Tout au long du mois d'octobre, d'importantes manifestations se sont déroulées au Portugal, réunissant des revendications sur la hausse du coût de la vie, les salaires, les retraites et les services publics, ainsi que sur le droit au logement et la lutte contre les expulsions.
Le 2 octobre, les travailleurs de l'administration publique ont participé à une journée de grèves et de manifestations pour réclamer des augmentations de salaire, une reconnaissance professionnelle et des modifications du système d'évaluation des performances. Ces mobilisations ont touché divers services publics. Tout au long du mois, d'autres actions ont également été convoquées par des travailleurs de l'éducation, du personnel non enseignant, des employés de l'Agence pour l'intégration, les migrations et l'asile (AIMA), des employés de banque et d'autres catégories.
Le 10 octobre, la plateforme « Não dá mais para viver assim » (« On ne peut plus vivre comme ça ») a appelé à manifester à Aveiro, Braga, Lisbonne et Porto. Le 17 octobre, des milliers de personnes sont à nouveau descendues dans la rue à Lisbonne, Porto et Coimbra à l'occasion d'une journée nationale d'action convoquée par la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP), qui réclamait des augmentations de salaire, de meilleures retraites et de meilleurs services publics, et dénonçait la hausse des prix du logement, des carburants et de l'alimentation.
Parallèlement, des jeunes, des étudiants, des travailleurs précaires et des familles aux prises avec des loyers exorbitants participaient à des campements pour le droit au logement. À Lisbonne, les manifestants ont installé des tentes sur la place du Rossio, tandis qu'à Porto, ils ont occupé la place D. João I. Le 20 octobre, la Police de sécurité publique (PSP) est intervenue simultanément sur les deux places et a expulsé violemment les manifestants qui tentaient de résister. L'opération s'est soldée par 55 arrestations. Loin de mettre fin aux manifestations, la répression policière a provoqué de nouvelles mobilisations.
Le samedi 24 octobre, des milliers de personnes ont participé à une nouvelle manifestation à Lisbonne sous le mot d'ordre « Não temos casa, montamos tendas ! » (« Nous n'avons pas de logement, alors nous montons des tentes ! »). Les manifestants sont retournés sur les places et ont décidé de reprendre les campements à Lisbonne et à Porto. Cependant, aux premières heures du dimanche 25 octobre, la police a de nouveau dégagé la place. Des dizaines d'agents, dont certains accompagnés de chiens policiers, sont intervenus pour retirer les tentes, frappant les manifestants à coups de matraque. À Lisbonne, 25 personnes ont été arrêtées et au moins 20 manifestants ont été transportés à l'hôpital. À Porto, six personnes ont été arrêtées, tandis que les organisateurs ont fait état de 37 blessés.
Les jeunes qui dirigent les campements ont appelé à une grève générale ibérique le 11 novembre, en même temps que la grève convoquée en Espagne, afin d'unir des luttes similaires dans les deux pays contre les loyers inabordables et pour des revendications salariales et professionnelles. Les grandes confédérations syndicales portugaises, la CGTP-IN et l'UGT, cherchent à présent à éluder la pression qui s'exerce sur elles pour qu'elles convoquent une telle grève. La CGTP a déclaré qu'elle n'excluait pas une grève générale, tout en insistant pour qu'elle ne soit pas convoquée « de manière précipitée » et pour que soient réunies une préparation adéquate et les conditions nécessaires à sa réussite. L'UGT, de son côté, garde le silence sur cette revendication.
Les mobilisations au Portugal s'inscrivent dans une vague d'agitation sociale qui déferle sur l'Europe pour protester contre la hausse des prix, la stagnation des salaires, la précarité du logement et la dégradation des services publics, alors que les gouvernements privilégient la discipline budgétaire et les dépenses militaires. Des millions de jeunes et de travailleurs sont descendus dans la rue dans des pays comme la France, l'Italie, l'Espagne, la Belgique et l'Albanie. La proposition d'une grève générale ibérique le 11 novembre laisse entrevoir la possibilité de coordonner ces luttes par-delà les frontières nationales. Toutefois, pour qu'une telle convergence puisse se développer, il faudra surmonter les divisions nationales et la résistance des directions syndicales à s'engager dans une mobilisation générale.
Il devient de plus en plus difficile, voire impossible, pour les jeunes et les travailleurs du Portugal d'accéder à un logement. Entre 2015 et la fin de 2025, les prix des logements ont augmenté d'environ 182 pour cent, l'une des plus fortes hausses de toute l'Union européenne. Cette flambée se poursuit : au premier trimestre 2026, les prix ont progressé de 17,8 pour cent sur un an, les logements anciens enregistrant une hausse de 19,7 pour cent. Les loyers ont eux aussi flambé, en particulier à Lisbonne et à Porto, où la demande touristique, les locations de courte durée et l'investissement immobilier ont contribué à la hausse du coût du logement. Selon le Fonds monétaire international, en 2021, 19 pour cent des logements étaient utilisés comme hébergements de vacances, tandis que 12 pour cent étaient vacants.
Les salaires, en revanche, n'ont pas suivi cette hausse. Au cours de la dernière décennie, ils ont progressé d'environ 48 pour cent, ce qui signifie que les prix des logements ont augmenté près de quatre fois plus vite que les salaires. Les travailleurs ont de plus en plus de mal à acheter un logement et doivent consacrer une part croissante de leurs revenus au loyer. En conséquence, des milliers de jeunes et de familles ouvrières sont contraints de partager un logement. Le logement, besoin social fondamental, est ainsi devenu un actif d'investissement dont le prix échappe de plus en plus à ceux qui n'ont que leur travail pour vivre.
Le gouvernement portugais de Luís Montenegro, du Parti social-démocrate (PSD) de droite, est en train de forcer l'adoption d'une réforme du droit locatif qui privilégie les intérêts des propriétaires et du marché immobilier au détriment de la protection des locataires. Le projet supprime le plafonnement à 2 pour cent des hausses de loyer pour les nouveaux baux et facilite les expulsions.
Le Parti socialiste (PS), le Parti communiste portugais (PCP) et le Bloc de gauche (BE) ont voté contre la loi, une position que l'on peut qualifier d'hypocrite et de cynique au vu de leur bilan politique. C'est durant la période dite de la « geringonça » – l'arrangement parlementaire qui a permis au PS de gouverner en minorité de 2015 à 2019 avec le soutien du BE et du PCP – que les prix du logement ont commencé à s'envoler, sur fond de spéculation immobilière croissante, tandis que l'emploi précaire et les bas salaires persistaient.
Le PS est resté attaché aux politiques d'austérité de l'Union européenne et à la défense de la rentabilité privée, tandis que le BE et le PCP soutenaient le gouvernement au Parlement au motif qu'ils pouvaient faire pression sur lui pour qu'il adopte des politiques plus favorables aux travailleurs. Ce soutien a contribué à contenir l'opposition sociale dans les limites de la politique parlementaire, permettant à l'austérité et aux attaques contre la classe ouvrière de se poursuivre.
Le propre programme du PCP pour les élections de 2024 reconnaissait que les gouvernements successifs du Parti socialiste avaient encouragé les investissements spéculatifs des fonds immobiliers et des grands propriétaires, tandis que le coût du logement absorbait une part croissante du revenu des ménages. Néanmoins, ni le Bloc de gauche ni le PCP n'ont rompu avec leur stratégie de soutien parlementaire au PS.
Tous deux ont soutenu ses budgets pendant des années et n'ont retiré leur appui qu'en 2021, lorsque l'agitation ouvrière croissante et l'opposition au budget pour 2022 ont rendu leur collaboration intenable. Le gouvernement de droite entré en fonction en 2024 poursuit les politiques menées par les gouvernements précédents du PS, qui avaient bénéficié du soutien parlementaire du PCP et du Bloc de gauche.
Les mobilisations au Portugal et dans d'autres pays européens expriment une crise commune du capitalisme, dans laquelle les gouvernements imposent des coupes sociales et des conditions de travail précaires tout en consacrant des ressources toujours plus importantes au militarisme et à la guerre. Pour avancer, les travailleurs et les jeunes doivent surmonter les frontières nationales et construire des comités d'action de base sur les lieux de travail, dans les écoles, les universités et les quartiers ouvriers. Ces comités doivent être élus démocratiquement et dirigés par ceux qui participent à la lutte, indépendants des bureaucraties syndicales et des partis qui défendent l'ordre capitaliste.
Cela exige une rupture politique avec les forces qui se présentent comme la gauche mais qui subordonnent les mobilisations aux négociations parlementaires et au maintien de gouvernements capitalistes. La tâche consiste à unir ces luttes dans une mobilisation internationale de la classe ouvrière contre l'austérité, la répression et la guerre, sur la base d'un programme socialiste qui place les besoins de la société au-dessus du profit privé.
