Le résultat électoral du Sozialistische Gleichheitspartei aux élections du Land de Berlin

Une partie de la manifestation pour Bogdan Syrotiuk devant la porte de Brandebourg, le 6 septembre 2026

Le Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité socialiste, SGP) a obtenu 716 voix aux élections du Land de Berlin du 20 septembre. C’est plus que lors des deux scrutins précédents, mais cela ne pèse guère dans l’arithmétique électorale. Depuis l’élection, on nous a demandé à plusieurs reprises comment nous évaluions ce résultat; nous voulons donc exposer notre position de principe à ce sujet.

En tant que marxistes, nous savons que l’avenir de la société et la solution à ses grands problèmes se décideront non pas au parlement, mais dans la lutte des classes. Nous ne sommes pas un parti parlementaire, mais un parti révolutionnaire. Nous construisons la direction politique dont la classe ouvrière a besoin pour renverser la dictature de l’aristocratie financière et l’ensemble du système capitaliste de profit.

Nous utilisons les élections, et les sièges que nous pourrions remporter, comme tribune pour la lutte des classes. C’est pourquoi nous avons placé la lutte contre la folie de la guerre, les attaques sociales et les licenciements collectifs au centre de notre campagne électorale. Dans notre déclaration sur les élections de Berlin, nous écrivions:

On ne peut combattre la guerre et le militarisme par de simples appels pacifistes aux bellicistes, mais uniquement en les évinçant du pouvoir. La politique de guerre n’est pas simplement le fruit de mauvaises décisions prises par des politiciens individuels. Elle provient de la crise profonde du capitalisme qui, comme au XXe siècle, conduit une fois de plus à la guerre et à la barbarie.

Les travailleurs n’ont rien à gagner de la guerre, mais tout à y perdre. C’est pourquoi nous opposons à la montée du nationalisme et à la guerre l’unité internationale de la classe ouvrière. Au lieu de se laisser dresser les uns contre les autres et s’entretuer, les travailleurs doivent s’unir par-delà les frontières dans la lutte contre le capitalisme.

Dès le début de la campagne électorale, la nouvelle est tombée venant de Mykolaïv: notre camarade Bogdan Syrotiuk avait été condamné à 15 ans de prison pour avoir défendu précisément cette perspective dans des articles rédigés pour le World Socialist Web Site, dans lesquels il rejetait la guerre et critiquait la glorification des collaborateurs nazis. Nous avons immédiatement lié notre campagne électorale à la lutte pour sa libération, car son cas mettait en lumière de manière saisissante toutes les questions centrales de l’élection – le caractère réactionnaire de la guerre de l’OTAN, le lien entre la guerre et les attaques contre les droits démocratiques, et la seule perspective viable susceptible de mettre un terme à la folie de la guerre.

Le 1er septembre, exactement 87 ans après l’invasion de la Pologne par Hitler, le gouvernement allemand a accusé la Russie d’une tentative d’attentat terroriste à Leipzig, sans présenter la moindre preuve vérifiable. Il a fermé la Maison russe et le consulat général de Russie à Bonn, coupant les derniers ponts culturels et diplomatiques. Le SGP a aussitôt publié des déclarations et des vidéos et a abordé ces questions lors de son rassemblement central pour la libération de Bogdan Syrotiuk devant la porte de Brandebourg, le 6 septembre.

Des élections avaient lieu le même jour en Saxe-Anhalt, où le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a obtenu 43,8 pour cent des voix et pouvait déterminer qui serait le prochain ministre-président du Land. Nous avons réagi le soir même par une première déclaration, dans laquelle nous avons indiqué clairement que la responsabilité principale de ce succès électoral incombait au Parti social-démocrate (SPD), aux Verts, à Die Linke (Parti de gauche) et aux syndicats, qui bloquent toute issue progressiste à la crise et étouffent la résistance des travailleurs.

L’AfD n’est pas tombée du ciel: elle est l’expression la plus aiguë du virage à droite de tous les partis de l’establishment. Elle a été délibérément construite pour imposer la politique de guerre et de coupes sociales avec la plus extrême brutalité et par des méthodes fascistes. « On ne peut pas arrêter l’AfD par une alliance avec les partis qui lui ont ouvert la voie », avons-nous déclaré dans un tract. « On ne peut arrêter l’AfD que par une offensive indépendante de la classe ouvrière, dirigée contre la guerre, les coupes sociales et leur cause profonde, le capitalisme. »

Sur cette base, nous avons vivement combattu Die Linke, qui se présentait dans la campagne électorale berlinoise comme une alternative sociale. Nous avons retracé l’histoire et le bilan d’un parti qui avait déjà organisé la restauration du capitalisme en Allemagne de l’Est, imposé à Berlin les attaques sociales les plus dures et finalement voté à la chambre haute du Parlement allemand en faveur du programme de réarmement de mille milliards d’euros. Nous avons montré que Die Linke mène cette politique de droite parce qu’elle défend le capitalisme, qui conduit de nouveau au fascisme et à la guerre.

Lors des milliers de discussions que nous avons menées pendant la campagne, nous avons rencontré de nombreux travailleurs et jeunes qui voulaient voter pour Die Linke mais nous avons aussi constaté que très peu d’entre eux croyaient que cela changerait réellement quoi que ce soit. Notre position sur Die Linke, en revanche, a suscité un large écho. Une vidéo dans laquelle notre candidat Andy Niklaus polémique contre Die Linke et explique ces questions a été vue par plus de 800 000 personnes et a recueilli plus de 42 000 «j’aime» et près de 2 000 commentaires.

D’autres vidéos sur l’escalade de la politique de guerre, le génocide à Gaza et la montée de l’AfD ont aussi touché un public très nombreux. Au total, nos vidéos ont été visionnées bien plus de 2 millions de fois pendant la campagne, avec plus de 100 000 « j’aime » et plus de 10 000 commentaires. Nous avons constaté un écho similaire lors des nombreux stands d’information que nous avons tenus, dans nos meetings et dans le porte-à-porte. Le rejet de la politique de guerre et la colère contre tous les partis étaient omniprésents.

Cet écho a une grande importance politique et témoigne d’un changement objectif dans la lutte des classes. David North a exprimé ce changement lors du congrès d’août du Socialist Equality Party (SEP, États-Unis):

La propagation métastatique de la guerre impérialiste trouve son antipode dialectique dans l’extension mondiale de la lutte des classes. Sa croissance a lieu, pour employer une notion que Trotsky a utilisée afin de désigner la maturation de la conscience révolutionnaire, de façon moléculaire, sous la surface de la politique officielle, à travers des millions d’expériences individuelles d’exploitation, de guerre et de violence d’État qui s’accumulent silencieusement jusqu’à trouver une expression collective d’une force qui prend tous les gouvernements par surprise. Là où la guerre divise le monde en fronts, la lutte des classes, elle, l’unit.

C’est précisément ce stade de développement de la lutte des classes qui s’exprime aussi dans le résultat électoral. Dans un contexte de colère immense contre les coupes sociales et la guerre et de croissance moléculaire de la lutte des classes, nous suscitons un large écho, mais ne recueillons encore que peu de voix. Le vote en faveur du parti révolutionnaire reste limité parce que la lutte des classes n’a pas encore pris de formes ouvertes et collectives et qu’on n’en est pas encore aux manifestations et grèves de masse, ou aux occupations des lieux de travail.

L’écart entre l’écho rencontré et le résultat électoral traduit l’écart objectif entre la situation extrêmement aiguë – l’escalade impitoyable de la guerre et les attaques sociales historiques – et la conscience politique de la classe ouvrière. Bien que le rejet de la guerre et des politiques menées dans l’intérêt des riches soit largement répandu, une compréhension politique de cette évolution et une perspective socialiste font défaut. Dans ces conditions, les questions de tactique électorale ont dominé, de même que l’espoir de pouvoir encore obtenir des changements par des remaniements parlementaires. Cette attitude se manifeste dans la victoire électorale de Die Linke à Berlin, mais aussi dans les scores élevés de l’AfD. Des luttes de classe ouvertes mettraient rapidement à nu le caractère de classe de ces tendances.

Et ces luttes se développent. En France, des élèves occupent leurs établissements, des travailleurs du secteur public sont en grève et des manifestations de masse contre les coupes budgétaires ont lieu chaque jour. La classe dirigeante réagit avec une extrême nervosité et sévit avec la plus grande brutalité contre les élèves. Parallèlement, elle pousse à l’extrême l’escalade du conflit avec la puissance nucléaire russe et se réarme à une échelle jamais vue depuis la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement allemand ne cesse d’annoncer de nouveaux plans d’austérité et, après un massacre d’emplois qui a supprimé 75 000 postes, Volkswagen a annoncé des baisses de salaires massives.

Dans ces conditions, les analyses et les perspectives pour lesquelles le SGP s’est battu lors des élections du Land de Berlin revêtent la plus haute importance. Nous avons clarifié les questions politiques décisives dans la crise actuelle: à savoir que la guerre ne peut être arrêtée par des appels aux va-t-en-guerre, mais uniquement en retirant le pouvoir à la classe dirigeante; que l’AfD ne peut être arrêtée par des alliances avec les partis qui lui ont ouvert la voie, mais uniquement par la mobilisation indépendante de la classe ouvrière; et que Die Linke n’est pas une alternative au capitalisme mais sa béquille gauche. Ces clarifications ne sont pas des questions académiques. Elles sont la condition préalable pour que la colère grandissante contre la guerre et les coupes sociales trouve une expression politique qui menace véritablement la classe dirigeante, au lieu que qu’elle soit déviée et conduite dans les impasses de Die Linke ou de l’AfD.

Les bolcheviks, eux aussi, n’avaient avant la révolution qu’un nombre très modeste de partisans. Dans les années précédant 1917, le Parti bolchevique était une petite organisation, souvent isolée, persécutée et calomniée par le mouvement ouvrier officiel. Ce qui fut décisif, ce n’est pas sa force numérique, mais le fait que Lénine et Trotsky avaient mené les luttes décisives contre l’opportunisme de la Deuxième Internationale, qui s’est rangée en 1914 derrière ses bourgeoisies respectives; contre l’orientation nationale qui a poussé la classe ouvrière dans les tranchées de la guerre impérialiste; et pour la révolution permanente, seule à ouvrir la perspective de la conquête du pouvoir par la classe ouvrière.

C’est précisément parce qu’ils avaient mené ces luttes et clarifié les questions politiques qu’ils ont posé le fondement permettant de gagner la majorité de la classe ouvrière lorsque la révolution est arrivée à son point critique. L’histoire de la Quatrième Internationale est la continuation de ce même combat – la clarification des questions politiques, contre l’opportunisme sous toutes ses formes, pour l’unité internationale de la classe ouvrière et pour la révolution socialiste mondiale.

De ce point de vue, nous poursuivrons le travail important de la campagne électorale et interviendrons sur cette base. Pour nous, la lutte politique ne s’achève pas le soir des élections. Les élections n’ont été qu’un moment d’un processus bien plus vaste – la construction du parti révolutionnaire dont la classe ouvrière a besoin pour diriger les luttes qui mûrissent actuellement. Il est désormais crucial de construire le SGP – sur les lieux de travail, dans les écoles et les universités, et dans les quartiers.

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