Burnham et Merz s’accordent pour resserrer les liens militaires et économiques entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne

Le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre britannique Andy Burnham à Berlin (Allemagne), jeudi 8 octobre 2026. [AP Photo/Ebrahim Noroozi]

Le Premier ministre britannique Andy Burnham et le chancelier allemand Friedrich Merz se sont rencontrés pour la première fois en tête-à-tête jeudi à Berlin. À l’ordre du jour figuraient principalement les partenariats militaires et sécuritaires, ainsi que la reconstruction d’une partie des liens économiques rompus par le Brexit.

Les deux dirigeants ont ratifié le traité de Kensington, lancé par l’ex-Premier ministre britannique Keir Starmer et axé sur le renforcement des garanties militaires entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne; c’est l’un des nombreux accords de ce type conclus entre divers pays européens et visant à pallier le risque d’un recul de l’engagement américain au sein de l’OTAN et à intensifier l’agression contre la Russie.

Cette semaine, Burnham et Merz ont ajouté à ces accords un nouveau partenariat de sécurité, destiné à lutter contre les « cyberattaques, le sabotage et d’autres menaces hybrides ».

Burnham a donné le ton de la rencontre en déclarant : « Les attaques contre nos infrastructures, nos entreprises et nos démocraties ne sont pas une menace lointaine. Elles s’invitent dans les foyers et sur les lieux de travail, et elles sont conçues pour nous affaiblir et nous diviser davantage. »

Le communiqué de presse du gouvernement britannique désigne explicitement la Russie comme la source de « la menace hybride émanant de nos adversaires ». Bien que l’Iran ne soit pas nommé directement dans les comptes-rendus officiels, les médias sont là pour l’ajouter à cette liste. Le jour même de la rencontre entre Burnham et Merz, l’hebdomadaire allemand WirtschaftsWoche a affirmé que les services de renseignement iraniens lorgnaient les bases militaires américaines en Allemagne.

Tout cela continue d’attiser les allégations de complot et de sabotage russe à l’aéroport de Leipzig, en Allemagne, le 4 août, ainsi que celles absurdes d’un complot iranien contre la base de la RAF à Fairford, au Royaume-Uni – dont six des conspirateurs présumés ont depuis été libérés sous caution.

Quelques heures à peine après les déclarations de Merz et de Burnham aux médias, la police britannique a annoncé l’arrestation de deux ressortissants lettons résidant au Royaume-Uni, interpellés aux premières heures de la matinée à l’intérieur du périmètre de la base de la RAF à Molesworth – un trou aurait été découvert dans la clôture.

Les deux personnes ont d’abord été arrêtées sur la base de soupçons de s’être introduits dans un site interdit et de dégradations volontaires, puis ils ont été soupçonnés d’infraction à l’article 4 de la loi de 2023 sur la sécurité nationale (National Security Act) – une infraction bien plus grave. Ce qui laisse entendre que l’intrusion visait à porter atteinte aux intérêts du Royaume-Uni. Tous deux sont toujours détenus et l’enquête est menée par la police antiterroriste.

Pendant ce temps, le ministre britannique des Affaires étrangères Ed Miliband se trouvait en Ukraine pour annoncer de nouvelles sanctions contre la Russie. Celles-ci visent les personnes et les entreprises qui « produisent ou transportent du pétrole russe », qui « facilitent la production ou le commerce mondial d’articles servant à soutenir les capacités de missiles balistiques de la Russie et à alimenter sa base militaro-industrielle », ou encore qui aident le pays à contourner les sanctions financières actuelles.

Les événements de cette journée sont le dernier épisode en date du durcissement des positions dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine aidée par l’OTAN, une guerre où les victimes civiles s’accumulent désormais à un rythme accéléré. Miliband a déclaré aux médias : « Mon message à Poutine est clair : vous ne nous aurez pas à l’usure. »

Il s’exprimait lors d’une visite sur le lieu d’une récente frappe russe nocturne contre un immeuble d’habitation à Pryluky, qui a fait 22 morts, dont cinq jeunes enfants, et 50 blessés supplémentaires. Le matin de sa visite, une frappe russe à Kramatorsk avait touché un bus, faisant 30 morts et 18 blessés.

Le nombre de victimes civiles en Ukraine au cours des huit premiers mois de l’année (15 280) a bondi de 55 pour cent par rapport à la même période de l’an dernier, la Russie intensifiant ses frappes de missiles balistiques et de drones. Les chiffres disponibles font état de plus de 2 000 victimes civiles en Russie de janvier à juillet de cette année. Le nombre de soldats tués et blessés se chiffre en centaines de milliers.

Signe que les préparatifs de guerre s’étendent sur un front bien plus large, Burnham et Merz ont également évoqué l’adhésion de l’Allemagne au Programme mondial de combat aérien (GCAP), une initiative conjointe visant à développer une nouvelle génération d’avions de chasse « Tempest ». Ses membres actuels comprennent l’Italie, le Royaume-Uni et le Japon, le Canada s’étant vu récemment accorder le statut d’observateur.

Burnham a déclaré jeudi aux médias : « Nous parlons aujourd’hui de collaboration en matière de défense, et j’ai indiqué au chancelier, lors de notre entretien préalable, que nous étions ouverts à l’adhésion de l’Allemagne au GCAP, le programme d’avions de combat de nouvelle génération. C’est un dossier que nous cherchons à faire avancer dans la période à venir. »

Cela revêt une importance particulière pour l’Allemagne après l’effondrement, en juin dernier, d’une initiative similaire avec la France et l’Espagne.

Les deux dirigeants ont également évoqué, selon les termes de Burnham, la volonté de « rapprocher le Royaume-Uni de l’Europe ». Une inversion au moins partielle du « Brexit dur » orchestré par le gouvernement conservateur de Boris Johnson a gagné en urgence pour la classe dirigeante britannique, maintenant qu’un rapprochement escompté avec les États-Unis s’est effondré. Burnham s’est dit à cet égard inquiet des conséquences pour la Grande-Bretagne du projet protectionniste « Made in Europe » visant surtout la Chine.

La classe dirigeante allemande et française, qui cherche à mobiliser le poids économique et militaire de l’Europe, voit désormais cette idée d’un meilleur œil à mesure que l’Amérique de Trump se fait plus hostile. Interrogé sur la Grande-Bretagne et le projet « Made in Europe » le matin de la visite de Burnham en Allemagne, le ministre français des Finances Roland Lescure a lancé au gouvernement britannique, par le biais de la BBC: «Revenez, vous serez à la table, et nous discuterons de tout cela ensemble.»

À Berlin, Merz a déclaré : « Du côté allemand, je peux vous assurer que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour ramener le Royaume-Uni de plus en plus près de l’Europe, du continent européen, de l’Union européenne. Et je suis vraiment heureux de vous accueillir aujourd’hui, avec ce message clair de votre part et cette réponse claire de la nôtre. »

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