Le premier ministre du Québec endosse la violente répression des lycéens par l’État français

Mobilisation policière contre une manifestation de lycéens français [AP Photo/Teresa Suarez]

À la suite d'un entretien téléphonique tenu lundi avec le président français Emmanuel Macron, le premier ministre nouvellement élu du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, a publié sur sa page Facebook un message dans lequel il indique avoir «exprimé tout le soutien et la solidarité du gouvernement du Québec et notre condamnation des troubles fomentés par l'ultragauche».

En adoptant la rhétorique de l’Élysée sur des «actes séditieux» attribués à des «groupes organisés d’ultragauche», le chef du Parti québécois (PQ) cautionne un discours visant à calomnier la contestation sociale et à justifier la violence étatique déployée contre elle. C’est un signal clair que son propre gouvernement et toute l’élite dirigeante vont recourir aux mêmes méthodes au Canada contre la classe ouvrière.

Les manifestations étudiantes qui déferlent sur la France et l’Europe traduisent l’opposition universelle des travailleurs et des jeunes aux vastes coupes sociales, à la vie chère et à la répression policière. C’est le gouvernement Macron qui foule aux pieds la démocratie en criminalisant les manifestations afin de défendre les intérêts de l’oligarchie.

Le mouvement, lancé par les lycéens français, a alimenté une vaste opposition paneuropéenne contre la hausse du coût de la vie, la crise du logement et la guerre. De l'Espagne à la Serbie, en passant par le Portugal, l'Italie, l'Allemagne et la Grèce, la jeunesse et la classe ouvrière entrent en lutte contre l'assaut patronal sur leurs conditions de vie et de travail.

En France, le gouvernement a répondu par des mesures dictatoriales. Des dizaines de milliers de policiers et de soldats ont été mobilisés; des milliers de manifestants ont déjà été arrêtés, dont la plupart ont moins de 18 ans; et nombre de manifestants ont été mutilés par les armes de contrôle des foules.

Incapable de contenir la colère sociale après avoir interdit des rassemblements et imposé des couvre-feux, le gouvernement Macron brandit la menace de l'état d'urgence et met de l’avant des lois «anti-vandalisme» visant à terroriser la population pour faire taire toute contestation sociale.

L'enthousiasme de St-Pierre Plamondon pour la répression de l'État français fait suite à une campagne électorale particulièrement à droite au Québec, où le PQ et tous les partis de l’establishment se sont livrés à une surenchère pour savoir qui serait capable d'imposer les mesures les plus réactionnaires. Son programme pour la souveraineté du Québec, basé sur l'austérité, le militarisme et une dénonciation continue des immigrants, a été explicitement présenté à la classe dirigeante comme le meilleur moyen de sabrer les dépenses publiques.

Son programme nationaliste pro-entreprises étant largement impopulaire, le PQ a cherché à élargir son appui auprès de l'élite dirigeante en s'alignant sur l'extrême droite, allant jusqu'à faire écho aux diatribes anti-immigrants de fascistes comme Donald Trump et Marine Le Pen.

En plus de blâmer les réfugiés et demandeurs d’asile pour la crise du logement et l'état désastreux de l'éducation et de la santé, le PQ véhicule la théorie fasciste du grand remplacement en accusant Ottawa de vouloir «submerger» le peuple québécois par une vague d'immigrants anglophones. Cela fait partie d’un discours xénophobe qui dépeint l'immigration comme une menace pour la «nation québécoise».

Depuis des années, le chef péquiste fustige la «gauche radicale» et le «wokisme» dans les écoles, les universités et sur la place publique. Comme toute la classe politique canadienne, il a condamné les manifestations et les campements étudiants contre le génocide en Palestine en leur collant l'étiquette calomnieuse d’antisémitisme et en appuyant les efforts pour les criminaliser. Comme en France, sa dénonciation de «l’ultragauche» vise à semer la confusion, à diviser les travailleurs et à détourner l'attention de la crise capitaliste, tout en justifiant la répression étatique de l’opposition à l’austérité et à la guerre.

L’élite dirigeante canadienne est très consciente que sa propre politique de guerre et d’agression impérialiste – qui requiert des coupes drastiques aux services publics pour financer une hausse massive du budget militaire à 5 % du PIB d'ici 2035 – est très impopulaire.

Avec la croissance des inégalités sociales et l'érosion continue de ce qui reste de l’État-providence, la classe dirigeante sait qu'elle est assise sur une poudrière sociale. Mais confrontée à l'intensification des tensions inter-impérialistes et à une situation économique insoutenable, elle ne veut pas et ne peut pas offrir de concessions.

Les coupes sociales et l'assaut sur les travailleurs étant incompatibles avec des formes démocratiques de gouvernement, l’élite dirigeante – au Canada comme aux États-Unis et en Europe – se tourne vers des méthodes autoritaires pour imposer son diktat et accroître l'exploitation des travailleurs.

Partout au Canada, les coupes sociales imposées tant à l'échelle provinciale que fédérale ont été accompagnées d'une attaque sans précédent sur les droits démocratiques des travailleurs, en particulier le droit de grève.

En 2024, le gouvernement libéral fédéral de Justin Trudeau a arbitrairement réinterprété l'article 107 du Code du travail canadien pour criminaliser une série de grèves.

Au Québec, s'inspirant de cette démarche, le précédent gouvernement de la CAQ a voté sa propre mesure antigrève, la loi 14, qui étend le concept de «service essentiel» aux municipalités, aux écoles publiques et au secteur privé, et permet au gouvernement de mettre fin à tout conflit de travail en imposant une convention collective.

En Alberta et en Ontario, les gouvernements ont utilisé la clause de dérogation de la Charte des droits et libertés pour criminaliser des grèves et attaquer les droits démocratiques. Aujourd'hui, le gouvernement libéral fédéral de Mark Carney cherche à pérenniser la pratique de son prédécesseur et à empêcher toute contestation en amont avec son projet de loi C-39, qui permettrait de criminaliser toute grève au nom de «l'intérêt national».

La classe ouvrière ne peut défendre ses droits démocratiques essentiels – y compris le droit de manifester et le droit de grève – en faisant appel au même État capitaliste qui est en train de les abroger pour préserver les richesses et le pouvoir de l’oligarchie capitaliste.

Il faut plutôt une lutte unifiée des travailleurs, sur les deux rives de l’Atlantique, contre St-Pierre Plamondon, Carney, Trump et Macron – et leur tournant commun vers la dictature pour mater l’opposition sociale grandissante.

Cela exige une rupture politique avec les appareils syndicaux qui isolent et sabotent les luttes ouvrières – avec le plein appui des partis «de gauche» de l’establishment comme le NPD et Québec solidaire – afin de maintenir la «paix sociale», c’est-à-dire l’ordre capitaliste.

Les travailleurs anglophones, francophones et immigrants du Canada doivent s’unir entre eux, et avec leurs frères et sœurs de classe d’Amérique du Nord et d’Europe, dans une mobilisation politique indépendante contre la répression policière, l'austérité et la guerre – et leur source commune, le capitalisme en faillite.

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