La France attendra le vote au Congrès américain et le rapport de l'ONU avant d'attaquer la Syrie

Par Kumaran Ira
11 septembre 2013

Après le sommet du G20 à St-Petersbourg, qui a été dominé par des divergences aiguës entre la Russie et les États-Unis sur la guerre en Syrie, le président François Hollande a annoncé vendredi qu'il s'adresserait aux Français cette semaine au sujet de la participation française à la guerre.

Il a déclaré : « Lorsque le congrès [américain] aura voté - je pense jeudi ou vendredi - et lorsque nous aurons le rapport des inspecteurs, sans doute à la fin de la semaine, à ce moment-là, il y aura une décision à prendre y compris après une éventuelle saisine des Nations unies […] j'aurai à ce moment tous les éléments me permettant de m'adresser aux Français pour leur dire la décision que j'aurai choisie pour la France. »

La volte-face soudaine de Hollande sur la question d'une enquête de l'ONU sur l'attentat du 21 août à Ghouta témoigne du mépris du gouvernement français pour l'enquête de l'ONU à Ghouta et pour la vérité sur ce qui s'y est passé. Son changement d'attitude n'est qu'une manœuvre politique pour renforcer le soutien de la population en faveur de la course impopulaire à la guerre contre la Syrie du gouvernement du Parti socialiste français (PS).

Au début, Hollande avait demandé en toute urgence une attaque contre la Syrie, tout en insistant sur l'idée qu'il n'était pas nécessaire d'attendre le rapport des inspecteurs de l'ONU sur l'attaque de Ghouta. Washington, Londres, et Paris envisageaient de se servir de l'attaque de Ghouta comme d'un prétexte pour déclencher rapidement une guerre contre le régime syrien au mépris de l'opinion publique. Ils n'avaient par conséquent aucun intérêt à enquêter sur cette attaque.

Mais la course à la guerre des puissances de l'OTAN a rencontré un premier obstacle lorsque le parlement britannique a voté contre une intervention militaire, ce qui prouve qu'ils n'avaient aucun fait établi pour étayer leurs accusations selon lesquelles le président syrien Bashar el-Assad avait mené cette attaque.

Quand le gouvernement Obama a décidé de retarder son assaut contre la Syrie jusqu'après un vote sur la guerre au Congrès américain, Hollande a été contraint de suspendre lui aussi son action militaire. Cela a démenti encore plus le mensonge qui prétendait que l'assaut franco-américain contre la Syrie consisterait en quelques frappes « limitées ». La France n'a pas attaqué la Syrie toute seule précisément parce qu'elle n'a pas les capacités militaires pour mener le type de campagne de bombardement massif et d'intervention que Washington et Paris préparent au Moyen-Orient.

Sous la pression des partenaires de la France au sein de l'Union européenne (UE), qui ont signé une résolution samedi à Vilnius qui indiquait leur soutien pour une éventuelle frappe militaire, mais qui ont également demandé à l'ONU de lui fournir une couverture politique en publiant d'abord son rapport sur Ghouta, Hollande a alors changé sa position sur l'ONU.

Hollande a laissé entendre que le rapport de l'ONU va confirmer l'usage des armes chimiques par le régime d'Assad : « il y a bien eu usage des armes chimiques le 21 août, tous les indices étaient concordants, l'ONU doit en apporter confirmation. »

Le gouvernement de Hollande se prépare à se servir des conclusions de l'ONU sur le fait que des armes chimiques ont été utilisées pour affirmer que c'est le régime d'Assad qui s'en est servi et que la guerre est nécessaire. En fait, l'opposition soutenue par les occidentaux et liée à Al Qaïda détient des armes chimiques, et il est probable que l'attaque de Ghouta ait été menée par ces forces, qui étaient en train de perdre la bataille, afin de fournir un prétexte à une intervention militaire des grandes puissances. (Lire : Un reportage associe l’attaque au gaz à Ghouta à l’opposition syrienne qui est soutenue par les Etats-Unis).

Si les sondages officiels montrent que les deux tiers de la population française s'opposent à la guerre contre la Syrie, le gouvernement Hollande minimise les implications à grande échelle d'une telle guerre. Hollande préfère présenter cette guerre comme étant conçue pour « punir le régime et en aucune façon porter le conflit au-delà de la Syrie. »

L'affirmation que l'action militaire ne vise qu'à faire respecter une interdiction des armes chimiques est un mensonge. La France s'aligne sur les préparatifs de Washington en vue d'une guerre massive visant à détruire le régime d'Assad en Syrie et à le remplacer un régime de pantins soutenus par l'occident. Une telle guerre entraînerait les alliés de la Syrie en Iran et au Liban, et peut-être même la Russie, à s'opposer à l'assaut franco-américain au Moyen-Orient.

Quel que soit le résultat final du vote au Congrès américain et du rapport de l'ONU, les gouvernements de Obama et Hollande envisagent d'aller de l'avant avec leur projet de guerre majeure, en s'appuyant sur les mêmes méthodes que Washington avait utilisées pour lancer la guerre d'Irak, il y a dix ans : des mensonges sur les armes de destruction massives.

La décision de Hollande d'entraîner la France dans une guerre majeure au mépris de l'opinion publique et en violation du droit international montre l'absence de toute base sociale en faveur des droits démocratiques parmi la classe dirigeante française. Leur propagande pour la guerre est complétée par la propagande des organisations exprimant le point de vue des classes moyennes aisées, comme le Nouveau parti anticapitaliste (NPA).

De telles forces, qui sont régulièrement interrogées par les grands médias, cherchent à désorienter l'opposition à la guerre de la population en se présentant comme des opposants à la politique du gouvernement, tout en reprenant les mensonges des médias en faveur de la guerre et en appelant à une intervention plus forte.

Le NPA en particulier a soutenu dès le début la campagne pour un changement de régime en Syrie, présentant les forces de l'opposition islamiste soutenue par la CIA comme des révolutionnaires, et critiquant les puissances impérialistes pour ne pas leur avoir fourni assez d'armes.

Dans un entretien accordé le 4 septembre au magazine, Les Inrockuptibles, l'ex-porte-parole du NPA, Olivier Besancenot, a abordé la guerre en Syrie. Il n'a remis en cause aucun des mensonges de Hollande sur l'attaque à l'arme chimique, mais il a critiqué l'intervention occidentale comme un moyen « inefficace » de faire tomber le régime syrien. Il a fait remarquer que, si les puissances occidentales attaquent, Assad « pourra même souder une partie de la population sur le thème "il s'agit d'une intervention étrangère". »

Besancenot appelle donc à un armement plus important des milices de l'opposition par les puissances impérialistes. Les agences de renseignement occidentales ont injecté des centaines de millions de dollars et des milliers de tonnes de matériel militaire dans les forces de l'opposition islamiste, qui sont largement dominées par des groupes affiliés à Al Qaïda. Besancenot a présenté cette opération comme un « processus révolutionnaire en cours » qu'une intervention occidentale risquerait de perturber.

(Article original paru le 10 septembre 2013)