Burnham reçoit Zelensky, l’Europe rejette la politique de Trump sur la Russie et l’Ukraine

Le Premier ministre britannique Andy Burnham a reçu mercredi le président ukrainien Volodymyr Zelensky « pour souligner le soutien à toute épreuve du Royaume-Uni à l’Ukraine aussi longtemps qu’il le faudra », selon les termes d’un communiqué du gouvernement.

Le samedi précédent, le président américain Donald Trump avait annoncé un accord d’achat de diesel auprès du gouvernement russe, sapant les sanctions américaines et européennes. Il a affirmé qu’un « cessez-le-feu énergétique » serait désormais en application dans la guerre en Ukraine, montrant clairement que son objectif principal était à ses yeux de protéger les raffineries russes qui fournissent ce carburant.

Le Premier ministre Andy Burnham reçoit Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, au 10 Downing Street, le 14 octobre 2026 [Photo by Lauren Hurley / No 10 Downing Street / CC BY-NC-ND 4.0]

Ni Kiev ni Moscou n’ont confirmé l’existence d’un quelconque accord. Le gouvernement ukrainien a déclaré qu’il soutiendrait un tel cessez-le-feu et, au moment de la rédaction de cet article, n’avait pas frappé d’infrastructures énergétiques en Russie depuis l’annonce de Trump, selon des informations russes.

La Russie a confirmé mercredi avoir frappé dans la nuit six centrales thermiques et un poste de transformation alimentant Kiev et ses environs, ainsi que la région de Kharkiv. De nombreux médias ont rapporté une frappe russe, la même nuit, contre un dépôt pétrolier à Loutsk, après des frappes contre une installation de production de gaz et une centrale électrique à Kharkiv plus tôt dans la semaine.

Au moment où Trump faisait son annonce, des pourparlers se tenaient à Miami entre les Ukrainiens et l’émissaire de Trump pour le Moyen-Orient Steve Witkoff et le gendre du président Jared Kushner. Selon les informations de Reuters, qui cite trois sources, Witkoff et Kushner ont « dit aux Ukrainiens… que le président russe Vladimir Poutine n’était pas prêt à négocier ».

Les représentants de Trump ont plaidé pour l’arrêt des frappes ukrainiennes contre les raffineries et ont soutenu que l’accord sur le diesel pourrait « assouplir » la position du Kremlin. Une source a expliqué : « L’idée était que les États-Unis puissent retourner voir la Russie et lui dire : “Vous voyez, les Ukrainiens ont cessé de frapper et nous vous avons offert cet accord. C’est maintenant à vous de faire quelque chose.” »

Les critiques publiques de Zelensky vis-à-vis de l’accord sur le diesel lui ont valu une menace de Trump qui a déclaré qu’il « ferait sacrément bien d’arrêter », ainsi qu’une suggestion : « Il est temps que l’Ukraine se dote d’un nouveau président… qui sache conclure un accord. » Zelensky, a-t-il dit aux journalistes, « veut créer des problèmes pour le monde entier ».

Les puissances européennes, qui assurent très largement le financement de l’effort de guerre de l’Ukraine depuis le retrait des fonds américains, se sont rangées derrière le président ukrainien. L’Italienne Giorgia Meloni a déclaré à propos de l’accord de Trump sur le diesel : « Il offre une légitimité à Moscou alors que ses bombes continuent de tomber sur les villes ukrainiennes, génère de nouvelles recettes pour financer la guerre et affaiblit implicitement l’efficacité des sanctions. »

En invitant Zelensky, Burnham a aligné le Royaume-Uni sur ces efforts. Cette invitation est intervenue à peine quelques jours après la visite du Premier ministre travailliste au chancelier allemand Friedrich Merz, pour vanter un resserrement des liens militaires et économiques. Il y a ajouté l’annonce que la Russie avait cherché à influencer le résultat du vote sur le Brexit, exhortant les députés à l’aider à obtenir un « meilleur accord avec l’UE ».

Le détail des promesses de Burnham au président ukrainien montre bien pourquoi ce rapprochement avec les puissances européennes est nécessaire à la classe dirigeante britannique. Même si Burnham a proposé à Zelensky d’« aller plus loin et plus vite dans [le] soutien [du Royaume-Uni] en appui à [son] combat courageux », en réalité il ne pouvait guère lui offrir quelque chose de nouveau.

Les déclarations sont restées vagues : il a été question de charger les ministres d’« élaborer de nouveaux paquets de sanctions, d’aide militaire et de mesures budgétaires » et d’exhorter les « partenaires à mettre pleinement en œuvre une interdiction équivalente du GNL russe ». Toutefois, la seule proposition concrète du Royaume-Uni a été d’« accélérer 10 millions de livres sterling » d’un programme de 45 millions de livres sterling de missiles sol-air multi-rôles légers (Lightweight Multirole Missiles), qui se sont révélés efficaces contre les drones à réaction de plus en plus présents de la Russie.

L’Ukraine est largement dépassée par les attaques de drones et de missiles russes, qui se sont rapidement intensifiées depuis que la progression sur la ligne de front a ralenti jusqu’à devenir quasi imperceptible. Les forces russes visent tout particulièrement à mettre hors service les infrastructures énergétiques de l’Ukraine, avec 2,4 fois plus de frappes contre ces cibles depuis le début de 2026 que sur la même période de l’an dernier, dans le but de démoraliser la société ukrainienne tout au long de l’hiver rigoureux.

L’offre britannique ne change évidemment pas grand-chose à l’équilibre des forces. Rétablir l’équilibre dans la guerre aérienne, comme l’Ukraine semble y être parvenue au sol, exigerait des ressources qui dépassent aujourd’hui de très loin celles de n’importe quelle puissance européenne prise isolément, dont le réarmement ne fait que commencer. Le rapprochement de la Grande-Bretagne avec l’Europe s’inscrit dans les efforts visant à rassembler leur force économique et militaire combinée pour poursuivre une guerre que l’approche transactionnelle de Trump envers Poutine menace de saper – ce qui s’ajoute aux difficultés créées par ses mesures de guerre commerciale contre les puissances européennes, Royaume-Uni compris.

Burnham et les Européens cherchent toujours à maintenir au moins un certain degré d’implication des États-Unis en Ukraine. Le communiqué du gouvernement britannique évoquait la volonté d’exercer une pression sur Poutine afin qu’il « respecte les appels des États-Unis à un cessez-le-feu énergétique ». Quel que soit l’engagement qu’ils obtiendront de Trump, l’espoir principal des Européens est que celui-ci puisse être rapidement intensifié à nouveau par une nouvelle administration représentant l’opinion majoritaire de l’appareil militaire et sécuritaire.

Cette fraction a tendu la main, mardi, dans un éditorial du Wall Street Journal. Le journal a souligné un récent discours du commandant suprême des forces alliées en Europe de l’OTAN, le général Alexus Grynkewich, pour avoir contribué à « contrer les signaux venus de Washington selon lesquels les États-Unis sont prêts à laisser l’Europe régler ses propres problèmes ». Il y a ajouté cette remontrance que Grynkewich avait fait entendre une « voix dissonnante » en stipulant que l’alliance ne chercherait pas à « imposer une défaite stratégique à [son] adversaire ».

La discussion sur le soutien à la guerre en Ukraine occupera toute la deuxième journée du sommet du Conseil européen, qui se tient jeudi et vendredi. Selon Euronews, un projet de conclusions du sommet a été amendé pour y noter : « Le Conseil européen regrette la décision des États-Unis de lever temporairement les sanctions sur le diesel russe. »

Le désaccord entre la Maison-Blanche et les capitales européennes porte sur deux stratégies de domination de l’Ukraine. La politique de la majorité de la classe dirigeante européenne et américaine consiste à imposer un retrait russe et à s’assurer un contrôle politique et financier complet sur l’Ukraine, idéalement en y incluant la Crimée et dans l’espoir de briser au passage le gouvernement Poutine. Trump oscille entre l’appui à cette stratégie et des manœuvres visant à s’assurer les ressources de l’Ukraine et l’accès à celles de la Russie, là aussi en partenariat avec le gouvernement Poutine, en excluant les Européens.

Pour la classe ouvrière ukrainienne, ce sont deux variantes d’une même exploitation et d’une même oppression. Elle n’a aucun allié à la Maison-Blanche, à Bruxelles, ni dans aucune des sphères du pouvoir en Europe ou en Amérique. Mettre fin au carnage et à la destruction passe par l’union avec une classe ouvrière russe qui, en définitive, est confrontée au même sort, dans une lutte socialiste commune contre la guerre et ses instigateurs.

Leurs alliés sont les travailleurs d’Europe et d’Amérique, qui ont le plus grand intérêt à mettre fin à un conflit qui menace de plus en plus de déboucher sur une guerre entre puissances dotées de l’arme nucléaire.

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