L’armée américaine prépare un assaut contre Cuba dans un délai de « 90 à 120 jours »

Un chef d’équipage d’hélicoptère UH-1Y Venom des Marines tire au minigun M134 lors d’une opération d’interdiction maritime dans l’océan Pacifique, le 2 septembre 2026. Le navire a été arraisonné et fouillé avant d’être détruit. [Photo: Marine Corps ]

La Réserve de l’armée de terre des États-Unis a demandé que des préparatifs soient engagés pour approvisionner le Commandement Sud des États-Unis (SOUTHCOM) en vue d’un assaut militaire contre Cuba, « éventuellement nécessaire dans un délai de 90 à 120 jours », selon un message interne de l’armée de terre rapporté vendredi par CBS News.

Ce reportage est paru trois jours après que le président Donald Trump a profité de son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies pour annoncer que Washington cherchait « un changement fondamental de la situation à Cuba ». Il a déclaré :

C’est un État absolument failli. Il périclite comme jamais auparavant et il va tomber. Marco Rubio s’occupe de la négociation. Il est en pleines négociations avec Cuba. Voyons ce qui va se passer. Nous ne permettrons pas qu’un refuge pour adversaires étrangers menace l’Amérique à nos portes.

Samedi, Trump a réagi à l’article de CBS paru vendredi en déclarant aux journalistes : « Je dirais que Cuba et nous allons conclure un accord. Je ne pense pas que nous aurons besoin de l’armée. Cuba va très mal. Nous voulons aider Cuba. Nous voulons ouvrir Cuba à nos gens. » L’accent a porté sur ce dernier point.

Les préparatifs du Pentagone, joints au blocus génocidaire des carburants et aux sanctions, montrent clairement que Washington ne cherche ni compromis ni « accord » diplomatique avec La Havane. La direction cubaine a déjà mis l’économie de l’île à l’offre. Ce que recherche l’impérialisme américain, comme il l’a fait au Venezuela, c’est le contrôle direct des ressources, du gouvernement et du territoire de Cuba.

Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a dénoncé le blocus comme une « punition collective » visant à provoquer une crise humanitaire, ce qui constitue en soi un crime au regard du droit international.

Plus largement, ces mesures barbares visent à se venger de la révolution de 1959, à détruire ce qui subsiste des conquêtes sociales de cette révolution et à réimposer l’esclavage colonial. Le modèle est le régime fantoche de Fulgencio Batista d’avant 1959, période où les politiciens américains, les hommes d’affaires et la Mafia disposaient à leur guise de l’immobilier, des casinos et des bordels de Cuba.

Les « fuites anonymes » comme celles du reportage de CBS sont elles-mêmes un instrument de pression sur La Havane. Le but du blocus a été énoncé sans détour en août par le secrétaire d’État Marco Rubio : « Ce que nous essayons de leur apprendre, c’est qu’il n’y a pas de soupapes de sécurité… Chaque fois qu’ils créent un nouveau mécanisme pour tenter de desserrer le nœud coulant, nous le fermons tout simplement. »

Depuis le début du blocus pétrolier en janvier, la mortalité infantile de Cuba a doublé, selon l’ONU. Même durant la Période spéciale des années 1990, après la fin de l’aide soviétique, les conditions n’étaient pas aussi dures. Les Cubains passent des nuits étouffantes sans trouver le sommeil, sans ventilateurs, dans l’impossibilité de réfrigérer leurs aliments, assiégés par les moustiques et les épidémies.

La délégation cubaine a quitté la salle pendant que Trump parlait, et le vice-président chinois Han Zheng a appelé, depuis la même tribune, « le pays concerné à cesser immédiatement de recourir à la menace de la force contre Cuba et à lever immédiatement et complètement le blocus et les sanctions contre Cuba ».

Il n’y a aucune raison d’idéaliser ni ce départ de la salle ni les paroles de Pékin. Le ministre cubain des Affaires étrangères Rodriguez a ajouté dans son intervention à l’ONU : « Nous avons toujours été et nous serons toujours prêts au dialogue avec le gouvernement des États-Unis. » Depuis qu’il a confirmé l’existence de pourparlers avec Washington le 13 mars, le gouvernement cubain a invité le FBI sur l’île et annoncé que les Cubains de l’étranger, y compris les capitalistes de droite gusanos de Miami, pouvaient investir dans des entreprises et en être propriétaires.

Pour sa part, Pékin est resté les bras croisés pendant que Washington s’emparait du pétrole vénézuélien dont la vente servait à rembourser des milliards de dollars de prêts chinois.

Les menaces de Trump contre Cuba, proférées dans le même discours où il a menacé d’anéantir l’Iran, l’ont été au mépris affiché du droit international. En août, des experts indépendants de l’ONU en matière de droits de l’homme ont averti que le blocus des carburants lancé fin janvier et le flot de sanctions américaines contre toute entreprise étrangère faisant affaire avec l’île risquent de créer un « Gaza silencieux ». Autrement dit, la population cubaine est anéantie non par des bombes, mais par la privation délibérée de carburant, de nourriture, de médicaments, d’électricité et d’eau.

La semaine dernière, le rapporteur spécial de l’ONU Ben Saul a conclu que les 68 frappes américaines contre de petits bateaux de pêche dans les Caraïbes et le Pacifique oriental jusqu’en août, qui avaient fait au moins 223 morts, équivalaient à des « exécutions extrajudiciaires en série » qui « constituaient vraisemblablement des crimes contre l’humanité ». Le bilan a depuis dépassé les 230 morts.

Ces massacres, perpétrés sur la base de l’affirmation non prouvée selon que les bateaux de pêche transportaient de la drogue, ont servi de prétexte au plus important déploiement militaire américain dans les Caraïbes depuis la crise des missiles de Cuba en 1962 et à un retour à la diplomatie de la canonnière.

Le Pentagone se prépare à une occupation

Le message de l’armée de terre consulté par CBS énumère six formations. Elles comprennent un bataillon de soutien logistique au combat et un commandement expéditionnaire de soutien logistique chargés d’assurer l’acheminement du carburant, des transports et de l’approvisionnement sur l’ensemble d’un théâtre d’opérations, un bataillon du génie, une brigade médicale, un détachement avancé de réanimation et de chirurgie pour soigner les blessés près du front, et une brigade de police militaire, dont les missions incluent la sécurité et les détentions. Ce sont des unités destinées à s’emparer d’un territoire, à le tenir et à emprisonner ceux qui résistent.

Plus tôt cette année, selon CBS, les forces américaines ont effectué des reconnaissances des fonds marins et des approches maritimes autour de Cuba, et les planificateurs ont envisagé un assaut aérien mené par des milliers de soldats de la 101e division aéroportée. En outre, la CIA a constitué un groupe de travail spécial sur Cuba chargé de recruter des espions et de mener des opérations secrètes.

L’expérience vénézuélienne révèle l’objectif de Washington. En octobre 2025, le New York Times a rapporté que le président Nicolás Maduro avait passé des mois à offrir aux États-Unis une participation dominante dans le pétrole et l’or du Venezuela. Trump a rejeté cette offre parce qu’il voulait une soumission totale. Après des années de sanctions dévastatrices, les forces américaines ont capturé Maduro le 3 janvier. Une évaluation de la CIA classée secret-défense avait conclu que les fidèles du régime, dont la vice-présidente Delcy Rodríguez, étaient les mieux placés pour garder le contrôle de l’appareil d’État. Depuis l’intervention américaine, Rodríguez maintient l’appareil chaviste au pouvoir et administre un protectorat américain qui a livré à Trump le contrôle des finances du pays, ainsi que de sa politique intérieure et extérieure.

La direction castriste offre de même des concessions économiques, tout en exigeant que la couche dirigeante conserve ses privilèges et devienne le principal partenaire de Washington.

On ne peut prédire si Washington procédera par un raid, une invasion ou un coup d’État fomenté par la CIA; ce qui est certain, c’est qu’il prépare activement une attaque militaire et une occupation. Les conseillers de Trump ont déclaré au New York Times qu’ils estiment que le gouvernement cubain « pourrait avoir disparu d’ici les élections de mi-mandat aux États-Unis, en novembre ».

Le caractère de classe du régime cubain, comme celui du régime vénézuélien, explique pourquoi il est incapable d’organiser une véritable défense. Un gouvernement nationaliste bourgeois, appuyé sur l’armée, dépend du marché mondial et du capital financier impérialiste, et il redoute bien plus la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière à Cuba, aux États-Unis et à l’international que Washington.

La complicité des démocrates

Aucun dirigeant démocrate de premier plan n’a fait la moindre déclaration publique ni contre la menace de Trump envers Cuba à l’ONU, ni contre les préparatifs du Pentagone rapportés par CBS. Cela vaut aussi pour des membres des Democratic Socialists of America (DSA), tel le maire de New York Zohran Mamdani. La veille du discours de Trump à l’ONU, Mamdani a reçu Trump à Gracie Mansion et l’a couvert d’éloges, offrant une couverture politique au fasciste impopulaire installé à la Maison-Blanche.

Ils n’ont pas non plus dit un mot de la menace que Trump a proférée contre les DSA mêmes depuis la tribune de l’ONU. Franchissant un pas vers la criminalisation de l’opposition à une guerre non provoquée contre Cuba, Trump a affirmé que La Havane avait « cultivé des liens avec des groupes subversifs et radicaux tels que le Parti communiste des États-Unis, Antifa et les Democratic Socialists of America ».

Le Parti démocrate s’est borné à proposer au Congrès des résolutions symboliques et sans effet, ou à écrire à Trump des lettres se plaignant des conséquences sociales de ses mesures, tout dans le cadre d’un soutien au changement de régime à La Havane. Pendant ce temps, les démocrates ont voté pour que la machine de guerre désormais braquée sur Cuba reste financée, et ce, pendant toute la période durant laquelle les unités de la Réserve de l’armée de terre seraient « nécessaires ».

La classe ouvrière de Cuba, des États-Unis et de tout l’hémisphère doit comprendre que la lutte contre l’assaut lancé par Trump sur Cuba ne fait qu’un avec le combat contre la guerre, la dictature et l’exploitation capitaliste partout dans le monde, et qu’elle exige une lutte internationale, indépendante et révolutionnaire contre tous les partis et tous les gouvernements capitalistes.

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