Avec ses accusations non fondées de « guerre de l’ombre » russe, le New York Times fait campagne pour une escalade de la guerre États-Unis–OTAN contre la Russie

Une enseigne du New York Times au-dessus de l’entrée de son immeuble à New York, le 6 mai 2021 [AP Photo/Mark Lennihan]

Vendredi, le New York Times a publié un long article accusant la Russie de mener une « guerre de l’ombre » contre les puissances européennes de l’OTAN et plaidant pour une escalade militaire de l’OTAN, allant des cyberattaques contre le métro de Moscou à la destruction d’avions russes au-dessus de l’Ukraine. L’article, signé Steven Erlanger, correspondant diplomatique en chef du Times en Europe, n’étaye pas une seule des attaques russes qu’il allègue.

L’article est paru sous le titre « Alors que Poutine mène une guerre de l’ombre, l’Europe cherche comment riposter ». Sa première phrase affirme comme un fait que « la Russie intensifie sa campagne de sabotage dans les pays de l’OTAN », et le sous-titre demande : « Mais comment l’Europe doit-elle riposter ? Et avec quelle force ? »

Erlanger décrit une « guerre » imaginaire de la Russie contre les puissances de l’OTAN, dans laquelle son propre article ne cite ni mort ni blessé, et dont il ne produit aucune preuve de la responsabilité de la Russie. Ce que les responsables « craignent le plus », écrit-il, c’est qu’un incident puisse un jour causer « des pertes humaines importantes ».

Une « guerre » sans morts ni blessés s’appelle une campagne de propagande. Son but est de préparer l’opinion publique à une guerre directe contre la Russie, un État doté de l’arme nucléaire.

La thèse d’Erlanger sur l’existence d’une « guerre de l’ombre » repose sur une liste d’« incidents récents directement attribués à la Russie ou supposés avoir été ordonnés par Moscou » : « des frappes contre des infrastructures ferroviaires en Pologne, le tir de fusées éclairantes par une frégate russe en direction d’un hélicoptère danois, des sabotages dans des usines, des incursions de drones de reconnaissance russes et des complots visant à tuer des dirigeants d’entreprises européennes d’armement ».

Au paragraphe suivant, il concède que « de nombreux épisodes sont difficiles à imputer à la Russie ». C’est peu dire.

Les « frappes » en Pologne se résument à deux incidents survenus en novembre 2025. Le Premier ministre polonais Donald Tusk a affirmé devant le Parlement, le 18 novembre, qu’un explosif de type militaire avait détoné le 15 novembre sous un train de marchandises près du village de Mika ; de son propre aveu, le train n’a pas déraillé et le conducteur n’a rien remarqué.

Dans le second, près de Puławy le 16 novembre, un train de voyageurs a freiné brusquement sous une ligne d’alimentation endommagée ; les vitres d’une voiture se sont brisées, sans faire de blessés. Tusk a affirmé que deux Ukrainiens inculpés dans cette affaire travaillaient pour les services de renseignement russes, mais aucune preuve que la Russie ait dirigé ces attaques n’a été rendue publique.

Les procureurs polonais ont déclaré jeudi avoir clos leur enquête sur les drones entrés en Pologne en septembre 2025, sans avoir identifié de responsable.

Quelques semaines plus tôt, dans une affaire distincte, ils avaient conclu que les dégâts les plus graves, ceux subis par une maison du village de Wyryki, avaient été causés par un missile d’un avion de combat de l’OTAN.

Le seul incident qu’Erlanger présente comme avéré est celui d’un drone découvert à l’aéroport de Leipzig-Halle dans la soirée du 4 août de cette année, que Berlin, selon lui, a « directement attribué à Moscou ». Deux jours plus tard, le parquet fédéral allemand a déclaré qu’il transportait « des explosifs professionnels et un détonateur ».

Le drone n’a blessé personne, et personne n’a été arrêté. Erlanger traite l’accusation allemande comme un fait établi : ce drone, écrit-il, « a marqué un tournant, tant dans la prise de risque de la Russie que dans la volonté de l’Allemagne de montrer Moscou du doigt ».

La liste d’Erlanger omet la destruction des gazoducs Nord Stream en septembre 2022, car son auteur est désormais établi. Le Times avait désigné la Russie en l’espace d’une journée. Le 30 juin de cette année, le parquet fédéral allemand a inculpé un officier de l’armée ukrainienne pour avoir planifié l’attaque, « agissant sur ordre d’organes de l’État ukrainien ».

Le catalogue d’allégations non prouvées d’Erlanger sert de prétexte à des propositions d’attaque directe contre la Russie. « Des analystes ont suggéré, par exemple, que des capacités Internet pourraient servir à paralyser une ville russe ou le métro de Moscou en guise de message d’avertissement », écrit-il, sans nommer ces analystes. Une cyberattaque contre le métro de Moscou reviendrait à une attaque contre des civils.

Erlanger avance aussi l’idée d’une « défense aérienne avancée, y compris au-dessus du territoire ukrainien, pour abattre les menaces qui se dirigent vers le territoire de l’OTAN », proposition qu’il attribue au ministre polonais des Affaires étrangères Radosław Sikorski. En réalité, il s’agirait d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine, imposée par des avions de combat et des batteries de missiles de l’OTAN et impliquant que les forces de l’OTAN abattent des appareils russes : autrement dit, une guerre ouverte.

Le 4 mars 2022, alors que le président ukrainien Volodymyr Zelensky et des faucons républicains exigeaient une zone d’exclusion aérienne, le secrétaire général de l’OTAN de l’époque, Jens Stoltenberg, avait averti que cela reviendrait à envoyer des avions de chasse de l’OTAN dans l’espace aérien ukrainien et à « abattre des avions russes ». Cela, avait-il dit, « pourrait déboucher sur une guerre totale en Europe ».

La campagne visant à accréditer l’existence d’une « guerre de l’ombre » a pour but de créer les conditions permettant aux puissances de l’OTAN d’intensifier la guerre contre la Russie sans le moindre débat public. Linas Kojala, du Geopolitics and Security Studies Center, un groupe de recherche lituanien, a déclaré au Times que « les gouvernements devraient avoir à l’avance les financements et les pouvoirs juridiques nécessaires, afin que la riposte ne soit pas retardée par un nouveau débat politique après chaque incident ».

Ivo Daalder, ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN, a déclaré que l’Europe « a besoin d’un menu, pas d’une nouvelle réunion ».

Erlanger écrit que préparer des ripostes « suppose un accord collectif des Européens sur des réponses à des attaques imprévisibles qui pourraient rapidement mener à la guerre ». Des décisions susceptibles d’entraîner l’Europe dans une guerre contre une puissance dotée de l’arme nucléaire seraient approuvées d’avance, sans « nouveau débat politique » à chaque fois, et déclenchées par des incidents qui sont, comme Erlanger le concède, souvent « difficiles à imputer à la Russie ».

Ce que le Times présente comme un moyen pour les puissances de l’OTAN de « riposter » à des attaques non prouvées serait une guerre d’agression. Le Times inverse le rapport réel entre les puissances impérialistes et la Russie, qu’elles visent à découper et à asservir.

Des armes financées par les puissances de l’OTAN, qui en assurent le ciblage et, dans bien des cas, la fourniture directe, frappent depuis des années des villes de toute la Russie.

Dans la nuit du 19 au 20 septembre, l’Ukraine a mené ce que le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, a qualifié de plus grande attaque de drones contre la capitale à ce jour, endommageant une raffinerie de pétrole. Le 4 octobre, le chancelier allemand Friedrich Merz s’est rendu à Kiev pour y conclure un accord visant à développer et produire conjointement des armes capables d’atteindre des cibles à plus de 1 000 kilomètres à l’intérieur de la Russie.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a été une aventure réactionnaire et sans issue, la réponse de l’oligarchie capitaliste russe à la campagne de l’OTAN dirigée contre elle.

Lors d’une conférence de presse à Moscou le 7 février 2022, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que si l’Ukraine adhérait à l’OTAN et tentait de reprendre la Crimée par la force, « les pays européens seraient automatiquement entraînés dans un conflit militaire avec la Russie » – une issue que l’invasion était, selon Poutine lui-même, censée empêcher. Elle a au contraire permis aux puissances impérialistes de présenter leur guerre contre la Russie comme de la « légitime défense ».

Le Times a déjà joué ce rôle. Le 8 septembre 2002, il a annoncé à la une, sur la foi de responsables américains, que l’Irak cherchait à se procurer des tubes d’aluminium destinés à des centrifugeuses nucléaires. Le vice-président Dick Cheney a cité cet article à la télévision le matin même. Aujourd’hui, ses articles sur une « guerre de l’ombre » russe servent le même but.

Les mesures que le Times promeut – paralyser le métro de Moscou, des avions de combat de l’OTAN au-dessus de l’Ukraine, des décisions de guerre approuvées d’avance – sont autant d’étapes vers une guerre entre puissances dotées de l’arme nucléaire, aux conséquences potentiellement épouvantables pour toute l’humanité.

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