personnes dans la province. La colère est vive chez les travailleurs américains face à la guerre commerciale de Trump contre le Canada et à son programme de « l'Amérique d'abord », tandis que, de ce côté-ci de la frontière, des millions de travailleurs se dirigent vers un affrontement inévitable avec le gouvernement Carney, qui cède les infrastructures et les matières premières du pays à des oligarques et à des fonds d'investissement, tout en réduisant les dépenses publiques pour financer la guerre. Nous devons faire appel à ces sentiments en faisant de notre grève le fer de lance d'une contre-offensive plus large, mobilisant la force sociale et politique de la classe ouvrière pour obtenir des emplois sûrs et bien rémunérés, des services publics correctement financés, ainsi que la fin des guerres impérialistes et de l'enrichissement de l'oligarchie financière.

Le CBNSC lutte pour les objectifs suivants :

  • Bâtir le CBNSC dans toute l'usine, département par département et équipe par équipe.
  • Élire notre propre comité de négociation, responsable uniquement devant la base.
  • Exiger le contrôle de la base sur la grève, la sécurité et la production.
  • Abolir le système de primes à la performance ; fixer le salaire de base au niveau du salaire maximal actuel (primes incluses). Assurer un contrôle total des travailleurs sur les cadences de production et la sécurité.
  • Élargir la lutte : envoyer des délégations chez Dofasco et Stelco, dans les chemins de fer, les usines et les entrepôts, et lier notre combat à la révolte des travailleurs à travers le continent par l'intermédiaire de l'Alliance ouvrière internationale des comités de base. Contactez le CBNSC à l'adresse nscrfc@gmail.com ou en remplissant le formulaire ci-dessous.

(Article paru en anglais le 19 septembre 2026)

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