Mali: la conférence des donateurs finance la ruée sur l'Afrique de l'impérialisme

Par Antoine Lerougetel
29 mai 2013

Une conférence des donateurs, organisée à Bruxelles le 13 mai par l'Union européenne (UE), la France et le Mali a rassemblé 108 pays et institutions internationales. Elle a fait une promesse de dons de €3,25 milliards d'aide au Mali de 2013 à 2014, pour « reconstruire » l'ancienne colonie française.

La liste des donateurs donne une idée des puissances qui se disputent l'influence en Afrique, surtout dans la région du Sahel, qui contient de vastes réserves de pétrole, gaz, or et autres minéraux précieux. L'UE a promis €520 millions , la France €280 millions, les USA $367 millions, le Royaume uni et le Danemark €150 millions chacun, l'Allemagne €100 millions, la Banque mondiale €250 millions, la Banque de développement islamique €130 millions et la Chine €50 millions.

Le commissaire d'aide au développement de l'UE Andris Piebalgs a dit que la feuille de route de la stabilisation du Mali était la pierre angulaire de l'engagement de la communauté internationale pour le pays et devait être résolument suivie. Il a insisté pour dire que, au delà du Mali « l'engagement de l'UE est régional » et s'étend plus largement à la région du Sahel.

Laurent Fabius. ministre des Affaires étrangères, a déclaré que « à travers le Mali, l'avenir de la sous-région et au delà est en jeu. » Il a dit qu'une attention particulière serait faite à la traçabilité de l'aide et le suivi des projets.

Ces dons n'ont rien d'humanitaire, mais visent à stabiliser le régime malien soutenu par l'Occident et à aider la guerre actuelle dans le pays, menée par la France et les USA.

Depuis que la France a envahi le Mali le 11 janvier, le pays est occupé par 4 500 soldats français qui conduisent quelque 7 000 soldats envoyés par les gouvernements fantoches des pays de la Cédéao voisins et aussi du Tchad.

La date initiale fixée pour le retrait du contingent français, le mois d'avril, est bien dépassée, et l'ONU a déjà annoncé qu'elle enverra 11 200 soldats supplémentaires et 1400 forces spéciales de police dans toute la région, lesquelles viendront principalement de la France. Paris a dit que 1 000 soldats resteront au Mali après 2013 pour appuyer la force onusienne.

Le premier ministre britannique David Cameron a déclaré en janvier que la Grande Bretagne « travaillerait avec d'autres pour fermer cet espace de non-droit » au nord-est de l'Afrique, « une menace mondiale » qui « nécessiterait une réponse se comptant en années, voire même en décennies, plutôt qu'en mois. »

Bien que les forces d'opposition islamistes et de nationalistes Touaregs aient été chassées des villes qu'elles occupaient au nord du Mali, elles continuent de lancer des attaques contre les contingents des armées française, malienne et de la Cédéao.

La résistance s'accroît à cause de la cruauté de l'armée malienne contre les Touaregs et les brutalités des forces d'occupation exercées contre l'immense majorité de la population du pays. En plus des ravages de la guerre, de la famine et du déplacement de 500 000 personnes, une grande partie de la pauvreté et de la perturbation économique de cette nation désespérément pauvre a été provoquée par l'embargo économique et de l'aide, imposé par la France et ses alliés quand le capitaine Amadou Sanogo a fait son coup d'Etat militaire le 22 mars 2012.

Les donateurs veulent renforcer les forces d'occupation avant la date limite du 28 juillet fixée pour des élections nationales afin d'installer un gouvernement qui prenne la relève du président intérimaire Dioncounda Traoré, soutenu par la France. Cela signifiera que tout le nord du pays sera placé sous le contrôle du gouvernement central de la capitale Bamako, qui est contrôlée par l'armée française. Les Etats-Unis stipulent qu'aucune aide ne sera fournie jusqu'à la tenue des élections.

Si l'on n'organisait pas les élections dans le nord du pays, cela reviendrait à une division de facto du pays, chose que les puissances impérialistes craignent, car cela signifierait que le nord du Mali hébergerait des forces qui menacent les activités minières d'extraction d'uranium de la société française Areva en Algérie et au Niger. L'uranium de France, extraite dans cette région, est nécessaire pour ses armes et centrales nucléaires qui fournissent 75 pour cent de l'électricité du pays.

Ces mobiles géostratégiques sous-tendent non seulement la guerre elle-même, mais aussi les financements octroyés par les donateurs à Bruxelles.

(Article original paru le 27 mai 2013)