Le régime égyptien soutenu par les Etats-Unis attise la violence sectaire

Par Johannes Stern
13 avril 2013

Au cours de la semaine passée sept personnes ont été tuées en Egypte lors d’affrontements sectaires. La violence a éclaté vendredi dernier dans la ville d’Al-Khosous, au Nord de la capitale du Caire, lorsque cinq Coptes (minorité chrétienne en Egypte) et un Musulman ont été tués.

La violence s’est poursuivie dimanche lorsque des agresseurs ont attaqué le cortège funèbre des chrétiens lors des funérailles des victimes coptes à la cathédrale St Marc à Abbassia près du Caire.

Des reportages et des témoins accusent les Frères musulmans (FM) au pouvoir et le président islamiste soutenu par les Etats-Unis, Mohamed Morsi, d’être soit responsables des affrontements soit même d’être directement impliqués dans ces violences.

Morsi et les Islamistes qui sont au pouvoir sont profondément impopulaires et le régime cherche à orienter le mécontentement social et politique croissant dans une direction réactionnaire et sectaire.

Hani Sobhi, un jeune copte qui était présent aux funérailles a expliqué que des agresseurs armés ont attaqué les personnes endeuillées à la cathédrale St Marc alors qu’elles chantaient des slogans contre le régime. « A l’intérieur de la cathédrale nous chantions ‘A bas le régime des Frères,’ et cela était retransmis en direct à la télévision. A la sortie [de la cathédrale], des gens étaient prêts et nous attendaient, » a-t-il dit.

Un témoin oculaire a dit que des forces de police présentes sur les lieux s’étaient rangées du côté des assaillants en tirant des gaz lacrymogènes contre les personnes en deuil. « La police a tiré [des gaz lacrymogènes] sur nous… ils ont pris la défense des assaillants, » a dit un jeune copte.

Tant les Coptes que les Musulmans qui ont assisté aux funérailles ont accusé Morsi de violence. Un homme blessé à l’intérieur de l’église a dit à Egypt Independant qu’il voulait dire au président, « Pourquoi faites-vous cela au peuple égyptien ? Nous voulons que vous partiez. Les Musulmans comme les Chrétiens, nous voulons que vous partiez. »

Selon des témoins chrétiens et musulmans, les habitants d’Al-Khosous croient aussi que le régime se cache derrière les affrontements sectaires qui ont éclaté après que l’imam de la mosquée Hoda Al-Nabwi a appelé les Musulmans à prendre les armes contre l’église où les funérailles avaient lieu.

Un témoin oculaire, Milad Saad, a dit à Ahram Online, « La police a eu un rôle actif à jouer dans la violence vu qu’elle s’était tout d’abord trouvée à une centaine de mètres de l’église que le cheikh avait appelé les gens à incendier. Elle a laissé libres toutes les rues adjacentes en se tenant à l’écart de l’église au cas où la violence s’intensifierait entre les Musulmans et les Chrétiens, les Chrétiens seraient piégés au milieu. »

L’évêque Suriel Yonan de l’église locale Mar Girgis a déclaré que le conflit initial entre un Chrétien et un Musulman, lors duquel un Musulman, Mohamed Mahmoud avait été tué, avait éclaté pour des raisons personnelles et non sectaires. Il a décrit les affrontements qui s’ensuivirent comme une « punition collective » en ajoutant que « quelqu’un » tire profit des dissensions sectaires.

Les habitants d’Al-Khosous ont relaté que des tireurs d’élite postés sur des toits avaient tiré pendant deux jours sur des passants. Un premier rapport médico-légal publié par le gouvernorat de Qalyubia a constaté que quatre Coptes avaient été tués par des tirs d’armes automatiques. Marsouq Atteya avait été atteint par une balle en plein visage, Morkos Kamal en plein cœur, Victor Manqarios dans la tête et Essam Zakhary dans le visage et les épaules.

Yonan a dit, « Les gens d’Al-Khosous sont pauvres et tout le monde le sait. Qui à Al-Khosous a suffisamment d’argent pour acheter des balles ? En une seule journée, plus de 2.000 balles ont été tirées entre 1 heure et 7 heures du matin. Cela représente près de 50.000 livres égyptiennes [7.300 dollars]. Qui a payé ça? »

Il a ajouté « Quelqu’un est en train de dépenser cet argent pour provoquer l’hostilité entre les Musulmans et les Chrétiens, afin de permettre aux extrémistes de les manipuler. »

Mardi, dans un entretien avec la chaîne satellite privée ONTV, le patriarche copte d’Egypte Tawadros II a publiquement attaqué Morsi. Il a critiqué les agissements des forces de sécurité et Morsi en déclarant que le recours de la police au gaz lacrymogène sur le terrain de la cathédrale « était en violation de toutes les règles. »

La cathédrale St Marc est considérée comme le cœur de l’Eglise copte égyptienne. Elle est aussi la résidence du patriarche.

Alors que Morsi a publiquement condamné la violence contre l’église, le gouvernement cherche à embraser davantage les tensions sectaires. Dans un communiqué publié dimanche 7 avril, le ministre de l’Intérieur a rejeté la responsabilité de la violence sur les Coptes en prétendant qu’un « certain nombre de personnes endeuillées avaient commencé à endommager des voitures stationnées dans les alentours, ce qui avait occasionné des affrontements avec les résidents des environs. »

Mohamed Soudan, secrétaire aux Relations étrangères du parti Liberté et Justice (FJP), le bras politique des FM, a aussi rejeté la faute sur les Coptes en deuil en affirmant que les Chrétiens « semblent être en train de préparer quelque chose » et qu'ils cachaient leurs armes dans les églises.

L’élite dirigeante égyptienne intensifie ses efforts pour attiser des tensions sectaires depuis le soulèvement de masse de la classe ouvrière contre l’ancien dictateur Hosni Moubarak en janvier 2011. Quelques semaines seulement avant le soulèvement, un attentat à la bombe contre l’église copte al-Qiddissin en Alexandrie avait tué 23 personnes et blessé des dizaines d’autres.

Après l’éviction de Moubarak, la junte militaire qui était alors au pouvoir avait cherché à utiliser les affrontements sectaires pour diviser la classe ouvrière et désorienter le mouvement de masse révolutionnaire qui s’était répandu dans tout le pays. En octobre 2011, l’armée égyptienne avait attaqué, devant le bâtiment Maspero de la télévision publique au Caire, à l’aide de chars une manifestation principalement copte en massacrant 28 protestataires et en en blessant des centaines.

Depuis que Morsi et les FM sont arrivés au pouvoir, les attaques contre les églises et des propriétés coptes ont augmenté.

Les plus récentes violences sectaires ont été commises dans le contexte d’une puissante grève dans les chemins de fer, la plus importante depuis 1986. Dimanche et lundi, le système de transport égyptien a été paralysé alors que des milliers de cheminots débrayaient pour une grève nationale en réclamant une augmentation des salaires et de meilleures conditions de travail.

Confrontée aux grèves massives actuelles, la bourgeoisie égyptienne cherche à diviser la classe ouvrière le long de lignes religieuses en créant les conditions pour une répression plus sévère à l’encontre de toute opposition politique ou sociale.

Lundi, le gouvernement égyptien a décidé de recourir à l’armée pour briser la grève des cheminots. Les travailleurs ont reçu des lettres de l’Agence centrale pour la mobilisation et les statistiques publiques (CAPMAS) qui a le soutien des forces armées, les enrôlant et leur ordonnant de reprendre le travail.

Dans son offensive contre-révolutionnaire contre la classe ouvrière égyptienne, le régime Morsi compte sur les groupes d’opposition libéraux et pseudo-gauches et les soi disant syndicats indépendants. Mohamed Abdel Sattar, secrétaire général du syndicat indépendant des cheminots a donné son approbation tacite à la répression militaire de la grève. Il s’est ouvertement prononcé contre la grève en déclarant : « Nous croyons qu’il y a d’autres solutions plutôt que la grève. Nous devrions tous nous retrouver autour de la table et plutôt négocier. »

Le Front de Salut national (NSF), un groupe de tutelle des partis libéraux et pseudo-gauches, dirigé par le politicien nassérien Hamdeen Sabahi et l’ancien responsable de l’ONU, Mohamed ElBaradei, a aussi déclaré vouloir collaborer avec les Islamistes au pouvoir et l’armée. En début de semaine, lors d’une conférence du NSF, ElBaradei avait exhorté Morsi à instaurer un processus de « réconciliation nationale. »

ElBaradei a lancé un avertissement en disant, « Actuellement, l’Etat est en train de s’écrouler. C’est un Etat qui s’effondre politiquement, économiquement, socialement et sur le plan sécuritaire. Et je ne pense pas qu’il nous reste beaucoup de temps pour y remédier. »

Entre-temps, l’impérialisme américain, qui est étroitement lié aux Islamistes, à l’armée égyptienne, au NSF ainsi qu'aux syndicats indépendants – est en train de renforcer son appui pour la classe dirigeante égyptienne. Selon des documents officiels obtenus par le quotidien égyptien Al Masry Al Youm, un chargement de 140.000 bidons de gaz lacrymogènes est arrivé dimanche au port d’Abadeya de Suez en provenance des Etats-Unis.

(Article original paru le 12 avril 2013)