Mercredi dernier, les travailleurs de 670 hôpitaux et cliniques de l’Institut mexicain de sécurité sociale (IMSS) ont rejeté un accord salarial soutenu par le syndicat et par le gouvernement de la présidente Claudia Sheinbaum. Environ 282 000 des 475 000 travailleurs habilités à voter ont participé au scrutin, et les décomptes publiés par des travailleurs de la base ont fait apparaître des majorités écrasantes contre l’accord, qui comportait une baisse du salaire réel. Les travailleurs exigent une hausse d’au moins 10 pour cent ainsi que la fin des pénuries de médicaments et de fournitures. Des groupes de la base préparent une grève nationale.
Le même jour, des milliers de personnes ont défilé à Bogotá et dans d’autres villes lors de la première grève nationale contre le nouveau président de droite de la Colombie, Abelardo de la Espriella, qui avait signé la veille un décret ordonnant une répression.
Le 15 octobre, le syndicat argentin des travailleurs de l’État, l’ATE, a fait grève à l’échelle nationale contre le méga-décret de déréglementation 70/23 du président Javier Milei.
Au Chili, 709 mineurs de Centinela sont en grève depuis le 7 octobre, et les superviseurs d’Escondida, propriété de BHP, qui est la plus grande mine de cuivre du monde, ont rejeté l’offre de l’entreprise à 94,8 pour cent. Des dizaines de milliers d’étudiants et d’enseignants chiliens ont défilé au début du mois contre l’austérité voulue par le président d’ultradroite José Antonio Kast.
En Bolivie, le président Rodrigo Paz a déployé des troupes autour de La Paz face aux manifestations contre une hausse de 83 pour cent du prix du diesel, déclarant: « Celui qui veut bloquer veut la mort. » Cela fait suite à une grève générale de 51 jours menée plus tôt cette année en Bolivie contre les hausses des prix des carburants.
Au Brésil, le second tour du 25 octobre oppose le président Luiz Inácio Lula da Silva au fasciste Flávio Bolsonaro, qui est en tête des sondages, après des mois de grèves des employés de banque, des postiers, des enseignants et des travailleurs de l’automobile contre les mesures d’austérité de Lula.
Au Venezuela, des travailleurs de la santé et de l’éducation, des employés d’université et des retraités ont marché sur le palais présidentiel de Miraflores le 13 octobre pour exiger le rétablissement de l’indexation des salaires et celui des conventions collectives. La police leur a barré la route. Des manifestations similaires ont eu lieu devant les bureaux des gouverneurs dans tout le pays.
Ces luttes s’inscrivent dans un mouvement international. Le 25 septembre, plus de 45 000 élèves allemands ont fait grève contre la conscription sous le mot d’ordre : « La guerre et la crise dévorent votre vie. » Plus de 800 000 étudiants et travailleurs ont défilé dans toute la France, et des dizaines de milliers de personnes ont manifesté « contre les guerres et la hausse du coût de la vie » à Milan, en Italie. Des deux côtés de l’Atlantique, les classes dirigeantes font payer la guerre et ses conséquences en sabrant les dépenses sociales, les salaires et les retraites, et la classe ouvrière et la jeunesse disent : « Ça suffit ! »
En Amérique latine, les travailleurs et les jeunes ont traversé, au cours de la dernière décennie, des expériences politiques bien précises. Ils ont vu comment les diktats du capital financier et de l’impérialisme ont été imposés par les gouvernements de la « vague rose » latino-américaine tout autant que par les partis de droite traditionnels, les bureaucraties syndicales et les groupes de la pseudo-gauche leur servant de couverture.
Cette montée massive des luttes montre que l’élection récente de forces d’extrême droite comme de la Espriella, Kast, Paz et Milei n’a pas été l’expression d’un virage à droite de la classe ouvrière et des pauvres, mais surtout d’un désir de changement radical et d’une soif de punir les forces politiques qui imposent l’austérité sociale. En quelques semaines, les nouveaux gouvernements ont montré qu’ils représentaient une forme encore plus brutale des mêmes politiques, tout en accélérant la préparation d’une dictature ouverte et du fascisme.
Le caractère international des luttes qui éclatent aujourd’hui confirme qu’elles sont portées par des processus mondiaux: la guerre impérialiste pour un nouveau partage du monde, la recolonisation de l’hémisphère par l’impérialisme américain, la guerre commerciale et les exigences de l’aristocratie financière. Objectivement, ces luttes posent la question du renversement du système politique et économique existant et s’orientent vers un mouvement socialiste mondial, et non vers le retour d’une « gauche » nationaliste et réformiste rénovée, même si ces forces clament haut et fort qu’elles défendent la démocratie contre le fascisme. Ces objectifs ne sont pas encore conscients ni organisés, et les bureaucraties syndicales et les groupes de la pseudo-gauche des classes moyennes en profitent pour entretenir des illusions dans la politique capitaliste.
Des gouvernements impopulaires
Les gouvernements droitiers élus au cours de l’année écoulée n’ont jamais suscité d’enthousiasme populaire. Dix mois après la victoire de Kast à la présidence du Chili, son taux d’approbation est tombé à 27 pour cent, selon Criteria, et 64 pour cent des personnes interrogées le désapprouvent. Au Pérou, le taux d’approbation de Keiko Fujimori est passé de 60 à 42 pour cent au cours de son premier mois au pouvoir, selon Datum, et 52 pour cent des Péruviens ont déclaré à l’institut de sondage IEP que son gouvernement était « du pareil au même ». Le taux d’approbation de Milei oscille autour de 35 pour cent. Au Guatemala, Bernardo Arévalo, élu en 2023 en tant que réformateur anticorruption, a désormais le taux d’approbation le plus bas de tous les présidents de la région: 31 pour cent. Au Venezuela, 63 pour cent des personnes interrogées sur Delcy Rodriguez en juin, la désapprouvaient. Elle administre le pays pour le compte de Washington depuis que les forces américaines ont enlevé Nicolás Maduro le 3 janvier.
Les politiques menées ont partout le même caractère. Le budget 2027 de Kast augmente de 9,1 pour cent les dépenses de sécurité tout en gelant tout le reste et en supprimant les repas scolaires de 1,6 million d’élèves. Paz a supprimé la subvention au diesel dans le cadre d’un accord de 1,9 milliard de dollars avec le Fonds monétaire international et gouverne sous l’état d’exception depuis juin. La guerre contre l’Iran a fait grimper le brut Brent au-dessus de 100 dollars le baril en septembre. Au Guatemala, le diesel a atteint un record de 13,44 quetzales le litre et les blocages routiers se sont étendus à 10 des 22 départements du pays. Arévalo a envoyé l’armée et affirmé que les manifestants étaient liés aux trafiquants de drogue. Au Honduras, des travailleurs des transports ont bloqué des routes en raison de nouvelles hausses des prix des carburants.
Les gouvernements encore associés à la « vague rose » n’offrent aucune alternative. Lula aborde le second tour après avoir courtisé les banquiers et enrôlé son vice-président, Geraldo Alckmin, comme garant de la « responsabilité budgétaire », tout en appelant à un front large pour défendre la démocratie. Au premier tour, 33,4 millions de Brésiliens se sont abstenus, un record depuis 1998.
Au Mexique, Sheinbaum conserve des taux d’approbation proches de 70 pour cent, qui reposent en grande partie sur les transferts monétaires et sur sa posture de résistance à Trump. Mais le vote de l’IMSS et les grèves massives menées auparavant par les enseignants, alors que le gouvernement place le paiement des intérêts, les incitations aux entreprises et les dépenses de sécurité avant la santé et l’éducation publique, traduisent la révolte grandissante d’une partie importante des travailleurs contre le parti « de gauche » au pouvoir, Morena.
Guerre et dictature
En Amérique latine aussi, le sentiment grandit que la guerre et la dictature sont aux portes. L’administration Trump a envahi le Venezuela en janvier et menace d’envahir le Mexique, le Panama et Cuba, tout en maintenant le plus important déploiement militaire dans la région depuis des décennies.
Dans ce contexte, le gouvernement américain fait pression sur les divers pays pour qu’ils se militarisent, soi-disant contre la criminalité transnationale, et a notamment demandé en juin dernier aux pays latino-américains de porter leurs dépenses militaires à 3,5 pour cent du PIB. L’Argentine et le Pérou dépensent des milliards pour des F-16, tandis que les dépenses de sécurité augmentent rapidement dans toute la région, à la fois en vue d’une répression de masse à l’intérieur et d’une participation à des guerres à l’étranger.
Selon le New York Times du 14 octobre, un bataillon de 600 soldats de la 10e division de montagne américaine est en cours de déploiement au Panama, en Colombie et au Honduras, des drones Reaper ont été transférés en Colombie et en Équateur, et le Pentagone prévoit de passer des frappes contre des embarcations, qui ont tué au moins 239 personnes, à des frappes terrestres.
Le général Joseph Ryan, à la tête du Commandement de l’hémisphère occidental de l’armée de terre américaine, a expliqué l’objectif: « Nous avons cédé la domination économique dans la région à un adversaire, et c’est un fait. Nous nous battons maintenant pour reprendre du terrain – maritime et terrestre, terrain humain, terrain cognitif. » L’adversaire, c’est la Chine. Le « terrain », présenté comme un nouveau théâtre de la troisième guerre mondiale qui se profile, c’est l’Amérique latine.
Face à la menace grandissante d’une catastrophe nucléaire, tandis que l’OTAN et la Russie, comme les États-Unis et la Chine, se rapprochent d’un conflit direct, la question est de savoir si cette génération aura encore un avenir du tout.
Au-delà des répercussions militaires, Trump a proféré à plusieurs reprises des menaces économiques au cas où ses candidats favoris ne l’emporteraient pas. « S’il perd, nous ne serons pas généreux avec l’Argentine », a-t-il dit à propos de Milei avant les élections de mi-mandat de l’an dernier, alors qu’un plan de sauvetage de 40 milliards de dollars était en jeu. Au Honduras, il a averti que si Nasry Asfura perdait, « les États-Unis ne continueraient pas à jeter de l’argent par les fenêtres », et il a gracié le trafiquant de cocaïne condamné et ancien président Juan Orlando Hernández. Après la victoire de Kast, il s’est vanté ainsi: « La personne que j’ai soutenue au Chili, qui n’était pas en tête, a fini par gagner assez facilement. » Il a accordé à de la Espriella son « soutien complet et total » et a imposé des droits de douane de 50 pour cent au Brésil en raison des poursuites et de l’emprisonnement de Jair Bolsonaro pour son complot putschiste. Flávio Bolsonaro, qui a rencontré Trump avant les élections, promet de gracier son père et d’engager la destitution de juges de la Cour suprême.
L’affaire Fernando Cerimedo a mis au jour une ingérence américaine plus large. Ce consultant argentin, associé en affaires de Brad Parscale, ancien directeur de campagne de Trump, a dirigé les opérations numériques de Bolsonaro et de Milei, a conseillé Asfura et a été le principal conseiller de Paz. Des médias péruviens rapportent que son réseau a travaillé en soutien à Fujimori. Au Chili, il a admis avoir œuvré contre le projet de constitution de 2022, et l’ancien président colombien Gustavo Petro l’accuse d’avoir géré deux millions de comptes de bots pour faire élire de la Espriella. Cerimedo a été emprisonné en Bolivie en août, accusé d’avoir commandité le meurtre de son ancien partenaire. Lorsque le procureur général bolivien a poursuivi l’affaire, le département d’État a révoqué son visa, et la police de Paz l’a arrêté deux jours plus tard.
Qui a ouvert la porte à l’extrême droite ?
Mais que peut-on attendre d’autre de l’impérialisme? Washington organise des coups d’État et des invasions en Amérique latine depuis plus d’un siècle. La conclusion à en tirer n’est pas que la région est sans défense face aux caprices de l’Oncle Sam. La responsabilité politique du fait que des forces de droite impopulaires aient pu s’emparer du pouvoir et s’y maintenir alors que les travailleurs évoluent vers la gauche doit être recherchée ailleurs. Aucune ferme à bots n’a provoqué l’effondrement du Mouvement vers le socialisme (MAS) en Bolivie, qui a laissé intact l’État capitaliste pendant ses deux décennies au pouvoir et a légué une crise des carburants et du dollar. Aucune ferme à bots n’a produit les promesses trahies de Gabriel Boric au Chili, ni la capitulation de Pedro Castillo et les massacres de Dina Boluarte au Pérou. L’extrême droite s’est nourrie de la désillusion que ces gouvernements ont engendrée.
La « vague rose » a également préparé le terrain sur le plan politique. Face à une criminalité nourrie par la pauvreté, l’économie informelle et le trafic de drogue à destination des États-Unis, l’ensemble de l’establishment politique, y compris la gauche nominale, a adopté des programmes d’État policier. Le gouvernement Libre de Xiomara Castro au Honduras a imposé en décembre 2022 un état d’exception contre les gangs et n’a cessé de le prolonger. Boric a signé la loi Naín-Retamal, qui élargit le permis de tuer de la police, et a maintenu le sud mapuche sous occupation militaire. Sheinbaum a achevé le transfert de la Garde nationale au commandement de l’armée et a livré à Washington des dizaines de personnes accusées d’être des figures de cartels. Lula fait campagne sur le thème de la « prison pour les criminels ».
Dès lors que la « gauche » a admis que les quartiers pauvres sont un problème relevant des soldats et des prisons, tout en renonçant à toute réforme sociale significative, le terrain était libre pour ceux qui promettaient d’aller plus loin. Nayib Bukele gouverne le Salvador sous l’état d’exception depuis mars 2022, en ayant emprisonné plus de 85 000 personnes sans procédure régulière, et sa mégaprison est devenue le modèle de l’extrême droite. Flávio Bolsonaro promet un « modèle Milei-Bukele ». De la Espriella et Kast ont fait campagne sur l’emprisonnement de masse. Le Costa Rica a ouvert la semaine dernière sa propre mégaprison à la Bukele. L’appareil construit contre la « criminalité » se retourne désormais contre la classe ouvrière : un scénario a été convenu à l’échelle régionale pour qualifier les manifestants et les grévistes de « narcoterroristes ».
Face à l’intervention de Washington, les dirigeants de la « vague rose » ont composé avec Trump et ont lancé des appels à l’ONU et aux forces armées mêmes pour obtenir leur soutien étant à la fois incapables de s’adresser réellement à la classe ouvrière et peu disposés à le faire.
Les bureaucraties syndicales et la pseudo-gauche ont fait le reste. En juin, la direction de la Centrale ouvrière bolivienne (COB) a mis fin à une grève générale et à un soulèvement qui duraient depuis 51 jours, au cours desquels la police et l’armée ont tué au moins quatre manifestants. Elle a signé avec Paz un accord de « pacification », et le lendemain, un décret a autorisé l’armée à dégager les routes.
En Argentine, la Confédération générale du travail (CGT) est parvenue à une entente avec Milei qui garantit les privilèges de la bureaucratie, tout en détournant la colère derrière la promesse d’un « gouvernement national et populaire » en 2027. Par ailleurs, l’ensemble de l’establishment politique a adopté la campagne nationaliste de Milei portant sur une reconquête des Malouines.
La pseudo-gauche donne à ce nationalisme une couverture radicale. Le Parti des travailleurs socialistes (PTS) et le Partido Obrero (PO) d’Argentine critiquent l’inaction de la CGT tout en acceptant son cadre de « souveraineté » et d’industrie nationale, sans jamais s’adresser aux travailleurs du Brésil, du Chili ou des États-Unis employés par les mêmes entreprises. Au Brésil, le Parti socialisme et liberté (PSOL) et les groupes morénistes font campagne pour Lula au nom du « moindre mal ». Tout cela sert à préparer les travailleurs à suivre le prochain nationaliste bourgeois dans le même piège.
Les leçons du Chili
Petro, Lula, Sheinbaum et Boric invoquent régulièrement l’exemple du président chilien Salvador Allende, mort lors du coup d’État du 11 septembre 1973. Ils le présentent comme un martyr de l’impérialisme.
La conspiration impérialiste contre le gouvernement d’Unité populaire d’Allende était bien réelle. En septembre 1970, Richard Nixon a ordonné à la CIA de « faire hurler l’économie ». L’agence a dépensé 8 millions de dollars pour la déstabilisation entre 1970 et 1973, finançant le journal El Mercurio ainsi que les grèves des camionneurs et du patronat, tandis qu’ITT offrait de l’argent pour empêcher l’investiture d’Allende.
Mais la classe ouvrière chilienne était bien plus forte que ses ennemis. En 1972 et 1973, les travailleurs ont bâti les cordones industriales, des réseaux de comités ouvriers qui organisaient la production, l’approvisionnement et la défense dans les zones industrielles de Santiago. La classe ouvrière a cependant été désarmée politiquement par sa direction. Après l’assaut manqué de chars contre le palais présidentiel en juin 1973, le dirigeant du Parti communiste Luis Corvalán a déclaré : « Nous continuons à soutenir le caractère absolument professionnel des institutions armées. » Allende a fait entrer des généraux au gouvernement et, en août 1973, a nommé Augusto Pinochet commandant en chef de l’armée. Fidel Castro a parcouru le Chili pendant plus de trois semaines en 1971, apportant au gouvernement d’Unité populaire la caution de ses références de gauche.
Le rôle décisif a toutefois été joué par le pablisme, la tendance révisionniste qui a rompu avec le trotskysme dans les années 1950 en affirmant que des forces staliniennes et nationalistes pouvaient diriger la révolution. En 1965, le cadre trotskyste chilien du Parti ouvrier révolutionnaire (POR) a été liquidé dans le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) castriste, qui a apporté un « soutien critique » à Allende et, en mars 1973, a retiré son opposition électorale au gouvernement d’Unité populaire. Comme l’a écrit le Comité international le 18 septembre 1973, « le parti trotskyste a été détruit au Chili, non pas par le stalinisme ou par une junte », mais par les révisionnistes qui ont liquidé le trotskysme « pour lui substituer les idées et les méthodes de Guevara et de Castro ».
Les années de préparation du coup d’État et d’un régime de terreur fasciste par la CIA n’ont réussi que parce que la classe ouvrière chilienne ne disposait d’aucune direction révolutionnaire indépendante pour l’aider à rompre avec la politique capitaliste et à prendre le pouvoir. Et cela s’est produit à l’apogée d’une montée révolutionnaire mondiale. Depuis la grève générale de mai-juin 1968 en France, des centaines de millions de gens s’étaient soulevés à travers le monde, du Cordobazo en Argentine à l’« Automne chaud » de l’Italie, jusqu’aux luttes qui allaient faire tomber les dictatures du Portugal et de la Grèce dans l’année qui suivit le coup d’État chilien.
Dans chacun des cas, les directions staliniennes, sociales-démocrates et pablistes ont œuvré pour maintenir ces mouvements dans le cadre du capitalisme, et la classe ouvrière chilienne en a payé le prix. Quelque 3 000 personnes ont été tuées ou ont disparu sous la dictature qui a suivi, et des dizaines de milliers ont été torturées. Les juntes militaires ont organisé l’opération Condor, avec le soutien de la CIA, afin de coordonner la répression à travers le continent.
La voie à suivre
La classe ouvrière d’Amérique latine est beaucoup plus nombreuse et plus puissante qu’en 1973. Les mineurs de cuivre d’Antofagasta, les travailleurs de l’automobile de Puebla et de Bahia, les routiers qui franchissent la frontière entre les États-Unis et le Mexique et les travailleurs de la santé de l’IMSS sont des maillons d’un seul et même système de production mondialisé. Leurs alliés les plus puissants ne sont pas les partis capitalistes nationaux ni les bureaucraties qui se présentent comme plus favorables aux travailleurs ou plus à gauche, mais les travailleurs des États-Unis et du monde entier qui sont confrontés au même ennemi. L’administration qui envoie des troupes dans l’hémisphère est en train de bâtir l’appareil de la dictature dans son propre pays.
Le naufrage de la « vague rose » – dernier épisode d’une longue histoire de projets nationalistes bourgeois avortés dans la région – a confirmé une fois de plus les principes fondamentaux de la théorie de la révolution permanente de Trotsky. Cette perspective a établi que, à l’époque de l’impérialisme, la bourgeoisie nationale d’Amérique latine et des autres pays opprimés est organiquement incapable de mener une lutte conséquente contre l’impérialisme ou d’accomplir les tâches démocratiques fondamentales, en raison de sa dépendance de l’impérialisme et de sa peur de la classe ouvrière.
Ces tâches incombent à la classe ouvrière des Amériques, du Nord comme du Sud, qui doit unir ses luttes en construisant des comités de la base sur chaque lieu de travail, indépendants des bureaucraties syndicales et de tous les partis capitalistes. Ceux-ci doivent être reliés à l’échelle internationale par l’intermédiaire de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC).
Avant tout, le changement radical auquel aspirent les travailleurs et les jeunes doit devenir un programme conscient et fondé sur la connaissance de l’histoire. Cela exige de construire des sections du Comité international de la Quatrième Internationale dans toute l’Amérique latine, afin d’armer ce mouvement du programme de la révolution permanente et de la lutte pour le socialisme mondial.
