Le gouvernement Merz réagit aux manifestations de la génération Z par la répression et l’offensive militariste

Le chancelier allemand Friedrich Merz (à gauche) accueille le président ukrainien Volodymyr Zelensky devant une garde d’honneur à Berlin, en Allemagne, le mardi 3 novembre 2026. [AP Photo/Ebrahim Noroozi]

Le gouvernement allemand répond aux manifestations massives de jeunes contre la casse sociale, le réarmement et la guerre par un durcissement agressif de sa politique réactionnaire. Alors que le chancelier Friedrich Merz et le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt s’efforcent d’intimider le mouvement par les menaces, les accusations d’extrémisme et l’agitation raciste, le gouvernement poursuit sans relâche ses attaques sociales et ses préparatifs de guerre directe contre la Russie.

Cette réaction souligne l’importance politique des manifestations massives du 31 octobre, auxquelles ont participé plus de 120 000 jeunes dans plus de 30 villes allemandes. Les manifestations contre la destruction de l’éducation, l’envolée du coût de la vie, le militarisme et le service militaire obligatoire font partie d’un mouvement international. Elles bénéficient d’un large soutien: selon un sondage Forsa publié mardi, 83 pour cent des personnes interrogées ont exprimé leur sympathie pour les manifestations.

Le porte-parole du gouvernement, Stefan Kornelius, a montré lundi avec quelle effronterie le gouvernement allemand répond à cette opposition sociale. À la question de savoir si les manifestations avaient amené Merz à reconsidérer sa politique, il a déclaré: « Le chancelier se sent encouragé à poursuivre sa politique. » Kornelius a explicitement évoqué les réformes prévues des systèmes de retraite et de santé et défendu le renforcement militaire massif.

Le message est sans équivoque: le gouvernement n’a aucune intention de faire des concessions aux jeunes. Il entend imposer plus agressivement encore sa politique de dévastation sociale, de militarisation et de renforcement de l’appareil d’État.

Le ministre de l’Intérieur Dobrindt (Union chrétienne-sociale, CSU) a profité des violences survenues en marge de manifestations massivement pacifiques pour attiser la haine contre les groupes de gauche et de migrants. Il a affirmé qu’en soirée, les manifestations avaient été détournées par des « groupes de gauche violents et des fauteurs de troubles issus de l’immigration ». Dobrindt a parlé de violation de la paix civile et exigé des peines sévères.

Merz a soutenu cette campagne. « La violence n’a pas sa place dans nos rues, et mon gouvernement ne fera preuve d’aucune tolérance en la matière », a-t-il déclaré lundi. Quiconque s’en prendrait à des policiers ou pillerait des magasins connaîtrait « toute la rigueur de la loi ».

Si les représentants du gouvernement ont souligné que l’immense majorité des manifestants avaient défilé pacifiquement et qu’ils ont feint de partager les préoccupations des jeunes, ils se servent en même temps de violences isolées pour intimider le mouvement et justifier un durcissement de la répression.

Le ministre de l’Intérieur de Hesse, Roman Poseck (Union chrétienne-démocrate, CDU), s’est même demandé si les nouvelles manifestations de jeunes annoncées pour le 20 novembre pourraient « du tout avoir lieu sous la forme prévue » et n’a pas exclu une interdiction.

Les syndicats de police apportent leur soutien. Le Syndicat allemand de la police (DPolG) réclame que les violations de la paix civile soient requalifiées en crimes graves passibles d’une peine minimale d’un an de prison. Les suspects accusés d’émeutes graves devraient, en règle générale, rester en détention provisoire jusqu’à la fin de leur procédure. Le syndicat exige aussi des expulsions systématiques. Le Syndicat de la police (GdP) pousse à ce que les condamnations soient prononcées en procédure accélérée avant les prochaines manifestations.

Les émeutes servent ainsi de prétexte pour criminaliser l’ensemble des manifestations et renforcer encore l’appareil répressif de l’État. Les attaques contre les droits démocratiques sont indissociables de la politique sociale et militaire du gouvernement.

L’escalade simultanée de sa politique de guerre montre avant tout que le gouvernement n’est pas le moins du monde disposé à répondre aux revendications des jeunes.

Mardi, Merz a reçu le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Chancellerie. Il lui a promis un soutien supplémentaire et exhorté les alliés européens à tenir leurs engagements financiers et militaires. Il a annoncé une nouvelle réunion de la soi-disant « Coalition des volontaires » à Berlin le 19 novembre, la veille des manifestations internationales de jeunes prévues le 20 novembre, afin d’y discuter du soutien militaire à l’Ukraine en 2027.

Au même moment s’est ouverte mardi la Conférence de Berlin sur la sécurité, qui dure deux jours et réunit des représentants de l’OTAN, de l’Union européenne, des armées européennes et de l’industrie de l’armement pour discuter de la poursuite de la militarisation de l’Europe. Parmi les participants figurent des généraux de l’OTAN, l’inspecteur général de la Bundeswehr Carsten Breuer, le commissaire européen chargé de la Défense Andrius Kubilius et de hauts dirigeants de groupes d’armement. Le ministre de la Défense Boris Pistorius doit ouvrir mercredi la seconde journée de la conférence.

Cette conférence est en corrélation avec les mesures militaires concrètes qu’on a fait avancer ces dernières semaines. Le 26 octobre, Pistorius a rencontré à Paris des représentants de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Italie et de la Pologne. Ce soi-disant « Groupe des cinq » doit se concentrer de plus en plus sur des opérations militaires conjointes. « Nous allons le rendre plus opérationnel », a déclaré Pistorius.

Lors de l’exercice « Koalicja 2026 », prévu en novembre en Pologne, en Roumanie et dans l’ouest de la mer Noire, le déploiement de forces multinationales pour l’Ukraine doit faire l’objet pour la première fois d’une répétition générale à pleins effectifs. Officiellement, ces troupes sont destinées à un éventuel déploiement après un cessez-le-feu. Autrement dit, si un tel cessez-le-feu devait un jour se concrétiser, les puissances européennes l’utiliseraient avant tout pour préparer la prochaine escalade.

Berlin, qui a occupé l’Ukraine pendant les deux guerres mondiales du XXe siècle, est à la pointe de cette offensive guerrière. L’Allemagne fournit pour ces manœuvres des officiers d’état-major, deux avions de transport A400M et un soutien logistique. Les cinq pays ont également convenu avec l’Ukraine de développer un nouveau système de défense aérienne baptisé « Freyja » et de poursuivre des projets d’armement communs.

Parallèlement, de nouveaux systèmes d’armes à longue portée sont en cours de développement. L’Allemagne et la Grande-Bretagne ont annoncé une coopération sur des armes de précision d’une portée de plus de 2 000 kilomètres, ainsi que sur la technologie spatiale militaire et les systèmes sans pilote. Lors de visites chez Airbus, MBDA, Helsing et Hypersonica fin octobre, Pistorius a appelé à une extension massive de la production d’armement.

La Bundeswehr [l’armée allemande] se prépare de façon toujours plus concrète à une guerre contre la Russie. Fin octobre, des généraux allemands et néerlandais ont parcouru l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie afin d’évaluer les zones d’opérations, les infrastructures et les conditions d’opérations militaires. Depuis le 1er juillet, le 1er Corps germano-néerlandais assume la direction d’éventuelles opérations terrestres de l’OTAN en Estonie et en Lettonie. L’inspecteur général de l’armée de terre allemande, Christian Freuding, a menacé la Russie dans sa déclaration à la presse: « Si tu oses, ce ne sera pas un bon jour pour toi. »

En Lituanie, la Bundeswehr teste des capacités de guerre électronique sous le nom de « Vigilant Owl II » et développe des systèmes de reconnaissance et de brouillage des communications ennemies. Parallèlement, l’escalade nucléaire s’intensifie. Les 20 et 21 octobre, la France et la Grande-Bretagne ont mené un exercice conjoint au cours duquel des avions de chasse français ont simulé une frappe nucléaire, tandis que des appareils britanniques assuraient l’escorte. L’Allemagne cherche elle aussi à resserrer sa coopération avec la France en matière d’opérations nucléaires.

Huit décennies après la Seconde Guerre mondiale et la guerre d’anéantissement menée par l’Allemagne contre l’Union soviétique, l’impérialisme allemand se prépare de nouveau à une grande guerre contre la Russie, faisant apparaître une escalade nucléaire dévastatrice.

Les préparatifs de guerre sont directement liés aux attaques sociales contre lesquelles les jeunes et les travailleurs se révoltent de plus en plus. Tandis que les dépenses militaires explosent et que le budget militaire doit augmenter de près d’un tiers en 2027, les retraites, la santé, l’éducation et les prestations sociales sont dans le collimateur. Dans le même temps, le gouvernement poursuit le rétablissement du service militaire obligatoire. Ce sont les travailleurs et les jeunes qui doivent payer le réarmement, par la destruction de leurs conditions de vie et par le sacrifice de leur vie à la guerre.

La situation tout entière réfute l’affirmation qu’on pourrait contraindre le gouvernement à reculer en faisant pression sur lui. Avant même les manifestations, le coprésident de Die Linke (Parti de gauche), Luigi Pantisano, avait déclaré: « Seules des protestations fortes et pacifiques peuvent contraindre le gouvernement Merz à faire marche arrière. » En réalité, le gouvernement répond aux manifestations massives par la répression, les attaques sociales et l’intensification de sa marche à la guerre. Sa politique ne provient pas de l’entêtement de tel ou tel ministre, mais des intérêts fondamentaux du capitalisme et de l’impérialisme allemands.

C’est pourquoi le mouvement de la jeunesse doit s’unir à la classe ouvrière et s’étendre à l’échelle internationale. L’IYSSE (International Youth and Students for Social Equality) et le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP, Parti de l’égalité socialiste) ont défendu cette orientation lors des manifestations et de leur réunion en ligne intitulée «Des manifestations de la jeunesse à la lutte des classes internationale: quelle perspective est nécessaire? » Ils préconisent la construction de comités d’action de la base indépendants, dans les lycées, les universités et les lieux de travail, afin d’unir la résistance à la guerre, à la conscription et aux coupes sociales.

Les gigantesques ressources consacrées à la guerre et aux profits doivent au contraire être placées sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière et servir à satisfaire les besoins de la société. Ce ne sont pas les appels au gouvernement allemand mais la mobilisation indépendante de la classe ouvrière sur la base d’un programme socialiste international qui peut arrêter la marche à la guerre.

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