Mise en garde dans un rapport contre l'approfondissement de la crise mondiale de l'emploi

Par Kate Randall
1 octobre 2011

Les possibilités que la crise mondiale de l'emploi se prolonge ne cessent de croître, selon un nouveau rapport publié conjointement par le Bureau international du Travail (BIT) et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Publié juste avant une réunion de deux jours des ministres du Travail du Groupe des 20 (le G20 réunissant les 20 plus grandes puissances économiques) à Paris, le rapport avertit que le chômage ne cesse de croître dans les pays avancés et émergents du groupe, alors que l'activité économique ne cesse de ralentir. Le rapport note que dans les économies du G20 « la reprise semble presque s'être arrêtée ».

« Nous sommes très préoccupés par ce que nous voyons dans les chiffres, a déclaré en conférence de presse Stefano Scarpetta, le chef de l'OCDE responsable de l'analyse de l'emploi. L'emploi et les politiques sociales devraient être au centre de la réponse politique à la situation actuelle », a-t-il poursuivi.

Le rapport conjoint du BIT et de l'OCDE note que la croissance de l'emploi au sein du G20 est déjà insuffisante pour compenser les 20 millions d'emplois détruits depuis la récession qui a débuté en 2008. « Si l'emploi croît à un taux de 0,8 pour cent jusqu'à la fin de 2012, met en garde le document, alors le déficit en matière d'emploi devrait augmenter de quelque 20 millions de chômeurs de plus pour atteindre un total de 40 millions d'emplois perdus dans les pays du G20. »

Le rapport prévient que la crise croissante de l'emploi exercera une pression sur l'économie en abaissant les dépenses à la consommation, en plus d'exacerber les tensions sociales. « La situation est inhabituelle, a indiqué Scarpetta. Nous faisons face à une situation où les tensions sociales vont aller en augmentant. C'est une question pour le G20 puisque la montée des tensions sociales dans un pays a des implications dans les autres. »

Trois ans après l'effondrement économique, le chômage reste élevé dans tout le G20, les taux dans la plupart des pays ne s'améliorant que d'une fraction de point de pourcentage ou continuant à augmenter. Depuis le début de la récession, les taux de chômage de trois pays - Espagne, Royaume-Uni et États-Unis - ont augmenté de plus de 50 pour cent.

En ce moment, l'Afrique du Sud présente le plus haut taux de chômage officiel au sein du G20, avec un impressionnant 25,7 %, suivie de près par l'Espagne, avec 21,2 % de chômeurs. Le document fait état d'un taux de chômage de 9,1 % aux États-Unis pour août 2011, soit une baisse de seulement 0,5 % au cours de la dernière année. La crise de l'emploi dans ces trois pays en particulier s'est accompagnée d'une forte baisse du PIB.

Les secteurs économiques les plus touchés par la crise mondiale varient d'un pays du G20 à l'autre, mais l'emploi dans le secteur de la construction a été particulièrement touché. De plus, la plupart des économies avancées ont subi de grandes pertes d'emplois dans le secteur manufacturier. Le Canada, les États-Unis, la France, l'Espagne et l'Union européenne dans son ensemble ont tous vu des baisses de 5 % et plus dans les emplois du secteur manufacturier.

Alors que la crise de l'emploi s'enracine toujours plus, le nombre de chômeurs de longue durée augmente fortement. Dès le premier trimestre de 2011, un tiers ou plus des chômeurs étaient sans emploi depuis plus d'un an en France (40,5 %), en Allemagne (47,3 %), en Italie (50 %), au Japon (50,2 %), en Afrique du Sud (68,3 %) et en Espagne (40,5 %).

L'incidence du chômage de longue durée a augmenté le plus fortement au Canada, en Espagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Au début de 2011, le nombre de chômeurs de longue durée aux Etats-Unis a triplé, atteignant du coup un sommet historique.

Dans tous ces pays, la croissance du nombre de chômeurs de longue durée s'est accompagnée d'un assaut contre les programmes sociaux dont dépendent les chômeurs et leurs familles. Le rapport met en garde contre les « graves coûts sociaux liés au chômage de longue durée, car celui-ci présente un risque accru de problèmes de pauvreté, de santé et d'échec scolaire pour les enfants des personnes concernées ».

Le nombre de personnes sous-employées - c'est-à-dire voulant travailler des heures supplémentaires et ayant la disponibilité pour le faire - a fortement augmenté par rapport aux détenteurs d'emploi. En Espagne, en Indonésie et dans certaines zones urbaines de l'Argentine, 10 % ou plus des effectifs totaux de la classe ouvrière en 2010 étaient composés de travailleurs involontairement à temps partiel, c'est-à-dire des personnes employées à temps partiel voulant et ayant besoin d'un emploi à temps plein. Ces travailleurs sont à risque accru de pauvreté.

Les jeunes ont été les plus durement touchés par la crise économique mondiale et le rapport note une forte hausse du chômage parmi eux. Dans tous les pays du G20, le taux de chômage des jeunes est deux ou trois fois plus élevé que celui des adultes, en plus d'avoir augmenté durant la crise. Le taux de chômage officiel de la jeunesse espagnole a plus que doublé, passant à près de 45 %. Plus de la moitié de tous les jeunes sud-africains sont sans emploi.

Le rapport note le phénomène croissant de jeunes n'étant pas aux études, n'occupant pas d'emploi ou ne suivant aucune formation - le soi-disant groupe des « NEET ». En nombre croissant, ces jeunes n'ont jamais réussi à percer sur le marché du travail, et font face à la perspective d'une vie de chômage et de pauvreté détruisant leur capacité à fonder un ménage et élever une famille.

À part les jeunes, les autres sections de la population les plus durement touchées par la crise de l'emploi comprennent les personnes peu qualifiées, les travailleurs temporaires et les immigrants. Dans tous les pays du G20, les femmes en âge de travailler connaissent un taux de chômage supérieur à celui des hommes. Les travailleurs âgés sont aussi nettement sous-représentés dans les effectifs au travail.

Dans les pays émergents du G20, le rapport note une incidence élevée de l'emploi temporaire et occasionnel, ainsi que du nombre de travailleurs employés dans le secteur dit informel. Ainsi, en Argentine, au Mexique et en Inde, plus de la moitié de la main-d'ouvre non agricole est employée dans le secteur informel.

La crise de l'emploi s'est accompagnée d'une inégalité croissante des revenus. À l'exception du Japon et de la France, les revenus des 10 % les mieux payés ont augmenté par rapport à ceux des 10 % des travailleurs rémunérés les plus pauvres. Un certain nombre de facteurs contribue à cela, selon le rapport, notamment des primes versées aux travailleurs techniques qualifiés et le « déclin en force des syndicats et de la négociation collective ».

Le document souligne également la « mondialisation du secteur financier avec ses pratiques de rémunération très spécifiques », c'est-à-dire les rangs des spéculateurs super riches qui ont profité de la crise alors que la majorité de la population mondiale a été plongée encore plus profondément dans le chômage et pauvreté.

« Au-delà d'un certain seuil, poursuit le rapport sur un ton inquiétant, les niveaux d'inégalités de revenu génèrent des effets négatifs qui peuvent nuire à la cohésion sociale et au rendement économique ». En langage décodé, cela signifie que les fléaux de plus en plus importants du chômage et des inégalités sociales risquent de provoquer des explosions sociales comme les récentes émeutes au Royaume-Uni.

Les gouvernements des pays du G20 et d'ailleurs répondent à la crise de l'emploi par des attaques croissantes contre les programmes sociaux et en imposant des mesures d'austérité profondes. Aux États-Unis, pays comptant 26 millions de chômeurs, les sociétés sont assises sur plus de 2 billions de dollars en trésorerie, somme obtenue par la réduction des effectifs, les compressions salariales et l'augmentation de la productivité. Le monde corporatiste américain pratique ce qui équivaut à une grève de l'investissement, soumettant le pays au chantage dans un effort pour arracher des concessions toujours plus grandes des travailleurs et obtenir des attaques toujours plus importantes contre les programmes sociaux.

Les données fournies dans le rapport conjoint du BIT et de l'OCDE soulignent le fait que trois ans après l'apparition de la crise économique mondiale, aucune des contradictions exposées n'a été résolue. L'actuelle crise de l'euro, la forte contraction de l'économie qui sévit dans le monde entier, et la croissance du chômage qui l'accompagne soulignent toute l'incapacité du système capitaliste à résoudre sa crise sans recourir à la dictature et à la guerre.

(Article original paru le 28 septembre 2011)